Les dessous du voile, 1989-2009, 20 ans d’offensive islamique contre la République laïque
Par Medias Libres le vendredi 27 février 2009, 08:51 - Entrevue - Lien permanent
Interview de Pierre Cassen, animateur de Riposte Laïque qui nous présente un livre écrit par la rédaction de Riposte laïqueMedias Libres : Dans votre dernier numéro, vous avez annoncé la sortie d'un livre, « Les dessous du voile », écrit par votre équipe de rédacteurs. S'agit-il d'un recueil d'articles déjà parus ou d'un nouveau projet ?
Pierre Cassen : Nous aurions pu effectivement faire un livre d’un ensemble d’éditos de Cyrano, ou bien des meilleurs articles de chacun d’entre nous, voire un ouvrage spécial sur la Halde (cela nous démange), suite à la série de textes que nous avons publiés sur ce machin qui nous coûte 11 millions d’euros par an. Mais cela aurait-t-il eu du sens de faire un livre recueillant des textes déjà publiés sur le net ? Nous avons décidé, le 12 juillet dernier, à l’occasion d’une réunion de notre rédaction, de sortir un ouvrage qui amène davantage que la seule lecture hebdomadaire de Riposte Laïque. Nous savions que 2009 allait marquer le vingtième anniversaire de la première affaire du voile, en France. Nous connaissions des équipes enseignantes qui ont été confrontés à cela, depuis cette époque. Il n’y avait plus qu’à se mettre au travail, en partant de 1989, pour tenter d’expliquer comment la gauche avait pu se tromper à ce point, et comment, dans le pays de la laïcité, l’offensive de l’islam a-t-elle pu se dérouler avec aussi peu de résistance, depuis vingt ans.
Medias Libres : Pourquoi ne pas avoir fait paraître les chapitres de ce livre sous forme d'articles en ligne et avoir choisi la forme du livre ?
Pierre Cassen : Je pourrais répondre par une pirouette, en vous disant que nous aimons les défis, et que cela en était un de taille. Mais la vérité est ailleurs. Nous souhaitions proposer une réflexion d'ensemble, cohérente, dans des articles plus longs, ce que la lecture sur écran ne permet pas. Nous savons que de nombreux livres ont déjà été écrits sur la laïcité. D’autres livres, que nous mentionnons à la fin de notre livre, montrent, de façon différente, la réalité de l’offensive de l’islam en France. Mais il nous semble qu’il manquait un historique de cette attaque, et surtout une vision laïque et républicaine de la société que nous voulons… et de celle que nous ne voulons pas. Nous ne cachons pas notre inquiétude, sur l’évolution de la société française, ces vingt dernières années, et surtout pour les années qui arrivent, si un coup d’arrêt n’est pas donné.
Medias Libres : Pouvez-vous expliciter le choix du titre, "Les Dessous du voile" et le sous-titre « 1989-2009, vingt ans d’offensive islamique contre la laïcité » ?
Pierre Cassen : Les libidineux seront déçus, on ne parle pas des dessous affriolants. Le voile ne nous paraît que la face visible d’une offensive bien plus ample, et ce sont ces dessous dont il faut parler. En 1979, Khomeiny a dit : « Nous exporterons l’islam partout ». C’est ce que ses disciples essaient de faire, en France, et dans de nombreux pays européens. Nous avons voulu montrer que Creil était le premier test marquant de cette entreprise, en France. Les islamistes ont tâté les biceps de la République. Leur mollesse les a encouragés à aller plus loin. On ne peut pas comprendre, aujourd’hui, l’audace des revendications communautaristes des militants islamistes si on n’a pas cela à l’esprit. Tariq Ramadan parle d’exploiter toutes les interstices de la République. Les prédicateurs musulmans savent qu’il faut aller par petits pas, ne pas tout demander, ne pas attaquer frontalement, se réclamer de la laïcité, mais c’est un double langage. Ils ont un véritable objectif : que les lois de l’islam, la charia, se substituent petit à petit à celles de la République. L’exemple britannique, que Rosa Valentini a fort bien décortiqué dans ce livre, est éloquent.
Medias Libres : La présentation que Cyrano a fait de votre ouvrage dans le dernier numéro de Riposte Laïque montre qu'une partie de celui-ci est constituée de témoignages. Pourquoi avoir choisi cet angle d'approche ?
Pierre Cassen : Il y a des témoignages, mais seulement au début de cet ouvrage. Celui de trois équipes enseignantes de Vendôme, Flers et Lyon. Je témoigne, personnellement, sur deux périodes que j’ai bien connues, la bataille pour une loi contre les signes religieux à l’école, en 2003-2004, et les enjeux du procès de Fanny Truchelut, en 2007. Brigitte Bré Bayle parle, elle, de la réalité de Marseille, et de la visibilité de plus en plus grande de l’islam, avant même la construction de la Grande Mosquée. Cela constitue les deux premières parties du livre. Les trois dernières tentent d’expliquer vingt ans de capitulations, et abordent l’islam et le féminisme, avec les plumes de militantes connues dans le milieu féministe comme Annie Sugier, Anne Zelensky et Michèle Vianès. Cette dernière, bien que non membre de la rédaction, a tenu à apporter sa contribution à notre livre. La dernière partie évoque l’islam et la République. Il nous a semblé complémentaire de cumuler témoignages personnels et analyses, car un livre sans réalité du vécu est souvent un peu déshumanisé.
Medias Libres : Ne craignez-vous pas, dans ce livre, qu’on vous reproche de trop parler de l’islam, et pas suffisamment des autres religions, comme vous le reprochent fréquemment certains milieux laïques et beaucoup de milieux de gauche ?
