Discours prononcé à la radio de Londre le 3 décembre1941
Discours prononcé à la radio de Londre le 15 décembre1941
Discours prononcé à la radio de Londre le 24 décembre1941
Discours prononcé à la radio de Londre le 31 décembre1941

3 Décembre1941

Les Allemands reculent sur le front de Rostof. Les Anglais mènent l'offensive sur le front de Libye.

Pour la première fois depuis le premier jour de la guerre, les armées allemandes ont reculé.
Elles ont reculé en Russie du Nord. Elles ont reculé en Afrique du Nord. Cela ne signifie nullement que la force allemande soit brisée. Mais cela signifie que la force des Alliés se trouve maintenant au même niveau. Or, les moyens des Alliés ne cessent pas de s'accroître. Mais les moyens de l'ennemi ont atteint leur plafond. M. Hitler a besoin de renforts. Et M. Hitler est pressé.

C'est pourquoi, il vient de faire dicter ses ordres de fourniture à l'entreprise de trahison qu'il patronne à Vichy. L'entrepreneur de Vichy tient trop à la défaite française, qui est sa raison de survivre et sa délectation morose, pour refuser la commande après en avoir exécuté tant d'autres.

La même entreprise et le même entrepreneur, qui ont livré nos armes, interdit à notre Empire de secourir la patrie écrasée, ordonné entreprise et le même entrepreneur vont, sans doute, ouvrir à l'ennemi la porte de notre Afrique du Nord.

Nous reconnaissons sans difficultés que pour l'ennemi, c'est là un coup magistral. Tandis que paraissent, vers Moscou, vers Rostov, vers Tobrouk, les premières lueurs de la victoire, tandis que les États-Unis jettent chaque jour un poids de plus dans le plateau de la balance, ce secours porté à Hitler est d'une valeur incontestable. Mais, du même coup, sont déchirés les derniers lambeaux de l'équivoque. Or, l'équivoque créée et personnifiée par Vichy était, dans le jeu de l'ennemi, un atout de premier ordre. Certains Français y accrochaient d'ultimes illusions. A l'étranger, beaucoup s'y laissaient prendre. Il vaut mieux pour la France que les nuées soient dissipées et que la vérité apparaisse toute nue.

Il vaut mieux, pour l'honneur et pour l'avenir de la France, que les événements qui n'ont conduite là où elle est ne puissent plus Ae imputés qu'à leur cause, c'est-à-dire à trahison.

Car il n'y a plus maintenant, pour personne moyen de se berner soi-même ou de laisser douter les autres. D'un côté, la France, livrée, pillée, bâillonnée, qui ne veut rien que la victoire et, par la victoire, la vengeance. De l'autre, les traîtres qui la démembrent, physiquement et moralement, pour nourrir l'ennemi de ce qu'ils peuvent lui arracher.

L'issue de cet atroce combat ne fait pas le moindre doute. C'est la France qui, comme toujours, l'emportera sur la trahison. Mais malheur à ceux qui n'auront pas osé choisir !

La France, avec nous!

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15 Décembre 1941

Le 8 décembre I94I, la France Libre s'est déclarée en état de guerre avec le Japon qui auait attaqué, la veille, la flotte des États-Unis à Pearl-Harbour.


Entre deux séânces d'effusions avec l'un ou l'autre des hommes de Vichy, l'ennemi annonce qu'il va massacrer encore 100 Français. Il donne pour prétexte qu'avec tous ses canons, s es chars et ses mitrailleuses il est impuissant dans la guerre d'escarmouches engagée sur notre territoire entre ses troupes et des groupes francs français. A vrai dire, c'est tous les jours qu'il se venge de ces menus revers, précurseurs du grand désastre, en tuant des hommes, des femmes, des enfants, désarmés. Tantôt il le fait en secret, tantôt il le publie. Dans les deux cas, il ne manque pas de verser l'écume de sa rage dans le sang qu'il répand, c'est-à-dire dans le sang de la France, à la façon de certains assassins qui ne peuvent se tenir de souiller leurs victimes.

Devant ces crimes commis sur la personne de ses enfants par une race affolée et déjà condamnée, la France ne pleurera pas, ne gémira pas, ne priera pas. La France, grâce à Dieu! possède des soldats en campagne pour lui gagner la guerre avec ses alliés. Ces soldats ont des armes, dont l'ennemi connaîtra, une fois de plus dans son Histoire, la pointe et le tranchant. Et ces soldats ont une parole. Cette parole c'est que tout cela sera payé intégralement, avec le reste.

