Une Histoire de France ou de fric ?
Par Jean Heron, mercredi 11 juin 2008 à 08:57 :: Culture :: #591 :: Commentaires rss
Le Monde a la bonne idée de rééditer la fameuse Histoire de France en Bande Dessinée, publiée par les éditions Larousse en 1980 et qui avait connu un "franc" succès. Elle traitait en 16 tomes de manière chronologique des périodes majeures de 2.000 ans d'histoire de la France. Un succès tel qu’elle fut suivie d’une Histoire du Monde puis des Grandes Découvertes.
Une réédition attendue depuis de trop nombreuses années et qui ne manquera pas de se révéler une très bonne opération financière pour le Monde qui de plus en rééditant ce grand classique familial offre ainsi à toute une nouvelle génération d'élève la possibilité de découvrir de manière non scolaire l'histoire de leur pays ...
Le Monde débute cette collection à partir du 7 juin avec son édition datée du dimanche-lundi.
Une réédition attendue depuis de trop nombreuses années et qui ne manquera pas de se révéler une très bonne opération financière pour le Monde qui de plus en rééditant ce grand classique familial offre ainsi à toute une nouvelle génération d'élève la possibilité de découvrir de manière non scolaire l'histoire de leur pays ...
Le Monde débute cette collection à partir du 7 juin avec son édition datée du dimanche-lundi.
Ma première réaction a été de me demander si Le Monde publiera telle quelle cette Histoire sans rien changer du contenu initial. Une question légitime pour deux raisons.
La première est que la vision actuelle véhiculée par certains, dans une certaine gauche surtout qui n'est plus la mienne, ne s'accorde plus avec l'apprentissage de la chronologie. Voir qui fait commencer l'Histoire de la France et l'identifie avec des évènements systématiquement présentés comme négatifs.
La seconde surtout est que cette Histoire, faite pour des enfants, véhiculait pour celle ou celui qui la découvrait sous cette forme ludique la fierté naturelle d'un passé parfois certes haut en couleur ou sombre mais au final riche d'épopées et de hautes réalisations civilisationelles. Un passé qui faisait le lien avec le présent en expliquant les origines et les continuités, par delà toutes les ruptures. Une histoire donc qui permettait de recevoir ce passé comme une héritage à considérer comme une chance. Je m'attendais donc à ce que le Monde publie une version modernisée voir reprenne le concept pour l'adapter à la doxa officielle en cours dans nos écoles...
Je fus donc surpris de constater que l'édition réédité était bien l'édition originale ... Mais ...
Chaque volume est désormais préfacé par un historien spécialiste de l'époque.
Et en lisant cette première préface on ne que se poser la question de la logique qui a prévalue à cette réédition.
Car ce préambule, lui réaffirme la doxa en cours et sonne comme un avertissement. Attention chers parents, attentions chers enfants, cette histoire n'en est pas une : ce que véhicule cette BD renoue " avec une conception romantique , et donc un peu obsolète du passé". "Mais le plus important est de souligner la vision de l'histoire dont est porteuse cette bande dessinée : vision fondée sur un "roman national" qui remonte au petit Lavisse, célèbre manuel scolaire en usage de la IIIème à la IV République". (…) « Ce qui structure ce récit, en effet c'est la volonté d'enraciner la France dans le passé le plus reculé possible, afin d'établir une continuité naturelle de la Gaule à la France. »
Oulala on l’aura compris il y a danger …
Et il n'est pas neutre que le titre de cette présentation s'intitule : "L'adieux à nos ancêtres les Gaulois et aux Barbares".
Quelle que soit la qualité des remarques contenues dans cette préface, elles semblent toute de même exagérée une fois la BD lue. Cette bande dessinée est beaucoup plus nuancée que ne le laisse penser l’historien de service du Monde. Et au final on se demande si il n’y a pas un procès plus sur l’intention que sur le contenu. Un contenu qui effectivement parle aussi de valeurs d’héroïsme, de sacrifices rapportées à la défense de l‘identité. Un thème mal venu aujourd’hui au sein de l’éducation nationale qui préfère enseigner les identités et certaine mémoires blessées, forcément blessées. Avec le résultat que l’on sait.
L’auteur de la préface oublie aussi que le public visé est avant tout celui des enfants. Et que la focalisation sur des évènements bien particuliers, sous formes de tableaux plutôt héroïques, fait partie de la construction même de l'identité d'une bande dessinée. C'est un genre en soi. Que cela soit insuffisant pour expliquer l’histoire de ces périodes, est vrai mais cela permet aussi d’introduire une réalité essentielle de toute histoire : la perpétuation des guerres y compris civiles, des invasions , et par delà la fragilité même de toute civilisation. Une leçon aujourd’hui tabou et ignorée par des enseignants qui considèrent l’Histoire, non plus comme une branche essentielle de la connaissance qui à partir d’un passé qui a formé des civilisations et des identités permet de penser un présent toujours en mouvement, mais sous l’angle d’un projet politique d’avenir multiculturel et ethnique. Un projet qui s’occupe non pas de dire le passé mais de promouvoir la vision politiquement correcte d’un vivre en commun présent à travers une relecture oublieuse et parfois accusatrice de ce passé. Ainsi il faudrait dire adieu à nos ancêtres les gaulois, comme à l’idée même de « roman national »; Roman ? Comprenez en fait identité et idée nationale.
