Existe t-il un lien significatif entre chômage et criminalité ?
Par Jean Heron, samedi 20 mai 2006 à 17:12 :: Société :: #7 :: Commentaires rss
Les "pauvres" et les "précarisés" sont-ils automatiquement les plus malhonnêtes de nos concitoyens ?
La question mérite d'être posée car il est souvent fait un lien d'évidence entre pauvreté et criminalité, l'une expliquant en partie le passage à l'acte vers l'autre.
les 500 cartes détaillées de la "la géographie de la France criminelle", réalisée par le président de l'Observatoire national de la délinquance et criminologue Alain Bauer (Editions Odile Jaco), nous donnent quelques éléments de réponses. Cet ouvrage de 280 pages "remet en cause un certain nombre d'a priori et de préjugés sur les motivations des phénomènes criminels", observe l'auteur. Ainsi, poursuit-il, "on a souvent considéré le chômage comme un synonyme d'oisiveté et, au-delà, comme une antichambre de la criminalité".
Si la déstructuration sociale et familiale, due au chômage de longue durée, ne semble plus faire de doute, le lien mécanique entre chômage, insécurité et criminalité est loin d’être avéré.
La courbe de la criminalité française montre ainsi des distorsions fortes, de l’apparition de la criminalité de masse à partir de 1964 (dix ans avant la “crise”) à l’identification des mouvements erratiques (baisse de la criminalité en période d’accentuation de la situation économique). Non seulement le lien n’est pas évident, mais les évolutions sont parfois inverses à ce qui est attendu. Une seule courbe aura, un temps, indiqué une similitude, celle du chômage des 18-25 ans par rapport à la violence.
En tout état de cause et du fait de la forte participation des mineurs, par essence non-chômeurs, à certains types de phénomènes violents et de l’inadéquation des faits dans des univers territoriaux et sociaux comparables, il semble bien que ce critère ne puisse expliquer ni la baisse ni la hausse de la criminalité au cours des trente dernières années.
Et à propos de ces derniers phénomènes une autre étude, celle de la direction départementale de la Sécurité publique des Yvelines, nous apprend que :
... sur les troubles de novembre, six casseurs sur dix avaient un passé judiciaire. Parmi eux, une majorité de jeunes d'origine étrangère, souvent issus de familles nombreuses.
Chef de rang, chaudronnier, animateur, garagiste, étudiant, ouvrier... Les profils qui émergent au fil de l'étude de la police des Yvelines sur les émeutiers de novembre réservent bien des surprises. Selon ce document, qui constitue la seule analyse concrète dont dispose actuellement le ministère de l'Intérieur sur les acteurs de ces événements, plus des deux tiers des jeunes arrêtés étaient socialement insérés. Preuve que délinquance ne rime pas forcément avec chômage.
Huit casseurs des Yvelines sur dix interpellés en flagrant délit se déchaînaient en outre dans leur quartier. Ce qui bat en brèche la théorie selon laquelle les violences étaient importées depuis d'autres cités.
Ces jeunes n'en étaient d'ailleurs pas à leur coup d'essai : six sur dix avaient «déjà été mis en cause dans des procédures judiciaires transmises au parquet». A près de la moitié d'entre eux étaient imputés «quatre faits et plus». Le directeur départemental de la Sécurité publique des Yvelines, Christian Sonrier, auteur de ce rapport, ajoute que l'un d'entre eux était connu au Stic (le fichier criminel de la police) «pour 30 infractions». Cette étude relativise singulièrement l'analyse de la Direction centrale des renseignements généraux qui présentait en majorité les acteurs des émeutes comme des primodélinquants.
Ces événements, qui avaient commencé le 27 octobre 2005 en Seine-Saint-Denis, ont principalement touché les Yvelines du 3 au 15 novembre. Durant cette période, 586 véhicules y ont été incendiés, dont 27 bus, mais aussi dix établissements scolaires et 9 bâtiments publics, avec 121 arrestations à la clé.
Parcours scolaires chaotiques
Le contrôleur Sonrier l'affirme : son étude «n'a pas pour finalité de définir un profil type de l'auteur de violences urbaines». Mais les chiffres livrés sont sans équivoque : si 98% des auteurs de violences arrêtés étaient français, près des deux tiers étaient d'origine africaine ou nord-africaine. «Aux Mureaux, 14 des 25 personnes interpellées vivent au sein de familles nombreuses composées de 6 à 16 personnes», révèle le policier.
D'après son comptage, près de la moitié des jeunes interpellés étaient «intégrés dans structures éducatives». Pour les jeunes en âge scolaire, Sonrier a contacté l'inspection académique afin d'en savoir plus. Et il l'affirme : «Ils sont décrits par les enseignants comme insolents, provocants, perturbateurs, ne reconnaissant généralement pas l'autorité des professeurs et des adultes.»
Le policier poursuit : «Leur parcours scolaire chaotique est égrené de multiples rapports, avertissements de conduite et de travail, de conseils de discipline et d'exclusion temporaire et même définitive pour deux d'entre eux.» Face à l'absentéisme scolaire, «les contacts avec les familles se révèlent difficiles ou impossibles : celles-ci ne répondent ni aux courriers des autorités éducatives ni aux convocations». Le contrôleur général relève ainsi le cas d'un contact établi avec le père d'un élève : «Celui-ci, au lieu de modifier son comportement, accuse les enseignants de vouloir exaspérer son père, ce qui engendrerait de la violence physique à son encontre.»
Autre fait mis en exergue dans le rapport : «l'affaire du 21 novembre 2005», où deux garçons mineurs ont été interpellés aux Mureaux, alors qu'ils tentaient d'incendier un véhicule. «Ils étaient âgés respectivement de 9 ans et 10 ans», déplore le contrôleur général Sonrier, qui conclut, après enquête de ses services : «Une des deux familles est suivie par un juge des enfants, l'autre l'a été. Ces familles sont caractérisées par la présence de fratries importantes : 11 enfants pour la première, 14 pour la seconde de type polygame».
Un phénomène complexe donc, dont il faut parler avec circonspection et prudence.




Commentaires
1. Le jeudi 8 juin 2006 à 16:57, par François
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