Selon Le Monde, ces quatre mousquetaires français de la bruxellisation des esprits « n’ont pas caché leurs inquiétudes » face à la crise. Fabienne Keller de l’UMP a souligné « sa crainte de voir les électeurs se replier sur leurs problèmes nationaux ».

Quel aveu que de se s’inquiéter que « les électeurs », c’est à dire tous les peuples européens, s’occupent de leurs « problèmes nationaux » en priorité ! Il ne manquerait plus que ça. C’est vrai quoi, leurs « problèmes », nationaux ou internationaux, ce n’est pas leur affaire, mais celle des technocrates et des politiciens cosmopolites.

Le grand retour du catastrophisme européisteEt Jean-François Kahn « a rappelé la montée des extrémismes en Europe après la crise de 1929 ». Il y est allé d’une grande tirade alarmiste : « Si on ne remplace pas d’urgence l’injustice économique par l’humanisme, cela sera un retour au sol, au sang, à la race, aux tribus et aux intégrismes religieux. Y compris en Scandinavie où je m’attends à une poussée de l'extrême droite. »

Un discours qui rappelle étrangement celui de tous ceux qui promettaient le retour des grandes guerres, de la peste et du choléra, si les Français osaient voter NON au TCE. Ils ont voté NON, et le ciel ne leur est pas tombé sur la tête.

Le nouveau tribun du Modem semble toutefois ignorer que nous sommes en 2009, pas en 1929. Si dans les deux cas, il y a une crise grave, en revanche le contexte européen est tout autre.

En 1929, les nations européennes étaient sujettes à des guerres fratricides et des haines réciproques récurrentes. Aujourd’hui et depuis 60 ans, en France par exemple, personne n’appelle à s’en prendre aux Tommies ou aux Teutons. Même les extrêmes-droites européennes prônent une Europe des peuples !

Où Jean-François Kahn voit-il un retour « aux tribus » ? Une tribu, c’est un groupe humain de quelques familles qui vivent entre elles. Considérer les nations européennes comme des tribus, c’est donc totalement erroné. De même pour la « race ». L’antiracisme est une valeur largement partagée en Europe depuis la seconde guerre mondiale. Nous ne sommes plus dans l’entre-deux-guerres, où sévissait l’antisémitisme « de souche », et où les colonialistes de droite comme de gauche voulaient « civiliser les races inférieures ».

Quant au « sol » et au « sang », il faudrait savoir, puisque le « droit du sol » s’oppose au « droit du sang ». Comme pour la « race », personne ne veut plus faire couler le « sang impur » d’autrui.

Quant aux « intégrismes religieux », quels sont ceux qui effrayent actuellement les Européens, tous acquis peu ou prou à la laïcité ? Il n’y guère que l’islam radical qui menacent les citoyens européens. Mais l’islamisme nous vient de l’extérieur de l’Europe, et ne prospère que dans une frange de populations issues de l’immigration extra-européenne. Cet intégrisme n’est donc nullement endogène, à part quelques rares convertis marginaux. Et son danger ne date pas de la crise actuelle. En outre, ce type d’intégrisme religieux allochtone était inconnu dans l’Europe de 1929. Jean-François Kahn a tout faux !

On constate donc que tout comme pour le TCE et le Traité de Lisbonne, les européistes brandissent  la menace des sept plaies d’Egypte si on ne vote pas pour eux aux prochaines élections, quitte à déformer l’Histoire et les faits. L’ancien directeur de Marianne est pour eux une excellente recrue dans cette campagne de désinformation. Mais ils reproduisent leurs erreurs du passé : prendre les citoyens pour des imbéciles. Même discours, mêmes erreurs, la sanction pourrait bien être une nouvelle fois à la hauteur de leur mépris.

Xavier Bergeron