C'est au Nord que s'est concentrée la majorité des émigrés guinéens maliens et burkinabés, que le gouvernement ivoirien avait fait venir, dès l'indépendance, en 1961, pour travailler dans les plantations de cacao et de café. Trente ans plus tard, cette main d'oeuvre immigrée représente un tiers des 16 millions d'habitants du pays. Cette population d'origine étrangère, alliée à l'ethnie Dioula, ivoiriens et musulmans, estime, avoir contribué à enrichir le pays. Au Sud, on trouve les ivoiriens "d'origine", surtout chrétiens (dont les Bétés, l'ethnie de l'actuel président Gbagbo, élu en 2000). Ils accusent ces émigrés de vouloir mettre la main sur le pays.

Pour comprendre ce qui oppose ces ethnies, il faut remonter à la mort du président Houphouët-Boigny en décembre 1993. A cette époque, son dauphin désigné, Henri Konan Bédié, soucieux d'asseoir son pouvoir entérine un principe "d'ivoirité" : seuls "les citoyens nés en Côte d'Ivoire de deux parents ivoiriens pourront être candidats à l'élection présidentielle".

Cette décision provoque la colère des habitants du Nord et des immigrés. Car le principe d'"ivoirité" écarte leur candidat favori à l'élection présidentielle à venir, Alassane Ouattara, qui risquait d'ailleurs de l'emporter sur Konan Bédié. Bien que né en Côte d'Ivoire, Ouattara a en effet représenté le Burkina-Faso... dans une organistaion internationale. Henri Konan Bedié en prend prétexte pour lui interdire d'être candidat, mettant en cause son origine étrangère.

De 1994 à 2002, la fracture va s'accroître entre le Nord et le Sud, aggravée par la chute des cours des matières premières (cacao, café, etc.), de la récession économique et de la montée du chômage. Jusqu'à la médiation de la France et à la signature de l'accord de Marcoussis entre toutes les parties, en janvier 2003. Depuis quelques mois les armes se sont tues. Mais le problème est loin d'être réglé.