Discours de Gaulle, Octobre 1941
Par Eric de Roche le Vendredi 17 Octobre 2008, 08:07 - Culture - Lien permanent
21 Octobre 1941 En représailles des attentats qui ont coûté la vie à un général allemand à Nantes et à un intendant militaire à Bordeaux, exécution par les Allemands de 16 otages à Nantes. 22 Octobre 1941 Exécution par les Allemands de 27 otages à Châteaubriant et de 5 otages à Paris.
Méssage aux français prononcé à la radio le Londres le 8 Octobre 1941
Allocution prononcée à la radio de Londres le 13 Octobre 1941
Discours prononcé dans une usine de tank le 21 Octobre 1941
Discours prononcé à Londres au déjeuner de la Royal African Sociéty le 23 Octobre 1941
Discours prononcé à la radio de Londres le 23 Octobre 1941
Discours prononcé à la radio de Londres le 25 Octobre 1941
Discours prononcé à la radio de Londres le 31 Octobre 1941
2 Octobre 1941
Je crois pouvoir souligner ce qu'il y a de symbolique dans cette amicale réunion, au plus fort de la guerre mondiale. Je crois être en droit de dire que nous sommes rassemblés, non seulement pour les exigences de l'information, mais aussi par ce sentiment d'alarme commune et d'identique résolution qui, aujourd'hui, anime tous les hommes libres.
N'avez-vous jamais pensé que l'on pourrait synthétiser par un film l'extension progressive de la guerre sur la surface de notre planète ?
Un tel film, ayant comme fond de tableau la carte du monde, montrerait de quelle façon l'incendie de la violence se propage peu à peu autour de son foyer central qui est, une fois de plus, l'Allemagne. On y verrait, d'abord, sur le Rhin, de sinistres lueurs, symbolisant l'ouverture du drame par l'entrée des troupes d'Hitler, le 7 mars 1936, en territoire démi-litarisé. Ensuite, serait consumée l'Autriche. Puis, la flamme s'élevant gagnerait la Tchécoslovaquie. Tout à coup, le brasier s'allumerait en Pologne, pour passer ensuite au Danemark, en Norvège, en Hollande, en Belgique, au Luxembourg. Dans un assaut dévorant, il submergerait la France. Après quoi, l'Orient deviendrait incandescent. La vallée du Nil et le bassin du Tchad, l'Abyssinie, la Syrie, l'Irak, la Perse connaîtraient les affres du fléau, tandis que la Péninsule balkanique en serait, elle aussi ravagée. Enfin, l'on verrait le brasier tendre une colossale muraille de feu sur les terres russes, de la mer Blanche à la mer Noire. Entre-temps, l'incendie, par brûlots répartis sur tout l'Atlantique, cernerait la Grande¬Bretagne et viendrait lécher les bords du continent américain, cependant qu'un autre foyer brûlerait longuement aux extrémités orientales de l'Asie.
Il me semble que ce film représenterait assez bien, non seulement le caractère mondial et dévastateur de cette guerre, mais encore le rythme que l'agresseur a su lui imprimer. Un fléau s'étendant implacablement à toute la surface de la terre, mais par incendies successifs dont chacun est toujours soigneusement limité, tel est bien, n'est-il pas vrai ? l'aspect de ce gigantesque conflit.
L'Histoire démêlera quelque jour toutes les raisons pour lesquelles le germanisme, exalté et dirigé par un diabolique génie, a pu si longtemps s'attribuer tant d'atouts en s'en prenant séparément à chacune de ses victimes. Peut-être penserez-vous comme moi que ces raisons se résument en une seule : le feu a toujours l'initiative sur les pompiers. Il se trouve, en outre, que depuis un siècle le feu part sans cesse du même foyer. J'imagine que cette double constatation a dû compter pour quelque chose dans la Charte de l'Atlantique que M. Winston Churchill et le Président Roosevelt ont arrêtée comme principe de la future paix du monde et à laquelle viennent de se joindre dans la foi et dans l'espérance toutes les nations alliées, dans cette Charte qui tient pour essentiel le désarmement des peuples d'agression.
En attendant, il faut vaincre et, pour vaincre, conjuguer les efforts. Or, une immense trans-formation s'est, décidément, produite dans l'action des Alliés. Nous voyons paraître entre les peuples, pour écraser l'ennemi commun et reconstruire ensuite le monde, une solidarité des buts et des volontés qui, non seulement garantit la victoire, mais encore donne à la guerre sOn sens supérieur, qui en fait cc notre » guerre et qui procure à tous ceux qui souffrent et à tous ceux qui meurent la certitude qu'ils n'auront pas souffert et ne seront pas morts pour rien.
