Quand on préjuge des préjugés…
Par Medias Libres le mardi 17 mars 2009, 08:19 - Société - Lien permanent
« Préjugés » : littéralement, « jugés avant ». On désigne ainsi des opinions formées sur des impressions avant une étude objective, et, par extension, des partis pris fallacieux. Un préjugé peut ainsi être préjudiciable (si je puis dire) envers les personnes qu’il vise.C’est dans cette optique que SOS Racisme, l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) et quinze autres associations lancent une campagne nationale pour les « Premières Assises Nationales de la lutte contre les préjugés ».
Et pour mesurer ces « préjugés » préjugés racistes, les organisateurs de ces assises commandent un sondage au CSA sur « la circulation des préjugés » , réalisé par téléphone les 4 et 5 mars 2009 sur un échantillon national représentatif de 1050 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d’agglomération.
La première question posée est : « Pensez-vous, qu'en France, tenir ce genre de propos est considéré comme très grave, assez grave, peu grave ou pas du tout grave ? », suivie d’une liste de propos que CSA classe dans l’ordre de « gravité » décroissante :
- Les arabes sont plus voleurs que les autres
- Les jeunes de banlieue sont plus fainéants que les autres
- Les femmes sont moins capables de diriger une entreprise que les hommes
- Les blancs sont plus racistes que les autres
- Les homosexuels sont plus obsédés par le sexe que les autres
- Les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres
- Les Juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias
- Les noirs sont plus forts physiquement que les autres
La question posée, apparemment neutre, ne l’est pas du tout. Car en demandant si dire chacune de ces phrases est « grave » ou non, c’est déjà les qualifier de potentiellement grave et orienter les réponses des personnes interrogées.
La seconde question posée va mesurer ce que le CSA appelle « l’adhésion personnelle aux préjugés » (sic !)
Ainsi, l’institut de sondage, tout comme ses commanditaires, « préjuge » que les opinions qui vont suivre sont des préjugés.
La question posée est : « Pour chacune de ces opinions que l'on peut entendre parfois, dites-moi si vous êtes tout à fait d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord ou pas du tout d'accord ? ».
Et voici ces opinions, classées cette fois dans l’ordre inverse du taux de réponse « d’accord » :
- Les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres
- Les Juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias
- Les noirs sont plus forts physiquement que les autres
- Les jeunes de banlieue sont plus fainéants que les autres
- Les blancs sont plus racistes que les autres
- Les arabes sont plus voleurs que les autres
- Les homosexuels sont plus obsédés par le sexe que les autres
- Les femmes sont moins capables de diriger une entreprise que les hommes
Le degré d’« accord » avec une opinion est grosso modo inversement proportionnel au jugement de sa « gravité », ce qui est normal. Mais comment les sondés peuvent-ils objectivement être « d’accord » avec des opinions qu’on leur a présentées comme potentiellement « graves » donc condamnables ? Il y a là un biais qui met sérieusement en doute la sincérité des réponses.
Et sur quoi se fondent SOS Racisme et l’UEJF pour qualifier ces opinions de « préjugés » et, pire encore, de racistes ? C’est quand même extraordinaire que ces organisations « préjugent » ainsi de l’opinion de nombreux Français, et concluent que « 71% » d’entre eux sont « d’accord avec au moins un des préjugés » ? Il faudrait tout d’abord démontrer que ce sont réellement des préjugés fallacieux, ou que nos concitoyens aient formé leurs jugements a priori et non d’après leurs observations objectives. Il faudrait ensuite dire en quoi tel ou tel prétendu « préjugé » serait raciste.
