Allocution prononcée à l'occasion de la fête de jeanne D'Arc le 10 Mai 1942
Discours prononcé à la BBC le 14 Mai 1942
Discours prononcé à la BBC le 25 Mai 1942
Daclaration faite à Londres lors d'une conference de presse le 27 Mai 1942


10 Mai 1942

Mesdames, Messieurs,

Notre réunion d'aujourd'hui sous le signe de Jeanne d'Arc est à la fois la commémoration d'une grande gloire passée, le renouvellement de nos volontés dans la période la plus dure du présent, et le témoignage de notre commune espérance quant à l'avenir de la patrie.

Cette grande gloire, que nous célébrons, fut sans nul doute la plus pure et la plus douloureuse de toutes celles qui forment la France de notre Histoire. Rien ne peut être comparé à la merveilleuse entreprise de cette jeune paysanne française, dont l'ardeur sacrée et le populaire génie suffirent à révéler à elle-même la nation opprimée par l'ennemi et divisée contre elle-même. Rien ne fut plus cruel que l'épreuve traversée par Jeanne d'Arc, épreuve qui commença dès que sa mission sacrée lui imposa de franchir les montagnes des intérêts. particuliers, des intrigues et de l'incompréhension, pour trouver l'aide instinctive du peuple, épreuve qui se termina par l'abandon, la calomnie et le martyre dès que le but eut été atteint et la France sauvée.

Le présent est, pour la. patrie, au moins aussi terrible que l'était la situation au moment où parut Jeanne d'Arc. Ce qui menace la France aujourd'hui, tout comme au temps de Jeanne d'Arc, ce n'est pas seulement le danger résultant de l'invasion et de la conquête ennemie, mais c'est aussi, et presque surtout, la dislocation nationale, cette sorte de rupture de l'unité et de la cohésion françaises devant la faillite ou la trahison de ceux qu'elle tenait pour ses chefs, cette sorte d'effondrement de la confiance de la nation, en elle-même, en ses alliés, en la cause de la liberté du monde pour laquelle elle aura sacrifié plus qu'aucun autre peuple. Et c'est ce mortel danger qui donne à notre réunion son caractère et sa valeur parce qu'elle atteste la volonté de tous les bons Français, de toutes les bonnes Françaises, qui sont ici, de rester unis, quoi qu'il en coûte, autour de la seule idée qui puisse encore nous rassembler, je veux dire tout simplement l'indépendance et la grandeur de la France.

Mais notre réunion est aussi la preuve de notre espérance. Nous pensons tous aujourd'hui que si la France trouva en elle-même, il y a cinq cents ans, à l'appel de Jeanne d'Arc la flamme nécessaire à son salut, elle peut tout aussi bien aujourd'hui retrouver la même flamme. Et c'est pourquoi, en cette fête de Jeanne d'Arc, célébrée dans la phase la plus dure de cette guerre gigantesque et dans le plus grave moment de l'existence nationale, nous ne voulons rassembler nos esprits et nos cœurs que dans la confiance inébranlable en la destinée de la France éternelle.

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14 Mai 1942

Le 5 mai I942, les troupes britanniques débarquent à Madagascar. Le Général de Gaulle a immédiatement entamé des conversations avec le Gouvernement de Londres pour que l'administration de la grande Ile soit assurée par la France.

Il paraît que l'ennemi et ses collaborateurs de Vichy donnent libre cours à leur colère devant le fait que la base française de Diégo-Suarez sera désormais utilisée par la France Combattante et par ses alliés pour la lutte en commun qui libérera la France et son Empire.

Il paraît que l'ennemi et ses collaborateurs de Vichy affectent de s'indigner de l'effusion de• sang français qu'ils ont eux-mêmes prescrite à Diégo-Suarez en ordonnant à la garnison de combattre les alliés de la France.

Il paraît que l'ennemi et ses collaborateurs de Vichy accusent à grands cris nos alliés anglais de vouloir s'emparer à leur profit de la colonie française de Madagascar et y substituer la souveraineté britannique à la souveraineté française.

Mais le peuple français ne se laisse pas prendre à cette mascarade de mensonge. Le peuple français sait ce qu'il veut.
Ce que veut le peuple français, c'est que la part qu'il prend à la guerre, par ceux de ses enfants et par ceux de ses territoires qui ont pu être arrachés à l'envahisseur ou à la trahison, se développe jusqu'à redevenir l'effort de toute la France et de tout son Empire.

