Et tout ça pour annoncer quoi ? Rien, ou presque. Un discours de plus à la Henri Guaino, une mixture de populisme de droite et de démagogie de gauche et inversement, tout comme lors de la campagne électorale présidentielle. Evidemment, la gauche a critiqué, puisque c’est son rôle. Mais même à droite, le discours de Versailles n’a pas soulevé un enthousiasme débordant.

La seule annonce concrète est celle d’un emprunt d’Etat auprès des Français, qu’on baptise déjà « emprunt Sarkozy ». Et tous les médias bien-pensants nous rappellent le fameux « emprunt Pinay ». Mais il y a une différence énorme : du temps de Pinay, l’Etat était géré « en bon père de famille », c’est-à-dire qu’il ne dépensait pas plus qu’il ne gagnait. Ce n’est que depuis la présidence de Giscard d’Estaing que les gouvernements ont curieusement décidé un déficit qui devient aujourd’hui abyssal, et dans le genre, Nicolas Sarkozy fait pire que ses prédécesseurs.

Alors imaginez un ami qui, depuis 35 ans, dépense plus qu’il ne gagne et donc qui est criblé de dettes à hauteur de 70% de son « PIB » annuel personnel. Et voilà qu’il ose venir vous taper : tu peux me prêter quelques milliers d’euros ? Bien sûr, vous lui répondez non. Et pourtant, c’est exactement ce que vient de proposer l’« ami » Nicolas Sarkozy.

Evidemment, le taux de cet emprunt sera tentant, de l’ordre de 5 à 6% annuels, donc supérieur à celui de votre livret A ou de votre assurance-vie. C’est d’ailleurs le but recherché par Sarkozy, dont je vous avais dit qu’il confondait allègrement le portefeuille de l’Etat et celui des Français, quand il déclarait « Un pays qui a 15% d'épargne par rapport à son PIB n'est pas en état de faillite. »

Sauf que l’épargne, c’est celle des Français, pas celle du « pays », c’est-à-dire de l’Etat, qui, lui, n’a aucune épargne, bien au contraire !

Nicolas Sarkozy veut donc « emprunter » votre propre épargne. Mais qui la remboursera ? Vous-mêmes, contribuables, et avec intérêts ! Ou vos enfants ! Donc d’une part vous paierez votre propre « prêt » à la cigale Sarkozy par vos impôts, et d’autre part nous entrerons dans une période d’hyper-inflation (ce que prévoient déjà les économistes) qui fait que votre « prêt » sera remboursé en monnaie de singe. Donc si vous souscrivez à l’« emprunt Sarkozy », vous serez doublement perdant et vous jetterez par la fenêtre votre propre épargne.

Face à cet Etat dispendieux, les Français sont de plus en plus tentés de résister par le système des SEL et des AMAP.

Un SEL, c’est un « Système d’Echange Local ». En gros, c’est le retour au troc. Vous donnez un lit dont vous n’avez plus usage à votre voisine qui, en échange, vient faire chez vous quelques heures de ménage. Ou vous réparez la robinetterie d’un ami qui donne des cours de maths à vos enfants. Les SEL sont d’inspiration soixante-huitarde, pour créer du « lien social ». Certains se sont même organisés en associations 1901, et ont créé des monnaies fictives pour quantifier les services rendus ou les biens échangés. (Ces monnaies sont souvent appelées « grains », par jeu de mot : grain de SEL !) Mais comme le fisc commençait à s’intéresser à cette économie parallèle, les SEL sont aujourd’hui bien plus discrets.

Les AMAP, ce sont les « Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne ». Créées par la mouvance de José Bové et autres nostalgiques du Larzac, les AMAP court-circuitent les circuits de distribution entre agriculteurs et consommateurs, et favorisent la consommation de productions régionales ou locales. L’AMAP fonctionne de la manière suivante : un groupe de voisins d’immeuble ou de quartier prend contact avec un producteur local, qui vient régulièrement leur livrer fruits et légumes de saison, à un prix évidemment très inférieur à celui du supermarché local. D’autant plus que les AMAP fonctionnent de plus en plus « au black » ! Désormais, les AMAP s’étendent à des produits dérivés (yaourts, pâtisseries, etc.) et à la viande.

SEL et AMAP ne font pas que du « lien social » et de l’écologie idéologiques et anti-capitalistes, ils permettent également d’échapper… à l’impôt ! Pas de TVA, pas d’impôts sur le revenu, pas de CGS ni de CRDS, etc. C’est un véritable boycott du fisc. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles ces associations, déclarées ou non, et créées initialement par des bobos de gauche, intéressent désormais la droite voire l’extrême-droite.

A droite, les ultra-libéraux qui se plaignent sans cesse d’un Etat « prédateur  et dispendieux » n’osent pas appeler au refus de l’impôt, puisque ce serait illégal. Mais en sous-main, ils créent leurs propres réseaux locaux de troc. A l’extrême-droite, ce sont les mouvements dits « identitaires » qui créent leurs SEL et leurs AMAP, ou qui noyautent allègrement ceux créés par des gens de gauche ou d’extrême-gauche. Avec la différence notoire qu’ils réservent leurs trocs et leurs commerces parallèles aux « Français de souche » voire aux « régionaux de souche », ce qui crée un contre-communautarisme face aux business « blacks » (si je puis dire) asiatiques, africains ou nord-africains.

L’Etat tente de lutter contre cette économie parallèle par les « chèques emploi service » ou des baisses sectorielles de TVA, et les capitalistes (banques et hypermarchés) proposent également des « services d’aides à la personne ». Mais sans grand succès, puisque les acheteurs et les vendeurs de biens ou de services ont tout intérêt à faire l’économie des prélèvements étatiques et sociaux. Les SEL et les AMAP sont donc appelés à se développer, ce qui amènera à moins de recettes pour l’Etat et les collectivités locales, et donc… plus de déficit public !

En bon républicain, je ne peux soutenir ces « grévistes de l’impôt », surtout quand ils flirtent avec le communautarisme ethnique. Mais l’Etat et les collectivités locales, véritables cigales modernes, ne sont-ils pas les premiers responsables de cette « résistance citoyenne », en gaspillant allègrement les deniers publics et en osant demander aux fourmis françaises de leur « prêter » leurs économies ?