Pierre Cassen : Ce reproche, dont nous avons l’habitude, sert souvent de prétexte à nos détracteurs pour mieux masquer leur complaisance, ou leur absence de réactions, face à la montée de l’islam. Dans notre pays, il est « laïquement correct », au nom du « tout se vaut », de noyer le poisson, et de faire croire que toutes les religions sont aussi agressives que l’islam, en 2009, en France et en Europe. Nous n’avons aucune complaisance pour les intégristes catholiques, les intégristes juifs, les sectes et d’autres illuminés. Mais il suffit de lire le rapport Obin, il suffit de se promener dans les rues des grandes villes, il suffit de suivre l’actualité. Alors que la société civile, en France, ainsi que les luttes féministes, a contraint l’Eglise catholique à admettre, grâce au rapport de forces, les principes laïques, quelle est la religion qui, aujourd’hui, mène la contre-attaque, si ce n’est l’islam ? Le Pape, dernièrement, disait : « Grâce à l’islam, Dieu est de retour en Europe ». Sans l’offensive de l’islam, y aurait-il tous ces voiles en France ? Y aurait-il toutes ces demandes de financement de lieux de culte ? Y aurait-il ces demandes de réfection d’hymens ? Y aurait-il des demandes de constructions de mega-mosquées dans des grandes villes comme Marseille, Bordeaux et autres ? Y aurait-il des attentats dans le monde entier ? Y aurait-il ce qui se passe à l’Onu, où on veut nous interdire de critiquer cette religion ? Le mouvement anti-raciste aurait-il connu cette dérive ? Robert Redeker et Mohamed Sifaoui verraient-ils leur vie menacée, Theo Van Gogh aurait-il été assassiné ? Peut-on se réfugier en permanence dans le discours facile de la religion d’amour et de paix, uniquement pervertie par les méchants intégristes ? Autrement dit, y a-t-il le bon islam, et le méchant islamisme ? Eh bien, n’en déplaise aux censeurs du politiquement correct, ce sont toutes ces questions que notre livre veut aborder.
Medias Libres : Vous montrez que la laïcité est en danger à cause des attaques de l'islam. Avez-vous identifié les responsables de la situation ?
Pierre Cassen : Nous expliquons que l’islam n’est pas la seule Eglise à attaquer la laïcité. Pour nous, cette religion est le fer de lance d’une offensive anti-laïque encouragée par les tenants du système économique, et ses relais politiques. C’est parce qu’on multiplie le financement déguisé de constructions de mosquées (il y en avait cinq en 1965, il y en a maintenant plus de 2000, et 200 projets sont en attente) que les évangélistes réclament à leur tour le financement public de leurs temples. Les responsables, nous les citons régulièrement, mais je ne vais pas me priver de vous donner quelques avant-goûts de ce que vous pourrez lire : nous mettons dans le même sac la gauche bien-pensante et compassionnelle, et la droite libérale. C’est toute la gauche, à de rares exceptions, qui s’est couchée, en 1989. Et ce ne sont pas les déclarations de Nicolas Sarkozy, à Latran, Ryad ou devant le Crif, qui vont nous rassurer. Pour autant, nous savons qu’à gauche comme à droite, il y a des vrais militants laïques, qui ne sont fondamentalement attachés à la loi de 1905, qu’il faudrait d’ailleurs renforcer, car elle ne nous protège plus suffisamment.
Il est de bon ton, à gauche, d’attaquer Sarkozy sur la laïcité positive. Mais c’est de ce camp qu’est venu le terme de « laïcité ouverte ». Qu’ont fait les directions du Mrap et de la LDH, si ce n’est de la laïcité positive vis-à-vis de l’islam ? Que penser des élus, PS ou UMP, qui réclament l’élargissement du statut cultuel d’Alsace-Moselle (que nous souhaiterions voire abrogé) aux musulmans, n’est-ce pas de la laïcité positive ? Que penser des élus locaux, qui pleurnichent que l’Etat ne leur donne plus de moyens, et qui trouvent des sous pour financer les constructions de mosquées ? Vous voulez que je vous parle de la politique de Martine Aubry à Lille ? Comme laïcité positive, on fait difficilement mieux. La passivité, et parfois la complicité, des élites, de gauche comme de droite, de la société française devant les attaques répétées de l’islam contre la laïcité, est accablante. Elle contribue à creuser le fossé entre les aspirations populaires et les dirigeants de ce pays.
Medias Libres : Selon vous, au-delà de la laïcité, c'est la République même qui vacille. Votre livre permet-il de le comprendre ?
Pierre Cassen : Plusieurs articles, dans la deuxième partie, aident à une bonne compréhension. Gabrielle Desarbres explique l’offensive libérale des années 1980, dans le monde, et ses répercussions en France. Le système veut en finir avec le modèle social issu de la Résistance, pour mieux privatiser un maximum d’activités humaines, livrées à la concurrence et donc ouvertes au marché. Les services publics à la Française, les idéaux égalitaires de la Révolution française, la République une et indivisible sont des obstacles à tous ces projets, venus des pays anglo-saxons. Tout ce qui permet de segmenter la société française, et de remplacer les solidarités sociales, qui rassemblent, par le communautarisme, qui divise, est une aubaine pour les libéraux. C’est aussi un tremplin pour l'extrême-droite, comme le montre Christine Tasin. L’arrivée de l’islam, dans ce contexte, ne fait que compléter d’autres revendications communautaristes, linguistiques, régionalistes, et contribuent à disloquer le lien social. Robert Albarèdes n’hésite pas à aborder également la question taboue de l’immigration, en montrant comment le patronat a utilisé une immigration, qui n’est pas étrangère à la montée de l’islam en France, pour mieux faire pression sur les acquis sociaux des salariés de ce pays.
Medias Libres : Vous expliquez, vous dénoncez, vous avertissez, mais cela ne suffit-il ? Proposez-vous des pistes pour échapper aux dangers qui, selon vous, nous menacent ?