Ce que veut le peuple français, c'est que la France Combattante et ses alliés, marchant la main dans la main, libèrent à mesure ses enfants et ses terres, pour qu'ils puissent reprendre la guerre pour la France et pour la liberté du monde.

Ce que veut le peuple français, c'est qu'en son nom et pour son service la France Combattante dirige et organise l'effort français dans la guerre sous toutes ses formes et dans tous les domaines.
Ce que veut le peuple français, c'est que la France Combattante assure la représentation de ses droits, de ses intérêts, de ses devoirs, vis-à-vis de ses alliés, comme. elle en assure la défense contre l'ennemi et contre les traîtres.

Ce que veut le peuple français, c'est que la France Combattante maintienne et gère la souveraineté française dans toutes celles de ses terres qui ont été ou qui seront libérées.
Or, c'est un fait que les alliés de la France tiennent avec une loyauté entière les engagements qu'ils ont pris de respecter tous ses droits. C'est un fait que, dans le bloc de l'Afrique française libre, en Nouvelle-Calédonie, dans les établissements d'Océanie, dans l'Inde française, à Saint-Pierre-et-Miquelon, territoires français qui jouent dans la lutte commune un rôle essentiel, la France Combattante exerce sans entraves la souveraineté nationale.

C'est un fait que, sur le territoire des États du Levant qu'elle a elle-même appelés à l'indépendance, la France Combattante garde intacte la position de la patrie. A Madagascar, la même loyauté de nos alliés britanniques et la même autorité de la France Combattante feront que la souveraineté française ne subira, malgré l'action odieuse des traîtres de Vichy, ni interruption, ni éclipse. Ainsi se reconstituent dans la guerre l'unité nationale et l'unité impériale françaises. Ainsi grandit l'effort guerrier de la France aux côtés des Nations Unies. Ainsi demeure intacte la certitude que la nation française restera dans le monde de demain liée, corps et âme, avec les peuples libres, pour rebâtir, de concert avec eux, l'édifice de la paix et de la liberté.

Que les traîtres de Vichy, abusant de la servitude militaire de quelques troupes pro-fessionnelles et de l'aveuglement de certains fonctionnaires égarés, parviennent à faire couler, ici et là, pour la satisfaction d'Hitler, le sang des Français et le sang des Alliés, cela n'est qu'un crime facile. Mais, malgré le désir d'Hitler et de ses esclaves, ce crime ne trompera le monde pas plus qu'il ne trompe la France. L'action de la France Combattante dans tous les domaines, sur tous les champs de bataille et jusque sur le sol national où se multiplient à la fois ses exploits et ses pertes, perce le voile sous lequel l'ennemi et les traîtres cherchent à travestir le mérite, l'espérance, la volonté de la nation.

Hitler en sera pour sa rage et Vichy pour son infamie. La France a choisi son camp, et c'est le camp des vainqueurs

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25 Mai 1942

A Lille, le 4 mai, les Allemands ont fusillé 55 Français, à Caen, le 6 mai, 40 en représailles d'actes de guerre accomplis par la Résistance.

Ainsi, malgré le désastre et le soi-disant armistice, malgré l'oppression écrasante de l'envahisseur, malgré la trahison inlassable des hommes qui ont usurpé les attributs du gouvernement, malgré la propagande acharnée de ces gens et de l'ennemi qui monopolisent pour les empoisonner toutes les sources de l'information publique, malgré les exécutions, les détentions, les représailles, la France, au pire moment de cette troisième année de guerre, la France combat toujours. Bien plus, son effort de guerre, au-dedans et au-dehors, apparaît comme essentiel dans l'effort commun du parti de la liberté, en attendant que, demain peut-être, il apparaisse comme décisif.