Au final on se pose une question de sens voir d’éthique que ne se pose plus le Monde lui-même.
Le préfacier termine en comparant cette Histoire de France à celle d’un roman, les « Trois Mousquetaires ». Cette réduction à une présentation romancée et donc purement fictive pose question en ce qu‘elle délégitime le projet éducatif lui-même de cette publication.
Soit le Monde diffuse une lecture passéiste voir réactionnaire qui sort tout droit de la IIIème République, soit il diffuse une BD dont le Titre : « Histoire de France » est un mensonge puisqu’elle n’est qu’une fiction qui ne manquera pas d’embrouiller nos enfants qui y trouveront une version différente voir opposée à celle des programmes scolaires.
Alors pourquoi une telle réédition ? Parce qu’ils sont sûrs, au vu de la notoriété de cette BD, de la vendre ? Donc pour une raison purement financière ?
Nous n’avons pas la réponse à cette question. Et l’on attend avec impatience les préfaces des prochains numéros qui ne manqueront pas elles aussi de risquer de se retrouver en porte à faux avec le contenu même publié…
En attendant ne boudons pas notre plaisir d'acheter cette nouvelle version, en couverture cartonnée. Le premier tome sera en vente au prix de 1,70 euro (plus 1,30 euro pour l'édition du Monde) et les suivants au prix de 6,90 euros.
En Conclusion, je ne peux que recommander aussi, pour cette période un ouvrage très pédagogique pour les plus grands. A chaque âge son niveau de complexité...
Je veux parler de L'excellent livre de Jean-Louis Brunaux " Nos ancêtres les Gaulois", qui montre et démonte sans affect et arrière pensée les discours successifs autour de cette question "gauloise" et qui résume les dernières découvertes en la matière ... Un livre qui est déjà une référence.
Dont voici la quatrième de couverture.
Les aventures d'Astérix et les souvenirs des leçons d'histoire ont contribué à forger dans les esprits une image des Gaulois stéréotypée, composée d'éléments souvent contradictoires, et bien éloignée des réalités de la civilisation gauloise.
Jean-Louis Brunaux rétablit la vérité sur « nos ancêtres les Gaulois » : il apporte un éclairage novateur sur cette civilisation méconnue de la vie quotidienne aux sacrifices humains, du véritable rôle des druides à la résistance à la conquête romaine animée par la figure de Vercingétorix...
Entre la légende et les déformations à l'oeuvre dès les auteurs antiques, Jean-Louis Brunaux convoque les récentes découvertes de l'archéologie et le sérieux de la méthode historique pour mettre un terme aux idées reçues les plus tenaces.
Il montre ainsi que la volonté de poser les Gaulois en ancêtres du peuple français répond davantage aux besoins des dirigeants au cours de l'histoire qu'à une réalité incontestable, mais qu'il convient de ne pas considérer pour autant ces derniers comme une horde de sauvages préhistoriques : sur nombre de points, les Gaulois étaient très proches de nous.
La première est que la vision actuelle véhiculée par certains, dans une certaine gauche surtout qui n'est plus la mienne, ne s'accorde plus avec l'apprentissage de la chronologie. Voir qui fait commencer l'Histoire de la France et l'identifie avec des évènements systématiquement présentés comme négatifs.
La seconde surtout est que cette Histoire, faite pour des enfants, véhiculait pour celle ou celui qui la découvrait sous cette forme ludique la fierté naturelle d'un passé parfois certes haut en couleur ou sombre mais au final riche d'épopées et de hautes réalisations civilisationelles. Un passé qui faisait le lien avec le présent en expliquant les origines et les continuités, par delà toutes les ruptures. Une histoire donc qui permettait de recevoir ce passé comme une héritage à considérer comme une chance. Je m'attendais donc à ce que le Monde publie une version modernisée voir reprenne le concept pour l'adapter à la doxa officielle en cours dans nos écoles...
Je fus donc surpris de constater que l'édition réédité était bien l'édition originale ... Mais ...
Chaque volume est désormais préfacé par un historien spécialiste de l'époque.
Et en lisant cette première préface on ne que se poser la question de la logique qui a prévalue à cette réédition.
Car ce préambule, lui réaffirme la doxa en cours et sonne comme un avertissement. Attention chers parents, attentions chers enfants, cette histoire n'en est pas une : ce que véhicule cette BD renoue " avec une conception romantique , et donc un peu obsolète du passé". "Mais le plus important est de souligner la vision de l'histoire dont est porteuse cette bande dessinée : vision fondée sur un "roman national" qui remonte au petit Lavisse, célèbre manuel scolaire en usage de la IIIème à la IV République". (…) « Ce qui structure ce récit, en effet c'est la volonté d'enraciner la France dans le passé le plus reculé possible, afin d'établir une continuité naturelle de la Gaule à la France. »
Oulala on l’aura compris il y a danger …
Et il n'est pas neutre que le titre de cette présentation s'intitule : "L'adieux à nos ancêtres les Gaulois et aux Barbares".