Certes, nous ne comprenons que trop bien ce que vaut, contre un ennemi puissant qui cherche à réduire ses adversaires l'un après l'autre, la solidarité matérielle entre les avions, les navires, les tanks, les canons. Nous mesurons, par exemple, ce que pèse, dans la balance de la stratégie, l'expédition du matériel britannique et américain aux héroïques armées russes et l'envoi par l'Amérique, aux Alliés, de tant de ressources nécessaires à la guerre. Nous savons l'efficacité des attaques sans cesse renouvelées de l'aviation anglaise contre les centres vitaux de l'Allemagne, pendant les combats en cours sur le Dnieper. Nous-mêmes, Français Libres, sommes fiers de contribuer, dans la mesure de nos moyens, aux sacrifices et aux succès de nos alliés. Nous espérons bien qu'un jour les immenses ressources du parti de la liberté pourront se déployer ensemble dans une bataille décisive. Mais l'élément qui, désormais, suscite et garantit cette union des forces matérielles, est un élément moral.
C'est par lui et grâce à lui que les peuples libres, si différents par leur puissance, leur caractère, leurs intérêts, leur situation géographique, forment maintenant une chaîne impossible à briser. C'est par lui et grâce à lui que le soldat russe face au tank allemand, l'aviateur anglais engagé contre l'avion ennemi, le matelot français libre qui veille sur la mer, l'ouvrier américain dirigeant sa machine, l'homme et la femme de Kiev, de Varsovie, de Prague, d'Athènes, de Belgrade, d'Oslo, d'Amsterdam, de Bruxelles ou de Paris, résistant comme ils peuvent à l'envahisseur, se sentent réellement unis dans la même tâche de libération. C'est par lui et grâce à lui que, pour des centaines et des centaines de millions d'hommes, le salut national, social et familial se confond désormais avec le triomphe par la force d'un dur et magnifique devoir international.
L'élément moral qui lie entre eux tous les peuples opprimés ou menacés de l'être, c'est la volonté commune d'assurer la victoire d'une civilisation fondée sur la liberté, la dignité et la sécurité des hommes, contre un système dont le principe même est l'abolition des droits de l'individu. Nous entendons faire en sorte qu'aucun homme ne soit Allemand s'il ne veut pas être Allemand, que tout homme puisse se conformer à ses croyances sans gêne et sans humiliation, que chacun ait qualité pour vivre, quelles que soient sa race et ses opinions, et même s'il est infirme, s'il est malade ou s'il est vieux. Nous entendons que, réciproquement, l'individu soit revêtu de l'honneur d'être responsable devant lui-même, devant les autres et devant Dieu. Et nous entendons que cela soit établi et garanti, une fois pour toutes, même si, dans le présent, la lutte comporte un énorme total de pertes et de souffrances, même si, dans l'avenir, cela reste une loi de nature du germanisme qu'il produise, indéfiniment, des équipes de tyrans capables d'entraîner leur peuple à l'asservissement des autres.
Dans ce choc gigantesque et, plus tard, dans cette victoire humaine, la France a-t-elle et aura-t-elle sa part ?
Il me semble que votre présence ici prouve que le monde entier est convaincu qu'elle l'a et qu'elle l'aura. Mais je voudrais vous dire comment elle a mérité, comment elle mérite, comment elle méritera de l'avoir.
La guerre que nous menons n'est pas suvenue tout à coup comme par un coup de dés fortuit du destin. Elle ne fait que prolonger et reproduire l'épreuve que le monde a traversée quelque vingt ans plus tôt. A part une ou deux défections, ce sont les mêmes adversaires. Les enjeux ont pu s'ap;graver, mais ce sont des enjeux semblables. Les moyens de destruction sont devenus plus puissants et plus rapides, mais ce n'est qu'une question d'échelle: il y avait déjà - la dernière fois des avions, des sous-marins, des chars. En somme, le drame est en deux parties séparées par un entracte et le rôle des personnages, qui sont les peuples belligérants, se joue pendant toute l'action. C'est seulement sur l'ensemble et non sur un épisode que l'on peut en juger sainement. C'est seulement sur le tout qu'il sera, lors de la scène finale, rendu à chacun suivant ses œuvres.
Sans doute n'est-il que trop vrai que la France, partiellement paralysée par une crise de fonctionnement de son régime politique et par un fâcheux retard d'adaptation aux obligations sociales des nations modernes et surtout mal préparée, par suite de la routine des techniciens et de l'indifférence des pouvoirs publics, à la forme mécanique de cette guerre, s'est trouvée foudroyée par un système militaire supérieur. Sans doute n'est-il que trop vrai qu'une colossale entreprise de défaitisme et de trahison, minutieusement montée par la stratégie de Berchtesgaden, dont c'est l'art de faire alliance avec la bassesse humaine, est parvenue à tromper le peuple français, à livrer ou à neutraliser ce qu'il lui restait de moyens de combat, à nouer avec l'envahisseur une collaboration active pour l'aider dans sa guerre et dans sa tyrannie. Sans doute n'est-il que trop vrai que l'étalage de certains noms et d'un certain régime, combiné avec une oppression physique, intellectuelle, morale, sans exemple dans notre Histoire, ont pu amener des esprits légers à croire que la France renonçait à elle-même et désespérait des autres. Mais, pour douloureuse qu'ait été cette défaillance, je prétends qu'elle n'efface pas ce qui a été conquis par le camp de la liberté, grâce à la France, -son avant-garde, depuis que le germanisme de Guillaume II, puis d'Hitler, a commencé l'attaque de l'univers. Je prétends que. la France reprendra son rang de combat. Je prétends qu'au soir de la dernière victoire de cette guerre de trente ans, le monde, mesurant la somme des efforts et contemplant les blessures de la France, connaîtra sa dignité.