Sans la France, qui combat dans ses territoires du Tchad, du Cameroun, du Congo, de l'Oubangui, quelle serait la situation matérielle et morale des Alliés en Afrique? Sans la France, qui, avec ses alliés britanniques, a libéré les États du Levant dont elle est mandataire et y a repris sa place, notamment sa place de combat, qui donc aujourd'hui dominerait l'Orient arabe ? Sans la France, belligérante dans ses colonies de Nouvelle-Calédonie, de Tahiti, des Nouvelles-Hébrides, quelles communications resteraient aux Alliés pour relier les continents américain et australien et nourrir, par-là, les grandes batailles du Pacifique? Sans la résistance héroïque du peuple français et les preuves sanglantes qu'il en donne, à Saint-Nazaire comme à Châteaubriant, à Nantes comme à Paris, à Bordeaux comme à Strasbourg, quel obstacle empêcherait les traîtres, collaborateurs d'Hitler, d'assurer la victoire allemande en mobilisant le désespoir de la France ? En vérité, l'issue du conflit mondial dépend, dans une large mesure, de ce que fait et fera la France. Ecrasée, d'abord, presque seule, à l'avant-garde des démocraties, elle reste en mesure d'aider puissamment à leur victoire en conservant l'esprit de lutte et en se battant comme elle peut.

Cependant, la France qui combat ne combat que pour la France. Elle méprise infiniment les vociférations de l'ennemi et des amis de l'ennemi qui l'accusent de servir l'étranger. Oui, certes, elle est pro-britannique, pro-russe, pro-américaine, pour cette raison que la victoire des Britanniques, des Russes, des Américains, doit être en même temps sa victoire. Elle demeure dans leur camp, malgré ce que cela lui coûte, pour que, dans leur camp, soient servis, défendus, représentés par elle, l'âme, l'honneur, les intérêts de la France. Elle a choisi de rester fidèle au parti de la liberté, parce qu'elle entend y satisfaire, en même temps que son idéal, sa volonté d'indépendance et d'intégrité nationales. Il serait aussi vain, pour elle, de revendiquer ses droits en s'abstenant de ses devoirs qu'il serait vain, pour les autres, de l'enÜ:rmer dans ses devoirs en lui contestant ses droits.

La France qui combat, c'est la France. Oui, la France déchirée par l'ennemi et trahie par les chefs à qui elle s'était fiée, mais la France qui se rassemble pour la victoire et pour le renouveau. L'union sacrée s'est faite, malgré les douleurs, les chaînes, les barrières, les mensonges, entre tous ses enfants fidèles du dedans et du dehors, autour de ceux à qui il est donné de soutenir par les armes son honneur et son intégrité! C'est par là qu'on voit apparaître, une fois de plus dans l'Histoire, l'éternel miracle français.

Pour les ennemis de la France et pour les traîtres qui les servent, c'est l'échec évident et, bientôt, la chute certaine. Pour ses amis, c'est l'élément unique, mais sûr, qui leur garantit l'aide grandissante de la France dans la guerre et son concours nécessaire dans la paix.

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27 Mai 1942

Le gouvernement des États-Unis a conclu avec l'Amiral Robert, Haut-Commissaire de Vichy pour les colonies françaises d'Amérique et résidant à la Martinique, un accord qui entérine et même protège son autorité. La France Combattante a protesté à Washington.

Q. - Que pensez-vous de la marche des événements à la Martinique, par rapport à la situation intérieure de la France ?

R. - La question que vous venez de poser est très importante. Elle est au fond de presque toute la discussion mondiale actuelle au sujet de la France et, naturellement, de la France Combattante. Cette question c'est la représentation des intérêts généraux de la France parmi les démocraties. Il s'agit de savoir si les intérêts généraux de la France sont ou ne sont pas représentés parmi les démocraties. Quand il se produit un fait comme celui de la Martinique, ou bien la question est tranchée unilatéralement par une Puissance étrangère et alliée, ou bien elle est tranchée par un accord entre cette Puissance alliée et M. Laval, c'est-à-dire en dernier ressort M. Hitler. Ni l'une ni l'autre de ces solutions ne sont acceptables. Elles ne font pas entrer en ligne de compte la représentation des intérêts généraux de la France parmi les Alliés. Je le dis comme je le pense.

Q. - Si l'Amiral Robert rompait les liens avec Vichy, est-ce que vous seriez prêts à l'accueillir dans le Mouvement Français Libre ?