Pierre Cassen : Nous ne sommes pas un parti politique, ni une nouvelle organisation laïque, nous ne sommes qu’un média animé par quinze bénévoles qui souvent travaillent, et ont d’autres activités. Nous sommes une toute petite PME, qui se veut le grain de sable du « laïquement correct », et c’est pourquoi nous faisons un journal lu par 25.000 abonnés tous les mardis, et que nous nous sommes lancés dans ce projet de livre. Aujourd’hui, aucun parti politique n’a le courage de dire ce que nous écrivons, alors que nos écrits sont en phase avec ce que pense la majorité des citoyens de ce pays. Villiers a essayé ce registre, mais les Français ne peuvent s’identifier à un adversaire de l’avortement, souvent proche des fondamentalistes catholiques, cela ne marche pas. Des franges de l’extrême droite fricotent ouvertement avec les islamistes (on a vu Le Pen aux 30 ans de la Révolution iranienne). Sarkozy renvoie dos-à-dos l’islamophobie et l’antisémitisme ! La gauche et l’extrême gauche parlent laïcité quand il s’agit d’allumer le Vatican et Sarkozy (ce qui ne nous dérange absolument pas) et sont aveugles, voire complaisantes, avec les islamistes. Que des militants aient manifesté avec les fous d’Allah, avec les drapeaux du Hamas, mêlant l’Internationale aux « Allah Akbar », ces dernières semaines montre l’ampleur de la dégénérescence laïque de pans entiers du « camp progressiste ».
Alors que faire ? Jouer l’opinion contre les élites, et encourager les citoyens à utiliser tous les droits que leur donne notre constitution. Les maires disent qu’ils n’ont plus de sous ? Empêchons-les de financer les cultes ! Il faut imposer un vrai débat sur les constructions de mosquées dans notre pays, qui continue, et entend marquer durablement l’espace public, sans aucune consultation des citoyens. Il faut aider des députés comme Jacques Myard ou Françoise Hostalier, quand ils proposent de bons projets de loi pour protéger les femmes musulmanes des contraintes qu'on leur impose, et défendre la laïcité dans les services publics. Jusqu’à quand va-t-on accepter la burqa en France ?
Nous sommes convaincus que le peuple de France, qui est un peuple rebelle (il l’a montré, entre autres, le 29 mai 2005) n’acceptera pas que le combat mené par nos ancêtres contre l’hégémonie de l’Eglise catholique soit trahi par ceux qui aident l’islam à envahir de plus en plus l’espace public. Notre rôle, à Riposte Laïque, dont la majorité des contributeurs vient de la gauche, et se reconnaît dans ses valeurs, est d’alerter, de refuser la culpabilisation des biens-pensants, et d’encourager les citoyens à s’organiser pour agir. Le sens de ce livre est d’être un outil pour les aider à argumenter, et à ne pas se laisser intimider par les accusations classiques, le coup du racisme et du colonialisme, de la religion des pauvres et des opprimés, voire du choc des civilisations. Il faut décomplexer le discours, pour mieux combattre l’offensive d’un totalitarisme politico-religieux qui menace tous nos acquis : liberté d’expression, liberté de conscience, laïcité, égalité hommes-femmes.
Les dessous du voile, 1989-2009, 20 ans d’offensive islamique contre la République laïque, par Cyrano et l’équipe de Riposte Laïque
Vous pouvez le commander dès maintenant. Jusqu’au 15 mars, prix de lancement : 12 euros, plus 4 euros de frais de port, soit 16 euros. Passé cette date, le prix sera de 19 euros, frais de port compris.
Envoyer les chèques à l’ordre de Riposte Laïque, Boite postale 82035, 13201 Marseille
Pierre Cassen : Je pourrais répondre par une pirouette, en vous disant que nous aimons les défis, et que cela en était un de taille. Mais la vérité est ailleurs. Nous souhaitions proposer une réflexion d'ensemble, cohérente, dans des articles plus longs, ce que la lecture sur écran ne permet pas. Nous savons que de nombreux livres ont déjà été écrits sur la laïcité. D’autres livres, que nous mentionnons à la fin de notre livre, montrent, de façon différente, la réalité de l’offensive de l’islam en France. Mais il nous semble qu’il manquait un historique de cette attaque, et surtout une vision laïque et républicaine de la société que nous voulons… et de celle que nous ne voulons pas. Nous ne cachons pas notre inquiétude, sur l’évolution de la société française, ces vingt dernières années, et surtout pour les années qui arrivent, si un coup d’arrêt n’est pas donné. Medias Libres : Pouvez-vous expliciter le choix du titre, "Les Dessous du voile" et le sous-titre « 1989-2009, vingt ans d’offensive islamique contre la laïcité » ?
Pierre Cassen : Les libidineux seront déçus, on ne parle pas des dessous affriolants. Le voile ne nous paraît que la face visible d’une offensive bien plus ample, et ce sont ces dessous dont il faut parler. En 1979, Khomeiny a dit : « Nous exporterons l’islam partout ». C’est ce que ses disciples essaient de faire, en France, et dans de nombreux pays européens. Nous avons voulu montrer que Creil était le premier test marquant de cette entreprise, en France. Les islamistes ont tâté les biceps de la République. Leur mollesse les a encouragés à aller plus loin. On ne peut pas comprendre, aujourd’hui, l’audace des revendications communautaristes des militants islamistes si on n’a pas cela à l’esprit. Tariq Ramadan parle d’exploiter toutes les interstices de la République. Les prédicateurs musulmans savent qu’il faut aller par petits pas, ne pas tout demander, ne pas attaquer frontalement, se réclamer de la laïcité, mais c’est un double langage. Ils ont un véritable objectif : que les lois de l’islam, la charia, se substituent petit à petit à celles de la République. L’exemple britannique, que Rosa Valentini a fort bien décortiqué dans ce livre, est éloquent.
Medias Libres : La présentation que Cyrano a fait de votre ouvrage dans le dernier numéro de Riposte Laïque montre qu'une partie de celui-ci est constituée de témoignages. Pourquoi avoir choisi cet angle d'approche ?