Et voici, d'ailleurs, que la France, écrasée, pillée, trahie, se reprend et se redresse. Malgré les sévices et le mensonge, par quoi l'envahisseur et ses complices s'acharnent à la maintenir à terre, un vaste travail secret se fait dans l'âme du peuple. La fraternité nationale succède aux anciennes divisions dont l'oppresseur jouait pour que la fureur des Français se tournât contre eux-mêmes. Une haine terrible se fait jour contre l'ennemi et ses collaborateurs. D'innombrables preuves, et des preuves sanglantes, montrent que peu à peu l'union nationale, celle qui seconda la mission de Jeanne d'Arc, suscita l'effort guerrier de la Révolution et fut le soutien de Poincaré et de Clemenceau, se reforme dans la résistance. Il me semble qu'il y a là, déjà, une récompense pour la noble et vaillante Grande-Bretagne qui a, depuis quinze mois, soutenu par tant de moyens le courage de son alliée momentanément abattue. Il me semble qu'il y a là une première mais éclatante justification de la politique de confiance faite par son Gouvernement à ceux des Français qui n'ont pas voulu désespérer de la France, politique dont la présence ici de M. Brendan Bracken, ministre de l'Information, nous est un nouveau et précieux témoignage.
Les mêmes sentiments et la même volonté qui animent les Français Libres et qui leur ont permis de remettre dans la guerre pour la libération une importante partie de l'Empire, des forces militaires, navales, aériennes non négligeables et une notable influence spirituelle et morale, se font jour parmi l'immense majorité des Français. Il s'est établi une correspondance permanente entre ce que pensent et veulent nos compatriotes de Paris, de Lyon, de Marseille, de Lille, de Rennes ou de Strasbourg, et ce que pensent et veulent ceux de Brazzaville, de Beyrouth, de Damas, de Nouméa, de Londres ou de New York. Il se reforme peu à peu une vaste résistance française dont on a le droit de croire qu'elle influera de plus en plus sur les événements de la guerre et qu'au jour du triomphe final des Alliés elle placera la démocratie française, renouvelée par ses épreuves, de plain-pied avec la victoire.
Organiser et diriger cette résistance, non pas seulement dans les territoires déjà affranchis, mais partout en France et dans l'Empire, telle est la tâche primordiale que s'est fixée le Comité National Français. Il le fera par délégation du peuple qui l'en approuve et auquel il rendra compte. Il le fera en rassemblant la nation dans l'effort pour la libération sans que personne en soit exclu, sauf ceux qui s'en excluent eux-mêmes. Il le fera dans la conviction que la cause de la France, je veux dire la restauration de son intégrité, de son indépendance et de sa grandeur, est en même temps la cause de tous les peuples qui combattent comme elle pour la liberté. Il le fera dans la volonté de lutter sans réserve, côte à côte avec ses alliés, jusqu'à ce que la malfaisance chronique du germanisme soit, une fois pour toutes, écrasée. Il le fera dans l'espérance que la solidarité des peuples saura survivre à l'épreuve et faire en sorte que chaque homme dans le monde puisse vivre et mourir sans avoir ignoré la douceur de la liberté.
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8 Octobre 1941
La densité au kilomètre carré des cadavres allemands sur le sol immense de la Russie augmente sans interruption. Les usines et les maisons allemandes s'écroulent en séries croissantes sous les bombes des avions anglais . En Grande-Bretagne, en Orient, en Afrique, se rassemblent des forces britanniques et alliées au total huit fois plus nombreuses et trente fois mieux armées qu'elles ne l'étaient il y a deux ans. Les Etats-Unis multiplient par dix, en attendant qu'ils le multiplient par cent, leur concours aux ennemis de l'Axe, en même temps que les peuples, provisoirement abattus, s'opposent chaque jour plus activement à l'oppresseur et à ses complices .
De ces faits indiscutables, tout homme de bon sens, qu'il habite Paris, Londres ou Berlin, tire maintenant, tout haut ou tout bas, cette conclusion: l'entreprise de domination tentée, une fois de plus, par l'Allemagne s'avère, une fois de plus, impossible. Hitler n'en sortira pas plus que, naguère, Guillaume II n'en est sorti.
Tout le plan d'Hitler consistait à faire un Grand Reich, c'est-à-dire une Allemagne doublée par les territoires voisins et suzeraine des autres nations du continent européen. Cela valait l'effort colossal de l'Allemagne. Mais la réussite comportait deux conditions.
Il fallait d'abord que, de gré ou de force, les populations acceptassent l'annexion ou la vassalité, car aucun empire ne peut se fonder sans le consentement des sujets.
Il fallait ensuite que le reste du monde s'accommodât de l'hégémonie continentale de l'Allemagne, car celle-ci est hors d'état de tenir tête longtemps à l'Univers hostile.