R. - Une seule question intéresse la France Combattante. C'est le rassemblement du peuple français dans la guerre aux côtés des Alliés. Si un Français, et à plus forte raison un chef français, décide de reprendre le combat pour la France aux côtés des Alliés, nous n'éprouvons aucune difficulté à nous unir avec ce chef et avec ce Français. Nous ne faisons aucune exclusion parmi les Français, quels qu'ils soient, du moment qu'ils se rassemblent dans la guerre pour la France, aux côtés des alliés de la France.

Q. - Le Général a-t-il des propositions à faire pour améliorer la représentation des intérêts français auprès des démocraties ?

R. - Je pense que la question de la repré-sentation des intérêts français auprès des démocraties est actuellement, dans certains cas, mal posée, parce qu'on n'y comprend pas le caractère réel de la France Combattante, c'est-à-dire de la France qui combat au milieu des démocraties.

C'est ainsi que, récemment, j'ai lu dans les journaux américains les déclarations de certaines personnalités américaines avançant l'appréciation suivante au sujet de la France Combattante : « Il convient que la France Combattante reste exclusivement une organisation militaire.» Pour appuyer cette thèse, ces journaux, ces personnalités disaient: « Les Français Combattants eux-mêmes ne veulent pas faire de politique. Et puisque les Français Combattants eux-mêmes ne veulent pas faire de politique, ils ne sont pas qualifiés pour représenter au point de vue national les intérêts généraux de la France parmi les démocraties et ils doivent rester exclusivement une organisation militaire.»

Je pense, et tous les Français Combattants pensent, et un très grand nombre de Français en France pensent que c'est là jouer sur les mots.

Il est tout à fait exact que les Français Combattants et l'immense majorité des Français en France ne veulent pas actuellement se diviser dans des luttes de politique intérieure.
Les Français Combattants ne sont d'aucun parti; ils comprennent des hommes de tous les partis, de toutes les opinions, rassemblés pour une seule tâche qui est la libération de la France.
Mais cela ne signifie pas du tout que la France Combattante doive être enfermée purement et simplement dans une organisation militaire. Enfermer la France Combattante dans une organisation militaire, ce serait demander au Général de Gaulle de fournir des morts et des blessés pour les champs de bataille, des morts pour les pelotons d'exécution, sans que la France en tire aucun avantage national parmi les démocraties.

La France Combattante combat pour les intérêts généraux de la France qu'elle prétend représenter. En outre, elle veut rassembler le peuple français dans la guerre. Comment rassembler le peuple français dans la guerre, si la France Combattante n'a qu'un caractère exclusivement militaire ?

Enfin, c'est un fait que la France Combattante a la charge d'administrer des territoires importants, qu'elle exerce, au nom de la France, le mandat français sur les États du Levant, et qu'elle est donc obligée de ne pas s'en tenir à un rôle exclusivement militaire.

Q. - Avez-vous des suggestions pratiques à nous donner pour étendre l'expression nationale de votre mouvement et lui donner une expression politique ?

R. - Ici je vais vous répondre très franchement. La représentation du peuple français est naturellement dans le peuple français. Nous ne pouvons pas avoir la prétention, étant une poignée d'hommes, de constituer la représentation politique du peuple français. Cette représentation politique ne pourra reparaître qu'à la libération, quand le peuple français reconstituera dans sa souveraineté sa politique. Voilà une première chose qu'il faut bien comprendre.

Mais, en attendant, il reste des intérêts généraux de la France qui doivent être soutenus et représentés par des Français. C'est ce que nous faisons.
Pour le faire, nous souhaitons pouvoir nous renforcer par des hommes aussi représentatifs que possible de telle ou telle fraction du peuple français.

Mais alors, c'est là que nous rencontrons la difficulté provenant de la position de la France Combattante vis-à-vis des nations étrangères. Car un certain nombre d'hommes importants qui sont à l'étranger ne voient pas comment ils pourraient utilement être employés par nous, du moment que nos alliés eux-mêmes disent que nous devons n'être que des soldats.
Et, quant aux Français de l'intérieur qui représentent des fractions politiques de la nation française, la difficulté est de les faire venir, bien qu'ils le désirent et que beaucoup
le demandent.

Cependant, je suis un optimiste et j'ai mes raisons de penser que nous sommes en train de nous élargir dans le sens que vous indiquez. Je crois que nous obtiendrons à ce sujet, très prochainement, des résultats.

