Discours de Gaulle, Janvier 1942
Par Eric de Roche le jeudi 22 janvier 2009, 08:17 - Culture - Lien permanent
1er Janvier 1942 : Jean Moulin est parachuté en France comme représentant du Général de Gaulle auprès des Mouvements de Résistance de la zone Sud. 2 Janvier 1942: Manille tombe aux mains des Japonais.
21 Janvier 1942: Déclenchement d'une contre-offensive de Rommel en Libye.
29 Janvier 1942: Rommel s'empare de Bengasi.
Discours prononcé à londres à la chambre de commerce française le 6 Janvier 1942
Déclaration faites à la conférence interalliée de saint James le 12 Janvier 1942
Discours prononcé à londres au déjeuner de l'english speaking union le 13 Janvier 1942
Message à la France musulmane à l'occasion de la nouvelle année de l'Hégire le 18 Janvier 1942
Discours prononcé à la radio de Londre le 20 Janvier 1942
Si je me félicite de me trouver aujourd'hui l'hôte de la Chambre de Commerce française de Londres, si je vous remercie de m'avoir fait l'honneur de m'y inviter, c'est d'abord pour des raisons qui tiennent au sentiment. Dans la tâche sacrée, mais lourde, que nous avons entreprise pour le service de la France, il n'est pas de milieu français constitué qui se soit, dans son ensemble, rallié plus rapidement et plus complètement que le vôtre à notre grand devoir d'honneur et de libération. Et c'est pourquoi cette cordiale réunion me paraît - laissez-moi vous le dire - particulièrement sympathique.
Certes, si vous avez su, au lendemain même de la défaite de nos armées, faire aussitôt votre choix, pour l'espérance contre le désespoir et pour l'honneur contre l'abandon, votre connaissance particulière des ressources maté-rielles et morales de nos alliés britanniques a contribué à votre clairvoyance.
Intimement associés aux activités de ce pays, vous étant trouvés au contact prolongé de toutes les couches de son peuple, tenus au fait des réalités puissantes du Commonwealth, vous avez discerné aussitôt, dans les journées tragiques de juin 1940, que tout n'était pas perdu, puisqu'à la voix de Winston Churchill, l'Empire britannique restait debout et résolu. En cela voùs étiez guidés par la raison et par l'expérience. Sans doute, ceux des Français qui parviennent à nous rejoindre, soit ici, soit dans les territoires français libérés, étaient-ils, eux, guidés surtout par l'élémentaire instinct national. Mais, pour eux comme pour vous, l'unique chance de salut pour la France était la résistance de la vieille Angleterre. Nous y avons cru, nous avons eu raison.
Mais ce n'est rien d'avoir eu raison. Dans la drame qui se déroule et où l'avenir de la France est engagé, le groupement que vous constituez a bien autre chose à faire qu'à se féliciter rétrospectivement d'avoir adopté, quand il le fallait, l'attitude la plus louable. Pour vous, comme pour notre pays, il s'agit du présent et de l'avenir.
Pour le présent, il pourrait, aux yeux des gens mal renseignés, paraître étrange que la Chambre de Commerce française de Londres eût une activité quelconque. Et, cependant, elle en a une qui est loin d'être négligeable, et dont je crois, pour ma part, qu'elle peut et doit se développer. Le concours que vous apportez à l'effort industriel de guerre de nos alliés britanniques mériterait d'être mieux connu. Ce que font ici des entreprises industrielles, soit filiales de sociétés établies en France, soit constituées et fonctionnant en Angleterre par des activités françaises ou franco-anglaises, le rôle que jouent des techniciens français éminents dont votre très honoré Président d'honneur me paraît être le modèle, enfin la part que plusieurs maisons françaises prennent dans les relations de nos colonies libérées avec l'Empire britannique, tout cela constitue une somme dont l'importance est loin d'être négligeable et qui tend à augmenter.
Il me semble, en particulier, que les ventes et les achats opérés dans l'aire du sterling par les territoires de l'Afrique Équatoriale Française et du Cameroun et, dans une certaine mesure, les échanges des États du Levant sous mandat français, voire même ceux de nos coloniés du Pacifique, peuvent et doivent intéresser plusieurs de vos organisations. Il est, d'ailleurs, à escompter que le développement des événements amènera le ralliement d'autres territoires et, par conséquent, l'accroissement de tels échanges. Ai-je besoin d'ajouter que M. Pleven, Commissaire National aux Colonies, est tout disposé à faciliter dans ces matières l'activité des maisons de représentation françaises ?
Cependant, quelle que puisse être la valeur nationale et générale de votre rôle présent, quelle que soit aussi l'abnégation avec laquelle vous acceptez de sacrifier pour la grande cause la plupart de vos intérêts, je sais que, profes-sionnellement, c'est dans l'avenir que vous vivez surtout.
Nul plus que moi-même ne vous donne raison sur ce point, parce que nul n'est plus convaincu que je le suis de l'importance essentielle de la Chambre de Commerce de Londres dans la reconstruction économique de demain.
C'est qu'en effet, une telle reconstruction, s'il est louable de la mettre en chartes, proclamations et formules, sera, en fait, et avant tout, une affaire de réalités pratiques et éprouvées. Quand vous faites le calcul des quantités et des espèces de choses dont notre pays et notre Empire d'une part, la Grande-Bretagne et son Empire d'autre part, auront impérieusement besoin dès le lendemain du dernier coup de canon, quand vous évoquez le déséquilibre qui ne pourra manquer d'apparaître entre les besoins de la consommation et la production utilisable, quand vous mesurez les difficultés que rencontreront dans le monde entier la distribution et le transport des matières pre-mières, des denrées alimentaires et des objets fabriqués, quand vous pensez à ce que seront le bouleversement du crédit et le changement des conditions de travail, bref quand vous prévoyez cette période d'instabilité générale, de disette universelle, d'avidité déchaînée que devra traverser le monde pour retrouver son assiette, vous discernez aussitôt que le retour à la santé sera principalement le fait des hommes et des organismes bien en place, bien connus et bien exercés. Pour ce qui concerne la reprise des relations commerciales et industrielles entre la France et ses alliés anglais, je crois beaucoup, je vous l'avoue, au travail classique et pratique des Chambres de Commerce, françaises ici et britanniques chez nous.
Je souhaiterais que les hommes qui traitent de ces matières eussent toujours présente à l'esprit cette donnée statistique que le meilleur client de la France était l'Angleterre et le meilleur client de l'Angleterre, la France. Inutile, n'est-il pas vrai, d'épiloguer sur les raisons? Productions à beaucoup d'égards complémentaires, proximité des deux pays et, j'ajoute, des parties les plus actives dans chacun de ces deux pays, enfin confiance réciproque entre les entreprises de deux vieilles et honorables nations qui, malgré les traverses de l'Histoire, se portent l'une à l'autre une estime particulière. Je crois bien qu'il y a là, pour demain, un élément de prospérité plus efficace que certains systèmes si vastes qu'on pourrait risquer de s'y perdre. J'ajouterai, sans vouloir insister, que je vois aussi dans cette communauté réelle des intérêts économiques de l'Angleterre et de la France après la guerre un argument qui recommande l'harmonie de leurs politiques. Car enfin, je soupçonne, qu'une fois ce drame terminé, le grand problème des nations sera de trouver les moyens de vivre.