Or, ni l'une ni l'autre de ces conditions n'est remplie. Bien loin que les hommes et les femmes des pays asservis s'inclinent devant l'occupant, c'est au contraire ce vainqueur qui étale, devant eux et devant elles, uri complexe d'infériorité incurable et justifié. En France, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Norvège, en Grèce, en Yougoslavie, chaque jour qui passe accroît la répulsion et, par conséquent, la révolte à l'égard de tout ce qui est allemand. Et pour ces peuples fiers, toute possibilité d'une conciliation quelconque vient d'être définitivement tranchée par une répression sanglante.
Quant à la manière dont le monde entier réagit contre l'ambition des Germains, constatons qu'elle place leur outrecuidance devant des obstacles insurmontables. Beaucoup d'Allemands furent tués en 1939. Beaucoup plus en 1940. Le total de leurs pertes en 1941 sera bien supérieur encore, sans approcher cependant des effroyables hécatombes que leur promet 1942. Et, tandis que les morts s'entassent, la difficulté de procurer à l'industrie des matières premières et de la main-d'œ:uvre, au peuple des vivres, et à tous et à toutes l'illusion, devient peu à peu insoluble.
Mais, à mesure que l'échec du grand plan politique d'Hitler paraîtra plus manifeste, le ressort qui souleva son peuple ne manquera pas de se détendre, car les hommes, les Allemands compris, ne se battent pas pour l'amour de l'art. L'Allemagne nous l'a montré en 1918 quand elle s'écroula devant nous sur sa magnifique carte de guerre.
Français, Françaises! vous avez déjà tous percé l'angoisse de l'ennemi et de ceux qui collaborent avec lui jusque dans les fusillades.
Regardez bien ces Allemands et ces traîtres. Je vous réponds qu'ils sont perdus.
La France, avec nous!
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13 Octobre 1941
Les succès militaires de l'Allemagne en Russie et le parti qu'en tire la propagande ennemie ne doivent pas tromper les Français une seule minute.
L'énorme accroissement des forces alliées et la résistance croissante des peuples asservis, avant tout du peuple français, pèsent et pèseront beaucoup plus lourd dans la balance de la guerre que la progression des tanks allemands sur le territoire immense de la Russie.
C'est le moment de serrer les dents, de tenir ses nerfs et sa langue et de redoubler d'efforts dans tous les domaines, comme nous l'avons fait naguère à l'appel de Clemenceau.
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21 Octobre 1941
Rendant ViSite à une importante usine de tanks, le Général de Gaulle pronona devant des milliers d'ouvriers le discours suivant qu'un contre¬maitre en cotte bleue traduit au fur et à mesure.
Vous, en regardant ce général français qui tâche de faire ce qu'il peut pour notre victoire, et moi, en vous regardant, vous qui faites même l'impossible, nous pensons tous à la même chose : comment, quand, où, cette guerre sera-t-elle gagnée? J'ai mon idée pour la réponse, et je vais vous la donner.
Comment la guerre sera-t-elle gagnée?
Notre époque est celle des machines, les batailles de notre époque sont et seront donc gagnées par les machines de guerre, c'est-à-dire d'abord par les tanks.
Quand la guerre sera-t-elle gagnée ? Les Allemands ont vaincu la Pologne parce qu'ils avaient cinq mille tanks contre mille. Ils ont vaincu la France parce qu'ils avaient dix mille tanks contre trois mille. Ils avancent en Russie parce qu'ils ont vingt-cinq mille tanks contre quinze mille. Ils seront battus quand les machines de guerre du parti de la liberté l'emporteront sur les leurs en nombre et en qualité. Napoléon disait: « La victoire est aux gros bataillons d'hommes.» Il dirait aujourd'hui : « La victoire est aux gros bataillons de tanks.»
Où la guerre sera-t-elle gagnée? Elle sera gagnée là où l'on produira le plus de machines de guerre, le plus de tanks. Elle sera gagnée ici ! En regardant vos ateliers, en constatant comme on y travaille, je vois où et par qui se fabrique la victoire.
Mais je sais aussi que tous les hommes, que toutes les femmes de mon pays écrasé par Hitler regardent vers vous comme le garçon qui se noie regarde vers le sauveteur. C'est la grandeur de votre travail qu'il sert, non seulement à votre patrie, mais au monde entier opprimé ou menacé. Aussi vous allez me permettre de vous adresser une invitation et je vous assure que c'est de bon cœur! Quand, à force de « sortir» des tanks, vous aurez gagné la guerre, j'invite tous ceux qui sont ici à venir avec leurs familles visiter les ouvriers de France. Ah! je vous réponds que nous vous recevrons bien.
WeIl, that is arranged. 1 am going to order the tickets. Reçu ensuite à déjeuner par la direction de l'usine, le Général de Gaulle prononce le discours suivant:
Ne croyez-vous pas qu'à la guerre la plus grande franchise soit la plus grande habileté ?