Je voudrais, cependant, ajouter quelque chose à ce sujet. La France a été naturellement bouleversée jusque dans ses profondeurs par le désastre et par les conséquences du désastre. A cause de cela, beaucoup d'hommes qui paraissent encore à l'étranger représenter réellement une fraction importante du peuple français, en réalité ne la représentent plus, parce que, dans sa douleur, le peuple français, croyez-moi, a fait une révolution.

Q. - Que pensez-vous des revendications italiennes : la Corse, Nice, la Savoie, la Tunisie ?

R. - Je crois qu'il est très possible qu'en ce moment l'Italie veuille réaliser, pendant qu'il en est temps encore, et que, pour des raisons intérieures italiennes, elle veuille effectivement s'emparer des territoires français qu'elle ambitionne, c'est-à-dire Nice, la Savoie, la Tunisie, la Corse, pour ne plus parler de Djibouti. La solution provisoire est dans les mains d'Hitler. Si Hitler accepte et soutient les ambitions italiennes, vous pouvez être certains que Vichy acceptera, par force, n'importe quoi.

Je crois, cependant, que, dans cette éventualité, l'événement produira sur le peuple français une impression décisive et que le peuple français verra plus clairement que jamais que ses intérêts et son avenir ne sont pas du côté de l'Axe.

Q. - Pour revenir à cette question de la représentation de la France, vous avez bien dit que la révolution en France a probablement laissé des hommes d'État, des personnalités politiques en dehors du Mouvement Français Libre ?

R. - Il y a, parmi les Français qui ont gagné l'étranger, beaucoup d'hommes qui sont demeurés en contact avec l'âme de la nation française. Mais en France, actuellement, il y a des mouvements de résistance, dés groupements, comme par exemple le personnel syndicaliste qui est un des principaux éléments résistants, comme « Libération », « Franc-Tireur », « Combat » qui sont des rassemblements pour la résistance. Eh bien ! les chefs de ces mouvements sont des hommes nouveaux, nous les connaissons et nous sommes en rapport avec eux.

Q. -Lors de la formation du Comité National, le Général lui-même a dit que le Comité serait le détenteur provisoire de l'autorité, jusqu'au moment où il la rendrait aux représentants élus de la nation. Le Général aurait-il l'intention de réunir le Parlement, ou de prendre d'aUtres mesures en ce qui concerne les divers partis politiques ?

R. - Mon opinion personnelle, c'est que la France désirera avoir une Assemblée nouvelle. Franchement je ne crois pas (c'est mon opinion personnelle) que l'ancien Parlement qui d'ailleurs a abdiqué en votant la Constitution de Vichy, puisse être considéré après la guerre comme représentant réellement le peuple français. Je crois que le peuple français souhaitera unanimement qu'une Assemblée nouvelle, une Convention nationale, soit réunie pour exprimer sa volonté. J'espère qu'il pourra être possible constitutionnellement de trouver un moyen de lier la nouvelle Assemblée nationale française à ce qui existait autrefois. Il y aura là certaines procédures politiques à envisager : l'intervention, peut-être, des chefs de partis ou des présidents des anciennes Assemblées qui se réuniraient pour constituer une transition ? Mais, quant à la représentation du peuple français après cette guerre, l'opinion générale des Français, et la mienne, c'est que l'ancien Parlement ne le représentera plus, car cet ancien Parlement a lui-même abdiqué dans la fameuse Assemblée de Vichy qui a remis au Maréchal Pétain le droit de faire une nouvelle Constitution.

Q. - Seriez-vous personnellement pour que cette représentation nouvelle soit démocratique, républicaine, sur la base du suffrage universel ?

R. - Moi-même et l'immense majorité des Français, dont je connais l'opinion, sommes tout à fait résolus à recouvrer intégralement la souveraineté nationale et la forme républicaine du Gouvernement.

Je ne crois pas que la forme de la future Constitution française sera exactement la même que celle d'avant la guerre. Mais c'est là une opinion personnelle, et il appartiendra à la future Assemblée Nationale de décider de la Constitution française.

Q. - Il Y avait un mot essentiel dans la question : le mot « démocratique ».

R. - La démocratie se confond exactement, pour moi, avec la souveraineté nationale. La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple, et la souveraineté nationale, c'est le peuple exerçant sa souveraineté sans entrave.


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