Discours prononcé à la radio de Brazzaville le 10 Mai 1941
Discours prononcé à la radio de Brazzaville le 18 Mai 1941

10 Mai 1941

De Brazzaville, le Général de Gaulle demande à tous les Français de se rassembler moralement en une heure de silence le 11 mai, fête nationale de Jeanne d'Arc.

Un pays aux trois quarts conquis. La plupart des hommes en place collaborant avec l'ennemi. Paris, Bordeaux, Orléans, Reims, devenus garnisons étrangères. Un représentant de j'envahisseur dictant la loi dans la capitale. La trahison partout étalée. La famine à l'état chronique. Un régime ignoble de terreur et de' délation organisé aux champs, comme à la ville. Les soldats cachant leurs armes, les chefs leur chagrin, les Français leur fureur.

Telle était, en surface, la France, il y a cinq cent douze ans, quand Jeanne d'Arc parut pour remplir sa mission. Telle est, en surface, la France d'aujourd'hui.

Je dis en surface, car, en 1429, malgré l'oppression, la honte, la douleur, les gens ne se résignaient pas. Je dis en surface, car, en 1941, la nation ronge en silence le frein de la servitude. Jadis, c'est de cette foi et de cette espérance secrètes que l'épée de Jeanne d'Arc fit jaillir le grand élan qui bouta l'ennemi hors de France. Demain, les armes de ceux qui se battent pour la patrie chasseront l'ennemi de chez nous, parce que la même foi et la même espérance survivent dans l'âme des Français.

Jeanne d'Arc! bonne Française, pure Française, sainte Française, demain 11 mai, fête nationale, votre fête, tous les Français seront unis dans la volonté de libération. Demain 11 mai, de 15 heures à 16 heures, tous les Français seront présents sur les promenades publiques de nos villes et de nos villages. En silence, des millions de regards ré~iproquement échangés ranimeront dans tous les cœurs la flamme de la résistance nationale.

Jeanne d'Arc! demain 11 mai, sous votre égide, les Français se reconnaîtront.

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18 Mai 1941

Darlan a vu Hitler à Berchtesgaden, Le 7 mai, il a signé un accord avec l'Allemagne.

Ainsi, les gens de Vichy livrent la Syrie aux Allemands. Demain ils en feront autant pour l'Afrique du Nord et pour l'Afrique Occidentale Française.

La presse allemande nous annonce déjà (c que le continent noir sera enfin placé sous une direction unique n.
La France écrasée, bâillonnée, inscrit cette nouvelle trahison au compte des coupables, certaine de pouvoir un jour faire peser sur eux sa justice.

En attendant, ce qui se passe ne peut causer la moindre surprise.
Pour poursuivre la guerre mondiale, l'ennemi a besoin de notre Empire. Cela est inscrit sur la carte. Ses collaborateurs de Vichy ont pour rôle de lui frayer la route. Ils le font.
Pour l'ennemi, il fallait d'abord faire en sorte que l'Empire se résignât à l'Armistice.

Il fallait ensuite y pratiquer une démoralisation progressive, de manière à s'y infiltrer peu à peu. Il fallait, en attendant, obtenir de certaines nations étrangères les facilités voulues pour le ravitaiilement de nos colonies. Pour couvrir ces opérations, rien ne devait être plus efficace que les débris du prestige de quelques grands personnages que leur déchéance voue à la servitude. A la faveur des illusions créées par le nom de ces gens dans l'Empire et à l'étranger, l'ennemi pouvait préparer le terrain, jusqu'au jour où Hitler jugerait le moment venu d'y envoyer ses avions et ses troupes.
Je ne fais aucune difficulté pour reconnaître que ce plan de l'envahisseur est sur le point de réussir partiellement.

Toutefois, je dis partiellement, car il s'est trouvé, pour l'honneur de la France, que les Français Libres ont pu agir à temps dans une large partie de l'Empire et l'arracher au marché infâme conclu entre l'ennemi et ses collaborateurs. Je dis partiel¬lement, parce que les Français Libres ont trouvé le moyen de refaire une armée, une flotte, une aviation combattantes, et que rien n'est perdu pour un peuple tant que ses drapeaux flottent sur les champs de bataille.

Je dis partiellement, car la nation française, soutenue par l'espérance, résiste par tous les moyens - que lui laissent le mensonge, les chaînes et le bâillon : à preuve la colossale manifestation nationale qui, à notre appel, s'est déroulée dans toutes nos villes et dans tous nos villages, le lImai, fête de Jeanne d'Arc. Mais, au point où en est le drame, j'ai, moi, le chef des Français Libres, quelque chose à dire aux peuples étrangers et quel¬que chose à dire aux Français.

Aux étrangers, je déclare qu'on n'a pas le droit de confondre la nation française avec les chefs indignes qui ont, par abus de confiance, usurpé le pouvoir chez elle et trompé ses amis pour le compte de ses ennemis. L'âme, la volonté, l'avenir de la nation française sont avec ceux qui portent ses armes au combat et non avec un quarteron de généraux déshonorés.
Aux Français, j'affirme que le devoir consiste dans la révolte vis-à-vis des traîtres qui livrent l'Empire après avoir livré la patrie.

Partout où un Français en a la possibilité physique, il doit se garder d'obéir à ces gens-là. Partout où, dans l'Empire envahi, des Français peuvent se servir des armes, ils doivent le faire contre l'ennemi et contre les chefs de trahison.

La France, avec nous!

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