Discours de Gaulle, Juillet 1941
Par Eric de Roche, vendredi 11 juillet 2008 à 08:11 :: Culture :: #582 :: Commentaires rss
7 Juillet 1941 Beyrouth est occupé par les troupes de la France Libre et les forces britanniques. 14 Signature de l'Armistice de Saint- Jean-d'Acre entre le Général Dentz, Haut¬Commissaire au Levant du gouvernement de Vichy, et les autorités britanniques.
25 Juillet 1941 Conclusion au Caire des accords de Gaulle-Lyttleton sur la coopération franco¬britannique au Levant.
Les États-Unis ne sont pas encore belligérants. Mais leur aide à ceux qui luttent contre l'Allemagne hitlérienne ne cesse de se développer. En septembre 1940, ils ont cédé à la Grande-Bretagne 50 destroyers dont la marine anglaise a besoin pour protéger ses convois. En mars 1941, Roosevelt a fait voter la loi « prêt-bail », qui lui permet d'armer la Grande-Bretagne et ses alliés sans que ceux-ci aient à payer le matériel qu'ils reçoivent.
25 Juillet 1941 Conclusion au Caire des accords de Gaulle-Lyttleton sur la coopération franco¬britannique au Levant.
Les États-Unis ne sont pas encore belligérants. Mais leur aide à ceux qui luttent contre l'Allemagne hitlérienne ne cesse de se développer. En septembre 1940, ils ont cédé à la Grande-Bretagne 50 destroyers dont la marine anglaise a besoin pour protéger ses convois. En mars 1941, Roosevelt a fait voter la loi « prêt-bail », qui lui permet d'armer la Grande-Bretagne et ses alliés sans que ceux-ci aient à payer le matériel qu'ils reçoivent.
Depuis mai 1941, les États-Unis assurent eux-mêmes la protection de leurs convois maritimes vers l'Angleterre.
Le 10 juillet 1941, le Général Dentz, Haut-Commissaire de Vichy au Levant, a demandé une suspension d'armes au commandement britannique. Une négociation s'engage entre'eux à Saint-Jean-d'Acre. Le Général de Gaulle prévoit que ce qui sortira de cette rencontre ne sera pas conforme aux intérêts de la France. Pour n'y être en rien engagé, il se rend à Brazzaville. Ses prévisions s'étant réalisées, il revient au Caire; le 21 juillet, il fait connaître à M. Oliver Lyttelton, Ministre d'État britannique, qu'il rejette la Convention conclue avec Dentz et le menace de soustraire les troupes de la France Libre au commandement britannique, tout en prenant en main l'autorité sur toute l'étendue du territoire de la Syrie et du Liban. Ainsi obtient-il un « accord interprétatif» de la Convention de Saint- Jean-d'Acre, et des engagements de désintéressement politique de la Grande-Bretagne dans les États sous mandat français, qui permettront de sauvegarder pour l'essentiel les intérêts de la France. Il part alors pour Damas et Beyrouth (Cf. Mémoires de guerre, T. l, l'appel, pp. 186-190).
L'autorisation de ratification des accords négociés par Pierre Viénot, Sous-Secrétaire d'État aux Affaires étrangères du gouvernement Léon Blum, en vue de l'accession à l'indépendance des États sous mandat français de Syrie et du Liban, n'avait pas été demandée au Parlement français avant le déclenchement de la guerre. Le Général de Gaulle annonce à Damas que les engagements pris au nom de la France seront tenus.
Déclarations faites au Caire le 11 juillet 1941
Message communiqué aux troupes à Brazaville le 14 juillet 1941
Discours adréssé aux Etats unis à la radio de Brazaville le 14 juillet 1941
Discours prononcé à Damas à l'université syriènne le 29 juillet 1941
11 Juillet 1941
La campagne de Syrie touche à sa fin. La Russie a été envahie par l'Allemagne le 22 juin. Le Général de Gaulle, qui est entré à Damas le 24 juin, est retourné à Brazzaville en attendant que soit conclu l'armistice de Dentz avec les Alliés.