Ne croyez-vous pas que la plupart des revers qui ont frappé les peuples libres sont venus, dans une large mesure, du fait qu'ils ne se plaçaient pas franchement devant le problème à résoudre, le problème de la victoire? Il semble qu'il y ait eu parfois, de notre côté, une sorte d'hésitation à envisager, dans toute leur ampleur et avec toutes leurs conséquences, les formidables nécessités qu'a imposées cette formidable guerre.
Puisque vous me faites l'honneur de m'en donner l'occasion, je voudrais me permettre d'évoquer devant vous certaines idées dont j'ai depuis longtemps pensé, et dont je pense plus que jamais, qu'elles sont essentielles à notre victoire. Je le ferai d'autant plus volontiers que je me trouve ici au milieu d'hommes rompus aux réalités de la production des armes.
Nous vivons dans un monde où tout se fait à la machine. Comment la guerre se ferait- elle autrement ? Entre un système de forces composé essentiellement de machines de guerre, terrestres, aériennes, navales, c'est-à¬dire de tanks, d'avions, de navires et un système fondé sur le nombre des hommes armés, il existe la même différence de rendement, de vitesse, d'efficacité qu'il y en a, par exemple, entre le tissage mécanique moderne et le tissage à la main pratiqué par nos aïeux. Il était évident d'avance que cette guerre serait ce qu'elle est, savoir la guerre des machines de combat, roulantes, volantes et flottantes, la guerre mécanique.
Il est vrai que l'évidence ne suffit pas toujours à convaincre et qu'il ne suffit même pas d'être convaincu pour agir. « Lé Juste,.dit l'Ecriture, pèche sept fois par jour. » Tant de difficultés matérielles, intellectuelles, morales, sont à vaincre quand il faut transformer, rapidement et complètement, le système dans lequel on est accoutumé de vivre ! Combien cela est vrai surtout en matière d'organisation et d'art militaires, dans lesquels un conformisme, d'ailleurs très respectable, .et des responsabilités terribles se conjuguent pour ralentir la hâte de l'évolution! Mais quel avantage pour celui des adversaires qui a su se créer à temps l'instrument mécanique moderne qui, seul, permet la surprise et la manœuvre, c'est-à-dire le succès!
Parlons net! Nous avons vu la Pologne, grande nation militaire, dont les armées ont déployé les plus hautes. qualités guerrières, foudroyée en quelques semaines par la combinaison bien réglée des panzerdivisionen et de l'aviation allemandes. Nous avons vu la France, bien que pourvue d'une masse considérable de moyens défensifs et animée, quoi qu'on en ait dit, d'une courageuse résolution, abattue en quarante-cinq jours par le système mécanique de l'ennemi, après que l'armée britannique eût été contrainte à la retraite dans son pays et les armées hollandaise et belge réduites à la capitulation. Nous avons vu les Balkans submergés par les mêmes moyens. Nous voyons en ce moment l'ennemi, malgré l'héroïque et habile résistance de nos alliés russes, progresser sur leur territoire grâce à l'offensive sans cesse renouvelée de ses masses de tanks appuyées par ses nuées d'avions.
En vérité, jamais, dans aucune des guerres déchaînées sur l'univers depuis qu'il y a des hommes et qu'ils se battent, le secret de la victoire ne fut plus facile à découvrir que dans celle-ci. Mais jamais non plus la création des moyens nécessaires n'a comporté pareil effort.
C'est qu'en effet, à mesure que se précise -la nature mécanique de cette guerre, on voit s'affirmer en même temps son caractère mondial. Des espaces terrestres toujours plus vastes, des étendues maritimes constamment accrues, des ciels sans cesse plus larges et plus profonds s'offrent aux combinaisons des forces modernes. Le jour approche où les limites de la bataille seront celles du globe terrestre.
Il en résulte des exigences gigantesques quant au nombre et à la qualité des machines de combat. Déjà, M. Winston Churchill, l'homme de notre temps qui possède peut-être la plus nette perception des conditions générales de la guerre, envisageant vers la fin du dernier conflit que les Alliés pourraient avoir à poursuivre la lutte une année de plus, M. Winston Churchill disait : « La bataille de 1919 sera gagnée par la 000 tanks, tant gros que petits.» Or, c'est exactement ce nombre que, dès 1935, M. Paul Reynaud réclamait pour l'arIl\ée française et qu'en mars 1940, devenu chef du Gouvernement, il fixait comme but à atteindre au plus tôt - mais trop tard - par nos industries d'armement. C'est exactement \le même nombre de tanks que les Allemands ont engagé en mai et juin 1940 sur le sol de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. C'est le double de ce nombre qu'ils font agir aujourd'hui de la Mer Blanche à la Mer Noire. C'est du triple de c,:: nombre qu'à son retour de Russie, Lord Beaverbrook a déclaré qu'il entendait doter la Grande-Bretagne. En mesurant aujourd'hui la dimension des fronts européens, africains, asiatiques, le long desquels la bataille est en cours ou menace de s'allumer, en mesurant en même temps le potentiel industriel des peuples libres, nous affirmons que les armées cuirassées pourraient bien demander le décuple de ce nombre pour dominer les continents. Oui, c'est peut-être l'action de 100 000 tanks, liée à celle de 100 000 actions et nourrie par 50 millions de tonnes de navires, qui emportera, une fois pour toutes, les victoires de la liberté.
