Et à ce titre, déclare le Dr Coquin, de la Direction générale de la santé, lors de l’audition publique de l’Opesct du 16 février 2005, « le fait d’atteindre un taux de couverturesuffisant (proche de 100 %) peut permettre d’éradiquer (c’est-à-dire de faire disparaîtrede la surface de la planète) un certain nombre de maladies infectieuses dont le réservoirest exclusivement humain. On cite souvent l'exemple de la variole parce que c’est le seul dont on dispose mais aussi “ancien” et ressassé qu’il soit, il constitue l’exemple d’unemagnifique réussite. Il ne faut pas oublier que l’éradication de la poliomyélite et de larougeole est totalement à portée de main. Il suffit de développer la couverture vaccinaleet de dépasser largement le taux de couverture de 90 % qui stagne dans certaines zonesgéographiques de France. »

Effectivement, la seule maladie récemment éradiquée (suppression d’une infection contagieuse) de la surface de la terre est la variole. Son exemple sert désormais de symbole aux partisans de la vaccination. L’idée d’éradication, notamment prônée par Pasteur, devient le modèle à suivre contre la tuberculose, le paludisme, la poliomyélite, la rougeole.

Malheureusement, contrairement à ce qui est proclamé partout7, il est faux de prétendre que la vaccination a obtenu à elle seule sa disparition. Un petit voyage dans l’histoire nous fait remonter jusqu’en 1958, date à laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS, organisme de l’ONU) décide d’assurer en quelques années l’éradication de la variole dans le monde entier grâce à des campagnes massives de vaccination. La stratégie initiale, proposée par les Soviétiques, estimait que la vaccination de 80% des populations concernées serait suffisante pour venir à bout de la maladie et que cela était réalisable. L’entreprise débuta dans la certitude puis, après bien des vicissitudes conduisant à la désillusion, fut à un moment au bord de la faillite. Cet échec salutaire conduira à une profonde remise en cause, à un changement radical d’approche de la maladie et de la stratégie de lutte pour finalement vaincre la maladie.

Dans son rapport final de la Commission mondiale pour la certification de l’éradication de la variole, l’OMS note : « Les campagnes d’éradication reposant entièrement ouessentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelquespays mais échouèrent dans la plupart des cas. (…) En Inde, cinq ans après unecampagne nationale d’éradication entreprise en 1962 (55 595 cas), le nombre denotifications était plus grand (84 902 cas) qu’il ne l’avait jamais été depuis 1958. Il eutété extrêmement coûteux et logistiquement difficile, sinon impossible, d’atteindre des
niveaux beaucoup plus élevés de couverture. Avec les moyens disponibles, il fallaitabsolument changer de stratégie. »

Comme cela ressort du 2e rapport publié en 1972, l’OMS privilégie alors « la stratégiede surveillance et d’endiguement » : les malades furent alors activement recherchés, en particulier par des campagnes d’affichages et en offrant même de l’argent pour tout cas signalé.

Variole : l’OMS abandonne la vaccination de masse
Aux premiers signes de maladie - une fièvre intense, donc avant de devenir contagieux malades et contacts étaient isolés. « Dès lors que les varioleux étaient isolés dans uneenceinte où ils n’avaient de contacts qu’avec des personnes correctement vaccinées 8 ou précédemment infectées [donc désormais naturellement immunisées, ndla], la chaîne detransmission était rompue. En identifiant et en isolant immédiatement les contacts qui tombaient malades, on dressait un obstacle à la poursuite de la transmission. »
Ainsi est établi que c’est l’interruption de la transmission par l’isolement rigoureux des contacts - et non leur vaccination - qui a assuré la victoire sur la maladie, l’effet de cette mesure, en l’admettant efficace, ne pouvant être que de réduire le nombre de malades à isoler.

Fin 1977, c’est la victoire, proclamée définitive le 8 mai 1980 par la 33ème Assemblée mondiale de la santé : la variole n’existe plus sur terre, hormis sous forme de souches en deux laboratoires (officiellement).

Le journal Le Monde du 21/12/1977 publie un article de F.J. Tomiche, chef des services de presse et de publications de l’OMS : « Sur le plan stratégique, l’abandon de lavaccination de masse en faveur de l’approche dite “de surveillance-endiguement” revêtit une importance capitale. Avec ce type d’approche on parvenait à faire complètement échec à la transmission, même lorsque l’incidence variolique était élevée et les taux d’immunisation faibles. »

Mieux encore, le 26 octobre 2001, le directeur général de l’OMS, le docteur Gro Harlem Brundtland, annonce en ces termes la révision des directives sur la vaccination antivariolique : « L’efficacité des vaccins existants est prouvée mais on observe une forte incidence des effets indésirables. La probabilité de ces réactions est suffisamment élevée pour ne pas procéder à la vaccination de masse tant que le risque d’exposition est faible, voire inexistant. (…) L’OMS confirme que la meilleure méthode pour enrayer une épidémie de variole, si elle devait se produire, reste la même : recherche et confinement. Cela signifie de rechercher les personnes atteintes, d’identifier celles qui ont été en contact et de les vacciner ».

Il est donc inexact de soutenir que la vaccination est l’arme absolue et que la variole a disparu grâce à elle. A ce jour, aucun exemple n’existe où une campagne de vaccination a permis à elle seule la disparition d’une infection. Il ne s’agit donc pas (encore ?) d’un fait mais d’une croyance. Et peut-être même d’une utopie, comme l’exemple de la polio peut le laisser penser.

Article et téléchargement de l'enquête complete sur Agoravox