On comprend pourquoi Hitler, exploitant la dégradation de ceux qui se livrèrent à lui, s'acharne à tirer d'eux un concours direct dans sa guerre. On comprend pourquoi les hommes qui, à Vichy, ont joué la victoire d'Hitler et la défaite de la France, travaillent à la victoire d'Hitler et à la défaite de la France, afin que l'événement paraisse donner raison à leur crime et à leur folie. On comprend pourquoi ces gens voudraient contraindre des soldats de l'Empire à prolonger, en Syrie, une exécrable bataille contre la France et ses alliés.
Mais, comme toujours, le jeu des traîtres est un mauvais jeu. Non seulement l'issue des odieux combats de Syrie ne comporte pas de doute, mais encore le monde entier constate que, dans cette guerre, la balance des forces, qui jusqu'à présent pouvait paraître pencher vers l'ennemi est en train de se renverser.
En Russie, les armées allemandes sont engagées depuis vingt jours dans une lutte de plus en plus dure. Cette campagne, dont l'ennemi s'imaginait qu'elle serait facile et rapide, prend au contraire l'allure d'un de ces romans russes, qu'on croit à chaque chapitre sur le point de finir et qui recommencent toujours.
Dans l'Atlantique, les États-Unis ont commencé la marche d'approche. Leur immense flotte, leur aviation en plein essor, leur armée déjà puissante, avancent vers l'Europe et vers l' Amérique. Sur l'Allemagne elle-même s'étendent la mort et la destruction. Encore n'est-ce là qu'un début, car la terrible aviation britannique, à laquelle s'incorporent des éléments français et alliés, ne cesse de croître en nombre et en qualité.
L'année dernière, à pareille époque, l'Allemagne, secondée par l'Italie intacte, n'avait plus devant elle qu'une Angleterre qui commençait seulement à organiser ses forces. Mais l'admirable résolution britannique, personnifiée par le grand Churchill, a donné au monde le temps de se ressaisir. Aujourd'hui, l'Allemagne, soutenant l'Italie défaillante, voit se dresser devant elle un Empire britannique puissamment armé, une Russie décidée à vaincre, une Amérique aux colossales ressources, des forces françaises grandissantes et d'importants contingents alliés.
Certes, nous ne méconnaissons pas la puissance de l'ennemi, nous savons de quoi demeure capable Hitler, nous mesurons toute l'étendue de ce qui nous reste à faire. Mais le chemin que nous autres, les Français Libres, avions pris d'abord comme le seul honorable, nous constatons aujourd'hui qu'il est aussi le plus sûr.
Grandis par la certitude de vaincre, nous suivrons ce chemin-là jusqu'à son terme infaillible. Quelles que soient nos épreuves, quels que soient nos chagrins, nous remettrons dans la guerre, pour la libération du pays et pour la liberté du monde, l'Empire d'abord, ensuite la patrie.
La France sera dans le camp des vainqueurs.
La France, avec nous !
Cliquez 2 fois pour remonter
14 Juillet 1941
Message communiqué aux troupes à Brazaville
Aux Soldats, aux Marins, aux Aviateurs, au Peuple de France.
Le 14 juillet 1941 est pour nous une fête de la Foi et de l'Espérance nationales.
De la Foi! parce que jamais, malgré les larmes de la France, nous n'avons cru plus fermement en elle et en son destin.
De l'Espérance! parce que nous voyons poindre à l'horizon toutes les données de la Victoire.
Soldats, Marins, Aviateurs, Français, mes bons compagnons !
Soyons fermes, purs et fidèles. Au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n'ont pas cédé.
Discours adréssé aux Etats Unis à la radio de Brazaville relayé par tous les postes de la BBC
Si, dans le. cœur de chaque homme sur la terre, la date du 14 juillet remue quelque chose de grand, c'est parce que cette fête nationale française est la fête de la Liberté.
Car, malgré les outrages que certains lui prodiguent, la liberté est l'idéal pour lequel, de tout temps, les meilleurs parmi les hommes ont su combattre et mourir.
Or, des forces terribles sont à l'œuvre pour détruire, d'État en État, de continent en continent, la liberté de tous les hommes. Déjà l'Europe, depuis Minsk jusqu'à Bordeaux, depuis Athènes jusqu'à Narvik, est écrasée par la tyrannie.