Certes, la création d'instruments mécaniques aussi considérables implique des conditions et entraîne des conséquences proportionnées au résultat. Ces conditions et conséquences s'étendent d'abord, évidemment, au domaine militaire, puisqu'il s'agit, tout en combattant, de changer à la fois l'armement, l'organisation, la tactique, les procédés de commandement des armées, et de substituer la soudaineté, la vitesse, l'ubiquité, caractéristiques de l'action combinée des tanks, des avions et des navires, aux opérations pesantes, lentes et étroites, fondées, comme dans la dernière guerre, sur le déploiement des canons et des mitrailleuses. Mais il n'est pas moins clair que tout l'ordre économique, politique, social et moral ne peut manquer d'en être profondément affecté.
La production, la répartition, le transport à travers le monde des matières premières indispensables à la fabrication de cette énorme quantité d'engins et de tout ce qui s'y rapporte, la transformation nécessaire des industries, le recrutement et l'affectation des masses d'hommes et de femmes qui font la guerre à sa source, c'est-à-dire à l'usine, l'organisation de leur travail, les incidences sur la consommation, le financement du tout, sans compter les pertes humaines et matérielles causées par les actions mécaniques de l'ennemi, ont pour suite inéluctable un changement très profond - tranchons le mot : une révolution - dans la structure des nations comme dans leurs rapports réciproques. Il me semble que si l'on voulait résumer l'ensemble des conditions qu'impose aux peuples libres le problème de la victoire, on pourrait dire qu'il s'agit pour eux de substituer au régime de la dispersion celui de la solidarité nationale et internationale.
Des perspectives d'une telle ampleur ont pu, en d'autres temps, intimider nos désirs et nos habitudes. Mais de quel prix le monde a-t-il payé ces hésitations!
Déjà, l'Europe presque entière a succombé sous l'assaut. Ce qu'il reste d'hommes libres n'a plus le choix qu'entre le triomphe ou la servitude. Mais les hommes libres savent maintenant avec quoi s'achète la victoire et leurs immenses ressources leur permettent de se la payer. Je suis de ceux qui croient qu'ils se la paieront.
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23 Octobre 1941 [1]
L'honneur que me fait aujourd'hui votre illustre Société s'adresse, je le sais et je vous en remercie, à la France africaine.
Sans doute avez-vous pensé que les récents événements, qui provoquent l'abstention momentanée d'une partie de l'Empire français dans la guerre que nous faisons ensemble, ne sauraient faire oublier, ni l'œuvre civilisatrice accomplie en Afrique par mon noble et malheureux pays, ni la contribution que les territoires du Tchad, du Cameroun, du Gabon, de l'Oubangui, du Moyen-Congo, continuent d'apporter à nos efforts communs, ni l'espérance de voir le reste de l'Afrique française les rejoindre dans le chemin qui conduit à la victoire.
Espérance d'autant plus ardente que le conflit mondial, pour atroce et destructeur qu'il soit, paraît cependant ouvrir à l'Afrique des perspectives de progrès qui impliquent la coopération des Puissances africaines et, d'abord, celle de la Grande-Bretagne et de la France.
Le philosophe grec disait que la guerre enfante. Certes, il est bien vrai que sa dure lumière met souvent en plein relief des nécessités jusqu'alors mal reconnues et que sa dévorante activité impose des réalisations que les époques pacifiques rejettent ou retardent. Or, l'Amérique est dans la guerre et nous ne pouvons douter que cette gigantesque épreuve doive influer profondément sur son évolution. N'apparaît-il pas, tout d'abord, que ce continent, si compact mais en même temps si divisé par les obstacles de la nature, est en train d'acquérir, par le fait de la guerre, la perméabilité, et par là, la cohérence qui sont les conditions nécessaires de son unité ? Car la guerre exige que l'on circule, que l'on transporte, que l'on communique et que, pour le faire, on en trouve ou crée les moyens.
Quand on parcourt les fronts de combat africains, soit terrestres, du bassin du Tchad au canal de Suez, ou, hier encore, du Haut Nil à la Mer Rouge, soit maritimes, le long de la côte atlantique ou au bord de la Méditerranée, on constate que de multiples activités guerrières s'y conjuguent et s'y relient bel et bien, malgré les distances et les difficultés.
Rien n'entraîne un développement plus rapide des communications africaines autant que les mouvements incessants d'effectifs et de matériel, de Brazzaville au Caire, de Léopoldville à Gondar, de Cape Town à Alexandrie. Rien n'a fait progresser les grandes lignes aériennes africaines autant que la nécessité d'amener très vite, à partir de Takoradi ou de Durban, vers les champs de bataille d'Egypte ou d'Orient, d'innombrables avions de combat ou de transport. Rien n'aura plus contribué au développement de ports tels que Freetown, Lagos, Douala, Pointe-Noire,Matadi, Port-Soudan, que les ravitaillements militaires.
