Elle est partout absente.

La conception violente de Dieu, plus précisément la conception duale Dieu est bien l'auteur du pire comme du meilleur qui fonde toujours tous les monothéismes, cette conception qu'on peut dire judéo-chrétienne-islamique c'est peut-être l'église catholique qui, dans son catéchisme, l'exprime le plus clairement :

"Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi les hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, Lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, ET CELA SEULEMENT" (passage numéroté 106, c'est moi qui souligne).

C'est le cardinal Ratzinger, responsable de la commission de rédaction du catéchisme et futur pape Benoît XVI qui est le principal auteur de cette affirmation. Pour lui Dieu est donc bien celui qui anéantit les cités de Sodome et Gomorrhe (Gen 19, 23), qui fait tuer tous les premiers-nés d'Egypte (Ex 12, 29), qui donne l'ordre à Moïse de massacrer son peuple parce qu'il a adoré le veau d'or Moïse plaide pour une moindre tuerie et n'exécute finalement "que" 3000 de ses compagnons - (Ex 32, 21), lui qui ordonne l'extermination des Madianites (Nb 31), qui demande à son peuple de se préparer pour l'extermination des Cananéens (Deut 7-20), lui qui annonce dans le livre de Josué que le moment est venu de passer à l'extermination elle-même afin que les hébreux puissent s'installer sur la terre de Canaan, et que soit ainsi réalisée la belle promesse qu'il a faite à son peuple, lui "donner" cette terre.

Et, puisque c'est ainsi présenté dans la Bible, ça fait bien plaisir à Dieu quand le bon prophète Elie, celui dont on attendra le retour jusqu'à l'arrivée de Jésus égorge… 450 faux prophètes ! (1 Rois 18,39). Osera-t-on dire que cet acte, selon Benoît XVI "conforme au désir de Dieu", est moins terrible que, 3000 ans plus tard, l'égorgement d'un prisonnier par des barbares islamistes, en 2004 en Irak, mais devant une caméra de télévision ? Osera-t-on dire que c'est la caméra qui change tout ?

Il y a, certes, une différence importante entre la conception duale judéo-chrétienne et la conception duale islamiste : dans celle-ci on voit la criminalité de Dieu, et ses appels à discriminer, maltraiter, tuer, massacrer massivement TOUJOURS VALABLE alors que les juifs et les chrétiens situent la criminalité de Dieu et ses appels à la pratiquer dans le seul passé. Pour eux c'est fini, Dieu n'appelle PLUS à commettre des horreurs. Mais comment peut-on se contenter de cette simple nuance de degré, et non de nature, dans la conception que les croyants ont de Dieu ? Et comment peut-on croire que l'islam pourra rejeter sa conception criminogène si les autres monothéismes ne rejettent pas la leur ?

Rappelons que, pour les catholiques, le maintien de cette duale et terrible conception de la "parole de Dieu" se fait dans la trahison du prophète juif Jésus dont ils se réclament. Celui-ci, en effet, a passé sa vie jusqu'à y trouver la mort à tenter de convaincre ses coreligionnaires que Dieu n'est en rien l'auteur du Mal mais SEULEMENT du Bien.

Les journalistes des grands médias ne diront pas au pape l'attente du rejet, par son église, de sa conception criminogène de Dieu. Ils l'écouteront religieusement parler savamment de rapport entre la foi et la raison, de complémentarité de l'une et de l'autre. Mais il s'agira seulement de raison abstraite, d'une raison qui n'a rien à voir avec la cohérence des textes sacrés, leur interprétation contemporaine, le bon sens, la lucidité, la franchise ou la paix du monde où vivront nos enfants.

Les journalistes des grands médias sont peut-être sourds ou aveugles, mais n'allons pas les imaginer lâches ou hypocrites. Ils sont et seront seulement, comme toujours, RELIGIEUSEMENT CORRECTS.


Pierre Régnier
Ancien militant de la JOC (des années 50)