Et cette tyrannie est totale. Car, dans la guerre d'Hitler, il ne s'agit pas d'une force militaire triomphant d'une autre pour la conquête d'une province ou le paiement d'une indemnité, mais il s'agit d'un système intégral d'esclavage imposé aux vaincus.
Esclavage physique. Plus de nourriture, de domicile, de travail pour personne, sinon au gré du tyran.
Esclavage économique. Sous couvert d'organisation ou bien de réquisition, tous les biens privés ou collectifs sont mis au pillage par l'Allemagne et chaque nation, quels que soient les produits de ses champs et la puissance de ses usines, est placée pour sa subsistance sous la dépendance du vainqueur.
Esclavage moral. Sous prétexte d'ordre nouveau, Hitler impose à tous, par la terreur, la corruption, la propagande, de se faire des âmes d'esclaves qui seront forcés de renier jusqu'à Dieu.
Mais voici que les hommes libres du monde entier unissent leurs justes colères. Comptant leur nombre et mesurant leurs forces, ils discernent que, suivant le mot du Président Franklin Roosevelt, « les succès de la tyrannie n'ont tenu qu'à leurs divisions», qu'il leur suffit de se lever et de marcher ensemble, les plus forts soutenant les plus faibles, les valides redressant les blessés, pour précipiter Hitler et son système dans l'abîme des malédictions.
Aujourd'hui, 14 juillet, soyez sûrs que cette pensée d'espoir, où vous autres Américains entrez pour une très large part, remplit les âmes des Français, de ceux qui combattent encore comme de ceux qui se débattent dans les ténèbres de l'oppression.
Dans l'Histoire du monde, les plus grandes actions des plus grands peuples sont leurs luttes pour la liberté.
Cela est vrai pour mon pays et cela est vrai pour le vôtre.
Cliquez 2 fois pour remonter
29 Juillet 1941
S'il fallait des preuves du fait que l'amitié de la Syrie et de la France n'a pas été entamée par les cruels événements récents, mais qu'elle en est sortie plus vivante et efficace que jamais, le magnifique accueil que m'a réservé hier votre fière et noble capitale et la présence ici, aujourd'hui, de votre Gouvernement entouré de tant de personnalités considérables offriraient ces preuves-là.
Il me semble qu'un accord aussi évident des sentiments et des. résolutions de la Syrie et de la France vient avant tout de ce que, dans le tourbillon qui emporte le monde et dont vous venez d'éprouver sur votre sol les douloureuses conséquences, notre compréhension réciproque s'est éclaircie et précisée.
Nous autres, Français, avons bien compris que le caractère même de cette guerre pour la liberté ainsi que l'évolution qui s'est déjà produite et qui se poursuit chez vou.s rendaient équitable et nécessaire qu'un régime nouveau soit institué en Syrie. Nous avons jugé qu'il est temps, pour la Franœ, de mettre, d'accord avec vous, un terme au régime du Mandat, de traiter avec vous des conditions dans lesquelles doivent être assurées vos pleines et entières souveraineté et indépendance et fixés les termes d'une alliance, de part et d'autre la plus sincère et la plus désirée.
Vous autres, Syriens, avez discerné que les changements de personnes auxquels vous venez d'assister ici n'altéraient pas la continuité de la France et vous avez constaté qu'une défaite militaire momentanée n'empêchait pas la France, une fois de plus dans son Histoire, de ressaisir rapidement son âme et de redresser ses armes.
Et c'est pourquoi, Messieurs, je ne crois pas qu'au fond deux peuples aient jamais été aussi près l'un de l'autre que ne le sont aujourd'hui nos deux peuples, que deux peuples aient jamais trouvé, pour régler ensemble leurs affaires et organiser leur collaboration, plus de facilités morales que n'en trouvent aujourd'hui la Syrie réelle que vous êtes et la France réelle que nous sommes.
Mais je ne crois pas non plus que jamais les événements n'aient plus impérieusement commandé, à nous et à vous, cette conjugaison de nos volontés et de nos actes. Car nous faisons la guerre et, dans cette guerre, tous les peuples, le vôtre aussi bien que le nôtre, jouent leur liberté et jusqu'à leur existence.
