«Je suis pour le changement assumé, profond, maîtrisé, durable », François Hollande.
«Le débat n’est pas plus ou moins à gauche, c’est aujourd’hui dépassé, mais celui de l’efficacité dans la justice »,
Jean-Christophe Cambadélis.
«Je veux que le parti socialiste soit admiré des Français»
, Ségolène Royal.

Les slogans sont importants et doivent faire mouche (la dernière phrase, prononcée par la candidate malheureuse aux dernières élections présidentielles, a même été reprise en boucle par l'ensemble des médias).

Il est important de frapper le militant, le citoyen ou le journaliste. Mais je dois bien vous dire mon agacement face aux propos un peu creux que je lis de plus en plus souvent : je veux bien parler de rénovation (façon Rénover maintenant) ou de "réorientation radicale" (genre Cambadélis), de justice sociale, d'ordre juste, de "valeurs socialistes" qu'il faudrait redéfinir... Je crois toutes ces généralités nécessaires pour donner une cohérence aux propositions. Malheureusement, celles-ci font encore trop souvent défaut.

Que veut dire, concrètement, "efficacité dans la justice" ou "regarder la réalité en face" ? Comment traduit-on ces expressions en mesures visant à améliorer le sort des citoyens mais tenant aussi compte des contraintes qui pèsent sur notre pays (la mondialisation, l'Europe, l'entreprise, etc.) ?

Comprenez-moi bien, je fuis comme la peste ceux qui opposent l'action à la théorie : dans le domaine économique par exemple, il existerait une méthode qui marcherait en dehors de toute réflexion théorique (ou même philosophique et sociale). C'est un peu ce pensent les partisans du benchmarking, méthode qui consiste simplement à regarder ce que font les autres pays et à s'en inspirer.

C'est, selon moi, une forme de paresse de l'esprit. Donc, il n'est pas question de définir des propositions en dehors d'une vision pensée et cohérente de la société. Dit autrement, pas question d'envisager un programme sans se poser la question de ce qu'est "être de gauche".

Ceci dit, je suis inquiet face à l'excès inverse qui se profile. Car il est tout de même plus simple d'exceller dans la rhétorique que de prêter le flan à la critique en avançant une série de mesures concrètes. Bref, d'être Cicéron ou Crassus plutôt que Ségolène Royal !

Christophe Marion