Discours de Gaulle, mars 1941
Par Eric de Roche, mardi 11 mars 2008 à 08:46 :: Culture :: #492 :: Commentaires rss
1er mars 1941: La colonne française de Leclerc, partie du Tchad, fait capituler la garnison italienne de l'Oasis de Koufra.
mars-mai 1941: Opérations britanniques, avec la participation des Forces Françaises Libres, contre les troupes italiennes en Somalie, en Érythrée et en Éthiopie. Le duc d'Aoste, Commandant en Chef italien, capitulera en mai.
4 mars 1941: Dégarnissant leur front de Libye, les Anglais débarquent des troupes en Grèce pour prendre part aux combats contre l'Italie.
9 mars 1941: Le Congrés des Etats Unis a voté le lease and Lend Bill
14 mars 1941: Le Général de Gaulle quitte Londres pour l'Afrique.
27 mars 1941: Le roi Pierre II de Yougoslavie renvoie le gouvernement germanophile du Prince-Régent Paul, qui avait accepté d'adhérer au Pacte Triparti.
mars-mai 1941: Opérations britanniques, avec la participation des Forces Françaises Libres, contre les troupes italiennes en Somalie, en Érythrée et en Éthiopie. Le duc d'Aoste, Commandant en Chef italien, capitulera en mai.
4 mars 1941: Dégarnissant leur front de Libye, les Anglais débarquent des troupes en Grèce pour prendre part aux combats contre l'Italie.
9 mars 1941: Le Congrés des Etats Unis a voté le lease and Lend Bill
14 mars 1941: Le Général de Gaulle quitte Londres pour l'Afrique.
27 mars 1941: Le roi Pierre II de Yougoslavie renvoie le gouvernement germanophile du Prince-Régent Paul, qui avait accepté d'adhérer au Pacte Triparti.
Discours prononcé à la réunion des « français de Grande bretagne» au Kingsway Hall à Londres le 1er mars 1941
Discours prononcé à la radio de Londres le 12 mars 1941
1 er Mars 1941
Monsieur le président, mesdames, messieurs,
Cette réunion de plusieurs milliers de bons Français et de bonnes Françaises, venus pour le seul motif qu'ils s'y trouveront ensemble et participeront en commun à la même émotion, est un réconfort pour chacun de nous. Mais il faut y voir aussi une preuve, entre beaucoup d'autres, d'un fait d'une très grande portée, à savoir le resserrement dans l'épreuve de la volonté nationale. Car la France est une, la France est indivisible, et nous savons tous que ce qui se passe dans le cœur des trois mille Français que nous sommes se passe en même temps dans celui des quarante-deux millions d'autres.
Une nation écrasée sur les champs de bataille, aux deux tiers occupée et, pour le reste, contrôlée par l'ennemi, vidée de ses ressources au profit de l'envahisseur, privée de toute possibilité de faire entendre sa voix, coupée de toute communication avec le reste du monde, travaillée par une presse et une radio à la discrétion de l'adversaire, soumise à une autorité dévoyée par le défaitisme et qui prétend identifier le salut avec le désastre, l'ordre avec la servitude, le devoir avec le déshonneur, voilà dans quelle situation sa défaite momentanée a placé notre France.
Certains ont pu douter que l'âme française y résistât. Il n'a pas manqué de gens hostiles, ou simplement légerrs, pour croire que, dans le désespoir, notre Patrie allait subir une sorte de dissolution morale. En France même, ces hommes qui n'ont de foi qu'en leurs billevesées et de loi que leur intérêt, ces hommes que la décadence de notre régime avait fait foisonner dans la politique, les armées, la presse, le monde, les affaires, se sont rués à la servitude. Enfin, une abominable propagande d'humiliation et de renoncement a réussi à influencer quelques esprits faibles et quelques cœurs mal accrochés. Cet ensemble de malveillances, de lâchetés, de médiocrités, put faire supposer que la France, atteinte aux sources de sa vie, tomberait dans l'état d'ast,hénie chronique où les nations perdent la volonté et jusqu'au goût de l'indépendance, bref, qu'elle ne serait plus autre chose qu'un grand souvenir du passé, une victime du présent, un accessoire de l'avenir.
Ah! quel démenti donne en ce moment notre peuple à ceux qui doutaient de lui! En fait, depuis la capitulation que des chefs affolés imposèrent à sa stupeur, mais non à son consentement, la nation française n'a pas un seul jour perdu la conscience de ce qu'elle est, ni la résolution de le demeurer. Bien mieux, dans toutes les villes, tous les bourgs, tous les villages, elle tisse le réseau secret de sa résistance. Nous savons ce que l'on pense et ce que l'on dit dans nos maisons, nos écoles, nos ateliers, nos marchés. Nous savons quels insignes se cachent sur les poitrines. Nous savons quels écrits circulent de main en main. Nous savons quelles inscriptions s'étalent sur les murs. Nous savons ce que signifient le regard détourné des hommes et le regard baissé des femmes qui croisent l'ennemi dans la rue. Nous avons connu l'immense silence qui, le 1er janvier, s'étendit sur la Patrie pendant l'Heure d'Espérance. Et, s'il fallait d'autres preuves, nous en citerions des milliers, autant de preuves que de volontaires venus jusqu'à nous, à travers quelles difficultés! Nous en aurions trente toutes récentes, les trente' braves que voici, incorporés hier.
