En effet, à 26 ans, notre coreligionnaire a déjà mené une longue lutte pour l’émancipation des femmes musulmanes qui veulent conjuguer leur féminité avec les principes de la religion musulmane. Elle a confié son histoire au site italien TGCOM . Dévoilons sans fausse pudeur cette biographie originale à l’attention de nos lecteurs de langue française.

Hanane vivait avec sa famille marocaine à Tunis. Comme il est de coutume dans les familles traditionalistes, son père et son frère la tenaient cloîtrée, et éloignée des hommes qui ne faisaient pas partie de la famille. A chacune de ses rares sorties, elle portait un voile que ne laissait voir que ses yeux. Son père l’a obligée à arrêter l’école, pour éviter de mauvaises rencontres.

Un beau jour de l’an 2002, alors qu’elle a 20 ans, elle se rend chez l’épicier du quartier. Elle est bien sûr recouverte du tissu réglementaire qui protégeait sa pudeur. C’est alors qu’elle échange un regard avec un bel Italien de 54 ans nommé Massimo. C’est le coup de foudre réciproque, sans qu’on sache si on le doit à Allah ou à Cupidon. En sortant de la boutique, Massimo se hasarde à demander à Hanane son numéro de téléphone portable. Elle n’en avait pas, et elle a donné celui de sa sœur.

Massimo représente aux yeux de Hanane bien plus qu’un beau garçon. Enfermée à la maison, elle regarde fréquemment les programmes de la télévision italienne, et elle envie les « showgirls » des émissions berlusconiennes de variété. Hanane veut connaître le monde, et en particulier cette Italie si séduisante. Elle confie à TGCOM : « Je rêvais de m'échapper de la Tunisie et je ne suis pas la seule. Mes amies voulaient travailler et être émancipées. Nous avons marre d'être seulement considérées comme des mères de famille. Nous sommes enfermées dans une cage, sans avoir la possibilité de nous exprimer. Peu d’entre nous osent défier les lois et les traditions. »

Massimo réussit à joindre Hanane au téléphone grâce au portable de la sœur. Des rendez-vous secrets sont organisés entre les deux tourtereaux. La famille d’Hanane découvre le pot aux roses, et décide d’enfermer définitivement la fautive. Mais Hanane réussit à s’échapper de sa prison domestique et se réfugie chez une tante. Elle se fiance en cachette avec Massimo, qui s’est entre-temps converti à notre belle religion d’amour, de paix et de tolérance, car l’islam interdit toute union entre une musulmane et un non-musulman.

Cette prescription religieuse n’est toutefois pas transcrite dans la loi tunisienne, qui est laïque depuis l’indépendance de par la volonté de notre Combattant Suprême feu Habib Bourguiba. Certes, la jurisprudence locale a parfois mis en défaut cette hérésie légale, mais Hanane et Massimo étant tous deux musulmans, ils peuvent se marier au pays de Zine el-Abidine Ben Ali. Non sans difficultés, car l’entourage méprise Hanane, la traite de « prostituée », et tente d’empêcher le mariage d’amour. En vain. En mars 2006, après quatre ans de galère et de démarches, Hanane et Massimo convolent discrètement en justes noces.

Les jeunes mariés décident de s’installer immédiatement en Italie, à Nettuno près de Rome. Elle raconte : « Ici j'apprends ce que signifie d'être une femme et ma bataille pour les droits des femmes est à peine entamée. »

Mais comment mener cette bataille « contre le machisme » d’une manière efficace ? Hanane décide de médiatiser sa cause en posant pour le photographe Alberto Magliozzi . Ce spécialiste des photos d’art et des beaux modèles féminins s’était rendu célèbre en 2002 avec un calendrier qu’il a appelé « Madonne ». Cette reprise du nom que les Italiens donnent à la Vierge Marie mère de Jésus avait provoqué la réaction hostile de l’Eglise catholique rétrograde, machiste, traditionaliste, obscurantiste, réactionnaire et arriérée.

Massimo partage le projet de son épouse, et l’aide à contacter le célèbre photographe. La dizaine de photos artistiques de Hanane Zemali font le tour du web .

Hanane explique son geste qui peut surprendre : « Je me déshabille pour donner un signal fort aux femmes musulmanes. Je voudrais qu'elles aient le courage de se rebeller de leurs pères qui les traitent comme des objets. Notre féminité ne peut pas être réprimée. Beaucoup rêvent de s'échapper. Peu ont le courage de le faire. Je sais que ces photographies ne seront pas bien appréciées par ma famille ou par mes compatriotes. Mais pour beaucoup de femmes, ces photos représentent un cri d'espoir dans ce monde silencieux. »

Malgré ces photos qui peuvent effectivement décontenancer des musulmans coincés par les traditions machistes, ni Hanane ni Massimo ne prétendent vouloir provoquer les croyants ou apostasier leur foi. Bien au contraire, la belle Maugrabine revendique sa conception d’un islam libéré des pesanteurs machistes : « Je suis religieuse, je ne renie pas ma foi musulmane et je prie chaque jour. La soumission des femmes cependant n'a rien à voir avec la doctrine de Mahomet. Je ne fais de mal à personne avec mes photos. Je demande seulement l'égalité des droits et le pouvoir de parler. S'il y avait toutes ces choses sur ma terre, ça irait mieux. »

La belle histoire de Hanane Zemali démontre très clairement qu’un islam moderne est parfaitement compatible avec les droits des femmes et avec les valeurs occidentales d’émancipation et de liberté. Formons l’espoir, avec l’aide d’Allah, que ses vœux soient exaucés, et que d’autres musulmanes affichent leur foi et leur féminisme aussi naturellement que l’a fait Hanane.

Nos sœurs en religion pourraient cependant objecter que la démarche de notre sœur tunisoise comporte un aspect un peu discriminatoire : pourquoi Massimo ne s’est-il pas associé totalement au combat féministe et islamique de son épouse, en posant lui-même pour des photos artistiques d’Alberto Magliozzi ? Et, pourquoi pas, en compagnie de sa bien-aimée ? Mais peut-être que d’autres couples musulmans oseront aller encore plus loin dans la défense islamique des droits de l’Homme… et de la Femme.

Rachida Belamour