Tandis que la guerre rend ainsi effective l'unité théorique de l' Mrique, en y découvrant et en y multipliant les possibilités de parcours, elle y fait apparaître également des éléments d'unité économique. Les terres africaines, plus ou moins séparées à présent des métropoles, s'aperçoive:1lt qu'elles sont, dans une large mesure, complémentaires les unes des autres. C'est ainsi que l'on voit se nouer, par exemple, entre le Nigéria, le Congo Belge, l' Amérique du Sud, l'Angola, mille liens nouveaux d'échange. On s'aperçoit, du Cap au Niger, qu'un bœuf né au bord du Chari se mange comme tout autre bœuf, qu'un camion de Johannesburg est parfaitement utilisable, qu'un tissu d'Elisabethville vous habille fort bien son homme, qu'un légume de Loanda vaut la peine d'être accommodé.
A travers les conférences des Gouverneurs, les missions d'études, d'achat, de vente, les révisions de tarifs et de droits de douane, on voir se dessiner, en vertu de la guerre, une vie économique proprement africaine que les circonstances normales n'auraient certes pas pu créer.
Mais c'est aussi, c'est peut-être surtout, dans l'ordre moral que le drame mondial organise la solidarité africaine. Ce n'est pas en vain que des hommes venus de tous les points de l'Afrique se trouvent côte à côte en armes sur les mêmes champs de bataille et servent la même cause, dont tous savent très bien qu'elle est la cause de la liberté. Ce n'est pas en vain que, partout, au cœur du désert comme au plus profond de la forêt équatoriale, dans la savane autant que sur les plages, au bord des lacs et des fleuves, en même temps que dans les rues des villes, 120 millions d' américains s'unissent dans un seul souhait, le souhait de la victoire. Car, c'est un fait qu'aucun des grands continents du monde n'offre, à ce point de vue, une si complète unanimité.
Oui, cette guerre qui, à tant d'égards, constitue une révolution, peut amener une profonde et salutaire transformation de l'Afrique, en dépit du sang et des larmes qu'elle fait et fera couler. A condition que le parti de la liberté, dont, aujourd'hui, l'Empire britannique est sur ce grand continent le principal . champion, parvienne à briser les ambitions tyranniques de l'ennemi, on peut croire qu'une telle transformation, révélant l' Amérique à elle-même, lui ouvrira décidément le chemin d'un grand avenir. Permettez-moi d'ajouter que là, comme partout, l'œuvre de progrès et de création, dans l'ordre, l'expérience, l'équilibre, impliquera nécessairement la franche collaboration de votre pays et du mien.
Pour cette œuvre-là et pour beaucoup d'autres, dès que notre victoire aura dissipé le cauchemar de l'oppression, on pourra, je vous l'affirme, compter sur la France de demain.
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23 Octobre 1941 [2]
Le 20 octobre I94I, le Colonel allemand qui commande la régiom de Nantes est abattu. Dans la nuit du 2I au 22 octobre, un autre officier est tué à Bordeaux. Les Allemands arrêtent, dans chacune de ces deux villes, 100 otages, qu'ils menacent de fusiller.
Nous savions bien que l'Allemand est l'Allemand. Nous ne doutions pas de sa haine ni de sa férocité.
Nous étions certains que ce peuple déséquilibré ne contraindrait pas longtemps sa nature et qu'il irait tout droit au crime à la première crise de peur ou de colère.
Parce que deux des bourreaux de la France ont été abattus à Nantes et à Bordeaux au beau milieu de leurs canons, de leurs chars et de leurs mitrailleuses par quelques courageux garçons, l'ennemi prend au hasard, à Paris, à Lille, à Strasbourg, 100, 200, 300 Français et les massacre.
Naturellement, les malheureux qui, à Vichy, s'épouvantent eux-mêmes des horreurs qu'ils ont causées par leur capitulation, se répandent en imprécations, non point du tout contre l'ennemi, mais contre ceux qui le frappent. Nous avons entendu hier la voix tremblante du vieillard que ces gens ont pris comme enseigne, qualifier de « crime sans nom » l'exécution de deux des envahisseurs.
Dans cette phase terrible de sa lutte contre l'ennemi, il faut que le peuple français reçoive un mot d'ordre.
Ce mot d'ordre, je vais le lui donner. Il vient du Comité National Français qui dirige la nation dans sa résistance. Voici !
Il est absolument normal et il est absolument justifié que les Allemands soient tués par les Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos mains, ils n'avaient qu'à rester chez eux et ne pas nous faire la guerre. Tôt ou tard, d'ailleurs, ils sont tous destinés à être abattus, soit par nous, soit par nos alliés.
Ceux d'entre eux qui tombent en ce moment sous le fusil, le revolver ou le couteau des patriotes ne font que précéder de peu tous les autres dans la mort. Du moment qu'après deux ans et deux mois de batailles ils n'ont pas réussi à réduire l'univers, ils sont sûrs de devenir chacun, et bientôt, un cadavre ou
au moins un prisonnier.