Cependant, pour justifier leur abandon et légitimer leur autorité, les hommes qui ont fait l'armistice et saisi le pouvoir à Vichy s'efforcent, d'accord avec l'ennemi, de développer chez nous le complexe d'une prétendue culpabilité nationale. Suivant eux, la France serait une grande pécheresse, équitablement punie de ses fautes et qui doit s'abîmer dans l'expiation. Il paraîtrait que notre peuple, absorbé par ses intérêts, enivré par ses plaisirs, aurait négligé le travail, bafoué l'ordre, méconnu ses devoirs. Par surcroît, il se serait follement jeté dans la guerre, alors qu'au point de décadence où il était tombé, il n'avait rien d'autre à faire que se replier sur lui-même et laisser le champ libre aux autres. Dès lors, ayant succombé à l'inévitable défaite, le salut serait pour lui dans le repentir, le renoncement et la soumission. Quant à ceux des Français qui prétendent tirer leur pays du désastre, leur victoire impliquerait le plus grand malheur possible puisqu'elle mettrait un terme à l'équi:table châtiment.
On voit très bien comment une telle humilité fait le jeu de l'envahisseur. On voit également très bien qu'elle convienne aux régents qui se sont institués eux-mêmes les redresseurs des prétendus torts de la nation. Mais on voit surtout très bien qu'il y a là, d'abord, un mensonge, et, ensuite, un odieux prétexte à l'abaissement de la Patrie.
Il est faux que notre peuple ait mérité d'être opprimé, pillé, déshonoré. Le peuple français, au cours de la guerre précédente, a victorieusement supporté des pertes, enduré des sacrifices, déployé des efforts qui dépassent de très loin les pertes, les sacrifices et les efforts de tous les peuples sans exception. Ceux qui ont naguère bâti là-dessus ce qui fut leur gloire devraient être les derniers à l'oublier. Bien qu'ayant, pour la victoire commune, enseveli le tiers - le meilleur tiers - de notre jeunesse, dépensé la moitié de notre fortune nationale, subi d'immenses ravages, nous avons, par un miracle de labeur, reconstruit chez nous tout ce qui était dévasté, remis chacun au travail, restauré et accru notre production. Entre-temps, nous achevions d'édifier notre Empire, réalisant, au Maroc, en Tunisie, en Indochine et ailleurs, une œuvre qui suscitait l'admiration universelle, le tout sans préjudice d'une expansion magnifique de la pensée, de l'invention, de l'activité françaises.
Certes, ce n'est pas dire que tant de difficultés n'aient entraîné quelques secousses. Les vingt années écoulées entre les deux guerres ont été marquées, chez nous comme partout, par diverses crises économiques accompagnées d'escarmouches sociales. Certes, les abus du régime parlementaire, devenus intolérables, avaient eu pour conséquence un grave fléchissement de l'autorité dans l'Etat et dans les administrations. Certes, d'affreux scandales, politiques, judiciaires, policiers, avaient troublé l'opinion. Certes, on avait vu se produire des agitations fâcheuses. Mais de telles moisissures étaient superficielles. La vie profonde de la nation ne s'en trouvait pas altérée, et d'ailleurs, elle marquait déjà par mille signes sa volonté d'en guérir. Dans la balance où se pèsent le débit et le crédit des peuples, le poids de ces erreurs comptait peu par rapport à la somme énorme des mérites et des vertus de la France.
Il est vrai que le désastre de nos armées a pu paraître résulter d'une sorte de ruine interne, comme l'écroulement de l'édifice démontre soudain quelle était la gravité des lézardes. Il est de fait que, sous l'action de la force mécanique allemande, notre défense s'est trouvée foudroyée. Mais on connaît assez, aujourd'hui, quelle révolution subite l'avion et le char ont apportée dans l'art de la guerre pour ne pas admettre que la défaite fût imputable à l'impuissance du peuple français. Nos armées n'ont pas un seul jour repoussé le sacrifice, ni refusé l'obéissance, ni rompu les rangs. Jusqu'à la dernière minute, elles ont combattu partout où il leur fut possible de combattre. Mais elles ont été paralysées par un système de guerre nouveau, dont le propre est, précisément, que ni le nombre, ni le courage, ni la discipline, ne peuvent prévaloir contre lui et que rien n'est susceptible de lui faire équilibre, sinon un système de guerre de même nature et équivalent.
Notre défaite militaire est le simple résultat de conceptions périmées, au nom desquelles l'armée française fut préparée et commandée comme pour faire la guerre précédente, au lieu de voir renouveler, en vue de la guerre future, ses moyens, sa tactique et sa stratégie. Si la nation fut victime d'une telle aberration technique, comme elle l'avait été naguère à Crécy et à Sedan, cela n'implique nullement son infirmité son indignité. Quand, par hasard, dans la bataille, il fut donné à quelques-unes de nos troupes d'avoir en main les armes nécessaires, celles-là n'ont pas constaté qu'elles fussent inférieures à l'ennemi. Et je connais une certaine division cuirassée, improvisée en plein combat, qui fit subir aux Allemands exactement le même traitement que leurs onze Panzerdivisionen nous appliquèrent à nous mêmes.