S'il est devenu banal de dire que le conflit actuel est une guerre mondiale et morale, c'est parce que cela est terriblement vrai. Le combat gigantesque que se livrent la liberté et la tyrannie n'admet pas d'autres limites que celles de la terre ni d'autre terme que la victoire complète de l'un des deux ennemis. La Syrie, comme tout autre État, est menacée dans ses libertés par ceux dont c'est la volonté de détruire la liberté des autres pour y instituer un régime de force, de corruption, d'exploitation, qui n'est rien que la forme moderne de l'esclavage.
Cela, Messieurs, conformément à ses devoirs et en union avec vous, la France saura l'empêcher avec les forces dont elle dispose ici et avec les forces dont elle disposera, en coopération avec ses braves alliés britanniques qui y sont venus exclusivement pour des raisons stratégiques. Je me plais, d'ailleurs, à évoquer à ce sujet les déclarations faites et les engagements pris par le Gouvernement de Londres, aux termes desquels la Grande-Bretagne s'est affirmée entièrement dégagée de toute visée politique en Syrie et au Liban et décidée à y respecter totalement la position de la France.
Je ne compte pas, d'ailleurs, beaucoup que ces engagements, si catégoriques qu'ils soient, suffisent à mettre un terme à la propagande de l'ennemi, ni même aux paroles inconsidérées que l'on échange p:rrfois, ici et là. Mais je compte que l'union complète de l'Angleterre et de la France, en ce qui concerne la présence et l'action simultanées de leurs armées sur le territoire des États du Levant, contribuera à renforcer la Syrie et le Liban dans la certitude de conserver, du Tigre jusqu'à la Méditerranée, de la frontière de Transjordanie jusqu'à la frontière de Turquie, leur liberté et leur intégrité nationales.
Au reste, sans contester que cette guerre doive comporter encore de longues et terribles péripéties, nous pouvons discerner de quel côté commence à pencher la balance de la force, c'est-à-dire celle du destin. Devant un Empire britannique mieux armé et plus résolu qu'il ne le fut jamais, devant une Amérique qui mobilise ses immenses ressources, devant une Russie qui inflige à l'ennemi les plus graves pertes qu'il ait encore subies, devant un Orient qui a vu s'écrouler l'empire de Mussolini et qui se sent aujourd'hui puissamment protégé, devant une France qui se redresse chaque jour militairement et moralement, devant tant de nations d'Europe, momentanément submergées dans leur territoire, mais indomptables dans leur esprit de résistance, l'ennemi perdra bientôt l'espoir de vaincre, si même, à l'heure où je parle, il ne l'a déjà perdu.
Au contraire, le parti de la liberté voit apparaître à l'horizon toutes les données de la victoire.
Messieurs, le soleil de la victoire sera le soleil de la paix, d'une paix par laquelle il faudra que chaque nation et chaque homme dans le monde puissent vivre dans la liberté et dans la sécurité. Le jour où la France et la Syrie, intimement unies et servant le même idéal, signeront ensemble les traités qui mettront fin au plus grand drame de l'Histoire, elles compteront au nombre des bienfaits tirés de l'épreuve leur alliance solide et leur indestructible amitié.
Cliquez 2 fois pour remonter
Le 10 juillet 1941, le Général Dentz, Haut-Commissaire de Vichy au Levant, a demandé une suspension d'armes au commandement britannique. Une négociation s'engage entre'eux à Saint-Jean-d'Acre. Le Général de Gaulle prévoit que ce qui sortira de cette rencontre ne sera pas conforme aux intérêts de la France. Pour n'y être en rien engagé, il se rend à Brazzaville. Ses prévisions s'étant réalisées, il revient au Caire; le 21 juillet, il fait connaître à M. Oliver Lyttelton, Ministre d'État britannique, qu'il rejette la Convention conclue avec Dentz et le menace de soustraire les troupes de la France Libre au commandement britannique, tout en prenant en main l'autorité sur toute l'étendue du territoire de la Syrie et du Liban. Ainsi obtient-il un « accord interprétatif» de la Convention de Saint- Jean-d'Acre, et des engagements de désintéressement politique de la Grande-Bretagne dans les États sous mandat français, qui permettront de sauvegarder pour l'essentiel les intérêts de la France. Il part alors pour Damas et Beyrouth (Cf. Mémoires de guerre, T. l, l'appel, pp. 186-190).
