Quant au porte-parole de la garde des Sceaux, il déclare dans une conférence de presse où son embarras est manifeste : « Il n’y a pas de considérations d’ordre moral, religieuses ou confessionnelles. Ce n’est pas la virginité ou la non-virginité qui a été prise en compte par le juge, mais c’est le mensonge sur un élément essentiel, sur un élément substantiel reconnu par les deux époux. » Source

On ne peut être plus clair : Rachida Dati et ses services justifient et défendent la décision du TGI de Lille.

Et pour ceux qui n’ont pas compris, la ministre enfonce le clou vendredi à Agen : « La justice est là pour protéger. Le fait d'annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage, parce que je pense que cette jeune fille (...) a souhaité également, sans doute, se séparer assez rapidement. (…) La justice est là pour protéger les plus vulnérables, les plus modestes, ceux qui sont en difficulté. La justice est aussi un rempart à la loi du plus fort ». Source

Pas de chance pour Madame Dati : l’UMP ne l’entend pas de cette oreille ! Ses deux porte-parole montent au créneau.

Frédéric Lefebvre déclare dans un communiqué : « Si c'est la question de la virginité qui a motivé l'annulation du mariage, je demande à la Chancellerie de déclencher un recours dans l'intérêt de la loi pour dire le droit. (…) C'est une mise en cause de l'égalité hommes-femmes, les hommes ne pouvant être mis en cause pour les mêmes motifs. »

Son collègue Dominique Paillé renchérit sur RMC et BFM : « S'il y a eu stricte application de la loi, c'est que la loi n'est plus bonne, il faut la modifier. Si on est allé au-delà de la loi, à ce moment-là il faut que ce soit sanctionné. (…) Le mariage est un contrat, lorsqu'une des deux parties n'en veut plus il y a un moyen de supprimer ce contrat, c'est le divorce. Cette procédure a été simplifiée il y a peu, elle me semble tout à fait adaptée à tous les cas de figure. »

Mais c’est Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP lui-même, qui aborde au nom de son parti le fond de l’affaire, en condamnant l’application de principes islamiques sous couvert de lois de la République : « C'est la première fois que les principes jurisprudentiels sont appliqués à un tel cas et cela revient à intégrer la pratique de la répudiation dans le droit positif. (…) C'est tout à fait inacceptable et par ailleurs incompatible avec les principes républicains qui régissent notre société et qui refusent qu'un droit quelconque puisse être fondé sur la virginité. (…) L'UMP souhaite que les voies de recours soient employées et qu'en définitive la Cour de Cassation puisse mettre un terme à une situation très dérangeante pour la collectivité nationale. »

L’UMP va-t-elle « offrir une porte de sortie moins douloureuse qu’un divorce » à Rachida Dati ? La justice protégera-t-elle celle qui « est en difficulté » ? Affaire à suivre…

Une chose m’étonne tout de même : la garde des Sceaux dit que dans cette affaire, « la justice est aussi un rempart à la loi du plus fort ». Or le jugement de Lille dit que le mari se sent trompé parce que l’épouse « lui a été présentée comme célibataire et chaste ». En approuvant la requête du mari qui s’offusque que la marchandise qu’il vient d’acheter n’est pas conforme à ce qu’on lui a vendu, on peut douter que la justice ait remis en cause « la loi du plus fort ».

Bravo, Madame Dati ! Vous qui ne voulez pas être la représentante de service des jeunes musulmanes issues de l’immigration, vous avez réussi votre coup : ce n’est pas elles que vous avez défendues dans cette affaire, mais ceux qui considèrent, au nom de la religion, les femmes comme des marchandises. Les islamistes et les obscurantistes de toutes obédiences n’en attendaient pas moins.

Je suis désolée que l’UMP vous répudie dans cette affaire. Mais pour une fois, ses représentants sont du bon côté de la lutte contre le racisme et le sexisme.

Djamila GERARD