Quant au fait que le peuple français entra dans la guerre en septembre 1939, alors qu'aucune menace immédiate ne pesait sur ses frontières, mais que son intervention devait attirer sur lui tout le poids de l'agression allemande, ce fut le contraire d'une outrecuidante folie. Devant la volonté de domination étalée par l'Allemagne hitlérienne, la France a réagi comme elle devait le faire. Certes, ses forces principales sont maintenant hors de combat. Certes, l'invasion et l'oppression ont déchaîné sur elle un cortège inouï de souffrances. Mais la France ne regrette rien. Elle sait qu'en refusant de combattre elle aurait assuré la domination des dictateurs et, du même coup, souscrit irrémédiablement à sa propre servitude. Le vieux peuple que nous sommes a assez vécu pour savoir qu'il est uri champion dont les hommes libres ne se passent pas. Il n'ignore pas davantage que sa propre indépendance implique l'appui de ceux qui s'opposent à la tyrannie. Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde.
En fait, notre pays, cette fois encore, a fait son devoir envers l'humanité et, bien qu'écrasé à l'avant-garde, continue à le faire par l'effort des Français Libres. C'est la force française qui permit à d'autres nations de se mettre en état de résister et de vaincre. Malgré le désastre, des forces françaises continuent le combat aux côtés de ces mêmes nations. Si d'Aguesseau a pu dire que, pour un homme, « le plus grand bien de ce monde est l'amour de son état», il est également vrai que, pour un peuple, la plus sûre étoile dans la tempête, c'est la fidélité à sa vocation.
Lorsqu'on mesure le courage que dans ses terribles épreuves montre la nation française, lorsqu'on évoque sa volonté, lorsqu'on pense à sa destinée, on ne peut se défendre à la fois d'une grande considération et d'une grande irritation à l'égard des moyens employés par l'ennemi pour empêcher son redressement. Après avoir vaincu nos armées sur le champ de bataille, il s'agissait pour l'ennemi de faire en sorte que la défaite s'étendît au peuple français tout entier, et qu'elle fût définitive. Il a su, dans ce but, utiliser habilement l'instrument que lui offrait, à point nommé, le pseudo-gouvernement enfermé dans la capitulation et qui n'en pouvait plus sortir. Ce que l'Allemagne et l'Italie peuvent encore redouter de la France, c'est d'abord la haine nationale qui les empêche d'utiliser chez nous, à leur gré, les hommes et les choses; c'est ensuite le déploiement des moyens puissants qui nous restent : notre Empire, notre flotte, notre or. Pour s'en garantir à bon compte, les ennemis emploient la faiblesse ou l'infamie de ceux qui ont décidé d'accepter la servitude et reproduisent la fable du renard qui, ayant la queue coupée, veut la couper aux autres. La colère nationale, c'est contre des Français que Vichy s'applique à la détourner. Lorsqu'il accuse les uns d'avoir été responsables de la guerre, les autres de vouloir la poursuivre, Vichy satisfait pleinement le désir et l'intérêt de l'envahisseur. Pour Hitler et pour Mussolini, quel enchantement et quel profit quand les gens qui prétendent constituer le . gouvernement de la France proclament avoir pour règle de leur politique, non seulement l'acceptation totale de la défaite, mais encore la collaboration avec les vainqueurs! Pour Hitler et pour Mussolini, quel enchantement et quel profit, quand les consignes données par Vichy et les illusions attachées à la personne des hommes qui y figurent ont pour résultat de neutraliser la deuxième flotte de l'Europe et le deuxième Empire du monde, tandis que Paris, Bordeaux, Lille, Reims, Strasbourg, sont aux mains du conquérant !
Encore faudrait-il beaucoup de naïveté pour se figurer qu'Hitler et Mussolini soient gens à se contenter de ces avantages négatifs. En combinant le chantage à la misère de la France, l'épouvante de l'occupation totale et la collaboration, ils veulent tirer de Vichy et de fait ils en tirent - un concours plus direct. Après avoir pillé le pays de toutes ses matières premières, dérobé notre fer de l'Est, notre charbon du Nord, notre potasse d'Alsace, notre bauxite du Dauphiné, ils organisent, d'accord avec Vichy, une certaine reprise de l'activité industrielle française, mais seulement pour celles de nos usines qu'ils feront travailler à leurs armements. Après avoir enlevé de nos granges, de nos meules et de nos .étables tout ce qui était nécessaire pour nourrir la population, ils utilisent Vichy pour faire venir de notre Empire et de l'étranger des denrées de ravitaillement dont ils s'attribuent la majeure partie. Après avoir fait prendre par Vichy les dispositions voulues pour que les Français Libres ne puissent rallier à la cause de la France une large part de l'Empire sans risquer une bataille entre Français, ils entreprennent de s'infiltrer en Mrique du Nord et Occidentale. La semaine dernière, 80 Allemands bien choisis sont arnves à Casablanca.. ,pour se répandre dans notre Maroc en attendant que d'autres suivent. En même temps, une commission, dite d'études, venue de Berlin, opérait dans notre Levant. Enfin, après avoir laissé les gens de Vichy gagner la confiance de divers milieux étrangers en s'attribuant à eux-mêmes les sympathies que mérite la France, l'ennemi exploite à présent leur propagande et leurs représentants pour faire naître au-dehors un trouble dangereux des esprits. Soyons sûrs que les dictateurs ne comptent pas s'en tenir là. Soyons sûrs que, jouant encore de la crainte, de l'ambition, du déshonneur de leurs collaborateurs, ils projettent de poursuivre la désagrégation progressive de la Patrie et de l'Empire, afin d'y réaliser cet asservissement complet à quoi Mein Kampf voue insolemment la France.