Il est, sans doute, fort possible que l'ennemi, pris à son propre bluff, ne veuille point imaginer qu'il soit en route pour la défaite. Mais" nous avons, nous, des raisons d'être d'une autre opinion. Car, s'il est clair à nos yeux que l'offensive allemande de Russie évolue dans un sens fâcheux pour l'ennemi, que l'offensive prise en Libye par les Anglais et leurs alliés se déroule dans de bonnes conditions, et que l'agression japonaise se heurte, d'ores et déjà, à des obstacles grandissants, il nous paraît évident, à nous, que l'entrée dans la guerre de notre alliée l'Amérique, aux côtés de l'Angleterre, de la Russie et de la France, équivaut, tout simplement, à la certitude de vaincre.

En effet, dans cette guerre de machines, l'Amérique possède, à elle seule, un potentiel égal au potentiel total de tous les autres belligérants. Grâce à l'appoint qu'elle a déjà commencé à fournir, il sortira l'an prochain, des usines ou chantiers alliés, trois fois plus d'avions, deux fois plus de chars, six fois plus de navires que des usines ou chantiers ennemis. A mesure que les mois passeront, ces rapports de production deviendront bien meilleurs encore. Quant aux effectifs, résumons la question en disant que, de cinq hommes sur la terre, quatre sont dans notre camp.

C'est pourquoi, si nous pouvons être aujourd'hui forcés de subir le massacre de nos compatriotes, nous savons de quelles larmes de sang l'ennemi, avant peu, devra pleurer sa criminelle insolence. Le jour est maintenant marqué où nous nous trouverons à la fois les vainqueurs et les vengeurs.

La France, avec nous !

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15 Décembre 1941

Quel bonheur, mes enfants, de vous parler ce soir de Noël. Oh ! je sais que tout n'est pas gai, aujourd'hui, pour les enfants de France. Mais je veux, cependant, vous dire des choses de fierté, de gloire, d'espérance.

Il y avait une fois : la France! Les nations, vous savez, sont comme des dames, plus ou moins belles, bonnes et braves. Eh bien! parmi mesdames les nations, aucune n'a jamais été plus belle, meilleure, ni plus brave que notre dame la France. Mais la France a une voisine brutale, rusée, jalouse : l'Allemagne. L'Allemagne, enivrée d'orgueil et de méchanceté, a voulu, un beau jour, réduire en servitude les nations qui l'entouraient. Au mois d'août 1914, elle s'est donc lancée à l'attaque.

Mais la France a réussi à l'arrêter sur la Marne, puis à Verdun. D'autres grandes nations, l'Angleterre, l'Amérique, ont eu ainsi le temps d'arriver à la rescousse. Alors, l'Allemagne, dont le territoire n'était nullement envahi, s'est écroulée tout à coup. Elle s'est rendue au Maréchal Foch. Elle a demandé pardon. Elle a promis, en pleurant, qu'elle ne le ferait plus jamais. Il lui restait d'immenses armées intactes, mais il ne s'est pas trouvé un seul Allemand, pas un seul pour tirer même un coup de fusil après la capitulation.

Là-dessus, les nations victorieuses se sont séparées pour aller chacune à ses affaires. C'est ce qu'attendait l'Allemagne. Profitant de cette naïveté, elle s'est organisée pour de nouvelles invasions. Bientôt, elle s'est ruée de nouveau sur la France. Et, cette fois, elle a gagné la bataille.

L'ennemi et ses amis prétendent que c'est bien fait pour notre nation d'avoir été battue. Mais la nation française, ce sont vos papas, vo mamans, vos frères, vos sœurs. Vous savez bien, vous, mes enfants, qu'ils ne sont pas coupables. Si notre armée fut battue, çe n'est pas du tout parce qu'elle manquait de courage, ni de discipline. C'est parce qu'elle manquait d'avions et de chars. Or, à notre époque, tout se fait avec des machines, et les victoires ne peuvent se faire qu'avec les avions, les chars, les navires, qui sont les machines de la guerre. Seulement, malgré cette défaite, il y a toujours des troupes françaises, des navires de guerre et des navires marchands français, des escadrilles françaises, qui continuent le combat. Je puis même vous dire qu'il y en a de plus en plus et qu'on parle partout dans le monde de ce qu'ils font pour la gloire de la France.

Pensez à eux, priez pour eux, car il y a là, je vous assure, de très bons et braves soldats, marins et aviateurs, qui auront à vous raconter des histoires peu ordinaires quand ils seront rentrés chez eux. Or, ils sont sûrs d'y rentrer en vainqueurs, car nos alliés, les Anglais et les Russes, ont maintenant des forces très puissantes, sans compter celles que préparent nos alliés les Américains. Toutes ces forces, les Allemands n'ont plus le temps de les détruire, parce que, maintenant, en Angleterre, en Russie, en Amérique, on fabrique d'immenses quantités d'avions, de chars, de navires. Vous verrez un jour toute cette mécanique écraser les Allemands découragés et, à mesure qu'ils reculeront sur notre territoire, vous verrez se lever de nouveau une grande armée française.