Voilà pourquoi, Messieurs, ce qu'a si bien dit votre Président au sujet de la contribution que votre Chambre est en mesure d'apporter aux travaux préparatoires de la reconstruction française m'a particulièrement frappé. Le Comité National a, comme vous le savez, constitué un important service d'études de ces problèmes essentiels et confié à M. Alphand, dont je n'ai certes pas besoin de développer les qualifications, la charge d'en exercer la direction. Ce service trouvera auprès de vous, comme aussi, je l'espère, auprès des autres Chambres de Commerce françaises à l'étranger, de multiples éléments de. données pratiques qui lui seront précieux pour établir notre plan.
Ce ne sera pas le moindre service que vous aurez rendu au pays.
Dans l'ordre d'idées qui nous occupe aujour-d'hui, comme dans tous les autres, on pourrait, parfois, se trouver tenté de reculer devant l'énormité des obstacles accumulés sur la route de la France par les malheurs qui l'accablent. Mais deux éléments offrent aux cœurs solides l'antidote au découragement. Le premier est la connaissance, une fois pour toutes acquise au long de l'Histoire, des prodigieuses capacités de redressement de notre pays, dont nous prétendons que les signes apparaissent déjà dans la lumière cruelle de la guerre. Le second est, tout simplement, le sentiment du devoir. Pour le reste, nous savons bien que la France a les promesses de la vie éternelle.
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Mais, à mesure que s'accroissait la puissance du Reich, augmentaient l'ampleur et la violence de ses atrocités.
Aujourd'hui, nos ennemis sont parvenus à faire régner sur l'Europe un régime de terreur plus effroyable que celui qui fut installé par les hordes barbares au printemps du Moyen Age, en mettant toute leur science au service de leur férocité.
En signant aujourd'hui cette déclaration commune, nous entendons, ainsi que tous les autres représentants des pays occupés, proclamer solennellement que l'Allemagne est la seule responsable du déclenchement de cette guerre et qu'elle partage avec ses alliés et ses complices la responsabilité de toutes les atrocités qui en découlent.
Manifestons notre ferme intention de travailler à ce que tous les coupables ne puissent pas éluder, comme ils le firent après les deux autres guerres, le châtiment mérité.
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Au moment où commençaient à paraître les signes précurseurs du grand drame d'aujourd'hui, M. Litvinoff disait : « La paix est indivisible. »
Je pense que ce grand serviteur de son grand pays entendait exprimer, par là, cette loi de solidarité que la menace commune dictait aux peuples libres et dont il faut reconnaître qu'elle fut tardivement obéie. Il semble, en effet, que les épreuves, une fois de plus déchaînées sur le monde par l'Allemagne et ses satellites, ont durement atteint le crédit de certaines formules d'isolement, dont on prétend qu'elles entraient naguère dans l'évangile politique des États.
Il semble que les nations du parti de la liberté aient, maintenant, assez vérifié que, quand l'inondation vient à ébranler les digues, il vaut mieux courir les renforcer que de s'enfermer chez soi.
Cependant, la paix indivisible mourut d'avoir été divisée. La guerre a donc pris sa place sur d'immenses étendues de terre, de mer et de ciel. Or, à mesure qu'elle se développe, on constate que la guerre, elle aussi, est indivisible et que, pour être menée sur des théâtres d'opérations différents et dans des conditions diverses, elle ne forme qu'un tout dans lequel le succès ou le revers de l'un est le succès ou le revers des autres et qui n'a point d'autre issue que la victoire commune ou l'effondrement général.
L'acceptation, désormais générale, de l'effort en commun doit permettre aux nations libres de l'emporter quelque jour sur leurs éternels adversaires. Mais, hélas! ce n'aura pas été sans sacrifices très graves pour celles d'entre elles que leur situation ou leur ardeur ont portées les premières au combat. Dans les conflits sans cesse renaissants qu'ont, depuis trois quarts de siècle, déchaînés sur le monde les ambitions germaniques, de précieuses avant-gardes furent, plus ou moins isolément, affaiblies, puis écrasées. Je ne crois pas qu'il y ait sur la terre un seul homme qui ne pense que ce fut le cas de la France.
Or, le malheur de la France n'a pas eu seulement pour résultat de la livrer à l'oppression des ennemis et de leurs collaborateurs.
Mais ceux-ci, comme ceux-là, y puisent inlassablement et, j'ajoute, non sans habileté, tous les arguments imaginables pour séparer le peuple français de ceux qui luttent pour la cause même à laquelle il s'est sacrifié. « Voyez, disent aux Français ces corrupteurs intéressés, ce qu'il vous en a coûté de vous tenir pour solidaires de ceux qui se disent vos alliés. En 1870, la France se trouvait seule dans sa lutte contre l'Allemagne. Lors de la dernière guerre, elle a payé la victoire commune beaucoup plus cher qu'une autre nation et, cependant, qui donc l'àida à empêcher l'ennemi vaincu de reconstituer ses forces pour l'attaque ?
Quant aux terribles événements de mai-juin 1940, ils ont démontré à quel point les démocraties étaient, ou bien indifférentes au sort de la France, ou bien impuissantes à lui porter efficacement secours. Au total, affirment aux Français les doctrinaires du soit disant Ordre européen, vous avez subi depuis soixante-dix ans des pertes immenses, vu pér~ sur les champs de bataille ou s'épuiser dans les camps de prisonniers le meilleur de votre jeunesse, supporté sans répit d'écrasantes charges militaires. Et, cependant, où en êtes-vous ? Trois invasions, la dépopulation, la ruine, la division nationale, voilà le bilan! Pour quelle contrepartie ? Vous voyez bien que votre sécurité, votre prospérité, votre grandeur, votre avenir, ne sont pas du côté que vous pensiez. Renoncez donc à vos illusions. Renversez vos alliances et venez à ces puissants voisins du continent, dans le concours et l'amitié desquels vous trouverez la paix, la richesse et, qui sait ? peut-être la gloire. »
Est-il besoin de décrire ici ce qu'aurait de désastreux, pour la France sans doute, mais aussi pour l'ordre du monde, l'abandon par le peuple français de ce qui fut jusqu'à présent son idéal?