Mais, si compacte est maintenant la résolution du pays que les portes mêmes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.
Tout l'appareil des encensoirs et des cantates, tout l'attirail des chaînes et des bâillons, ne pourront plus rien changer à l'unité nationale refaite par mille canaux secrets et communiquants. Il n'est point jusqu'à Vichy qui n'en révèle les conséquences par de continuels changements de structure et de personnes. Il n'est point jusqu'au plus acharné des thuriféraires de l'ennemi qui ne déclare dans un journal à gages que prêcher la collaboration, c'est prêcher dans le désert.
La cause est entendue ! La nation repousse la soumission, la nation ne se reconnaît ni décadente, ni coupable, la nation n'éprouve à l'égard de l'ennemi d'autre sentiment que l'âpre désir de le mettre un jour en pièces, la nation n'a qu'une espérance : la Victoire, et qu'une pensée : celle de ses enfants qui combattent pour la lui donner et qui, rejetant l'ordre nouveau avec tout le fatras du désastre, veulent une France nouvelle.
Mais puisqu'il n'y a plus d'autre expression de la volonté de la France que la voix, l'action, les armes des Français Libres, puisqu'il est démontré que cette voix, cette action, ces armes sont les seuls arguments qui restent à la patrie, nous prétendons nous en servir pour dire et faire ce qu'elle veut. Jusqu'au jour où elle aura recouvré la possibilité de s'exprimer tout entière, c'est à nous qu'il appartient de le faire en son nom. Gérants provisoires, mais résolus, de son patrimoine moral et matériel, uniquement inspirés par la volonté de la servir et de la défendre, non seulement nous dirigerons dans le combat pour sa libération toutes celles de ses forces dont nous pourrons disposer, non seulement nous ferons régner ses lois et sa justice dans ceux de ses territoires où s'exerce notre autorité, non seulement nous lui garderons ses alliances et ses amitiés, mais encore nous lui servirons, à l'intérieur, de guide et de secours et nous ferons valoir, au-dehors, tous ses droits.
Dans cette guerre, la plus grande de l'Histoire, la France n'aura pas donné sa démission d'elle-même. Déjà, grâce à nous, son effort renaît, sur terre, sur mer, dans les airs, aussi bien que dans le domaine des influences morales, sociales, spirituelles. Liée par nous, à la vie, à la mort, avec ses admirables Alliés, la France, couverte de sang et de larmes, mais fidèle à sa grandeur, poursuit la route du salut. homme par homme, morceau par morceau, elle redeviendra libre et forte, rassemblée, comme le sont ses trois mille enfants réunis ce soir, sous le signe désormais national de notre Croix de Lorraine.
La France, avec nous !
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12 Mars 1941
Au nom de la nation française, je remercie les États-Unis d'Amérique de la décision qu'ils viennent de prendre, sur l'initiative du Président Roosevelt, en ce qui concerne l'armement des peuples qui combattent pour la liberté.
Cette décision a une portée morale immense.
Elle aura, dans l'ordre matériel, des conséquencescolossales.
Du point de vue moral, cette décision signifie que l'Amérique a pris ouvertement parti. Elle a jugé, une fois pour toutes, que la tyrannie des Dictateurs constitue le plus grand danger et la plus grande infamie qui aient jamais menacé le monde. L'Amérique a résolu d'assurer la défaite de l'ennemi par le plus vaste effort d'armement que l'univers ait jamais vu. Mais, en outre, les États-Unis, témoins très bien renseignés, manifestent avec éclat leur confiance dans la victoire des Alliés. Car un peuple aussi avisé, quelles que puissent être ses sympathies, ne prêterait pas à fonds perdus d'aussi gigantesques ressources à des gens qu'il croirait condamnés.
Du point de vue matériel, le concours illimité de l'Amérique apporte à nos alliés et aux Français Libres la certitude d'une supériorité croissante et implacable des moyens. Cette guerre est une guerre mécanique. La puissance militaire s'y mesure presque exclusivement au nombre et à la qualité des machines de combat. Il n'y a pas eu, depuis le premier jour du conflit, il n'y aura pas, jusqu'au dernier, de résultats tactiques, ni stratégiques, importants, sinon par l'action des engins mécaniques. Or, l'industrie américaine est en mesure de produire, et va produire effectivement, pour les donner aux Alliés, tant de navires, tant d'avions, tant de chars, que l'ennemi, martyrisé plus durement chaque jour, n'échappera pas à l'écrasement final.
Aucun homme sensé ne niera qu'il doive se produire jusque-là de multiples péripéties. L'ennemi auquel nous avons affaire est tout à fait capable de remporter encore des succès. Mais la décision prise par les États-Unis le place dans une situation sans issue. Le filet est jeté sur le fauve.
La France continue la guerre. Elle la continue par sa résistance nationale à la soumission et à la collaboration. Elle la continue par l'effort guerrier d'une partie de ses territoires, de son armée, de sa marine, de son aviation. Des hommes sans conscience ou sans réflexion ont pu croire que le rôle de la France dans la guerre était terminé. Or, depuis l'effondrement momentané qui suivit le soi-disant arrmstice, ce rôle n'a cessé de s'étendre. La volonté nationale est maintenant redressée, là même et là surtout où la présence de l'ennemi se fait le plus lourdement sentir. La France a des marins belligérants sur toutes les mers. Elle a des aviateurs combattant dans tous les ciels. Ses drapeaux flottent sur tous les champs de bataille. A mesure que passeront les jours, j'affirme que ce poids pèsera plus lourd dans la balance. La France, elle aussi, gagnera la guerre.