Mais il y a une tactique à la guerre. La guerre des Français doit être conduite par ceux qui en ont la charge, c'est-à-dire par moi-même et par le Comité National. Il faut que tous les combattants, ceux du dedans comme ceux du dehors, observent exactement la consigne. Or, actuellement, la consigne que je donne pour le terri~oire occupé, c'est de ne pas y tuer ouvertement d'Allemands. Cela, pour une seule mais très bonne raison, c'est qu'il est, en ce moment, trop facile à l'ennemi de riposter par le massacre de nos combattants momentanément désarmés. Au contraire, dès que nous serons en mesure de passer à l'attaque, vous recevrez les ordres voulus.
Jusque-là, patience, préparation, résolution. Cependant, pour pouvoir attaquer dans de bonnes conditions, il faut définitivement arracher toute autorité aux collaborateurs de l'ennemi. Vichy qui a livré nos armes, Vichy qui interdit à la flotte et à l'Empire de bouger, sauf pour combattre les Français et leurs alliés, Vichy qui collabore avec les assassins, Vichy qui tient les mains de la France pendant que l'ennemi l'égorge, doit rencontrer dans tous les domaines l'opposition complète et incessante du peuple français. Jusqu'à ce que la justice nationale ait pu s'abattre sur Vichy, tout ce qui est de Vichy n'a droit qu'au mépris public, à commencer, bien entendu, par le principal responsable du désastre militaire, de l'Armistice déshonorant et du malheur de la France : le Père-la-Défaite de Vichy.
La France, avec nous!
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25 Octobre 1941
Cinquante otages ont été exécutés à Nantes, et cinquante à Bordeaux.
En fusillant nos martyrs, l'ennemi a cru qu'il allait faire peur à la France! La France va lui montrer qu'elle n'a pas peur de lui.
Elle va lui en administrer la preuve par la manifestation actuellement la plus impressionnante possible, un gigantesque « Garde à Vous ! )) national dans une totale immobilité.
Vendredi prochain, 31 octobre, de 4 heures à 4 h 05 du soir, toute espèce d'activité devra cesser sur tout le territoire français.
Vendredi prochain, 31 octobre, de 4 heures à 4 h 05 du soir, tous les Français, toutes les Françaises, demeureront immobiles, chacun là où il se trouvera. Dans les champs, dans les usines, dans les bureaux, dans les écoles, dans les magasins, tout travail sera interrompu. Dans les rues, personne ne bougera.
Cette immense grève nationale fera voir à l'ennemi et aux traîtres qui le servent quelle gigantesque menace les enveloppe. La Nation française, figée tout à coup et tout entière dans la haine et dans le mépris, frappera d'angoisse l'ennemi et les traîtres qui le servent, en attendant qu'elle les écrase.
Mais aussi, tout notre peuple manifestera par cet unanime « Garde à Vous ! » la magnifique fraternité française, bâtie sur nos malheurs, cimentée par notre sang, resplendissante de nos espérances.
Le monde entier pense à la France, regarde vers la France, s'interroge sur la France. Eh bien ! la France va faire voir au monde que les crimes commis sur la personne de ses enfants par un ennemi affolé et qui sent venir la déroute ne l'intimident pas du tout !
La France va faire voir au monde qu'elle n'appartient à personne, sauf à elle-même. La France va faire voir au monde qu'elle est une nation fière, assurée, résolue, qu'elle est la France !
Vendredi prochain, 31 octobre, de 4 heures à 4 h 05 du soir, pour toute la France, « Garde à Vous ! »
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31 Octobre 1941
L'ennemi a cru qu'il avait abattu la France. Or, le 31 octobre, à 4 heures du soir, toute la France sera debout.
Il n'y a pas un homme, il n'y a pas une femme, il n'y a pas un enfant, ni chei nous, ni chez nos' amis, ni chez nos ennemis, qui ne comprenne l'immense importance de ce formidable « Garde à Vous ! »
Car la guerre est affaire de moral. C'est uniquement l'espoir de vaincre qui soutient l'effort des peuples.
En se dressant tout à l'heure, la tête. haute, face à l'ennemi, la France va se voir telle qu'elle est, inébranlable dans sa fraternité. La France tout entière, rassemblée dans les cinq minutes décisives, va montrer que, malgré les outrages, les tortures, les trahisons, en dépit des larmes versées sur ses armées défaites, sa jeunesse prisonnière, ses petits enfants qui meurent, elle s'apprête pour la vengeance sous ses drapeaux déchirés.
En entendant son appel, les peuples libres reconnaîtront la voix qui, depuis tant de siècles, les émeut et les entraîne, les peuples libres reconnaîtront la voix éternelle de la France.
En assistant à cette démonstration de la haine et de la volonté françaises, l'ennemi devra constater que, s'il peut faire un triste envahisseur, il est, par nature, incapable d'être vraiment un conquérant. En ce moment précis, il doute de vaincre jamais des adversaires toujours plus forts.
La grève nationale française lui montrera, juste à propos, que la soumission de l'Europe est un but irréalisable et qu'il verse son sang pour rien.
Le 31 octobre, à 4 heures, la France rentre en ligne avec toute son âme en attendant qu'elle marche avec toutes ses forces vers la victoire et vers la grandeur.
La France, avec nous !
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