Pierre Cassen : Il y a des témoignages, mais seulement au début de cet ouvrage. Celui de trois équipes enseignantes de Vendôme, Flers et Lyon. Je témoigne, personnellement, sur deux périodes que j’ai bien connues, la bataille pour une loi contre les signes religieux à l’école, en 2003-2004, et les enjeux du procès de Fanny Truchelut, en 2007. Brigitte Bré Bayle parle, elle, de la réalité de Marseille, et de la visibilité de plus en plus grande de l’islam, avant même la construction de la Grande Mosquée. Cela constitue les deux premières parties du livre. Les trois dernières tentent d’expliquer vingt ans de capitulations, et abordent l’islam et le féminisme, avec les plumes de militantes connues dans le milieu féministe comme Annie Sugier, Anne Zelensky et Michèle Vianès. Cette dernière, bien que non membre de la rédaction, a tenu à apporter sa contribution à notre livre. La dernière partie évoque l’islam et la République. Il nous a semblé complémentaire de cumuler témoignages personnels et analyses, car un livre sans réalité du vécu est souvent un peu déshumanisé.
Medias Libres : Ne craignez-vous pas, dans ce livre, qu’on vous reproche de trop parler de l’islam, et pas suffisamment des autres religions, comme vous le reprochent fréquemment certains milieux laïques et beaucoup de milieux de gauche ?
Pierre Cassen : Ce reproche, dont nous avons l’habitude, sert souvent de prétexte à nos détracteurs pour mieux masquer leur complaisance, ou leur absence de réactions, face à la montée de l’islam. Dans notre pays, il est « laïquement correct », au nom du « tout se vaut », de noyer le poisson, et de faire croire que toutes les religions sont aussi agressives que l’islam, en 2009, en France et en Europe. Nous n’avons aucune complaisance pour les intégristes catholiques, les intégristes juifs, les sectes et d’autres illuminés. Mais il suffit de lire le rapport Obin, il suffit de se promener dans les rues des grandes villes, il suffit de suivre l’actualité. Alors que la société civile, en France, ainsi que les luttes féministes, a contraint l’Eglise catholique à admettre, grâce au rapport de forces, les principes laïques, quelle est la religion qui, aujourd’hui, mène la contre-attaque, si ce n’est l’islam ? Le Pape, dernièrement, disait : « Grâce à l’islam, Dieu est de retour en Europe ». Sans l’offensive de l’islam, y aurait-il tous ces voiles en France ? Y aurait-il toutes ces demandes de financement de lieux de culte ? Y aurait-il ces demandes de réfection d’hymens ? Y aurait-il des demandes de constructions de mega-mosquées dans des grandes villes comme Marseille, Bordeaux et autres ? Y aurait-il des attentats dans le monde entier ? Y aurait-il ce qui se passe à l’Onu, où on veut nous interdire de critiquer cette religion ? Le mouvement anti-raciste aurait-il connu cette dérive ? Robert Redeker et Mohamed Sifaoui verraient-ils leur vie menacée, Theo Van Gogh aurait-il été assassiné ? Peut-on se réfugier en permanence dans le discours facile de la religion d’amour et de paix, uniquement pervertie par les méchants intégristes ? Autrement dit, y a-t-il le bon islam, et le méchant islamisme ? Eh bien, n’en déplaise aux censeurs du politiquement correct, ce sont toutes ces questions que notre livre veut aborder.
Medias Libres : Vous montrez que la laïcité est en danger à cause des attaques de l'islam. Avez-vous identifié les responsables de la situation ?
Pierre Cassen : Nous expliquons que l’islam n’est pas la seule Eglise à attaquer la laïcité. Pour nous, cette religion est le fer de lance d’une offensive anti-laïque encouragée par les tenants du système économique, et ses relais politiques. C’est parce qu’on multiplie le financement déguisé de constructions de mosquées (il y en avait cinq en 1965, il y en a maintenant plus de 2000, et 200 projets sont en attente) que les évangélistes réclament à leur tour le financement public de leurs temples. Les responsables, nous les citons régulièrement, mais je ne vais pas me priver de vous donner quelques avant-goûts de ce que vous pourrez lire : nous mettons dans le même sac la gauche bien-pensante et compassionnelle, et la droite libérale. C’est toute la gauche, à de rares exceptions, qui s’est couchée, en 1989. Et ce ne sont pas les déclarations de Nicolas Sarkozy, à Latran, Ryad ou devant le Crif, qui vont nous rassurer. Pour autant, nous savons qu’à gauche comme à droite, il y a des vrais militants laïques, qui ne sont fondamentalement attachés à la loi de 1905, qu’il faudrait d’ailleurs renforcer, car elle ne nous protège plus suffisamment.
Il est de bon ton, à gauche, d’attaquer Sarkozy sur la laïcité positive. Mais c’est de ce camp qu’est venu le terme de « laïcité ouverte ». Qu’ont fait les directions du Mrap et de la LDH, si ce n’est de la laïcité positive vis-à-vis de l’islam ? Que penser des élus, PS ou UMP, qui réclament l’élargissement du statut cultuel d’Alsace-Moselle (que nous souhaiterions voire abrogé) aux musulmans, n’est-ce pas de la laïcité positive ? Que penser des élus locaux, qui pleurnichent que l’Etat ne leur donne plus de moyens, et qui trouvent des sous pour financer les constructions de mosquées ? Vous voulez que je vous parle de la politique de Martine Aubry à Lille ? Comme laïcité positive, on fait difficilement mieux. La passivité, et parfois la complicité, des élites, de gauche comme de droite, de la société française devant les attaques répétées de l’islam contre la laïcité, est accablante. Elle contribue à creuser le fossé entre les aspirations populaires et les dirigeants de ce pays.
Medias Libres : Selon vous, au-delà de la laïcité, c'est la République même qui vacille. Votre livre permet-il de le comprendre ?