Quant aux traîtres ou aux malheureux qui, abusant de la confiance et de la détresse du peuple et faisant le jeu de l'ennemi, ont saisi le pouvoir pour souscrire à la servitude, pour interdire le chemin du devoir à tant de bons Français dans l'Empire et dans la flotte et pour s'enfoncer, heure par heure, plus avant dans le déshonneur de la collaboration, leur provisoire fortune s'écroulera à mesure que reparaîtra la fortune éternelle de la France. Malheur à ceux qui ont joué la défaite de la patrie! Il vaudrait mieux, pour eux, qu'ils ne fussent jamais nés.
La France, avec nous!
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Discours prononcé à la radio de Londres le 12 mars 1941
1 er Mars 1941
Monsieur le président, mesdames, messieurs,
Cette réunion de plusieurs milliers de bons Français et de bonnes Françaises, venus pour le seul motif qu'ils s'y trouveront ensemble et participeront en commun à la même émotion, est un réconfort pour chacun de nous. Mais il faut y voir aussi une preuve, entre beaucoup d'autres, d'un fait d'une très grande portée, à savoir le resserrement dans l'épreuve de la volonté nationale. Car la France est une, la France est indivisible, et nous savons tous que ce qui se passe dans le cœur des trois mille Français que nous sommes se passe en même temps dans celui des quarante-deux millions d'autres.
Une nation écrasée sur les champs de bataille, aux deux tiers occupée et, pour le reste, contrôlée par l'ennemi, vidée de ses ressources au profit de l'envahisseur, privée de toute possibilité de faire entendre sa voix, coupée de toute communication avec le reste du monde, travaillée par une presse et une radio à la discrétion de l'adversaire, soumise à une autorité dévoyée par le défaitisme et qui prétend identifier le salut avec le désastre, l'ordre avec la servitude, le devoir avec le déshonneur, voilà dans quelle situation sa défaite momentanée a placé notre France.
Certains ont pu douter que l'âme française y résistât. Il n'a pas manqué de gens hostiles, ou simplement légerrs, pour croire que, dans le désespoir, notre Patrie allait subir une sorte de dissolution morale. En France même, ces hommes qui n'ont de foi qu'en leurs billevesées et de loi que leur intérêt, ces hommes que la décadence de notre régime avait fait foisonner dans la politique, les armées, la presse, le monde, les affaires, se sont rués à la servitude. Enfin, une abominable propagande d'humiliation et de renoncement a réussi à influencer quelques esprits faibles et quelques cœurs mal accrochés. Cet ensemble de malveillances, de lâchetés, de médiocrités, put faire supposer que la France, atteinte aux sources de sa vie, tomberait dans l'état d'ast,hénie chronique où les nations perdent la volonté et jusqu'au goût de l'indépendance, bref, qu'elle ne serait plus autre chose qu'un grand souvenir du passé, une victime du présent, un accessoire de l'avenir.
Ah! quel démenti donne en ce moment notre peuple à ceux qui doutaient de lui! En fait, depuis la capitulation que des chefs affolés imposèrent à sa stupeur, mais non à son consentement, la nation française n'a pas un seul jour perdu la conscience de ce qu'elle est, ni la résolution de le demeurer. Bien mieux, dans toutes les villes, tous les bourgs, tous les villages, elle tisse le réseau secret de sa résistance. Nous savons ce que l'on pense et ce que l'on dit dans nos maisons, nos écoles, nos ateliers, nos marchés. Nous savons quels insignes se cachent sur les poitrines. Nous savons quels écrits circulent de main en main. Nous savons quelles inscriptions s'étalent sur les murs. Nous savons ce que signifient le regard détourné des hommes et le regard baissé des femmes qui croisent l'ennemi dans la rue. Nous avons connu l'immense silence qui, le 1er janvier, s'étendit sur la Patrie pendant l'Heure d'Espérance. Et, s'il fallait d'autres preuves, nous en citerions des milliers, autant de preuves que de volontaires venus jusqu'à nous, à travers quelles difficultés! Nous en aurions trente toutes récentes, les trente' braves que voici, incorporés hier.
Cependant, pour justifier leur abandon et légitimer leur autorité, les hommes qui ont fait l'armistice et saisi le pouvoir à Vichy s'efforcent, d'accord avec l'ennemi, de développer chez nous le complexe d'une prétendue culpabilité nationale. Suivant eux, la France serait une grande pécheresse, équitablement punie de ses fautes et qui doit s'abîmer dans l'expiation. Il paraîtrait que notre peuple, absorbé par ses intérêts, enivré par ses plaisirs, aurait négligé le travail, bafoué l'ordre, méconnu ses devoirs. Par surcroît, il se serait follement jeté dans la guerre, alors qu'au point de décadence où il était tombé, il n'avait rien d'autre à faire que se replier sur lui-même et laisser le champ libre aux autres. Dès lors, ayant succombé à l'inévitable défaite, le salut serait pour lui dans le repentir, le renoncement et la soumission. Quant à ceux des Français qui prétendent tirer leur pays du désastre, leur victoire impliquerait le plus grand malheur possible puisqu'elle mettrait un terme à l'équi:table châtiment.