Quand on constate que les sélectionneurs de l’Equipe de France de football choisissent une majorité de joueurs noirs, ou que les Africains remportent les compétitions de courses à pied à tous les niveaux, est-ce « raciste » de penser que c’est parce que « les noirs sont plus forts physiquement que les autres » ? Quand on voit des relais communautaires prôner à coup de conseils juridiques le « droit au logement » ou l’imposition du voile islamique, est-ce irréaliste de croire que « les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres » ? Et comment l’UEJF et SOS Racisme peuvent infirmer l’affirmation que « les Juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias », ou d’autres choses, alors qu’ils condamnent les statistiques ethniques qui permettraient de dire si tout cela est vrai ou non ? Quand les médias affirment que l’islam est la religion majoritaire dans les prisons françaises (entre 50 et 70% selon les sources) alors que 10% de la population française est musulmane ou d’origine musulmane, est-ce un « préjugé » imputable aux citoyens que de penser que « les arabes sont plus voleurs que les autres » ?
Ce qui serait un « préjugé », c’est une lecture raciale et génétique de ces affirmations, et une généralisation à tous les individus de telle ou telle origine. Mais dans les communautés visées par ces affirmations, il y a également des facteurs culturels et historiques, qu’on ne peut écarter, à moins de croire à un « tout se vaut » qui reviendrait à nier des comportements tendanciels dans les groupes humains. Faut-il, au nom de l’antiracisme bien-pensant, nier que l’alcoolisme a sévi davantage en Bretagne ou que le sida frappe davantage les homosexuels à cause d’une conduite sexuelle plus nomade ? Faut-il nier la sur-représentation des Juifs dans les prix Nobel, la médecine ou chercher objectivement ses causes ? Comment peut-on arriver à l’aberration de prétendre qu’une majorité de Français ont des « préjugés » racistes, et qualifier en même temps de « préjugé » le fait que les blancs seraient « plus racistes que les autres » alors que la grande majorité des Français sont blancs ? Il faudrait tout de même un peu de cohérence dans tout cela, et fonder des affirmations sur les faits statistiques et sur des analyses, et non sur des diabolisations à l’emporte-pièce.
Les organisateurs des « Premières Assises Nationales de la lutte contre les préjugés » disent que la journée du 15 mars « a pour objectif d’alerter l’opinion publique, de faire de la lutte contre les préjugés un domaine central de l’action politique et de créer une dynamique intellectuelle, associative et politique en fédérant un maximum d’énergies ». Tout cela serait très bien… si ces organisateurs ne faisaient pas eux-mêmes preuve de « préjugés » en préjugeant sans aucune étude statistique sérieuse de ce qui ressort de « préjugés » ou non.
Djamila GERARD
La première question posée est : « Pensez-vous, qu'en France, tenir ce genre de propos est considéré comme très grave, assez grave, peu grave ou pas du tout grave ? », suivie d’une liste de propos que CSA classe dans l’ordre de « gravité » décroissante :
- Les arabes sont plus voleurs que les autres
- Les jeunes de banlieue sont plus fainéants que les autres
- Les femmes sont moins capables de diriger une entreprise que les hommes
- Les blancs sont plus racistes que les autres
- Les homosexuels sont plus obsédés par le sexe que les autres
- Les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres
- Les Juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias
- Les noirs sont plus forts physiquement que les autres
La question posée, apparemment neutre, ne l’est pas du tout. Car en demandant si dire chacune de ces phrases est « grave » ou non, c’est déjà les qualifier de potentiellement grave et orienter les réponses des personnes interrogées.
La seconde question posée va mesurer ce que le CSA appelle « l’adhésion personnelle aux préjugés » (sic !)
Ainsi, l’institut de sondage, tout comme ses commanditaires, « préjuge » que les opinions qui vont suivre sont des préjugés.
La question posée est : « Pour chacune de ces opinions que l'on peut entendre parfois, dites-moi si vous êtes tout à fait d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord ou pas du tout d'accord ? ».