Pierre Cassen : Plusieurs articles, dans la deuxième partie, aident à une bonne compréhension. Gabrielle Desarbres explique l’offensive libérale des années 1980, dans le monde, et ses répercussions en France. Le système veut en finir avec le modèle social issu de la Résistance, pour mieux privatiser un maximum d’activités humaines, livrées à la concurrence et donc ouvertes au marché. Les services publics à la Française, les idéaux égalitaires de la Révolution française, la République une et indivisible sont des obstacles à tous ces projets, venus des pays anglo-saxons. Tout ce qui permet de segmenter la société française, et de remplacer les solidarités sociales, qui rassemblent, par le communautarisme, qui divise, est une aubaine pour les libéraux. C’est aussi un tremplin pour l'extrême-droite, comme le montre Christine Tasin. L’arrivée de l’islam, dans ce contexte, ne fait que compléter d’autres revendications communautaristes, linguistiques, régionalistes, et contribuent à disloquer le lien social. Robert Albarèdes n’hésite pas à aborder également la question taboue de l’immigration, en montrant comment le patronat a utilisé une immigration, qui n’est pas étrangère à la montée de l’islam en France, pour mieux faire pression sur les acquis sociaux des salariés de ce pays.
Medias Libres : Vous expliquez, vous dénoncez, vous avertissez, mais cela ne suffit-il ? Proposez-vous des pistes pour échapper aux dangers qui, selon vous, nous menacent ?
Pierre Cassen : Nous ne sommes pas un parti politique, ni une nouvelle organisation laïque, nous ne sommes qu’un média animé par quinze bénévoles qui souvent travaillent, et ont d’autres activités. Nous sommes une toute petite PME, qui se veut le grain de sable du « laïquement correct », et c’est pourquoi nous faisons un journal lu par 25.000 abonnés tous les mardis, et que nous nous sommes lancés dans ce projet de livre. Aujourd’hui, aucun parti politique n’a le courage de dire ce que nous écrivons, alors que nos écrits sont en phase avec ce que pense la majorité des citoyens de ce pays. Villiers a essayé ce registre, mais les Français ne peuvent s’identifier à un adversaire de l’avortement, souvent proche des fondamentalistes catholiques, cela ne marche pas. Des franges de l’extrême droite fricotent ouvertement avec les islamistes (on a vu Le Pen aux 30 ans de la Révolution iranienne). Sarkozy renvoie dos-à-dos l’islamophobie et l’antisémitisme ! La gauche et l’extrême gauche parlent laïcité quand il s’agit d’allumer le Vatican et Sarkozy (ce qui ne nous dérange absolument pas) et sont aveugles, voire complaisantes, avec les islamistes. Que des militants aient manifesté avec les fous d’Allah, avec les drapeaux du Hamas, mêlant l’Internationale aux « Allah Akbar », ces dernières semaines montre l’ampleur de la dégénérescence laïque de pans entiers du « camp progressiste ».
Alors que faire ? Jouer l’opinion contre les élites, et encourager les citoyens à utiliser tous les droits que leur donne notre constitution. Les maires disent qu’ils n’ont plus de sous ? Empêchons-les de financer les cultes ! Il faut imposer un vrai débat sur les constructions de mosquées dans notre pays, qui continue, et entend marquer durablement l’espace public, sans aucune consultation des citoyens. Il faut aider des députés comme Jacques Myard ou Françoise Hostalier, quand ils proposent de bons projets de loi pour protéger les femmes musulmanes des contraintes qu'on leur impose, et défendre la laïcité dans les services publics. Jusqu’à quand va-t-on accepter la burqa en France ?
Nous sommes convaincus que le peuple de France, qui est un peuple rebelle (il l’a montré, entre autres, le 29 mai 2005) n’acceptera pas que le combat mené par nos ancêtres contre l’hégémonie de l’Eglise catholique soit trahi par ceux qui aident l’islam à envahir de plus en plus l’espace public. Notre rôle, à Riposte Laïque, dont la majorité des contributeurs vient de la gauche, et se reconnaît dans ses valeurs, est d’alerter, de refuser la culpabilisation des biens-pensants, et d’encourager les citoyens à s’organiser pour agir. Le sens de ce livre est d’être un outil pour les aider à argumenter, et à ne pas se laisser intimider par les accusations classiques, le coup du racisme et du colonialisme, de la religion des pauvres et des opprimés, voire du choc des civilisations. Il faut décomplexer le discours, pour mieux combattre l’offensive d’un totalitarisme politico-religieux qui menace tous nos acquis : liberté d’expression, liberté de conscience, laïcité, égalité hommes-femmes.
Les dessous du voile, 1989-2009, 20 ans d’offensive islamique contre la République laïque, par Cyrano et l’équipe de Riposte Laïque
Vous pouvez le commander dès maintenant. Jusqu’au 15 mars, prix de lancement : 12 euros, plus 4 euros de frais de port, soit 16 euros. Passé cette date, le prix sera de 19 euros, frais de port compris.
Envoyer les chèques à l’ordre de Riposte Laïque, Boite postale 82035, 13201 Marseille




Commentaires
Ou est la laîcité dans toutes ces inepties... ! La laîcité est avant tout le respect de toutes les religions et le preservation de la liberté de culte.
Il semble que la construction de mosquée vous dérange m.cassen mais va falloir vous y faire, et comparer le chiffre du nombre de mosquée en 60 et maintenant et vraiment stupide, car pour etre honnete intellectuellement il faudrait faire pareil avec le nombre de musulmans en 60 et maintenant.... l'islam n'en deplaise est la 2 religion de France et a ce titre et à d'autres encore, elle merite de respect, evitez d'insulter et de montrer du doigt les 6 millions de musulmans de france et acceptez les enfin!!!!! Si vous cherchez des combats justes allez aider les enfants d'Afrique qui meurent de faim chaque jour et laissez la laîcité aux vrais laîques qui ne se cachent pas derrière elle pour se conforter dans leur racisme primaire et leur haine de l'autre.