Y aurait-il un équilibre possible, aussi bien dans l'ordre matériel que dans l'ordre moral, si, par désespoir et par impossible, la France se décidait un jour à séparer son destin extérieur de celui des démocraties de l'Ouest ? A quoi servirait même d'avoir, pour un temps, écrasé le germanisme et ses satellites d'agression s'ils devaient ensuite retrouver dans la déception irritée et humiliée de la France les raisons de se redresser ? Il suffirait de regarder une carte ou de relire l'Histoire pour reconnaître, si par hasard on était porté à l'oublier, que la sécurité et la liberté du monde ne se passeront jamais de la France, dont elles ne se sont jamais passé.
Sans doute l'ennemi, malgré les théories des propagandistes à sa solde, a-t-il peu d'espoir d'obtenir dans cette guerre même le concours actif de la nation française. Il sait bien que sa seule présence sur le sol de la patrie et l'espoir de la libération suffisent à rendre impraticable, pour le moment, une réconciliation réelle. Et c'est bien pourquoi, d'ailleurs, les indignes objurgations de ses complices de Vichy, suppliant celui qu'ils appellent le vainqueur de rendre les prisonniers, de réduire l'occupation ou de renoncer au pillage, ne peuvent aboutir à rien. Mais l'ennemi compte bien faire en sorte que, par la neutralisation honteuse d'une partie du territoire et de l'Empire tout entier, la France perde décidément le sentiment et le goût de combattre l'Allemand et accumule dans son orgueil blessé tous les griefs possibles contre ses amis naturels. Ainsi, quelle que puisse être l'issue du conflit, la France, divisée, humiliée, mécontente d'elle-même et des autres, deviendrait jusqu'en ses profondeurs accessible aux conseils de ceux qui la poussent à chercher la grandeur et la gloire du côté opposé à celui où elle les attendait.
Le soi-disant Armistice, conclu entre l'ennemi et Vichy, est l'instrument merveilleux dont Hitler cherche . à tirer cette corruption de la nation française. En juin 1940, rien ne l'empêchait d'achever l'occupation du territoire. Rien ne l'obligeait à accorder aux traîtres et aux misérables qui imploraient sa générosité les apparences d'un gouvernement français. Il pouvait, d'un revers de main, écarter le triste personnage qui prétendait traiter avec lui de soldat à soldat et il lui était facile d'établir, de Lille à Marseille et de Bordeaux à Stras-bourg, des Gauleiters en titre. Mais il jugea bien préférable de laisser à la nation et au monde l'illusion que la France conservait quelque chose comme l'indépendance et comme la souveraineté. Grâce à cette colossale supercherie, il maintenait l'Empire hors de la guerre et organisait sa propagande à l'intérieur du pays, sous le couvert d'une autorité qui se disait nationale. Il rendait inévitables de multiples et profondes blessures entre ses propres adversaires et une France qu'il tenait dans sa main. Il conservait au-dehors, sous de fausses apparences françaises et aux frais du patrimoine français, d'utiles moyens d'action, d'information et de ravitaillement. Chaque fois, d'ailleurs, qu'il paraissait bon à sa stratégie d'utiliser directement quelque partie de l'Empire, de faire livrer par exemple l'Indochine au Japon ou de faire passer en Syrie ses escadrilles pour l'Irak, il savait comment arracher le consentement de gouvernants qui ne tirent leur raison d'être que de la capitu:.. lation. Il savait même comment faire assurer par eux, grâce à l'abus de la servitude militaire, la couverture de ses entreprises. Quant à la crainte de voir se redresser dans la lutte les gens qui se livrèrent à lui, lors même que, pour donner le change, ils se revêtent de la peau du sphinx, Hitler n'y cède pas une minute. Ce grand stratège de l'infamie sait trop bien qu'il est des abîmes d'où l'on ne saurait revenir, qu'il est politiquement et moralement impossible qu'un chef qui a ordonné de mettre bas les armes, souscrit à la servitude, glorifié le désastre, reçu les honneurs de l'ennemi, puisse jamais crier : « En avant!}) et devenir le champion de l'honneur et de la guerre.
Il• suffit d'évoquer le caractère abominable de Vichy pour comprendre les motifs qui inspirent la conduite de tous les Français combattants. Si, dans le désastre momentané de la France, ils ont choisi de poursuivre la lutte aux côtés de ses alliés, ils l'ont fait sans doute pour répondre à la voix sévère de l'honneur. Mais ils l'ont fait également pour les raisons les plus hautes de politique mondiale et d'intérêt national. Ils l'ont fait dans l'esprit même qu'exprimait, le 13 juin 1940, M. Paul Reynaud, quand il appelait le peuple américain au secours de la France. Vous vous souvenez qu'en ces heures tragiques le Président du Conseil français, auprès de qui l'homme qui vous parle avait l'honneur de se trouver comme membre du Gouvernement, décrivait le péril mortel que courait sa patrie pour la cause de la liberté et invitait les démocraties à payer la dette qu'elles devaient à leur avant-garde. Bien que cet appel désespéré n'ait pu être suivi d'effet, des Français prirent la guerre, pour la France, au point même où d'autres la terminaient par la capitulation. Ils l'ont prise avec ses risques et ses souffrances. Ils l'ont prise avec ses champs de b.ataille. Ils l'ont prise avec ses fusillades, ses noyades et ses bombardements. Ils l'ont prise avec les outrages, les condamnations, les représailles que les lâches et les traîtres leur distribuent abondamment.
Mais ils l'ont prise avec ses conditions. Ils l'ont prise moyennant cette solidarité générale dans le respect mutuel, l'effort combiné, l'acceptation réciproque des droits de chacun et, un jour, dans la victoire partagée, qui est la contrepartie indispensable des sacrifices de la France comme des sacrifices de chacun.
Grâce à ces Français-là, pas une minute la France n'aura été absente du camp des démocraties. Grâce à ces Français-là, le lien sacré qui unit leur patrie à la• cause de la liberté n'aura pas été rompu. Parce que ces Français-là n'ont eu qu'un but et qu'une volonté : rassembler la France dans la guerre aux côtés de ses alliés, parce que ces Français-là rejettent avec horreur la neutralisation d'aucune partie de l'Empire d'aucune parcelle du territoire, d'aucune arme, d'aucune force de l'esprit, il y a toujours en ligne, dans les cinq parties du monde, des territoires français, des forces françaises, une pensée française et, malgré la tyrannie corruptrice de l'ennemi et des amis de l'ennemi, la flamme de l'espérance et de la résistance nationales flambe maintenant à leur exemple et à leur appel. Partout où ils ont chassé - hélas! non sans douleur, parfois -la déshonorante équivoque de Vichy, ils ont trouvé prêts à les suivre les Français qu'ils délivraient pour les mener au combat. Aux yeux de l'immense majorité de leurs concitoyens, ils apparaissent, désormais, comme les délégués libres de la nation enchaînée, chargés, par la confiance de tous ceux qui ne « collaborent» pas, de faire valoir les droits de la France et de parler en son nom parmi tous les peuples qui luttent pour la même cause.