On voit très bien comment une telle humilité fait le jeu de l'envahisseur. On voit également très bien qu'elle convienne aux régents qui se sont institués eux-mêmes les redresseurs des prétendus torts de la nation. Mais on voit surtout très bien qu'il y a là, d'abord, un mensonge, et, ensuite, un odieux prétexte à l'abaissement de la Patrie.
Il est faux que notre peuple ait mérité d'être opprimé, pillé, déshonoré. Le peuple français, au cours de la guerre précédente, a victorieusement supporté des pertes, enduré des sacrifices, déployé des efforts qui dépassent de très loin les pertes, les sacrifices et les efforts de tous les peuples sans exception. Ceux qui ont naguère bâti là-dessus ce qui fut leur gloire devraient être les derniers à l'oublier. Bien qu'ayant, pour la victoire commune, enseveli le tiers - le meilleur tiers - de notre jeunesse, dépensé la moitié de notre fortune nationale, subi d'immenses ravages, nous avons, par un miracle de labeur, reconstruit chez nous tout ce qui était dévasté, remis chacun au travail, restauré et accru notre production. Entre-temps, nous achevions d'édifier notre Empire, réalisant, au Maroc, en Tunisie, en Indochine et ailleurs, une œuvre qui suscitait l'admiration universelle, le tout sans préjudice d'une expansion magnifique de la pensée, de l'invention, de l'activité françaises.
Certes, ce n'est pas dire que tant de difficultés n'aient entraîné quelques secousses. Les vingt années écoulées entre les deux guerres ont été marquées, chez nous comme partout, par diverses crises économiques accompagnées d'escarmouches sociales. Certes, les abus du régime parlementaire, devenus intolérables, avaient eu pour conséquence un grave fléchissement de l'autorité dans l'Etat et dans les administrations. Certes, d'affreux scandales, politiques, judiciaires, policiers, avaient troublé l'opinion. Certes, on avait vu se produire des agitations fâcheuses. Mais de telles moisissures étaient superficielles. La vie profonde de la nation ne s'en trouvait pas altérée, et d'ailleurs, elle marquait déjà par mille signes sa volonté d'en guérir. Dans la balance où se pèsent le débit et le crédit des peuples, le poids de ces erreurs comptait peu par rapport à la somme énorme des mérites et des vertus de la France.
Il est vrai que le désastre de nos armées a pu paraître résulter d'une sorte de ruine interne, comme l'écroulement de l'édifice démontre soudain quelle était la gravité des lézardes. Il est de fait que, sous l'action de la force mécanique allemande, notre défense s'est trouvée foudroyée. Mais on connaît assez, aujourd'hui, quelle révolution subite l'avion et le char ont apportée dans l'art de la guerre pour ne pas admettre que la défaite fût imputable à l'impuissance du peuple français. Nos armées n'ont pas un seul jour repoussé le sacrifice, ni refusé l'obéissance, ni rompu les rangs. Jusqu'à la dernière minute, elles ont combattu partout où il leur fut possible de combattre. Mais elles ont été paralysées par un système de guerre nouveau, dont le propre est, précisément, que ni le nombre, ni le courage, ni la discipline, ne peuvent prévaloir contre lui et que rien n'est susceptible de lui faire équilibre, sinon un système de guerre de même nature et équivalent.
Notre défaite militaire est le simple résultat de conceptions périmées, au nom desquelles l'armée française fut préparée et commandée comme pour faire la guerre précédente, au lieu de voir renouveler, en vue de la guerre future, ses moyens, sa tactique et sa stratégie. Si la nation fut victime d'une telle aberration technique, comme elle l'avait été naguère à Crécy et à Sedan, cela n'implique nullement son infirmité son indignité. Quand, par hasard, dans la bataille, il fut donné à quelques-unes de nos troupes d'avoir en main les armes nécessaires, celles-là n'ont pas constaté qu'elles fussent inférieures à l'ennemi. Et je connais une certaine division cuirassée, improvisée en plein combat, qui fit subir aux Allemands exactement le même traitement que leurs onze Panzerdivisionen nous appliquèrent à nous mêmes.
Quant au fait que le peuple français entra dans la guerre en septembre 1939, alors qu'aucune menace immédiate ne pesait sur ses frontières, mais que son intervention devait attirer sur lui tout le poids de l'agression allemande, ce fut le contraire d'une outrecuidante folie. Devant la volonté de domination étalée par l'Allemagne hitlérienne, la France a réagi comme elle devait le faire. Certes, ses forces principales sont maintenant hors de combat. Certes, l'invasion et l'oppression ont déchaîné sur elle un cortège inouï de souffrances. Mais la France ne regrette rien. Elle sait qu'en refusant de combattre elle aurait assuré la domination des dictateurs et, du même coup, souscrit irrémédiablement à sa propre servitude. Le vieux peuple que nous sommes a assez vécu pour savoir qu'il est uri champion dont les hommes libres ne se passent pas. Il n'ignore pas davantage que sa propre indépendance implique l'appui de ceux qui s'opposent à la tyrannie. Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde.
