Je ne retiens qu’un exemple. Quand un journaliste l’interroge sur l’expression du Premier ministre qui avait déclaré que la France est « en état de faillite », Nicolas Sarkozy a répondu textuellement :

« Un pays qui a 15% d'épargne par rapport à son PIB n'est pas en état de faillite. »

On peut s’interroger sur la cohérence d’un gouvernement où le chef de l’Etat contredit ouvertement son Premier ministre, mais il y a une autre énormité dans cette affirmation, qui a échappé à la plupart des chroniqueurs financiers.

En effet, Nicolas Sarkozy commet tout simplement une confusion entre l’Etat français et les Français, et plus exactement entre l’argent de l’Etat et le vôtre.

Quand François Fillon ou d’autres parlent de la « faillite » de la France, il s’agit bien de l’Etat. Et quand Nicolas Sarkozy parle de l’épargne, il ne s’agit pas d’épargne de l’Etat, puisque tout au contraire cet Etat est, comme chacun sait, largement surendetté. L’Etat français n’a pas d’épargne, il a des dettes colossales.

L’épargne dont parle Nicolas Sarkozy, c’est celle des Français, c’est la vôtre, c’est la mienne, depuis les Livrets A de Caisse d’Epargne jusqu’aux assurances-vie. Bref, c’est votre argent, et non celui de l’Etat qui n’en a plus « dans les caisses », comme l’a pourtant confirmé Nicolas Sarkozy – cette fois d’accord avec son Premier ministre – lors de la MEME conférence de presse. (Encore une contradiction !)

Nicolas Sarkozy confond donc allègrement deux portefeuilles : celui très raplapla d’un Etat surendetté, et celui des citoyens français. Il confond la dette de la France avec les économies personnelles que vous avez pu faire au cours de votre vie. Cet argent n’appartient pas à l’Etat, même si, par le biais d’emprunts divers et en particulier de l’assurance-vie, vous lui en avez prêté, parfois sans vous en rendre compte.

Le Président de la République envoie donc aux épargnants français le message suivant : votre argent appartient à l’Etat français et servira à combler la gabegie et la mauvaise gestion des finances publiques depuis des décennies.

C’est un comble que de vouloir faire payer l’inconscience des gouvernements successifs à ceux qui ont géré leurs revenus – souvent âprement gagnés - et leur patrimoine en bons pères de famille, à ceux qui ont économisé de l’argent pour leurs enfants ou leurs vieux jours. La cigale Sarkozy s’apprête tout simplement à spolier les fourmis citoyennes.

Et aux gens « de gauche » qui me diront qu’après tout, c’est bien de « prendre aux riches », je leur signale que cette épargne populaire concernent les Français les plus modestes, et non les spéculateurs du CAC 40 chers à Nicolas Sarkozy qui, bien entendu, ne sont pas tombés dans le piège de placer leur argent en France.

Roger Heurtebise