Les filles voilées parlent, Quarante-cinq textes et entretiens recueillis par Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian
Par Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian, Mars 2008
Introduction
Pour la première fois, un livre aborde la question du foulard en donnant aux femmes qui le portent le statut de sujets et non d’objets. Les filles voilées parlent offre en effet un espace de parole conséquent (plus de 330 pages) à quarante-quatre femmes musulmanes voilées vivant en France, de tous âges et de tous profils, en les laissant parler de ce qu’elles veulent, comme elles le veulent, et sur le registre qu’elles veulent. Le résultat est impressionnant, aussi bien par la manière dont il démolit les idées reçues sur « la » femme voilée que par le tableau sombre qu’il donne de la stigmatisation, des discriminations et des violences qui sont faites, en France, à des femmes qui dérogent à la norme vestimentaire dominante. Dans le texte qui suit, les coordinateurs-trices du recueil nous présentent plus en détail la démarche qui a guidé leur travail et les enseignements qu’ils-elles en tirent.
Article
lesfillesvoileesparlent De la parole qui s’exprime dans ce livre, il serait vain de proposer une analyse ou une synthèse, tant cette parole est riche, complexe et diverse. Là où le rouleau compresseur médiatique et la démagogie politique amalgament, généralisent et homogénéisent toutes les situations derrière un idéal-type de « la » femme voilée, ou « du » voile, « symbole d’oppression », nous avons rencontré au contraire des femmes et des adolescentes – quarante-quatre en tout – toutes différentes les unes des autres : des élèves « brillantes », d’autres moins ; des jeunes femmes de tous âges (de 15 à 45 ans), certaines extraverties, d’autres plus réservées ; des tempéraments « rebelles » et d’autres plus « posés » ; des femmes engagées dans la vie associative, sociale ou politique, d’autres au contraire tentées par le repli sur la famille, l’entourage proche ou la « communauté » ; des optimistes et des pessimistes – et bien d’autres nuances encore... À la diabolisation qui a trop souvent été de mise chez les démagogues qui nous gouvernent et nous informent, ce livre n’oppose pas l’idéalisation, mais l’humanisation : en laissant la parole aux femmes voilées, il leur rend leur humanité, ou plus modestement il leur donne l’occasion de la « manifester ostensiblement » !
Cette humanité, chaque femme ou adolescente la manifeste au moyen de ce qui est justement le propre de l’espèce humaine : sa propre parole. Une parole à la première personne, qui nous éloigne des généralisations plus ou moins pertinentes sur « le voile » et « sa signification », pour nous faire entrevoir, par son contenu autant que par sa tonalité et son style, des personnalités singulières et attachantes. Si la quarantaine de femmes qui s’expriment dans ce livre est représentative de quelque chose, c’est donc avant tout de l’infinie diversité des situations, des parcours et des tempéraments que recouvre l’ensemble des « femmes voilées ». Le livre ne prétend d’ailleurs pas en donner une vision exhaustive, tout simplement parce qu’aucun livre ne peut le faire. Il a donc ceci de « réaliste » qu’il laisse entrevoir l’infinie diversité du réel, mais c’est un livre ouvert, qui se veut aussi un encouragement à de nouvelles prises de parole [1].
Pour autant, il est clair que de cette diversité émergent quelques traits communs significatifs, qui disent quelque chose de la réalité. Par exemple, si leur cheminement vers le voile suit des itinéraires divers (de la reproduction précoce d’une tradition familiale à une démarche plus tardive et plus solitaire, engagée en dehors ou même contre l’entourage familial, avec là encore toutes les nuances intermédiaires possibles), toutes ont à leur manière choisi leur voile. Elles l’ont fait bien sûr à partir d’un héritage et d’un environnement donnés, mais c’est le cas de tout choix. La plupart évoquent le voile imposé comme une situation réelle, mais très minoritaire en France, et toutes le condamnent – et là encore, toutes les enquêtes sociologiques le confirment : le voile forcé est bien minoritaire, et il est effectivement réprouvé par l’immense majorité des femmes musulmanes de France, voilées ou non.
Bref : nous sommes très loin de la typologie manichéenne que nous ont imposée les partisans de la loi de 2004, départageant les femmes voilées en deux groupes : une majorité silencieuse de « victimes », « forcées » de porter le voile, et une minorité agissante de « militantes », infatigables et redoutables « soldates du fascisme vert ». Au-delà de leurs différences, les femmes et les adolescentes que nous avons rencontrées ont en commun d’être un démenti vivant à ces clichés. Toutes ont choisi leur voile, et ce choix ne les empêche en rien de se réclamer de la laïcité telle qu’elle fonctionnait jusqu’à 2004 : neutralité religieuse de l’Etat, des institutions et des agents du service public, mais pas des usagers du service public ; liberté de conscience et d’expression pour tous les individus, quelles que soient leurs croyances ou incroyances. Certaines ont en la matière une véritable connaissance et citent la loi de 1905, les lois Ferry-Goblet sur la laïcité de l’école ou encore l’avis du Conseil d’Etat de 1989, tandis que d’autres formulent leur « conception de la laïcité » de manière plus intuitive, mais conforme à l’esprit de ces lois. Toutes font surtout la démonstration que, contrairement là encore à ce qui a été dit à leur sujet, elles savent sentir, observer, comprendre, raisonner, argumenter, bref : penser. C’est une évidence dira-t-on – hélas pas pour tout le monde.
Ce qui est frappant, dans les textes recueillis, c’est aussi que peu de femmes se sont étendues sur leur rapport au voile lui-même, et sur la signification qu’elles y mettent – alors que cette question faisait partie des thèmes que nous leur proposions [2]. Sans doute est-ce, pour beaucoup, parce que leur préoccupation principale était ailleurs : témoigner de leur situation de femme stigmatisée et exclue, exprimer leurs inquiétudes et appeler à la tolérance et au dialogue, ou encore « parler un peu d’autre chose », après l’« overdose » médiatique, pour reprendre le terme de l’une d’entre elles. Mais une autre raison ressort de plusieurs textes. Certaines femmes expriment avec force la gêne, voire l’irritation que suscite chez elles cette question qui touche à l’intime et à l’indicible – ou au difficilement dicible – et plus encore la forme et les conditions dans lesquelles cette question leur est le plus souvent posée.