Mes chers enfants de France, vous avez faim, parce que l'ennemi mange notre pain et notre viande. Vous avez froid, parce que l'ennemi vole notre bois et notre charbon, vous souffrez, parce que l'ennemi vous dit et vous fait dire que vous êtes des fils et des filles de vaincus. Eh bien! moi, je vais vous faire une promesse, une promesse de Noël. Chers enfants de France, vous recevrez bientôt une visite, la visite de la Victoire. Ah ! comme elle sera belle, vous verrez !

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31 Décembre 1941

Le 25 décembre 1941 Saint-Pierre et Miquelon ont accueilli en libérateur les marins de la France Libre.

Aujourd'hui, comme tous les Français dignes de la France, nous formulons un seul vœu : que l'ennemi soit chassé de chez nous et de partout où il étend sa tyrannie, qu'il le soit avec le concours de nos armes et qu'il subisse, une fois de plus dans son Histoire, la destinée du vaincu !

Mais le drame du monde ne permet pas de formuler un vœu platonique. Comment nous proposons-nous d'aider, pour notre part, à réaliser celui-là ?

Il paraît qu'à la guerre il était, jadis, d'usage de cacher soigneusement son plan. Cela pouvait être bon du temps où la politique et la stratégie se pratiquaient comme des jeux compliqués, réservés à quelques spécialistes. La guerre mondiale, qui atteint au plus profond l'âme et le corps des peuples, ne tolère plus ces subtilités. La meilleure politique est aujourd'hui la plus claire, comme la meilleure stratégie est la plus simple et la plus brutale.

Au moment où commence une année de cruelles épreuves, mais aussi d'immenses espérances, nous ne cacherons point notre plan, pas plus que nous ne le cachions hier quand tout paraissait perdu.

Notre plan consiste en ceci : que nous entendons refaire, dans la guerre pour la France et pour la liberté du monde, l'unité nationale rompue par l'invasion et par la trahison. Nous prétendons libérer de l'ennemi ou des traîtres qui le servent tous les territoires et tous les citoyens français. Nous visons à remettre en ligne, côte à côte avec nos chers et braves alliés et pour faire triompher la même cause, toutes les forces matérielles, spirituelles, morales, de la patrie et de l'Empire.

De ce plan, nous avons déjà pu accomplir une partie. La nation française, nous en avons mille preuves, s'en réjouit tout haut ou tout bas. C'est là le fait essentiel qui maintient et fait grandir, au plus profond de notre peuple, a flamme de l'espérance et le sentiment de sa solidarité avec le parti de la liberté. Quant aux alliés de la France, je crois bien que nos efforts ont directement aidé à faciliter les leurs. Ainsi avons-nous déjà redressé l'honneur et les armes de la France dans les territoires africains du Tchad, du Cameroun, du Congo, du Gabon, de l'Oubangui. Ainsi avons-nous pu donner, en vertu et dans le cadre du mandat français intact, l'indépendance aux nobles Etats de Syrie et du Liban. Ainsi avons-nous pris en main, pour la France, l'Inde Française, la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, les archipels océaniens français et notre part des Nouvelles-Hébrides. Ainsi avons-nous, il y a une semaine déjà, avec le suffrage enthousiaste d'une écrasante majorité, remplacé, à Saint-Pierre-et-Miquelon, une administration déléguée par les collaborateurs de l'ennemi. Oui, dans ces îles, qui tiennent à la substance française par des siècles de dure et glorieuse Histoire, nous avons rétabli et rétabli pour toujours la souveraineté nationale, le règne des lois et la douceur de la liberté.

Grâce à des morceaux d'Empire, rassemblés dans le devoir national et international, nous rebâtissons peu à peu l'édifice brisé de la force et de la volonté françaises, nous faisons sentir de nouveau à l'ennemi, sur terre, sur mer et dans les airs, le poids de nos armes et nous pouvons faire entendre, chaque jour plus haute et plus claire, la voix éternelle d'une France dont le monde ne se passera pas.

Au cours de l'année qui s'ouvre, nous pour-suivrons notre tâche, sans hésiter et sans fléchir. Nous convions à nous aider, activement ou passivement, suivant ce qu'il leur est possible de faire, les 42 millions de Français et les 64 millions d'hommes de l'Empire. Nous faisons nôtres ces paroles prononcées hier par le grand Churchill : « Il n'y a pas de place dans cette guerre pour les dilettantes, les faibles, les embusqués et les poltrons. » Nous croyons que notre plan peut, à l'avantage commun, être utile au plan général de politique et' d'action de guerre des Alliés, dans lequel la France aura sa part.

Oui, voici notre promesse de Nouvelle Année : un jour, la vague de la puissance française déferlera, elle aussi, sur les rivages de la Victoire

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