Discours prononcé à la BBC le 11 Février 1941
Déclaration lue à la radio de Londres le 22 février 1941
Discours prononcé à Londres le 28 février 1941

11 Février


Il paraît que, sous le régime de l'infaillibilité, de la collaboration et de la révolution nationale, on vient, pour la huitième fois en sept mois (1), de changer la composition de ce qu'il est convenu d'appeler le Gouvernement de Vichy.

Il paraît que ce huitième changement s'est produit dans le tumulte d'une querelle entre trois politiciens, chacun briguant la première place. L'affaire serait provisoirement réglée.

L'un des trois déclare se retirer faute de pouvoir, affirme-t-il, collaborer actuellement avec l'ennemi dans l'honneur et dans la dignité. En somme, il a, pour le moment, renoncé à construire un cercle carré
Un autre a refusé, dit-on, de figurer dans l'équipe, parce qu'il n'y serait pas le premier et ne pourrait, par conséquent, collaborer avec l'ennemi autant qu'il rêve de le faire.

Le troisième a donc pris la place. Je ne serais pas surpris que l'ennemi vît dans cet événement la meilleure solution pour ses propres intérêts, car celui-là, qui porte l'uniforme, paraît le plus propre à camoufler sous l'équivoque l'infamie de la collaboration.

Les combinaisons de Vichy, dont Berlin tient les fils, n'inspirent à la France entière que du dégoût et du mépris. Cependant, elles ont des conséquences parce qu'elles sont un élément dans le jeu de l'ennemi.
Ainsi le flot de la marée remue la boue du canal.

La grande bataille de Méditerranée se poursuit et s'étend. Tandis que nos alliés britanniques, aides par des troupes françaises, viennent de chasser les Italiens de la Cyrénaïque, et pénètrent de toutes parts en Abyssinie, tandis que nos troupes du Tchad opèrent victorieusement en Libye du Sud, tandis que la flotte anglaise bombarde Gênes. A son gré, l'ennemi prépare sa riposte aux deux extrémités de la Mer latine.

Dans les Balkans, l'ennemi met en place ses troupes et son aviation d'attaque, pour s'ouvrir la route de l'Orient. Il sait que la Syrie française pourrait jouer un rôle capital. Il entend donc la neutraliser avant de la conquérir.

En Afrique du Nord française, l'ennemi, pour accentuer l'infiltration qu'il a commencée, veut neutraliser notre force, jusqu'à ce qu'il puisse sur place parler en maître et en vainqueur.

Sur la mer, l'ennemi veut maintenir notre flotte dans l'inaction pour l'empêcher de remporter la grande victoire navale française qui s'offre à elle aujourd'hui.

Cette passivité mortelle de notre flotte et de notre Empire, c'est par Vichy que l'ennemi la fait prescrire. L'épouvantable équivoque de l'infaillibilité, de la collaboration, de la révolution nationale, neutralise pour le compte de l'ennemi les moyens qui permettraient à la France de gagner la bataille de Méditerranée en attendant qu'elle gagne la guerre.

C'est pourquoi, malgré la médiocrité ou l'infamie des personnages, les intrigues, disputes et changements qui se produisent à Vichy ont leurs conséquences terribles, parce que l'ennemi y. participe.

C'est pourquoi rien n'est plus malfaisant que l'équivoque de l'obéissance à Vichy qui maintient dans l'inertie les armes méditerranéennes de la France en pleine bataille de la Méditerranée.

C'est pourquoi les Français Libres redoublent en ce moment d'efforts afin de suppléer, dans la mesure du possible, à ce qui manque à la France pour remporter, elle aussi, la victoire. En ce moment même, je le dis sans phrases, mais non sans fierté, nos troupes, appuyées par notre aviation, sont engagées victorieusement au cœur des oasis de Koufra, en Libye italienne, à 800 kilomètres de la frontière du Tchad d'où elles sont parties.

Les combats continuent.

(1). Les 12- juillet, 6 septembre, 28 octobre, 1er novembre et 14 décembre 1940, les 27 janvier, 9 et 10 février 1941.

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22 Février


Le Général de Gaulle et le Conseil de Défense de l'Empire français font la communication suivante:

Le désastre momentané de la France ne saurait justifier en aucune manière une atteinte quelconque qui serait portée par des Puissances étrangères, soit à l'intégrité des territoires de l'Empire, soit aux droits de la France en n'importe quel point du monde.

Tout abandon qui serait consenti par le Gouvernement de Vichy ou par ses représentants serait tenu pour nul et non avenu par le Conseil de Défense de l'Empire français.

Cette déclaration et cette résolution s'appliquent au cas particulier de l'Indochine.

Le Conseil de Défense de l'Empire français ne méconnaît nullement l'utilité d'accords harmonisant les intérêts de l'Indochine française avec ceux de Puissances étrangères, mais la France Libre ne saurait tenir pour justifiées, ni pour définitives, les concessions qui auraient été arrachées, ni les atteintes qui auraient été portées par la force ou par la menace au statut territorial et politique de l'Indochine, tel qu'il existait avant le 23 juin, date d'entrée en vigueur des « armistices ».

Le Conseil de Défense de l'Empire français déclare approuver par avance l'attitude de l'Indochine en tant qu'elle s'opposerait à de tels empiétements.

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28 Février


Je suis profondément sensible à l'honneur que vous m'avez fait en me conviant parmi vous. Peut-être le soldat que je suis éprouverait-il quelque embarras à élever ici la voix s'il ne savait que sa bouche, libre par hasard et par exception, parle pour le compte d'un pays bâillonné.

C'est pour le compte de ce pays-là que je vous dirai, Messieurs, à vous qui êtes par excellence qualifiés pour l'entendre dire, que jamais, à aucun moment de son Histoire, et en dépit de certaines apparences, la nation française n'a été plus près de la nation britannique par l'esprit et par le cœur. Les arguments de propagande, que déversent sur un peuple momentanément écrasé l'ennemi et ses collaborateurs, ne comptent pas, vous pouvez m'en croire, au regard d'innombrables et émouvants témoignages que ni les murs ni les chaînes ne peuvent empêcher de passer.

Sans doute, y a-t-il là la preuve que la France, malgré le cortège de souffrances qui s'eSt abattu sur elle, garde intacte l'espérance de notre victoire commune. Sans doute, faut-il y voir aussi les marques de l'estime extrême de tout'un peuple à l'égard de votre admirable peuple. Mais je crois qu'une adhésion aussi ardente signifie autre chose encore; je crois que cette adhésion de toute la nation française signifie la conviction, chez elle bien arrêtée, que la Grande-Bretagne et la France sont liées, à la vie, à la mort, par le même destin comme par le même idéal. Les différences de tempérament, les rivalités historiques, les conflits mêmes qui, souvent, nous ont opposés, paraissent aujourd'hui dérisoires en comparaison de l'enjeu et face à la sorte d'ennemi auquel nous avons affaire.

Messieurs! les guerriers antiques, combattant deux par deux, se liaient par une chaîne afin de vaincre ou de périr ensemble. Dans cette guerre, il en est, me semble-t-il, de même pour le peuple britannique et pour le peuple français.

L'un des lutteurs, maintenant sûr de sa force, frappe à coups redoublés; l'autre, tombé à terre, n'oppose plus à l'ennemi que le tronçon de son glaive. Mais, voici qu'avec l'appui du compagnon il commence à se relever. Nul doute qu'il se remettra debout. Ensuite, ayant triomphé en commun, tous deux s'aideront encore l'un l'autre à panser leurs blessures et à rebâtir leur maison.

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