Discours prononcé à la radio de Londres le 4 Mars 1942
Discours prononcé à la radio de Londres le 24 Mars 1942

4 Mars 1942


Rommel a repris Bengazi. Le 15 février, Singapour tombe. Les Japonais ont envahis les Indes Néerlandaises et Sumatra et ont debarqué en Nouvelle-Guinée.

La guerre mondiale est à son point culminant.

Il est naturellement assez arbitraire de chercher dans le passé une comparaison avec le présent. Je crois bien, tout de même, que beaucoup d'esprits réfléchis découvrent des analogies entre la situation actuelle de la guerre et celle qui se présentait vers la fin de 1917.

Aujourd'hui, l'ennemi car le Japon, l'Allemagne et l'Italie ne font qu'un tient dans le Pacifique un avantage certain. Il a enlevé Singapour, envahi les Indes Néerlandaises, submergé les Philippines, pénétré en Birmanie. Il a pu se rétablir en Cyrénaïque. Il se cramponne énergiquement à ses positions en Russie. Les mers foisonnent de ses sous-marins. On sent approcher le suprême effort d'Hitler.

Dans l'automne de 1917, l'ennemi avait abattu la Russie et pénétré jusqu'au Caucase; il venait d'écraser à Caporetto l'armée italienne; il poussait ses avant-gardes jusqu'au canal de Suez et aux abords de Salonique; sur le front principal de l'Ouest, il tenait en échec les Français, les Anglais et les premières troupes d'Amérique; il menait dans l'océan la guerre sous-marine renforcée. On attendait l'ultime assaut d'Hindenburg.

Or, quelques mois après, cet assaut avait été brisé et l'offensive des Alliés se déclenchait sur tous les théâtres, jusqu'au jour où, sans aucune raison en apparence décisive, l'ennemi envoyait ses plénipotentiaires capituler dans le wagon de Rethondes.

Je ne dirai certes pas que ce processus victorieux doive se dérouler de nouveau suivant le même rythme et dans le même délai. Rien n'est écrit d'avance et le fatalisme passif est, à la guerre, le pire danger. Mais nous avons deux bonnes raisons pour compter ferme que le drame actuel se terminera, comme le précédent, par l'écrasement de l'ennemi.
La première raison est d'ordre matériel.

L'ennemi a eu, jusqu'à présent, la partie belle. En Extrême-Orient comme en Europe, il a toujours attaqué par surprise ses adversaires mal préparés. Mais s'il a su, tout de suite, faire le plein de ses succès parce qu'il avait fait d'emblée le plein de ses forces, ses adversaires se sont ressaisis. Nous faisons notre compte. Nous savons de quels moyens puissants dispose maintenant le parti de la liberté et nous savons de quels moyens énormes il disposera avant un an.
La deuxième raison de notre certitude est en nous-mêmes. Elle est d'ordre moral. Si c'est le moment du doute pour les cœurs faibles, c'est, pour les cœurs forts, le moment des grandes résolutions.

Or, parmi ceux qui mènent le bon combat, nous constatons qu'on renonce au moindre effort. L'absurde esprit de défensive et de concessions au mal, qui s'exprimait, stratégiquement parlant, par « Ligne Maginot » et, politiquement parlant, par Munich , est bel et bien en train de faire place à l'esprit d'attaque et d'intransigeance sans lequel toute guerre est perdue.

La France, pour écrasée qu'elle soit, participe au redressement mondial. Ceux de ses enfants qui combattent serrent les rangs et redoublent d'efforts. Ceux qui ne peuvent encore le faire lèvent la tête vers l'espérance. Nous ne savons que trop que nos terres sont un champ de bataille, malgré le mensonge des Armistices. Chez nous, l'ennemi et ses amis écoutent chaque jour grandir contre eux la haine et la menace. Et l'on voit même des accusés, que les traîtres ont traînés à l'infâme procès de Riom, bousculer la mascarade et accuser la trahison.

Allons ! le pire va finir, le meilleur est en marche.

Voici l'heure de Clemenceau !

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24 Mars 1942


Le 4 mars I942, on annonce qu'en cinq jours les Forces Françaises Libres ont enlevé plusieurs points importants dans le Fezzan italien. En Libye, les colonnes françaises continuent de participer activement aux opérations.

La guerre est dure. L'épreuve grandit. C'est le moment où, jouant de toutes les sortes de lassitude, s'agitent les démons du doute, du défaitisme, de la désunion. Mais c'est aussi l'heure des plus braves et des plus purs.

C'est l'heure où, en Libye du Nord, les troupes françaises d'Orient ont pris le contact des Allemands, où, en Libye du Sud, les troupes françaises du Tchad battent, ma foi les Italiens. C'est l'heure ou des navires français, malgré des pertes cruelles, prennent héroïquement leur part de l'immense bataille navale.

C'est l'heure où des escadrilles françaises multiplient leurs exploits dans les ciels de Cyrénaïque, du Sahara, d'Angleterre. C'est l'heure où, dans le Pacifique, des forces françaises de terre et de mer s'apprêtent à recevoir comme il convient l'attaque des Japonais contre celles de nos colonies qui ne leur furent point livrées.
C'est l'heure où, en France même, en dépit de tout, des vaillants luttent dans la nuit et s'organisent pour les chocs vengeurs.
C'est l'heure où, dans leurs camps de prisonniers, des centaines de milliers de nos camarades serrent les dents et les poings en attendant de pouvoir mordre et frapper.

Ainsi, du creuset où bouillonnent les douleurs et les fureurs de la nation française, on voit peu à peu se dégager l'élite nouvelle, l'élite du combat. On voit paraître et s'assembler des hommes qui, eux, savent marcher sans reculs, sans calculs, sans formules. Et, dans l'action de ces hommes là, comme dans leurs yeux, on voit briller les premiers signes du renouveau de la France.

C'est de cette élite audacieuse que dépend, désormais, le destin de notre pays. Non seulement elle a d'ores et déjà pris en charge l'épée, l'honneur, l'espérance de la nation, mais encore elle est le ferment suscité par le génie de la France pour se renouveler jusqu'en ses profondeurs. Au peuple jeté au désastre par l'indignité de ses écoles dirigeantes et livré à l'envahisseur par une régence de défaitistes, de traîtres et de trafiquants, ceux de ses enfants qui renoncent à tout pour eux-mêmes, mais qui ne renoncent à rien pour lui, sont, désormais, ses modèles et ses guides.

Patience ! On verra bien qui fera, pour finir, la « révolution nationale ».

M. Hitler, l'ennemi mortel de la France, a dit un jour ceci que nous n'avons pas oublié:
« Quand la défaite a fondu sur un peuple et que, tout entier, il accepte de la subir, son destin est scellé: jamais plus il ne remontera la pente de la servitude! Mais, tant que des hommes résolus ne fussent-ils qu'une poignée rejettent le joug et, coûte que coûte, poursuivent le combat, alors, pour ce peuple, rien, non, rien n'est perdu. Il a gardé tous ses droits à la vengeance et à la grandeur. »

M. Hitler peut constater que, sur ce point, les Français toujours combattants s'efforcent de lui donner raison, pour le service de la France


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