Quelle que soit la qualité des remarques contenues dans cette préface, elles semblent toute de même exagérée une fois la BD lue. Cette bande dessinée est beaucoup plus nuancée que ne le laisse penser l’historien de service du Monde. Et au final on se demande si il n’y a pas un procès plus sur l’intention que sur le contenu. Un contenu qui effectivement parle aussi de valeurs d’héroïsme, de sacrifices rapportées à la défense de l‘identité. Un thème mal venu aujourd’hui au sein de l’éducation nationale qui préfère enseigner les identités et certaine mémoires blessées, forcément blessées. Avec le résultat que l’on sait.
L’auteur de la préface oublie aussi que le public visé est avant tout celui des enfants. Et que la focalisation sur des évènements bien particuliers, sous formes de tableaux plutôt héroïques, fait partie de la construction même de l'identité d'une bande dessinée. C'est un genre en soi. Que cela soit insuffisant pour expliquer l’histoire de ces périodes, est vrai mais cela permet aussi d’introduire une réalité essentielle de toute histoire : la perpétuation des guerres y compris civiles, des invasions , et par delà la fragilité même de toute civilisation. Une leçon aujourd’hui tabou et ignorée par des enseignants qui considèrent l’Histoire, non plus comme une branche essentielle de la connaissance qui à partir d’un passé qui a formé des civilisations et des identités permet de penser un présent toujours en mouvement, mais sous l’angle d’un projet politique d’avenir multiculturel et ethnique. Un projet qui s’occupe non pas de dire le passé mais de promouvoir la vision politiquement correcte d’un vivre en commun présent à travers une relecture oublieuse et parfois accusatrice de ce passé. Ainsi il faudrait dire adieu à nos ancêtres les gaulois, comme à l’idée même de « roman national »; Roman ? Comprenez en fait identité et idée nationale.
Au final on se pose une question de sens voir d’éthique que ne se pose plus le Monde lui-même.
Le préfacier termine en comparant cette Histoire de France à celle d’un roman, les « Trois Mousquetaires ». Cette réduction à une présentation romancée et donc purement fictive pose question en ce qu‘elle délégitime le projet éducatif lui-même de cette publication.
Soit le Monde diffuse une lecture passéiste voir réactionnaire qui sort tout droit de la IIIème République, soit il diffuse une BD dont le Titre : « Histoire de France » est un mensonge puisqu’elle n’est qu’une fiction qui ne manquera pas d’embrouiller nos enfants qui y trouveront une version différente voir opposée à celle des programmes scolaires.
Alors pourquoi une telle réédition ? Parce qu’ils sont sûrs, au vu de la notoriété de cette BD, de la vendre ? Donc pour une raison purement financière ?
Nous n’avons pas la réponse à cette question. Et l’on attend avec impatience les préfaces des prochains numéros qui ne manqueront pas elles aussi de risquer de se retrouver en porte à faux avec le contenu même publié…
En attendant ne boudons pas notre plaisir d'acheter cette nouvelle version, en couverture cartonnée. Le premier tome sera en vente au prix de 1,70 euro (plus 1,30 euro pour l'édition du Monde) et les suivants au prix de 6,90 euros.
En Conclusion, je ne peux que recommander aussi, pour cette période un ouvrage très pédagogique pour les plus grands. A chaque âge son niveau de complexité...
Je veux parler de L'excellent livre de Jean-Louis Brunaux " Nos ancêtres les Gaulois", qui montre et démonte sans affect et arrière pensée les discours successifs autour de cette question "gauloise" et qui résume les dernières découvertes en la matière ... Un livre qui est déjà une référence.
Dont voici la quatrième de couverture.
Les aventures d'Astérix et les souvenirs des leçons d'histoire ont contribué à forger dans les esprits une image des Gaulois stéréotypée, composée d'éléments souvent contradictoires, et bien éloignée des réalités de la civilisation gauloise.
Jean-Louis Brunaux rétablit la vérité sur « nos ancêtres les Gaulois » : il apporte un éclairage novateur sur cette civilisation méconnue de la vie quotidienne aux sacrifices humains, du véritable rôle des druides à la résistance à la conquête romaine animée par la figure de Vercingétorix...
Entre la légende et les déformations à l'oeuvre dès les auteurs antiques, Jean-Louis Brunaux convoque les récentes découvertes de l'archéologie et le sérieux de la méthode historique pour mettre un terme aux idées reçues les plus tenaces.
Il montre ainsi que la volonté de poser les Gaulois en ancêtres du peuple français répond davantage aux besoins des dirigeants au cours de l'histoire qu'à une réalité incontestable, mais qu'il convient de ne pas considérer pour autant ces derniers comme une horde de sauvages préhistoriques : sur nombre de points, les Gaulois étaient très proches de nous.




Commentaires
1. Le mercredi 13 août 2008 à 16:53, par pico
2. Le vendredi 22 août 2008 à 04:55, par regime
3. Le vendredi 29 août 2008 à 13:50, par vercors
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