L'autorisation de ratification des accords négociés par Pierre Viénot, Sous-Secrétaire d'État aux Affaires étrangères du gouvernement Léon Blum, en vue de l'accession à l'indépendance des États sous mandat français de Syrie et du Liban, n'avait pas été demandée au Parlement français avant le déclenchement de la guerre. Le Général de Gaulle annonce à Damas que les engagements pris au nom de la France seront tenus.
Déclarations faites au Caire le 11 juillet 1941
Message communiqué aux troupes à Brazaville le 14 juillet 1941
Discours adréssé aux Etats unis à la radio de Brazaville le 14 juillet 1941
Discours prononcé à Damas à l'université syriènne le 29 juillet 1941
11 Juillet 1941
La campagne de Syrie touche à sa fin. La Russie a été envahie par l'Allemagne le 22 juin. Le Général de Gaulle, qui est entré à Damas le 24 juin, est retourné à Brazzaville en attendant que soit conclu l'armistice de Dentz avec les Alliés.
On comprend pourquoi Hitler, exploitant la dégradation de ceux qui se livrèrent à lui, s'acharne à tirer d'eux un concours direct dans sa guerre. On comprend pourquoi les hommes qui, à Vichy, ont joué la victoire d'Hitler et la défaite de la France, travaillent à la victoire d'Hitler et à la défaite de la France, afin que l'événement paraisse donner raison à leur crime et à leur folie. On comprend pourquoi ces gens voudraient contraindre des soldats de l'Empire à prolonger, en Syrie, une exécrable bataille contre la France et ses alliés.
Mais, comme toujours, le jeu des traîtres est un mauvais jeu. Non seulement l'issue des odieux combats de Syrie ne comporte pas de doute, mais encore le monde entier constate que, dans cette guerre, la balance des forces, qui jusqu'à présent pouvait paraître pencher vers l'ennemi est en train de se renverser.
En Russie, les armées allemandes sont engagées depuis vingt jours dans une lutte de plus en plus dure. Cette campagne, dont l'ennemi s'imaginait qu'elle serait facile et rapide, prend au contraire l'allure d'un de ces romans russes, qu'on croit à chaque chapitre sur le point de finir et qui recommencent toujours.
Dans l'Atlantique, les États-Unis ont commencé la marche d'approche. Leur immense flotte, leur aviation en plein essor, leur armée déjà puissante, avancent vers l'Europe et vers l' Amérique. Sur l'Allemagne elle-même s'étendent la mort et la destruction. Encore n'est-ce là qu'un début, car la terrible aviation britannique, à laquelle s'incorporent des éléments français et alliés, ne cesse de croître en nombre et en qualité.
L'année dernière, à pareille époque, l'Allemagne, secondée par l'Italie intacte, n'avait plus devant elle qu'une Angleterre qui commençait seulement à organiser ses forces. Mais l'admirable résolution britannique, personnifiée par le grand Churchill, a donné au monde le temps de se ressaisir. Aujourd'hui, l'Allemagne, soutenant l'Italie défaillante, voit se dresser devant elle un Empire britannique puissamment armé, une Russie décidée à vaincre, une Amérique aux colossales ressources, des forces françaises grandissantes et d'importants contingents alliés.
Certes, nous ne méconnaissons pas la puissance de l'ennemi, nous savons de quoi demeure capable Hitler, nous mesurons toute l'étendue de ce qui nous reste à faire. Mais le chemin que nous autres, les Français Libres, avions pris d'abord comme le seul honorable, nous constatons aujourd'hui qu'il est aussi le plus sûr.
Grandis par la certitude de vaincre, nous suivrons ce chemin-là jusqu'à son terme infaillible. Quelles que soient nos épreuves, quels que soient nos chagrins, nous remettrons dans la guerre, pour la libération du pays et pour la liberté du monde, l'Empire d'abord, ensuite la patrie.
La France sera dans le camp des vainqueurs.
La France, avec nous !
Cliquez 2 fois pour remonter
14 Juillet 1941
Message communiqué aux troupes à Brazaville
Aux Soldats, aux Marins, aux Aviateurs, au Peuple de France.
Le 14 juillet 1941 est pour nous une fête de la Foi et de l'Espérance nationales.