Cette guerre indivisible exige que tous ceux qui combattent forment un tout, lié par la confiance, l'estime et la franchise. C'est donc, pour chaque nation, suivant le mot de Valéry, « le moment de se mettre d'accord avec ses arrière-pensées».
La France Combattante n'a rien à cacher de ce qui est sa volonté. Elle prétend vaincre les ennemis communs sur la même ligne que ses alliés, malgré l'effacement partiel et provisoire où l'a jetée une défaite due, surtout, aux cruelles blessures reçues naguère pour la cause de tous et à l'isolement où elle se trouva dans sa position d'avant garde. Elle prétend, pour y parvenir, refaire dans la lutte son unité nationale et son intégrité impériale, en écrasant à la fois l'ennemi qui l'opprime et les traîtres qui la paralysent, comme elle le fit au siècle de Jeanne d'Arc et au temps de la Révolution. Elle n'accepte pas que son bras, à mesure qu'il reprend des forces, puisse être détourné du but par l'illusion ou la combinaison. Elle ne veut pas voir, pour la conduire vers l'avenir et vers la grandeur, d'autre porte que la victoire aux côtés des peuples libres.
Car la France sait ce qu'elle doit au monde, comme le monde sait ce qu'il lui doit.
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Les Musulmans de l'Empire français ont, jusqu'à présent, échappé à la domination de l'ennemi de la race humaine, à l'envahisseur dont le seul désir est de voir disparaître toute liberté et toute trace des religions autres que celle du Wotan germanique, dont l'ambition est d'exterminer toute autre race, pour maintenir la suprématie et la domination de la race teutone.
La France musulmane, du Niger à Casablanca, qui, pendant la guerre de 1914-1918, a grandement contribué à la victoire de la France, est, nous en sommes sûrs, restée française de cœur aux pires heures de la présente guerre et, le moment venu, ne manquera pas de contribuer de toutes ses forces, avec tous les patriotes français, à la libération de la France tout entière. La France Libre a déjà, au cours de ces derniers dix-huit mois, contribué à la libération de terres chères à l'Islam. Ses forces grandissent de jour en jour. Une nouvelle division de soldats français de la Libération est sur le point de participer, avec nos alliés les Anglais, à la libération de la Libye musulmane de la terreur germano-italienne, destructrice des races et des religions.
Bientôt, les Musulmans de l'Afrique du Nord verront s'approcher d'eux des troupes de la France Libre en coopération avec les Alliés. Je souhaite que l'année nouvelle vous accorde, à vous comme à nous, le bonheur de nous réunir bientôt dans le combat, pour libérer du joug et de l'influence des ennemis, la France elle-même et l'Empire français tout entier.
Français musulmans, avec nous !
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L'armée allemande, lancée presque entière à l'attaque, depuis juin dernier, d'un bout à l'autre de ce front gigantesque, pourvue d'un matériel énorme, rompue au combat et au succès, renforcée d'auxiliaires enchaînés au destin du Reich par l'ambition ou par la terreur, recule maintenant, décimée par les armes russes, rongée par le froid, la faim, la maladie
Pour l'Allemagne, la guerre à l'Est, ce n'est plus aujourd'hui que cimetières sous la neige, lamentables trains de blessés, mort subite de généraux. Certes, on ne saurait penser que c'en soit fini de la puissance militaire de l'ennemi. Mais celui-ci vient, sans aucun doute possible, d'essuyer l'un des plus grands échecs que l'Histoire ait enregistrés.
Tandis que chancellent la force et le prestige allemands, on voit monter au zénith l'astre de la puissance russe. Le monde constate que
ce peuple de 175 millions d'hommes est digne d'être grand parce qu'il sait combattre, c'est-à-dire souffrir et frapper, qu'il s'est élevé, armé, organisé lui-même et que les pires épreuves n'ébranlent pas sa cohésion.
C'est avec enthousiasme que le peuple français salue les succès et l'ascension du peuple russe. Car la libération et la vengeance deviennent de ce coup pour la France de douces probabilités. La mort de chaque soldat allemand tué ou gelé en Russie, la destruction de chaque canon, de chaque avion, de chaque tank allemands, au grand large de Leningrad, de Moscou ou de Sébastopol, donnent à la France une chance de plus de se redresser et de vaincre.
Mais si, dans l'ordre stratégique, rien ne s'est encore produit de plus fructueux que l'échec infligé à Hitler par Staline sur le front européen de l'Est, dans l'ordre politique l'apparition certaine de la Russie au premier rang des vainqueurs de demain apporte à l'Europe et au monde une garantie d'équilibre dont aucune Puissance n'a, autant que la France, de bonnes raisons de se féliciter. Pour le malheur général, trop souvent depuis des siècles l'alliance franco-russe fut empêchée ou contrecarrée par l'intrigue ou l'incompréhension. Elle n'en demeure pas moins une nécessité que l'on voit apparaître à chaque tournant de l'Histoire.
Voilà pourquoi la France qui combat va lier son effort renaissant à l'effort de l'Union Soviétique. Il va de soi qu'une telle coopération ne nuira aucunement - bien au contraire à l'action qu'elle mène en commun avec ses autres alliés. Mais, dans l'année décisive qui vient de s'ouvrir, la France Combattante prouvera sur les champs de bataille actifs et passifs de cette guerre qu'elle est, malgré son malheur provisoire, l'alliée désignée de la Russie nouvelle.
Bien entendu, dans ce domaine, la France n'attend des traîtres et des lâches qui l'ont livrée à l'ennemi rien autre chose que leur fureur. Ces gens-là ne manqueront pas de crier que notre victoire aux côtés de la Russie entraînerait chez nous ce bouleversement social dont ils ont peur par-dessus tout. La nation française méprise cette insulte supplémentaire. Elle se connaît assez bien pour savoir que le choix de son propre régime ne sera jamais que sa propre affaire. Et, d'ailleurs, elle n'a payé que trop cher l'alliance honteuse des privilèges et l'internationale des Académies.
La France qui souffre est avec la Russie qui souffre. La France qui combat est avec la Russie qui combat. La France, sombrée au qésespoir, est avec la Russie qui sut remonter des ténèbres de l'abîme jusqu'au soleil de la grandeur.