La leçon de ce livre, de ce point de vue, n’est certainement pas « Le foulard signifie ceci ou cela, il est porté pour telle ou telle raison » – ces réponses ne peuvent être que singulières, qui sait dans de futurs livres. La leçon est plutôt une double invitation, à la prudence intellectuelle et au tact. Prudence intellectuelle car, plusieurs auteures le soulignent, il n’est pas possible d’assigner une signification simple et unique à un choix aussi personnel. Tact car, là aussi, certaines le formulent explicitement : il y a des questions intimes et difficiles qu’on ne pose pas à brûle-pourpoint et sans précaution à des femmes qu’on vient de rencontrer, a fortiori dans un climat social où « tout ce qu’elles disent peut être retenu contre elles ».
Le point commun le plus frappant est toutefois ailleurs. C’est, présente comme un fil rouge de témoignage en témoignage, l’expérience intime de la stigmatisation. Les formes et le niveau de violence sont variables : certaines ont par exemple eu la chance d’échapper à l’exclusion scolaire ou au dévoilement forcé, d’autres pas ; mais toutes évoquent des regards agressifs ou des remarques désobligeantes – et toutes ont d’ailleurs entendu sensiblement les mêmes propos, qui peuvent se résumer à deux injonctions : « Retourne dans ton pays », et « Retourne dans ta cuisine ». Bref : le racisme et le sexisme.
Il fallait que ce soit dit. Il fallait qu’un livre offre à ces femmes un espace où cela puisse se dire, car sur ce point, les médias demeurent quasi-muets. Le contraste est même saisissant entre le tapage médiatique et les gloses interminables dont a fait l’objet « le voile à l’école » et le silence de mort qui s’est abattu sur « les voilées exclues de l’école ». Quant aux politiques, il suffit de se référer à l’idyllique bilan officiel qu’a rendu Hanifa Cherifi en septembre 2005 à propos de la loi du 15 mars 2004 [3]. Ce rapport est un modèle d’inhumanité technocratique, qui multiplie les chiffres et les courbes sur le nombre de « cas » ou de « signes » recensés dans les écoles à différentes dates. L’auteure se réjouit de voir la courbe décliner et atteindre progressivement le niveau « zéro », et la conclusion s’impose alors d’elle-même : le bilan de la loi est positif ! Tant et si bien qu’une fois refermé cet indigent fascicule de 50 pages, nous ne savons rien, car pas une phrase n’y est consacrée, de l’état psychologique dans lequel se sont retrouvées les adolescentes « dévoilées », de la manière dont s’est déroulée leur année scolaire, de ce que sont devenues les 50 exclues et les 60 démissionnaires, sans parler des déscolarisations non comptabilisées (celles des filles qui ont renoncé à l’école sans même faire la rentrée de septembre). Nous ne savons rien non plus de la recrudescence des agressions et des discriminations contre les « mamans voilées », parfois devant leurs propres enfants, avec toutes les conséquences psychologiques que cela peut entraîner, ou plus largement contre les femmes voilées en dehors du milieu scolaire.
C’est à ces questions occultées que nous avons voulu répondre, et nous ne pouvions le faire qu’en laissant la parole aux intéressées, et en leur ouvrant un espace jusqu’alors inexistant pour raconter ce qu’elles vivent, comment elles le ressentent, comment elles l’analysent, comment elles le supportent, et comment elles y résistent. Notre livre constitue, de ce point de vue, une utile « contre-expertise » : quelque chose comme un « livre noir » de la loi anti-voile – et plus largement de la « voilophobie » contemporaine.
Mais il n’est pas que cela. Car les femmes que nous avons rencontrées ne sont pas que des victimes. Elles-mêmes refusent d’ailleurs – souvent explicitement – de se définir comme telles, et en les lisant nous comprenons pourquoi. Ce n’est pas qu’elles ne sont pas victimes – elles le sont à l’évidence. C’est qu’une victime n’est jamais seulement une victime : toute personne subissant un préjudice puise nécessairement dans les ressources dont elle dispose pour résister et affirmer sa dignité. Adaptation, affrontement, esquive, humour, espérance : les stratégies sont diverses, et elles peuvent être combinées.
De ce point de vue, ce que nous découvrons au fil des pages, ce sont des filles ou des femmes peu soutenues, qui puisent le courage de résister essentiellement en elles-mêmes, dans leur entourage proche ou dans leur religion. Ce qui frappe en effet, dans les différents récits, c’est la quasi-absence de la Justice, de l’École et des organisations progressistes traditionnelles. Le corps enseignant est sauf exceptions aux abonnés absents, les services sociaux ne sont pas toujours très compatissants, sans parler des élus locaux, des « grands intellectuels », des partis de gauche ou des associations antiracistes et de défense des droits de l’homme, absentes de la plupart des récits. Des exceptions existent bien sûr : un-e professeur-e, un-e voisin-e, un-e collègue de travail, un-e syndicaliste ou un-e militant-e associati-f-ve qui a su faire preuve d’empathie et de solidarité en actes. Mais nous sommes loin par exemple du grand – et plus que nécessaire – mouvement de solidarité qui est en train de se construire depuis quelques années autour des élèves sans-papiers.
