Si on s'arrête quelque peu sur le terme d'islamophobie, on peut remarquer qu’il désigne une « phobie » de l'islam. Or la phobie, dans son sens grec, signifie l'aversion pulsionnelle, instinctive, c'est à dire incontrôlée, envers quelque chose. La phobie est donc quelque chose qui manifeste une défaite de la raison, et par là même une défaite de l'homme face à ses responsabilités raisonnables. Celui qui a une phobie ne peut se contrôler, sa raison est impuissante face à ce qu'il faut bien appeler une pathologie (Agoraphobie, Claustrophobie, Aquaphobie, etc..).

Or, il semble que si l'islamophobie existe, c'est à dire le sentiment répulsif incontrôlé et passionnel de l’islam, la critique intellectuelle de l'islam ne peut pas être qualifié d'islamophobe, pour la simple et bonne raison qu'elle n'est pas passionnelle, mais rationnelle. Et précisément, c'est inverser le sens de la démarche critique et rationnelle que lui donner le nom de « phobie ».

Opposer rapidement la passion et la raison, c'est ne pas se rendre compte qu'un individu raisonne aussi de façon à justifier ses propres passions. Derrière une critique de l'islam peut se cacher un « islamophobe » qui met sa raison non pas au service de la vérité, mais au service du dénigrement passionnel de cette religion, et c'est bien là qu'est tout le problème. Mais là encore, le terme de phobie ne peut consister qu'en une suspicion digne de l'inquisition, car suspecter une critique intellectuelle de phobie, c'est faire un procès d'intention un peu rapide.

Le danger que court la France aujourd'hui, c'est précisément de faire progresser l'islamophobie pour n'avoir pas voulu écouter les gens raisonnables en les taxant d'islamophobes. Quand on voit que l’on a pas hésité à ramener des intellectuels comme Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq pour ne citer qu’eux au rang de raciste, force est de constater que l'on abaisse au rang de « malade » les seules personnes qui ont aujourd'hui un peu de culture, d'intelligence et de profondeur pour élever le débat.

En imposant l’islam et en accusant les opposants de racistes ceux qui luttent aujourd'hui contre l'islamophobie sont ceux qui engendrent la véritable islamophobie, celle qui est précisément dangereuse.