De la Foi! parce que jamais, malgré les larmes de la France, nous n'avons cru plus fermement en elle et en son destin.
De l'Espérance! parce que nous voyons poindre à l'horizon toutes les données de la Victoire.
Soldats, Marins, Aviateurs, Français, mes bons compagnons !
Soyons fermes, purs et fidèles. Au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n'ont pas cédé.
Discours adréssé aux Etats Unis à la radio de Brazaville relayé par tous les postes de la BBC
Si, dans le. cœur de chaque homme sur la terre, la date du 14 juillet remue quelque chose de grand, c'est parce que cette fête nationale française est la fête de la Liberté.
Car, malgré les outrages que certains lui prodiguent, la liberté est l'idéal pour lequel, de tout temps, les meilleurs parmi les hommes ont su combattre et mourir.
Or, des forces terribles sont à l'œuvre pour détruire, d'État en État, de continent en continent, la liberté de tous les hommes. Déjà l'Europe, depuis Minsk jusqu'à Bordeaux, depuis Athènes jusqu'à Narvik, est écrasée par la tyrannie.
Et cette tyrannie est totale. Car, dans la guerre d'Hitler, il ne s'agit pas d'une force militaire triomphant d'une autre pour la conquête d'une province ou le paiement d'une indemnité, mais il s'agit d'un système intégral d'esclavage imposé aux vaincus.
Esclavage physique. Plus de nourriture, de domicile, de travail pour personne, sinon au gré du tyran.
Esclavage économique. Sous couvert d'organisation ou bien de réquisition, tous les biens privés ou collectifs sont mis au pillage par l'Allemagne et chaque nation, quels que soient les produits de ses champs et la puissance de ses usines, est placée pour sa subsistance sous la dépendance du vainqueur.
Esclavage moral. Sous prétexte d'ordre nouveau, Hitler impose à tous, par la terreur, la corruption, la propagande, de se faire des âmes d'esclaves qui seront forcés de renier jusqu'à Dieu.
Mais voici que les hommes libres du monde entier unissent leurs justes colères. Comptant leur nombre et mesurant leurs forces, ils discernent que, suivant le mot du Président Franklin Roosevelt, « les succès de la tyrannie n'ont tenu qu'à leurs divisions», qu'il leur suffit de se lever et de marcher ensemble, les plus forts soutenant les plus faibles, les valides redressant les blessés, pour précipiter Hitler et son système dans l'abîme des malédictions.
Aujourd'hui, 14 juillet, soyez sûrs que cette pensée d'espoir, où vous autres Américains entrez pour une très large part, remplit les âmes des Français, de ceux qui combattent encore comme de ceux qui se débattent dans les ténèbres de l'oppression.
Dans l'Histoire du monde, les plus grandes actions des plus grands peuples sont leurs luttes pour la liberté.
Cela est vrai pour mon pays et cela est vrai pour le vôtre.
Cliquez 2 fois pour remonter
29 Juillet 1941
S'il fallait des preuves du fait que l'amitié de la Syrie et de la France n'a pas été entamée par les cruels événements récents, mais qu'elle en est sortie plus vivante et efficace que jamais, le magnifique accueil que m'a réservé hier votre fière et noble capitale et la présence ici, aujourd'hui, de votre Gouvernement entouré de tant de personnalités considérables offriraient ces preuves-là.
Il me semble qu'un accord aussi évident des sentiments et des. résolutions de la Syrie et de la France vient avant tout de ce que, dans le tourbillon qui emporte le monde et dont vous venez d'éprouver sur votre sol les douloureuses conséquences, notre compréhension réciproque s'est éclaircie et précisée.
Nous autres, Français, avons bien compris que le caractère même de cette guerre pour la liberté ainsi que l'évolution qui s'est déjà produite et qui se poursuit chez vou.s rendaient équitable et nécessaire qu'un régime nouveau soit institué en Syrie. Nous avons jugé qu'il est temps, pour la Franœ, de mettre, d'accord avec vous, un terme au régime du Mandat, de traiter avec vous des conditions dans lesquelles doivent être assurées vos pleines et entières souveraineté et indépendance et fixés les termes d'une alliance, de part et d'autre la plus sincère et la plus désirée.