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Déclaration faites à la conférence interalliée de saint James le 12 Janvier 1942
Discours prononcé à londres au déjeuner de l'english speaking union le 13 Janvier 1942
Message à la France musulmane à l'occasion de la nouvelle année de l'Hégire le 18 Janvier 1942
Discours prononcé à la radio de Londre le 20 Janvier 1942
6 Janvier 1942
Monsieur le président, mesdames, messieursSi je me félicite de me trouver aujourd'hui l'hôte de la Chambre de Commerce française de Londres, si je vous remercie de m'avoir fait l'honneur de m'y inviter, c'est d'abord pour des raisons qui tiennent au sentiment. Dans la tâche sacrée, mais lourde, que nous avons entreprise pour le service de la France, il n'est pas de milieu français constitué qui se soit, dans son ensemble, rallié plus rapidement et plus complètement que le vôtre à notre grand devoir d'honneur et de libération. Et c'est pourquoi cette cordiale réunion me paraît - laissez-moi vous le dire - particulièrement sympathique.
Certes, si vous avez su, au lendemain même de la défaite de nos armées, faire aussitôt votre choix, pour l'espérance contre le désespoir et pour l'honneur contre l'abandon, votre connaissance particulière des ressources maté-rielles et morales de nos alliés britanniques a contribué à votre clairvoyance.
Intimement associés aux activités de ce pays, vous étant trouvés au contact prolongé de toutes les couches de son peuple, tenus au fait des réalités puissantes du Commonwealth, vous avez discerné aussitôt, dans les journées tragiques de juin 1940, que tout n'était pas perdu, puisqu'à la voix de Winston Churchill, l'Empire britannique restait debout et résolu. En cela voùs étiez guidés par la raison et par l'expérience. Sans doute, ceux des Français qui parviennent à nous rejoindre, soit ici, soit dans les territoires français libérés, étaient-ils, eux, guidés surtout par l'élémentaire instinct national. Mais, pour eux comme pour vous, l'unique chance de salut pour la France était la résistance de la vieille Angleterre. Nous y avons cru, nous avons eu raison.
Mais ce n'est rien d'avoir eu raison. Dans la drame qui se déroule et où l'avenir de la France est engagé, le groupement que vous constituez a bien autre chose à faire qu'à se féliciter rétrospectivement d'avoir adopté, quand il le fallait, l'attitude la plus louable. Pour vous, comme pour notre pays, il s'agit du présent et de l'avenir.
Pour le présent, il pourrait, aux yeux des gens mal renseignés, paraître étrange que la Chambre de Commerce française de Londres eût une activité quelconque. Et, cependant, elle en a une qui est loin d'être négligeable, et dont je crois, pour ma part, qu'elle peut et doit se développer. Le concours que vous apportez à l'effort industriel de guerre de nos alliés britanniques mériterait d'être mieux connu. Ce que font ici des entreprises industrielles, soit filiales de sociétés établies en France, soit constituées et fonctionnant en Angleterre par des activités françaises ou franco-anglaises, le rôle que jouent des techniciens français éminents dont votre très honoré Président d'honneur me paraît être le modèle, enfin la part que plusieurs maisons françaises prennent dans les relations de nos colonies libérées avec l'Empire britannique, tout cela constitue une somme dont l'importance est loin d'être négligeable et qui tend à augmenter.
Il me semble, en particulier, que les ventes et les achats opérés dans l'aire du sterling par les territoires de l'Afrique Équatoriale Française et du Cameroun et, dans une certaine mesure, les échanges des États du Levant sous mandat français, voire même ceux de nos coloniés du Pacifique, peuvent et doivent intéresser plusieurs de vos organisations. Il est, d'ailleurs, à escompter que le développement des événements amènera le ralliement d'autres territoires et, par conséquent, l'accroissement de tels échanges. Ai-je besoin d'ajouter que M. Pleven, Commissaire National aux Colonies, est tout disposé à faciliter dans ces matières l'activité des maisons de représentation françaises ?
Cependant, quelle que puisse être la valeur nationale et générale de votre rôle présent, quelle que soit aussi l'abnégation avec laquelle vous acceptez de sacrifier pour la grande cause la plupart de vos intérêts, je sais que, profes-sionnellement, c'est dans l'avenir que vous vivez surtout.
Nul plus que moi-même ne vous donne raison sur ce point, parce que nul n'est plus convaincu que je le suis de l'importance essentielle de la Chambre de Commerce de Londres dans la reconstruction économique de demain.
C'est qu'en effet, une telle reconstruction, s'il est louable de la mettre en chartes, proclamations et formules, sera, en fait, et avant tout, une affaire de réalités pratiques et éprouvées. Quand vous faites le calcul des quantités et des espèces de choses dont notre pays et notre Empire d'une part, la Grande-Bretagne et son Empire d'autre part, auront impérieusement besoin dès le lendemain du dernier coup de canon, quand vous évoquez le déséquilibre qui ne pourra manquer d'apparaître entre les besoins de la consommation et la production utilisable, quand vous mesurez les difficultés que rencontreront dans le monde entier la distribution et le transport des matières pre-mières, des denrées alimentaires et des objets fabriqués, quand vous pensez à ce que seront le bouleversement du crédit et le changement des conditions de travail, bref quand vous prévoyez cette période d'instabilité générale, de disette universelle, d'avidité déchaînée que devra traverser le monde pour retrouver son assiette, vous discernez aussitôt que le retour à la santé sera principalement le fait des hommes et des organismes bien en place, bien connus et bien exercés. Pour ce qui concerne la reprise des relations commerciales et industrielles entre la France et ses alliés anglais, je crois beaucoup, je vous l'avoue, au travail classique et pratique des Chambres de Commerce, françaises ici et britanniques chez nous.
Je souhaiterais que les hommes qui traitent de ces matières eussent toujours présente à l'esprit cette donnée statistique que le meilleur client de la France était l'Angleterre et le meilleur client de l'Angleterre, la France. Inutile, n'est-il pas vrai, d'épiloguer sur les raisons? Productions à beaucoup d'égards complémentaires, proximité des deux pays et, j'ajoute, des parties les plus actives dans chacun de ces deux pays, enfin confiance réciproque entre les entreprises de deux vieilles et honorables nations qui, malgré les traverses de l'Histoire, se portent l'une à l'autre une estime particulière. Je crois bien qu'il y a là, pour demain, un élément de prospérité plus efficace que certains systèmes si vastes qu'on pourrait risquer de s'y perdre. J'ajouterai, sans vouloir insister, que je vois aussi dans cette communauté réelle des intérêts économiques de l'Angleterre et de la France après la guerre un argument qui recommande l'harmonie de leurs politiques. Car enfin, je soupçonne, qu'une fois ce drame terminé, le grand problème des nations sera de trouver les moyens de vivre.
Voilà pourquoi, Messieurs, ce qu'a si bien dit votre Président au sujet de la contribution que votre Chambre est en mesure d'apporter aux travaux préparatoires de la reconstruction française m'a particulièrement frappé. Le Comité National a, comme vous le savez, constitué un important service d'études de ces problèmes essentiels et confié à M. Alphand, dont je n'ai certes pas besoin de développer les qualifications, la charge d'en exercer la direction. Ce service trouvera auprès de vous, comme aussi, je l'espère, auprès des autres Chambres de Commerce françaises à l'étranger, de multiples éléments de. données pratiques qui lui seront précieux pour établir notre plan.
Ce ne sera pas le moindre service que vous aurez rendu au pays.
Dans l'ordre d'idées qui nous occupe aujour-d'hui, comme dans tous les autres, on pourrait, parfois, se trouver tenté de reculer devant l'énormité des obstacles accumulés sur la route de la France par les malheurs qui l'accablent. Mais deux éléments offrent aux cœurs solides l'antidote au découragement. Le premier est la connaissance, une fois pour toutes acquise au long de l'Histoire, des prodigieuses capacités de redressement de notre pays, dont nous prétendons que les signes apparaissent déjà dans la lumière cruelle de la guerre. Le second est, tout simplement, le sentiment du devoir. Pour le reste, nous savons bien que la France a les promesses de la vie éternelle.
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12 Janvier 1942
Le Comité National Français approuve d'autant plus la déclaration commune, dont le Général Sikorski a bien voulu vous donner lecture, que la France a été, en l'espace de soixante-dix années, envahie trois fois par l'Allemagne et a subi de ce fait, à trois reprises en moins d'un siècle, les atrocités qui accompagnent inévitablement toute occupation germanique.Mais, à mesure que s'accroissait la puissance du Reich, augmentaient l'ampleur et la violence de ses atrocités.
Aujourd'hui, nos ennemis sont parvenus à faire régner sur l'Europe un régime de terreur plus effroyable que celui qui fut installé par les hordes barbares au printemps du Moyen Age, en mettant toute leur science au service de leur férocité.
En signant aujourd'hui cette déclaration commune, nous entendons, ainsi que tous les autres représentants des pays occupés, proclamer solennellement que l'Allemagne est la seule responsable du déclenchement de cette guerre et qu'elle partage avec ses alliés et ses complices la responsabilité de toutes les atrocités qui en découlent.
Manifestons notre ferme intention de travailler à ce que tous les coupables ne puissent pas éluder, comme ils le firent après les deux autres guerres, le châtiment mérité.
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13 Janvier 1942
La France Combattante rencontre, dans le camp des Alliés, certaines difficultés. C'est ainsi qu'en Syrie et au Liban, la politique britannique agit dans le sens opposé aux intérêts de la France. D'autre part, le Gouvernement des États-Unis a pris une attitude défavorable après le ralliement de Saint-Pierre-et-MiquelonAu moment où commençaient à paraître les signes précurseurs du grand drame d'aujourd'hui, M. Litvinoff disait : « La paix est indivisible. »
Je pense que ce grand serviteur de son grand pays entendait exprimer, par là, cette loi de solidarité que la menace commune dictait aux peuples libres et dont il faut reconnaître qu'elle fut tardivement obéie. Il semble, en effet, que les épreuves, une fois de plus déchaînées sur le monde par l'Allemagne et ses satellites, ont durement atteint le crédit de certaines formules d'isolement, dont on prétend qu'elles entraient naguère dans l'évangile politique des États.
Il semble que les nations du parti de la liberté aient, maintenant, assez vérifié que, quand l'inondation vient à ébranler les digues, il vaut mieux courir les renforcer que de s'enfermer chez soi.
Cependant, la paix indivisible mourut d'avoir été divisée. La guerre a donc pris sa place sur d'immenses étendues de terre, de mer et de ciel. Or, à mesure qu'elle se développe, on constate que la guerre, elle aussi, est indivisible et que, pour être menée sur des théâtres d'opérations différents et dans des conditions diverses, elle ne forme qu'un tout dans lequel le succès ou le revers de l'un est le succès ou le revers des autres et qui n'a point d'autre issue que la victoire commune ou l'effondrement général.
L'acceptation, désormais générale, de l'effort en commun doit permettre aux nations libres de l'emporter quelque jour sur leurs éternels adversaires. Mais, hélas! ce n'aura pas été sans sacrifices très graves pour celles d'entre elles que leur situation ou leur ardeur ont portées les premières au combat. Dans les conflits sans cesse renaissants qu'ont, depuis trois quarts de siècle, déchaînés sur le monde les ambitions germaniques, de précieuses avant-gardes furent, plus ou moins isolément, affaiblies, puis écrasées. Je ne crois pas qu'il y ait sur la terre un seul homme qui ne pense que ce fut le cas de la France.
Or, le malheur de la France n'a pas eu seulement pour résultat de la livrer à l'oppression des ennemis et de leurs collaborateurs.
Mais ceux-ci, comme ceux-là, y puisent inlassablement et, j'ajoute, non sans habileté, tous les arguments imaginables pour séparer le peuple français de ceux qui luttent pour la cause même à laquelle il s'est sacrifié. « Voyez, disent aux Français ces corrupteurs intéressés, ce qu'il vous en a coûté de vous tenir pour solidaires de ceux qui se disent vos alliés. En 1870, la France se trouvait seule dans sa lutte contre l'Allemagne. Lors de la dernière guerre, elle a payé la victoire commune beaucoup plus cher qu'une autre nation et, cependant, qui donc l'àida à empêcher l'ennemi vaincu de reconstituer ses forces pour l'attaque ?
Quant aux terribles événements de mai-juin 1940, ils ont démontré à quel point les démocraties étaient, ou bien indifférentes au sort de la France, ou bien impuissantes à lui porter efficacement secours. Au total, affirment aux Français les doctrinaires du soit disant Ordre européen, vous avez subi depuis soixante-dix ans des pertes immenses, vu pér~ sur les champs de bataille ou s'épuiser dans les camps de prisonniers le meilleur de votre jeunesse, supporté sans répit d'écrasantes charges militaires. Et, cependant, où en êtes-vous ? Trois invasions, la dépopulation, la ruine, la division nationale, voilà le bilan! Pour quelle contrepartie ? Vous voyez bien que votre sécurité, votre prospérité, votre grandeur, votre avenir, ne sont pas du côté que vous pensiez. Renoncez donc à vos illusions. Renversez vos alliances et venez à ces puissants voisins du continent, dans le concours et l'amitié desquels vous trouverez la paix, la richesse et, qui sait ? peut-être la gloire. »
Est-il besoin de décrire ici ce qu'aurait de désastreux, pour la France sans doute, mais aussi pour l'ordre du monde, l'abandon par le peuple français de ce qui fut jusqu'à présent son idéal?
Y aurait-il un équilibre possible, aussi bien dans l'ordre matériel que dans l'ordre moral, si, par désespoir et par impossible, la France se décidait un jour à séparer son destin extérieur de celui des démocraties de l'Ouest ? A quoi servirait même d'avoir, pour un temps, écrasé le germanisme et ses satellites d'agression s'ils devaient ensuite retrouver dans la déception irritée et humiliée de la France les raisons de se redresser ? Il suffirait de regarder une carte ou de relire l'Histoire pour reconnaître, si par hasard on était porté à l'oublier, que la sécurité et la liberté du monde ne se passeront jamais de la France, dont elles ne se sont jamais passé.
