Elle est un phénomène social et politique profondément ancrée dans le milieu d'où elle est issue. Elle est à la fois expression de l'identité et élément de sa définition. La commémoration est l'une des manifestations de la mémoire. À ce titre, elle occupe une place de choix dans les processus de construction identitaire. Par ailleurs, la lecture du passé que la commémoration propose et les moyens utilisés permettent de l'associer au processus patrimonial, tout distinguant la commémoration de la pratique historienne.

Enfin, les actes de la commémoration, font partie de toute stratégie de construction nationale mise en place par les groupes politiques au pouvoir. Pourquoi ne pourrait-on donc pas rêver d'un discours qui s'éloignerait des poncifs éculés et poserait, réellement, la question des raisons pour lesquelles des hommes et des femmes se réunissent en un endroit, à un moment donné, pour se souvenir de tel ou tel événement ?

D'un discours qui associerait les commémorations locales (libération d'une ville par exemple) aux autres temps forts de la vie de la cité (marchés hebdomadaires, élections municipales, inauguration de nouveaux lieux de vie, etc.) qui contribuent à construire l'identité d'une communauté urbaine ?

Un discours qui assumerait de se placer non pas du côté de l'histoire mais de celui de la mémoire, avec tout ce que cela induit de distorsions entre les faits et les croyances. Tout cela pour nuancer cette "véracité historique" qu'on construit et reconstruit sans cesse au fil des besoins de la communauté nationale.

Christophe Marion