Ce dernier constat a valeur d’interpellation, et fait de ce livre une sorte de Lettre ouverte. Les femmes qui s’y expriment ne font pas que témoigner, elles ne font pas que nous informer et nous émouvoir : elles accusent, elles analysent, et elles interpellent. Elles accusent non pas la société française dans son ensemble, mais ses dirigeants et son corps enseignant, en soulignant l’écart qui se creuse entre les idéaux proclamés de liberté, d’égalité et de fraternité et leur propre réalité vécue. Elles analysent les défaillances de cette République, leurs causes, et leurs conséquences redoutables. Enfin, elles nous interpellent, toutes et tous, en nous mettant devant nos contradictions, notre aveuglement, ou notre passivité face à l’exclusion. Même si certaines, les plus jeunes et les plus durement réprimées (celles notamment qui ont subi l’exclusion ou le dévoilement forcé à l’école), expriment de la colère, en des termes parfois vifs, toutes manifestent un enracinement profond dans la société française, et une volonté d’être des citoyennes comme les autres, traitées comme telles. Toutes expriment le désir de participer pleinement et positivement à la vie du pays, comme élèves, comme étudiantes, comme travailleuses, comme parents d’élèves, comme citoyennes. Mais toutes disent aussi se heurter à une méfiance ou une défiance épuisantes et décourageantes.
Certaines choisissent d’être « conciliantes », elles redoublent de patience et d’efforts pour se rendre utiles et agréables, d’autres choisissent de « forcer le respect » par une attitude plus combative, intransigeante sur la défense de leurs droits ; d’autres encore s’en sortent par l’humour, ou se disent tentées par le renoncement, le retour au foyer, le repli sur la communauté ou l’expatriation. Mais ce qui est frappant, c’est qu’il n’y a pas de réelle dichotomie : les femmes qui se replient ne voulaient pas le faire initialement, et celles qui luttent contre ce repli nous disent le comprendre malgré tout, et même y songer parfois pour elles mêmes. Ces dernières nous disent aussi qu’autour d’elles, beaucoup de leurs amies commencent à s’y résigner.
Rien n’est donc figé, et l’avenir dépend par conséquent de nous tou-te-s. Telle est l’interpellation que nous adressent les auteures de ce livre : il y a un choix de société à faire et à assumer. C’est à nous de dire si nous voulons vivre séparés les un-e-s des autres. C’est à nous de dire si nous acceptons qu’« au nom du peuple français », donc en notre nom à toutes et tous, une loi exclue des élèves de l’école. C’est à nous de dire si nous acceptons qu’au nom du féminisme, des femmes soient insultées, humiliées ou discriminées. C’est à nous de dire si nous acceptons qu’au nom de la laïcité et du « vivre-ensemble », une partie de la population soit ostracisée et sans cesse renvoyée à une « différence » prétendument « inassimilable ». C’est à nous de dire si nous acceptons ces logiques d’exclusion ou si nous préférons répondre à l’invitation que constitue ce livre, et que plusieurs des auteures ont expressément formulée : suspendez votre jugement, éteignez votre téléviseur, et ouvrons le dialogue.
Linah, en France nous n'avons pas plus à accepter l'islam, que l'islam n'accepte la laïcité ! C'est antinomique que vous vous prévaliez de la laïcité pour demander qu'on respecter l'islam qui veut détruire la laïcité.
J'accepte les musulmans, mais pas leur charia. Si vous voulez vivre dans l'islam, pas de problème : il y a des tas de pays musulmans qui ne demandent qu'à vous accueillir. Vous avez l'embarras du choix.
Quant à Moh, évitez de polluer en copiant-collant un texte de propagande d'un film islamogauchiste qui traite les Français de racistes. Si les gens qui interviennent dans ce film sont pas contents de vivre en France, voir plus haut !
C'est quand même incroyable ce toupet. Quand je vais au Maroc, je ne vais pas boire une bouteille de vin sur une terrasse de café en plein ramadan ! Alors un peu de respect pour la France et les Français tout de même.
L’islam, Linah, ne tolère pas la laïcité, il n’admet aucune autre religion. Dans les pays sous régime islamique, la liberté de culte n’existe pas. En France, vous êtes libre d’aller prier à la mosquées, de célébrer vos fêtes, de choisir votre religion et d’en changer … quelle chance ! un peu d’honnêteté, reconnaissez-le ! Votre religion est la 2e de France, c’est un fait, mais je peux vous dire que jamais (et il faudra vous y faire) nous n’accepterons la charia ici ! Comme le dit si bien Pierre Cassen dans cette interview "Nous sommes convaincus que le peuple de France, qui est un peuple rebelle (il l’a montré, entre autres, le 29 mai 2005) n’acceptera pas que le combat mené par nos ancêtres contre l’hégémonie de l’Eglise catholique soit trahi par ceux qui aident l’islam à envahir de plus en plus l’espace public". Bien dit, tout est clair et net dans cette interview à laquelle j’adhère totalement.
En France, il y a une communauté asiatique, on n’entend jamais parler d’eux, étonnant, non ?
Moh, "Les filles voilées parlent" : une quarantaine de femmes, ça vous suffit pour vous faire une opinion ? Au lieu de parler du "racisme et du sexisme" de certains Français, ces bonnes âmes, auteurs de ce livre, devraient bien dénoncer haut et fort l’intolérance des pays islamiques vis-à-vis des autres religions, des Coptes notamment, ces chrétiens d’Egypte qui sont victimes de discrimination, de massacres, qui vivent leur foi avec un courage admirable tout en étant tracassés dans leur vie quotidienne ?
cela ne m'étonne pas que la France soit le pays considéré le plus raciste à l'étranger et à l'ONU, quand on voit des gens aussi bornés que vous
". . .la France soit le pays considéré le plus raciste à l'étranger et à l'ONU . . ."
"le plus raciste . . ." par qui ? oú ? des sources des références ?
".. à l' ONU. . ." ?
La dégénéréscence de pans entiers de cette organisation la rend difficilement crédible (Rwanda, Darfour, RDC et ses 5-6 millions de morts), quand on voit des tyrants criminels comme Ahmedinejad ou Khadafi (le Mussolini "wannabee" ) qui se permettent de jouer le rôle de bouffons pour tourner en ridicule la lutte contre le racisme et les droits de l' homme, car tel est leur véritable objectif: ils ne veulent plus en entendre parler et font tout pour en dénaturer le sens, permettez moi, amanda, de sourire devant le cabotinage orchestré votre outrage préfabriqué :-)))