Sans doute l'ennemi, malgré les théories des propagandistes à sa solde, a-t-il peu d'espoir d'obtenir dans cette guerre même le concours actif de la nation française. Il sait bien que sa seule présence sur le sol de la patrie et l'espoir de la libération suffisent à rendre impraticable, pour le moment, une réconciliation réelle. Et c'est bien pourquoi, d'ailleurs, les indignes objurgations de ses complices de Vichy, suppliant celui qu'ils appellent le vainqueur de rendre les prisonniers, de réduire l'occupation ou de renoncer au pillage, ne peuvent aboutir à rien. Mais l'ennemi compte bien faire en sorte que, par la neutralisation honteuse d'une partie du territoire et de l'Empire tout entier, la France perde décidément le sentiment et le goût de combattre l'Allemand et accumule dans son orgueil blessé tous les griefs possibles contre ses amis naturels. Ainsi, quelle que puisse être l'issue du conflit, la France, divisée, humiliée, mécontente d'elle-même et des autres, deviendrait jusqu'en ses profondeurs accessible aux conseils de ceux qui la poussent à chercher la grandeur et la gloire du côté opposé à celui où elle les attendait.
Le soi-disant Armistice, conclu entre l'ennemi et Vichy, est l'instrument merveilleux dont Hitler cherche . à tirer cette corruption de la nation française. En juin 1940, rien ne l'empêchait d'achever l'occupation du territoire. Rien ne l'obligeait à accorder aux traîtres et aux misérables qui imploraient sa générosité les apparences d'un gouvernement français. Il pouvait, d'un revers de main, écarter le triste personnage qui prétendait traiter avec lui de soldat à soldat et il lui était facile d'établir, de Lille à Marseille et de Bordeaux à Stras-bourg, des Gauleiters en titre. Mais il jugea bien préférable de laisser à la nation et au monde l'illusion que la France conservait quelque chose comme l'indépendance et comme la souveraineté. Grâce à cette colossale supercherie, il maintenait l'Empire hors de la guerre et organisait sa propagande à l'intérieur du pays, sous le couvert d'une autorité qui se disait nationale. Il rendait inévitables de multiples et profondes blessures entre ses propres adversaires et une France qu'il tenait dans sa main. Il conservait au-dehors, sous de fausses apparences françaises et aux frais du patrimoine français, d'utiles moyens d'action, d'information et de ravitaillement. Chaque fois, d'ailleurs, qu'il paraissait bon à sa stratégie d'utiliser directement quelque partie de l'Empire, de faire livrer par exemple l'Indochine au Japon ou de faire passer en Syrie ses escadrilles pour l'Irak, il savait comment arracher le consentement de gouvernants qui ne tirent leur raison d'être que de la capitu:.. lation. Il savait même comment faire assurer par eux, grâce à l'abus de la servitude militaire, la couverture de ses entreprises. Quant à la crainte de voir se redresser dans la lutte les gens qui se livrèrent à lui, lors même que, pour donner le change, ils se revêtent de la peau du sphinx, Hitler n'y cède pas une minute. Ce grand stratège de l'infamie sait trop bien qu'il est des abîmes d'où l'on ne saurait revenir, qu'il est politiquement et moralement impossible qu'un chef qui a ordonné de mettre bas les armes, souscrit à la servitude, glorifié le désastre, reçu les honneurs de l'ennemi, puisse jamais crier : « En avant!}) et devenir le champion de l'honneur et de la guerre.
Il• suffit d'évoquer le caractère abominable de Vichy pour comprendre les motifs qui inspirent la conduite de tous les Français combattants. Si, dans le désastre momentané de la France, ils ont choisi de poursuivre la lutte aux côtés de ses alliés, ils l'ont fait sans doute pour répondre à la voix sévère de l'honneur. Mais ils l'ont fait également pour les raisons les plus hautes de politique mondiale et d'intérêt national. Ils l'ont fait dans l'esprit même qu'exprimait, le 13 juin 1940, M. Paul Reynaud, quand il appelait le peuple américain au secours de la France. Vous vous souvenez qu'en ces heures tragiques le Président du Conseil français, auprès de qui l'homme qui vous parle avait l'honneur de se trouver comme membre du Gouvernement, décrivait le péril mortel que courait sa patrie pour la cause de la liberté et invitait les démocraties à payer la dette qu'elles devaient à leur avant-garde. Bien que cet appel désespéré n'ait pu être suivi d'effet, des Français prirent la guerre, pour la France, au point même où d'autres la terminaient par la capitulation. Ils l'ont prise avec ses risques et ses souffrances. Ils l'ont prise avec ses champs de b.ataille. Ils l'ont prise avec ses fusillades, ses noyades et ses bombardements. Ils l'ont prise avec les outrages, les condamnations, les représailles que les lâches et les traîtres leur distribuent abondamment.
Mais ils l'ont prise avec ses conditions. Ils l'ont prise moyennant cette solidarité générale dans le respect mutuel, l'effort combiné, l'acceptation réciproque des droits de chacun et, un jour, dans la victoire partagée, qui est la contrepartie indispensable des sacrifices de la France comme des sacrifices de chacun.
Grâce à ces Français-là, pas une minute la France n'aura été absente du camp des démocraties. Grâce à ces Français-là, le lien sacré qui unit leur patrie à la• cause de la liberté n'aura pas été rompu. Parce que ces Français-là n'ont eu qu'un but et qu'une volonté : rassembler la France dans la guerre aux côtés de ses alliés, parce que ces Français-là rejettent avec horreur la neutralisation d'aucune partie de l'Empire d'aucune parcelle du territoire, d'aucune arme, d'aucune force de l'esprit, il y a toujours en ligne, dans les cinq parties du monde, des territoires français, des forces françaises, une pensée française et, malgré la tyrannie corruptrice de l'ennemi et des amis de l'ennemi, la flamme de l'espérance et de la résistance nationales flambe maintenant à leur exemple et à leur appel. Partout où ils ont chassé - hélas! non sans douleur, parfois -la déshonorante équivoque de Vichy, ils ont trouvé prêts à les suivre les Français qu'ils délivraient pour les mener au combat. Aux yeux de l'immense majorité de leurs concitoyens, ils apparaissent, désormais, comme les délégués libres de la nation enchaînée, chargés, par la confiance de tous ceux qui ne « collaborent» pas, de faire valoir les droits de la France et de parler en son nom parmi tous les peuples qui luttent pour la même cause.
Cette guerre indivisible exige que tous ceux qui combattent forment un tout, lié par la confiance, l'estime et la franchise. C'est donc, pour chaque nation, suivant le mot de Valéry, « le moment de se mettre d'accord avec ses arrière-pensées».