Et voici ces opinions, classées cette fois dans l’ordre inverse du taux de réponse « d’accord » :
- Les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres
- Les Juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias
- Les noirs sont plus forts physiquement que les autres
- Les jeunes de banlieue sont plus fainéants que les autres
- Les blancs sont plus racistes que les autres
- Les arabes sont plus voleurs que les autres
- Les homosexuels sont plus obsédés par le sexe que les autres
- Les femmes sont moins capables de diriger une entreprise que les hommes
Le degré d’« accord » avec une opinion est grosso modo inversement proportionnel au jugement de sa « gravité », ce qui est normal. Mais comment les sondés peuvent-ils objectivement être « d’accord » avec des opinions qu’on leur a présentées comme potentiellement « graves » donc condamnables ? Il y a là un biais qui met sérieusement en doute la sincérité des réponses.
Et sur quoi se fondent SOS Racisme et l’UEJF pour qualifier ces opinions de « préjugés » et, pire encore, de racistes ? C’est quand même extraordinaire que ces organisations « préjugent » ainsi de l’opinion de nombreux Français, et concluent que « 71% » d’entre eux sont « d’accord avec au moins un des préjugés » ? Il faudrait tout d’abord démontrer que ce sont réellement des préjugés fallacieux, ou que nos concitoyens aient formé leurs jugements a priori et non d’après leurs observations objectives. Il faudrait ensuite dire en quoi tel ou tel prétendu « préjugé » serait raciste.
Quand on constate que les sélectionneurs de l’Equipe de France de football choisissent une majorité de joueurs noirs, ou que les Africains remportent les compétitions de courses à pied à tous les niveaux, est-ce « raciste » de penser que c’est parce que « les noirs sont plus forts physiquement que les autres » ? Quand on voit des relais communautaires prôner à coup de conseils juridiques le « droit au logement » ou l’imposition du voile islamique, est-ce irréaliste de croire que « les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres » ? Et comment l’UEJF et SOS Racisme peuvent infirmer l’affirmation que « les Juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias », ou d’autres choses, alors qu’ils condamnent les statistiques ethniques qui permettraient de dire si tout cela est vrai ou non ? Quand les médias affirment que l’islam est la religion majoritaire dans les prisons françaises (entre 50 et 70% selon les sources) alors que 10% de la population française est musulmane ou d’origine musulmane, est-ce un « préjugé » imputable aux citoyens que de penser que « les arabes sont plus voleurs que les autres » ?
Ce qui serait un « préjugé », c’est une lecture raciale et génétique de ces affirmations, et une généralisation à tous les individus de telle ou telle origine. Mais dans les communautés visées par ces affirmations, il y a également des facteurs culturels et historiques, qu’on ne peut écarter, à moins de croire à un « tout se vaut » qui reviendrait à nier des comportements tendanciels dans les groupes humains. Faut-il, au nom de l’antiracisme bien-pensant, nier que l’alcoolisme a sévi davantage en Bretagne ou que le sida frappe davantage les homosexuels à cause d’une conduite sexuelle plus nomade ? Faut-il nier la sur-représentation des Juifs dans les prix Nobel, la médecine ou chercher objectivement ses causes ? Comment peut-on arriver à l’aberration de prétendre qu’une majorité de Français ont des « préjugés » racistes, et qualifier en même temps de « préjugé » le fait que les blancs seraient « plus racistes que les autres » alors que la grande majorité des Français sont blancs ? Il faudrait tout de même un peu de cohérence dans tout cela, et fonder des affirmations sur les faits statistiques et sur des analyses, et non sur des diabolisations à l’emporte-pièce.
Les organisateurs des « Premières Assises Nationales de la lutte contre les préjugés » disent que la journée du 15 mars « a pour objectif d’alerter l’opinion publique, de faire de la lutte contre les préjugés un domaine central de l’action politique et de créer une dynamique intellectuelle, associative et politique en fédérant un maximum d’énergies ». Tout cela serait très bien… si ces organisateurs ne faisaient pas eux-mêmes preuve de « préjugés » en préjugeant sans aucune étude statistique sérieuse de ce qui ressort de « préjugés » ou non.
Djamila GERARD




Commentaires
Et la diabolisation continue ! http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...
Ou comment évacuer les problèmes de société en traitant de "racistes" ceux qui les soulèvent...