En fait, notre pays, cette fois encore, a fait son devoir envers l'humanité et, bien qu'écrasé à l'avant-garde, continue à le faire par l'effort des Français Libres. C'est la force française qui permit à d'autres nations de se mettre en état de résister et de vaincre. Malgré le désastre, des forces françaises continuent le combat aux côtés de ces mêmes nations. Si d'Aguesseau a pu dire que, pour un homme, « le plus grand bien de ce monde est l'amour de son état», il est également vrai que, pour un peuple, la plus sûre étoile dans la tempête, c'est la fidélité à sa vocation.
Lorsqu'on mesure le courage que dans ses terribles épreuves montre la nation française, lorsqu'on évoque sa volonté, lorsqu'on pense à sa destinée, on ne peut se défendre à la fois d'une grande considération et d'une grande irritation à l'égard des moyens employés par l'ennemi pour empêcher son redressement. Après avoir vaincu nos armées sur le champ de bataille, il s'agissait pour l'ennemi de faire en sorte que la défaite s'étendît au peuple français tout entier, et qu'elle fût définitive. Il a su, dans ce but, utiliser habilement l'instrument que lui offrait, à point nommé, le pseudo-gouvernement enfermé dans la capitulation et qui n'en pouvait plus sortir. Ce que l'Allemagne et l'Italie peuvent encore redouter de la France, c'est d'abord la haine nationale qui les empêche d'utiliser chez nous, à leur gré, les hommes et les choses; c'est ensuite le déploiement des moyens puissants qui nous restent : notre Empire, notre flotte, notre or. Pour s'en garantir à bon compte, les ennemis emploient la faiblesse ou l'infamie de ceux qui ont décidé d'accepter la servitude et reproduisent la fable du renard qui, ayant la queue coupée, veut la couper aux autres. La colère nationale, c'est contre des Français que Vichy s'applique à la détourner. Lorsqu'il accuse les uns d'avoir été responsables de la guerre, les autres de vouloir la poursuivre, Vichy satisfait pleinement le désir et l'intérêt de l'envahisseur. Pour Hitler et pour Mussolini, quel enchantement et quel profit quand les gens qui prétendent constituer le . gouvernement de la France proclament avoir pour règle de leur politique, non seulement l'acceptation totale de la défaite, mais encore la collaboration avec les vainqueurs! Pour Hitler et pour Mussolini, quel enchantement et quel profit, quand les consignes données par Vichy et les illusions attachées à la personne des hommes qui y figurent ont pour résultat de neutraliser la deuxième flotte de l'Europe et le deuxième Empire du monde, tandis que Paris, Bordeaux, Lille, Reims, Strasbourg, sont aux mains du conquérant !
Encore faudrait-il beaucoup de naïveté pour se figurer qu'Hitler et Mussolini soient gens à se contenter de ces avantages négatifs. En combinant le chantage à la misère de la France, l'épouvante de l'occupation totale et la collaboration, ils veulent tirer de Vichy et de fait ils en tirent - un concours plus direct. Après avoir pillé le pays de toutes ses matières premières, dérobé notre fer de l'Est, notre charbon du Nord, notre potasse d'Alsace, notre bauxite du Dauphiné, ils organisent, d'accord avec Vichy, une certaine reprise de l'activité industrielle française, mais seulement pour celles de nos usines qu'ils feront travailler à leurs armements. Après avoir enlevé de nos granges, de nos meules et de nos .étables tout ce qui était nécessaire pour nourrir la population, ils utilisent Vichy pour faire venir de notre Empire et de l'étranger des denrées de ravitaillement dont ils s'attribuent la majeure partie. Après avoir fait prendre par Vichy les dispositions voulues pour que les Français Libres ne puissent rallier à la cause de la France une large part de l'Empire sans risquer une bataille entre Français, ils entreprennent de s'infiltrer en Mrique du Nord et Occidentale. La semaine dernière, 80 Allemands bien choisis sont arnves à Casablanca.. ,pour se répandre dans notre Maroc en attendant que d'autres suivent. En même temps, une commission, dite d'études, venue de Berlin, opérait dans notre Levant. Enfin, après avoir laissé les gens de Vichy gagner la confiance de divers milieux étrangers en s'attribuant à eux-mêmes les sympathies que mérite la France, l'ennemi exploite à présent leur propagande et leurs représentants pour faire naître au-dehors un trouble dangereux des esprits. Soyons sûrs que les dictateurs ne comptent pas s'en tenir là. Soyons sûrs que, jouant encore de la crainte, de l'ambition, du déshonneur de leurs collaborateurs, ils projettent de poursuivre la désagrégation progressive de la Patrie et de l'Empire, afin d'y réaliser cet asservissement complet à quoi Mein Kampf voue insolemment la France.
Mais, si compacte est maintenant la résolution du pays que les portes mêmes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.
Tout l'appareil des encensoirs et des cantates, tout l'attirail des chaînes et des bâillons, ne pourront plus rien changer à l'unité nationale refaite par mille canaux secrets et communiquants. Il n'est point jusqu'à Vichy qui n'en révèle les conséquences par de continuels changements de structure et de personnes. Il n'est point jusqu'au plus acharné des thuriféraires de l'ennemi qui ne déclare dans un journal à gages que prêcher la collaboration, c'est prêcher dans le désert.
La cause est entendue ! La nation repousse la soumission, la nation ne se reconnaît ni décadente, ni coupable, la nation n'éprouve à l'égard de l'ennemi d'autre sentiment que l'âpre désir de le mettre un jour en pièces, la nation n'a qu'une espérance : la Victoire, et qu'une pensée : celle de ses enfants qui combattent pour la lui donner et qui, rejetant l'ordre nouveau avec tout le fatras du désastre, veulent une France nouvelle.
