Depuis ce lundi 23 juillet à 11h00 une centaine d’activistes revenant de l’assemblée des « faucheurs volontaires » qui s’est tenue le week-end dernier à Riec-sur-Belon (Finistère) ont fait étape dans notre département pour y bloquer les accès routiers au terminal agro-alimentaire du port autonome de Nantes-Saint-Nazaire et « dénoncer l’importation massive de soja génétiquement modifié et la contamination qui en résulte ».

Cette action ouvre la saison estivale des actions illégales auxquelles s’adonnent désormais chaque été, de façon quasi rituelle, les militants anti-OGM. Autant il revient à l’Etat de faire respecter la loi telle qu’elle est établie par les représentants du peuple démocratiquement élus, autant nous considérons qu’il est de notre devoir, malgré cette agitation, de continuer à contribuer aux débats de société en apportant ce que nous pouvons leur apporter, c'est-à-dire une base rationnelle et des informations objectives.

Les plantes génétiquement modifiées

Nous tenons donc à rappeler d’abord ce qu’est une plante génétiquement modifiée : il s’agit d’une nouvelle variété de plante obtenue par l’ajout d’un gène connu à une variété de cette plante plus ancienne pour obtenir un effet désiré. Ce procédé est complémentaire de la sélection classique. Cette dernière est basée, quant à elle, sur des mutations inconnues qui se produisent de façon aléatoire lors de la reproduction.

Nous tenons à rappeler ensuite que parler des OGM comme un tout, et affirmer qu’ils sont bons ou mauvais n’a pas plus de sens que d’affirmer que les plantes en général seraient bonnes ou mauvaises pour la santé. Nous pouvons affirmer, sans aucune réserve, que les OGM commercialisés, qu’ils soient pour l’alimentation animale ou humaine, ne présentent pas le début du moindre danger sanitaire : ils ont été testés comme aucune autre nourriture ne l’a jamais été. Comme le dit le Professeur Klaus Ammann « Les effets des plantes génétiquement modifiées sur l’environnement et les aliments sont parmi les questions de sécurité les plus étudiées par les scientifiques ; il serait temps pour les opposants de s’en rendre compte. »

Près de quinze ans de culture et de consommation dans le monde

L’agitation actuelle est motivée par les quelques 20.000 hectares qui sont en culture avec des semences biotechnologiques et le fait que les militants anti-OGM intensifient leur lobbying pour imposer un « moratoire » sur ces cultures. Peut-être n’est-il donc pas inutile, pour que chacun prenne conscience des ordres de grandeur, de souligner qu’aujourd’hui, 24 juillet 2007, c’est le cap des 640 millions ( 640.000.000 ) d’hectares plantés dans le monde en semences biotechnologiques qui a été dépassé ...

De même, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que, dans le monde, cela fera bientôt quinze ans que des aliments génétiquement modifiés sont commercialisés pour l’alimentation humaine. A ce jour, il n’a pas été possible d’attribuer ne serait-ce qu’un mal de tête à la consommation des OGM ! Et en ce qui concerne l’alimentation animale, puisque l’action en cours a pris pour cible du soja OGM destiné à la nourriture animale, ce sont des centaines de millions d’animaux qui en consomment quotidiennement sans encombre.

Le débat public sur les biotechnologies

Contrairement à ce qui est suggéré par les activistes anti-OGM, le débat sur les biotechnologies se déroule, et qui plus est démocratiquement. Toutes les parties ont été, et continuent à être, entendues. On ne compte plus les commissions parlementaires, sessions au Sénat, au Conseil Economique et Social, etc. Toutes les instances scientifiques de la République ont également été sollicitées et ont témoigné de l’état des savoirs et de leurs recommandations (les académies des sciences et de médecine, les centres de recherches publics, la commission de génie génétique, la commission biotechnologies de l’agence française de sécurité sanitaire des aliments, etc.). Aucune de ces instances, à quelque échelon que ce soit, y compris à l’échelon européen, n’a à ce jour pu porter le moindre crédit aux inquiétudes relayées ou fromentées par les militants anti-OGM tout comme par les organismes autoproclamés « indépendants » qu’ils se sont donnés.

Contrairement à ce qui est suggéré par les activistes anti-OGM la transparence est remarquablement grande pour un sujet aussi controversé sur le plan social et politique, autant sur les procédures d’autorisations d’essais de nouvelles variétés que sur les plantations. Cette transparence se retourne d’ailleurs contre les chercheurs, du secteur public comme du secteur privé, et contre les agriculteurs puisqu’elle les désigne ainsi comme cibles à la vindicte militante.

« Nous n’avons pas peur des OGM ».

Tels sont les propos tenus par Bruno Rebelle, alors directeur de Greenpeace France, lors du débat sur les essais aux champs au Conseil Economique et Social : « Pour ma part, je n'ai pas de craintes. En revanche, j'ai un certain nombre de convictions. Nous n'avons pas peur des OGM. Nous sommes seulement convaincus qu'il s'agit d'une mauvaise solution. Les OGM sont peut-être une merveilleuse solution pour un certain type de société. Mais justement, c'est de ce projet de société que nous ne voulons pas.» . Il renouvelait même un peu plus tard ces propos en rajoutant : « Ce n’est pas facile parce que sur le plan scientifique, tout va dans le bon sens et il n’y a pas d’effets néfastes» .

L’Association Nantes-Atlantique pour l’Information Scientifique est une association indépendante de tous les lobbies, qu’ils soient économiques pouvant avoir un intérêt dans le développement des biotechnologies, ou politiques instrumentalisant avec cynisme la peur d’une population désinformée pour véhiculer leur propagande. Sur des sujets comme celui-ci nous nous attachons à informer aussi objectivement que possible sur les avancements des sciences et des techniques en éclairant de façon active les choix de société qui s’offrent aux citoyens. « La Science comme méthode, la Raison comme outil », tel est notre seul mot d’ordre.

Ne pas laisser le monopole de la communication à la désinformation

Nous estimons de notre responsabilité de ne pas laisser le monopole de la communication à ceux qui désinforment, que ceux-ci soient de bonne foi, animés par la méconnaissance et la crainte, ou de mauvaise foi, instrumentalisant délibérément les peurs et la crédulité.

Les progrès rendus possibles, pour la santé et l’environnement, par la maîtrise croissante des biotechnologies ne doivent pas être pris en otage pour des motivations politiques, fussent-elles d’intention généreuse.

Comme le disait le journaliste scientifique Michel Rouzé, fondateur de l’Association Française pour l’Information Scientifique, une action politique qui ignorerait voire nierait la science et la rationalité est « une action qui s’égare et qui, finalement, risque de servir ce qu’elle prétend attaquer ».

ANAIS-AFIS


Michel Naud
Coordinateur de l’Association Nantes-Atlantique pour l’Information Scientifique
14, rue de l’Ecole Polytechnique
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