La France Combattante n'a rien à cacher de ce qui est sa volonté. Elle prétend vaincre les ennemis communs sur la même ligne que ses alliés, malgré l'effacement partiel et provisoire où l'a jetée une défaite due, surtout, aux cruelles blessures reçues naguère pour la cause de tous et à l'isolement où elle se trouva dans sa position d'avant garde. Elle prétend, pour y parvenir, refaire dans la lutte son unité nationale et son intégrité impériale, en écrasant à la fois l'ennemi qui l'opprime et les traîtres qui la paralysent, comme elle le fit au siècle de Jeanne d'Arc et au temps de la Révolution. Elle n'accepte pas que son bras, à mesure qu'il reprend des forces, puisse être détourné du but par l'illusion ou la combinaison. Elle ne veut pas voir, pour la conduire vers l'avenir et vers la grandeur, d'autre porte que la victoire aux côtés des peuples libres.
Car la France sait ce qu'elle doit au monde, comme le monde sait ce qu'il lui doit.
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18 Janvier 1942
Citoyens, sujets et protégés musulmans de l'Empire français; Algériens, Marocains, Tunisiens de l'Afrique du Nord; Musulmans de l'Afrique Occidentale française, du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d'Ivoire, du Dahomey, du Niger, de la Haute-Volta, du Soudan français, de la Mauritanie, et l'ensemble de l'Islam noir, à vous tous, qui comptez plus de 20 millions d'êtres humains et en qui nous saluons la France musulmane, je suis heureux, en ce premier jour de la 1361e année de l'Hégire, la nouvelle année musulmane, de vous souhaiter, en mon nom personnel et au nom de la France Libre, une année de bonheur et de prospérité.Les Musulmans de l'Empire français ont, jusqu'à présent, échappé à la domination de l'ennemi de la race humaine, à l'envahisseur dont le seul désir est de voir disparaître toute liberté et toute trace des religions autres que celle du Wotan germanique, dont l'ambition est d'exterminer toute autre race, pour maintenir la suprématie et la domination de la race teutone.
La France musulmane, du Niger à Casablanca, qui, pendant la guerre de 1914-1918, a grandement contribué à la victoire de la France, est, nous en sommes sûrs, restée française de cœur aux pires heures de la présente guerre et, le moment venu, ne manquera pas de contribuer de toutes ses forces, avec tous les patriotes français, à la libération de la France tout entière. La France Libre a déjà, au cours de ces derniers dix-huit mois, contribué à la libération de terres chères à l'Islam. Ses forces grandissent de jour en jour. Une nouvelle division de soldats français de la Libération est sur le point de participer, avec nos alliés les Anglais, à la libération de la Libye musulmane de la terreur germano-italienne, destructrice des races et des religions.
Bientôt, les Musulmans de l'Afrique du Nord verront s'approcher d'eux des troupes de la France Libre en coopération avec les Alliés. Je souhaite que l'année nouvelle vous accorde, à vous comme à nous, le bonheur de nous réunir bientôt dans le combat, pour libérer du joug et de l'influence des ennemis, la France elle-même et l'Empire français tout entier.
Français musulmans, avec nous !
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20 Janvier 1942
Il n'est pas un bon Français qui n'acclame la victoire de la Russie.L'armée allemande, lancée presque entière à l'attaque, depuis juin dernier, d'un bout à l'autre de ce front gigantesque, pourvue d'un matériel énorme, rompue au combat et au succès, renforcée d'auxiliaires enchaînés au destin du Reich par l'ambition ou par la terreur, recule maintenant, décimée par les armes russes, rongée par le froid, la faim, la maladie
Pour l'Allemagne, la guerre à l'Est, ce n'est plus aujourd'hui que cimetières sous la neige, lamentables trains de blessés, mort subite de généraux. Certes, on ne saurait penser que c'en soit fini de la puissance militaire de l'ennemi. Mais celui-ci vient, sans aucun doute possible, d'essuyer l'un des plus grands échecs que l'Histoire ait enregistrés.
Tandis que chancellent la force et le prestige allemands, on voit monter au zénith l'astre de la puissance russe. Le monde constate que
ce peuple de 175 millions d'hommes est digne d'être grand parce qu'il sait combattre, c'est-à-dire souffrir et frapper, qu'il s'est élevé, armé, organisé lui-même et que les pires épreuves n'ébranlent pas sa cohésion.
C'est avec enthousiasme que le peuple français salue les succès et l'ascension du peuple russe. Car la libération et la vengeance deviennent de ce coup pour la France de douces probabilités. La mort de chaque soldat allemand tué ou gelé en Russie, la destruction de chaque canon, de chaque avion, de chaque tank allemands, au grand large de Leningrad, de Moscou ou de Sébastopol, donnent à la France une chance de plus de se redresser et de vaincre.
Mais si, dans l'ordre stratégique, rien ne s'est encore produit de plus fructueux que l'échec infligé à Hitler par Staline sur le front européen de l'Est, dans l'ordre politique l'apparition certaine de la Russie au premier rang des vainqueurs de demain apporte à l'Europe et au monde une garantie d'équilibre dont aucune Puissance n'a, autant que la France, de bonnes raisons de se féliciter. Pour le malheur général, trop souvent depuis des siècles l'alliance franco-russe fut empêchée ou contrecarrée par l'intrigue ou l'incompréhension. Elle n'en demeure pas moins une nécessité que l'on voit apparaître à chaque tournant de l'Histoire.
Voilà pourquoi la France qui combat va lier son effort renaissant à l'effort de l'Union Soviétique. Il va de soi qu'une telle coopération ne nuira aucunement - bien au contraire à l'action qu'elle mène en commun avec ses autres alliés. Mais, dans l'année décisive qui vient de s'ouvrir, la France Combattante prouvera sur les champs de bataille actifs et passifs de cette guerre qu'elle est, malgré son malheur provisoire, l'alliée désignée de la Russie nouvelle.
Bien entendu, dans ce domaine, la France n'attend des traîtres et des lâches qui l'ont livrée à l'ennemi rien autre chose que leur fureur. Ces gens-là ne manqueront pas de crier que notre victoire aux côtés de la Russie entraînerait chez nous ce bouleversement social dont ils ont peur par-dessus tout. La nation française méprise cette insulte supplémentaire. Elle se connaît assez bien pour savoir que le choix de son propre régime ne sera jamais que sa propre affaire. Et, d'ailleurs, elle n'a payé que trop cher l'alliance honteuse des privilèges et l'internationale des Académies.
La France qui souffre est avec la Russie qui souffre. La France qui combat est avec la Russie qui combat. La France, sombrée au qésespoir, est avec la Russie qui sut remonter des ténèbres de l'abîme jusqu'au soleil de la grandeur.
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