Vous autres, Syriens, avez discerné que les changements de personnes auxquels vous venez d'assister ici n'altéraient pas la continuité de la France et vous avez constaté qu'une défaite militaire momentanée n'empêchait pas la France, une fois de plus dans son Histoire, de ressaisir rapidement son âme et de redresser ses armes.
Et c'est pourquoi, Messieurs, je ne crois pas qu'au fond deux peuples aient jamais été aussi près l'un de l'autre que ne le sont aujourd'hui nos deux peuples, que deux peuples aient jamais trouvé, pour régler ensemble leurs affaires et organiser leur collaboration, plus de facilités morales que n'en trouvent aujourd'hui la Syrie réelle que vous êtes et la France réelle que nous sommes.
Mais je ne crois pas non plus que jamais les événements n'aient plus impérieusement commandé, à nous et à vous, cette conjugaison de nos volontés et de nos actes. Car nous faisons la guerre et, dans cette guerre, tous les peuples, le vôtre aussi bien que le nôtre, jouent leur liberté et jusqu'à leur existence.
S'il est devenu banal de dire que le conflit actuel est une guerre mondiale et morale, c'est parce que cela est terriblement vrai. Le combat gigantesque que se livrent la liberté et la tyrannie n'admet pas d'autres limites que celles de la terre ni d'autre terme que la victoire complète de l'un des deux ennemis. La Syrie, comme tout autre État, est menacée dans ses libertés par ceux dont c'est la volonté de détruire la liberté des autres pour y instituer un régime de force, de corruption, d'exploitation, qui n'est rien que la forme moderne de l'esclavage.
Cela, Messieurs, conformément à ses devoirs et en union avec vous, la France saura l'empêcher avec les forces dont elle dispose ici et avec les forces dont elle disposera, en coopération avec ses braves alliés britanniques qui y sont venus exclusivement pour des raisons stratégiques. Je me plais, d'ailleurs, à évoquer à ce sujet les déclarations faites et les engagements pris par le Gouvernement de Londres, aux termes desquels la Grande-Bretagne s'est affirmée entièrement dégagée de toute visée politique en Syrie et au Liban et décidée à y respecter totalement la position de la France.
Je ne compte pas, d'ailleurs, beaucoup que ces engagements, si catégoriques qu'ils soient, suffisent à mettre un terme à la propagande de l'ennemi, ni même aux paroles inconsidérées que l'on échange p:rrfois, ici et là. Mais je compte que l'union complète de l'Angleterre et de la France, en ce qui concerne la présence et l'action simultanées de leurs armées sur le territoire des États du Levant, contribuera à renforcer la Syrie et le Liban dans la certitude de conserver, du Tigre jusqu'à la Méditerranée, de la frontière de Transjordanie jusqu'à la frontière de Turquie, leur liberté et leur intégrité nationales.
Au reste, sans contester que cette guerre doive comporter encore de longues et terribles péripéties, nous pouvons discerner de quel côté commence à pencher la balance de la force, c'est-à-dire celle du destin. Devant un Empire britannique mieux armé et plus résolu qu'il ne le fut jamais, devant une Amérique qui mobilise ses immenses ressources, devant une Russie qui inflige à l'ennemi les plus graves pertes qu'il ait encore subies, devant un Orient qui a vu s'écrouler l'empire de Mussolini et qui se sent aujourd'hui puissamment protégé, devant une France qui se redresse chaque jour militairement et moralement, devant tant de nations d'Europe, momentanément submergées dans leur territoire, mais indomptables dans leur esprit de résistance, l'ennemi perdra bientôt l'espoir de vaincre, si même, à l'heure où je parle, il ne l'a déjà perdu.
Au contraire, le parti de la liberté voit apparaître à l'horizon toutes les données de la victoire.
Messieurs, le soleil de la victoire sera le soleil de la paix, d'une paix par laquelle il faudra que chaque nation et chaque homme dans le monde puissent vivre dans la liberté et dans la sécurité. Le jour où la France et la Syrie, intimement unies et servant le même idéal, signeront ensemble les traités qui mettront fin au plus grand drame de l'Histoire, elles compteront au nombre des bienfaits tirés de l'épreuve leur alliance solide et leur indestructible amitié.
Cliquez 2 fois pour remonter




Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire