D’une part, n’en déplaise à Yazid Sabeg, les élus sont élus par les citoyens. C’est l’évidence même. Donc dire qu’on « veut plus d’élus » issus de telle ou telle origine, c’est aller contre le principe même de l’élection, puisqu’on veut imposer non seulement des quotas de candidats, mais des quotas d’élus.

D’autre part, n’en déplaise à Eric Keslassy, sa méthode pseudo-scientifique d’identification des origines de tel ou tel élu ressemble dangereusement à celle qui fut utilisées par les racistes nazis ou collaborationnistes : le patronyme et le faciès, et le rapprochement entre les deux.

Ces soi-disant antiracistes nous pondent donc des catégories ethno-raciales selon la couleur de peau, ou le nom de famille. Ca fait froid dans le dos !

Pascal Cherki, adjoint à la mairie de Paris chargé de la vie scolaire et de la réussite associative, s’est ainsi retrouvé dans le fichier de l’Institut Montaigne comme élu d’une « minorité visible », alors qu’il est, comme il le dit lui-même, « français depuis des générations ». Est-ce à cause de son patronyme ou de sa tête qu’il se retrouve soudainement considéré comme « issu de la diversité » ?

Il y a bien d’autres danger dans cette démarche, et ce matraquage obamaniaque pour la « diversité » auquel nous assistons en France va produire exactement les effets inverses de ceux recherché par Yazid Sabeg et l’Institut Montaigne.

Quand est-ce qu’une personne ne sera plus considérée comme « issue de la diversité » ? Combien de générations faut-il pour être aux yeux de Yazid Sabeg et d’Eric Keslassy un Français qui ne sera plus désigné par son origine ? Le rapport de l’Institut Montaigne ne le précise guère, et il est à craindre qu’il faille changer de nom, se faire blanchir la peau ou subir des opérations de chirurgie esthétique pour n’être plus référencé au bureau des affaires indigènes de l’Institut Montaigne.

Comme dans toute « discrimination positive », l’élu « issus d’une minorité visible » sera considéré comme ayant gagné sa place grâce à son origine ethnique ou à sa couleur de peau et non grâce à son mérite. Il sera donc la première victime de cette promotion au patronyme ou au faciès, quelles que soient ses qualités par ailleurs.

On ne saura plus si l’élu de la « diversité » représente les citoyens français ou s’il représente une communauté ethnique, religieuse ou sexuelle. On va même assister à une concurrence entre les lobbies communautaristes, comme c’est déjà le cas avec les musulmans ou les homosexuels. Et évidemment, cela ne satisfera jamais personne, et sera facteur de tensions sociales. Ce qui est tout de même paradoxal de la part de Yazid Sabeg, qui déclarait au micro de LCP et de France-Info : « Je crois qu'aujourd'hui on est en train de creuser un sillon qui nous conduit tout droit à l'apartheid. (…) On est en train de créer une guerre civile sociale dans ce pays, qui est en train de devenir peut-être une guerre communautaire demain. »

Avec des discriminations – qui restent des discriminations même quand elles sont qualifiés de positives -, qui plus est établies sur des noms de famille et des couleurs de peau, Yazid Sabeg jette donc de l’huile sur le feu et se comporte en pompier pyromane. Il insulte les Français et leur sens de l’humanisme, en les qualifiant implicitement de racistes coupables d’un soi-disant apartheid.

Le résultat contre-productif de tout ce ramdam est évident : les Français ne vont pas se laisser traîner dans la boue, et se voir imposer contre leur gré des élus au faciès. Et ils voteront encore moins pour les élus « issus de la diversité ».

Djamila GERARD