Mais puisqu'il n'y a plus d'autre expression de la volonté de la France que la voix, l'action, les armes des Français Libres, puisqu'il est démontré que cette voix, cette action, ces armes sont les seuls arguments qui restent à la patrie, nous prétendons nous en servir pour dire et faire ce qu'elle veut. Jusqu'au jour où elle aura recouvré la possibilité de s'exprimer tout entière, c'est à nous qu'il appartient de le faire en son nom. Gérants provisoires, mais résolus, de son patrimoine moral et matériel, uniquement inspirés par la volonté de la servir et de la défendre, non seulement nous dirigerons dans le combat pour sa libération toutes celles de ses forces dont nous pourrons disposer, non seulement nous ferons régner ses lois et sa justice dans ceux de ses territoires où s'exerce notre autorité, non seulement nous lui garderons ses alliances et ses amitiés, mais encore nous lui servirons, à l'intérieur, de guide et de secours et nous ferons valoir, au-dehors, tous ses droits.
Dans cette guerre, la plus grande de l'Histoire, la France n'aura pas donné sa démission d'elle-même. Déjà, grâce à nous, son effort renaît, sur terre, sur mer, dans les airs, aussi bien que dans le domaine des influences morales, sociales, spirituelles. Liée par nous, à la vie, à la mort, avec ses admirables Alliés, la France, couverte de sang et de larmes, mais fidèle à sa grandeur, poursuit la route du salut. homme par homme, morceau par morceau, elle redeviendra libre et forte, rassemblée, comme le sont ses trois mille enfants réunis ce soir, sous le signe désormais national de notre Croix de Lorraine.
La France, avec nous !
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12 Mars 1941
Au nom de la nation française, je remercie les États-Unis d'Amérique de la décision qu'ils viennent de prendre, sur l'initiative du Président Roosevelt, en ce qui concerne l'armement des peuples qui combattent pour la liberté.
Cette décision a une portée morale immense.
Elle aura, dans l'ordre matériel, des conséquencescolossales.
Du point de vue moral, cette décision signifie que l'Amérique a pris ouvertement parti. Elle a jugé, une fois pour toutes, que la tyrannie des Dictateurs constitue le plus grand danger et la plus grande infamie qui aient jamais menacé le monde. L'Amérique a résolu d'assurer la défaite de l'ennemi par le plus vaste effort d'armement que l'univers ait jamais vu. Mais, en outre, les États-Unis, témoins très bien renseignés, manifestent avec éclat leur confiance dans la victoire des Alliés. Car un peuple aussi avisé, quelles que puissent être ses sympathies, ne prêterait pas à fonds perdus d'aussi gigantesques ressources à des gens qu'il croirait condamnés.
Du point de vue matériel, le concours illimité de l'Amérique apporte à nos alliés et aux Français Libres la certitude d'une supériorité croissante et implacable des moyens. Cette guerre est une guerre mécanique. La puissance militaire s'y mesure presque exclusivement au nombre et à la qualité des machines de combat. Il n'y a pas eu, depuis le premier jour du conflit, il n'y aura pas, jusqu'au dernier, de résultats tactiques, ni stratégiques, importants, sinon par l'action des engins mécaniques. Or, l'industrie américaine est en mesure de produire, et va produire effectivement, pour les donner aux Alliés, tant de navires, tant d'avions, tant de chars, que l'ennemi, martyrisé plus durement chaque jour, n'échappera pas à l'écrasement final.
Aucun homme sensé ne niera qu'il doive se produire jusque-là de multiples péripéties. L'ennemi auquel nous avons affaire est tout à fait capable de remporter encore des succès. Mais la décision prise par les États-Unis le place dans une situation sans issue. Le filet est jeté sur le fauve.
La France continue la guerre. Elle la continue par sa résistance nationale à la soumission et à la collaboration. Elle la continue par l'effort guerrier d'une partie de ses territoires, de son armée, de sa marine, de son aviation. Des hommes sans conscience ou sans réflexion ont pu croire que le rôle de la France dans la guerre était terminé. Or, depuis l'effondrement momentané qui suivit le soi-disant arrmstice, ce rôle n'a cessé de s'étendre. La volonté nationale est maintenant redressée, là même et là surtout où la présence de l'ennemi se fait le plus lourdement sentir. La France a des marins belligérants sur toutes les mers. Elle a des aviateurs combattant dans tous les ciels. Ses drapeaux flottent sur tous les champs de bataille. A mesure que passeront les jours, j'affirme que ce poids pèsera plus lourd dans la balance. La France, elle aussi, gagnera la guerre.
Quant aux traîtres ou aux malheureux qui, abusant de la confiance et de la détresse du peuple et faisant le jeu de l'ennemi, ont saisi le pouvoir pour souscrire à la servitude, pour interdire le chemin du devoir à tant de bons Français dans l'Empire et dans la flotte et pour s'enfoncer, heure par heure, plus avant dans le déshonneur de la collaboration, leur provisoire fortune s'écroulera à mesure que reparaîtra la fortune éternelle de la France. Malheur à ceux qui ont joué la défaite de la patrie! Il vaudrait mieux, pour eux, qu'ils ne fussent jamais nés.
La France, avec nous!
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