Dans un premier temps, l’élection d’Obama va changer la perception des Etats-Unis par le reste du monde. Ce pays a été décrié (et souvent à juste raison) à cause de la politique internationale de George Bush. Cette réhabilitation de l’Amérique ne peut que nuire à ceux qui ne cessent d’en dénoncer l’impérialisme.

Obama, de par ses origines, est très populaire dans le monde arabo-musulman, et aussi en Afrique subsaharienne. Il va donc favoriser un axe américano-arabo-africain, qui par contraste affaiblira la catastrophique politique pro-arabe et tiers-mondiste de l’Europe et de la France.

Les émigrants d’Afrique Noire commencent déjà à préférer le « Camp des Saints » des Etats-Unis à celui de la vieille Europe, et en particulier de celui de l’ancien colonisateur français qui leur ferme de plus en plus ses portes. Ce mouvement migratoire va donc s’accentuer en cas de victoire d’Obama, et les Etats-Unis vont être gênés par une immigration massive qu’ils vont attirer chez eux et détourner de chez nous, et qui jusqu’à présent commençait à peser sur les économies européennes. C’est tout bénéfice pour les travailleurs français.

Sur l’Irak, l’élection d’Obama ne changera pas grand-chose, puisque l’administration Bush a déjà négocié avec les Irakiens le départ imminent des troupes et la remise du pays à ses autorités nationales. Par contre, sur l’Afghanistan, Obama veut renforcer le contingent de soldats américains, et il va donc affaiblir les Etats-Unis dans ce qui s’annonce comme un « nouveau Viet-Nam ».

Il va évidemment demander à Nicolas Sarkozy de le suivre sur ce terrain. Mais le récent rapport des députés Lellouche (UMP) et Lamy (PS) contredit la politique officielle française sur l’Afghanistan, et parle même d’« impasse militaire ». Ce rapport conforte l’opinion des Français, majoritairement opposés à notre présence militaire en Afghanistan, et nous pouvons espérer que Sarkozy qui n’a jamais de scrupules à retourner sa veste va en tirer les conclusions nécessaires. Il n’a aucun intérêt à se mettre la population à dos, et encore moins les musulmans de France, ni à voir de nouveaux soldats victimes d’embuscades, et tout cela alors que « les caisses sont vides ».

D’autres membres européens de la coalition pourront suivre ce retournement d’opinion, et donc Obama va donc devoir se débrouiller seul avec son « nouveau Viet-Nam », ce qui arrange cyniquement nos affaires internationales et économiques.

Obama prévoit d’augmenter considérablement les impôts aux Etats-Unis, ce qui affaiblira les entreprises et les contribuables américains. Or ces entreprises sont souvent concurrentielles des entreprises européennes et françaises, par exemple dans l’automobile ou l’aéronautique. La politique intérieure d’Obama favorisera donc indirectement les usines et les travailleurs français, en les avantageant sur les marchés internationaux.

La politique internationale d’Obama envers les pays musulmans (dont l’Iran) mettra les Etats-Unis en concurrence avec la Russie dans cette région sensible, ce qui pourrait faire basculer totalement les jeux géostratégiques. Cette politique pourrait même rapprocher l’Europe de l’Est, dont la Russie, avec l’Europe de l’Ouest, et favoriser une union occidentale de la vieille Europe de Brest à Vladivostok, qui serait alors en position de force dans une concurrence directe avec les Etats-Unis sur les plans économiques et énergétiques.

Cela ne pourra fonctionner que si Sarkozy renonce à son atlantisme. D’ailleurs, s’il préfère Obama, c’est qu’il sait qu’il sera plus facile de « vendre » l’Otan aux Français avec un Obama populaire chez nous à la tête des Etats-Unis (et donc de l’Otan) qu’un Mac Cain suspect de « bushisme ». Mais on peut compter sur le « Viet-Nam afghan » pour discréditer l’Otan auprès de nos compatriotes, que Sarkozy n’a pas trop intérêt à décevoir dans cette période de crise.

Bien sûr, il faudrait affiner toutes ces pistes, et sans doute d’autres, mais ces quelques remarques montrent que l’élection de Barack Obama pourrait involontairement et paradoxalement favoriser considérablement les intérêts français, en France comme dans le monde.

Olivier Gothard