Discours prononcé sur Radio-Levant à Beyrouth le 8 Septembre 1942
Discours prononcé sur Radio-Levant à Beyrouth le 13 Septembre 1942
Discours prononcé sur la radio de Brazzaville le 21 Septembre 1942
Discours prononcé sur la radio de Londres le 30 Septembre 1942

8 Septembre 1942

La guerre traîne en longueur son cortège de douleurs et de déceptions. La balance reste en équilibre. Le sort demeure suspendu.

Bien entendu, c'est pour l'ennemi et pour les amis de l'ennemi le moment de redoubler à la fois leur oppression et leur propagande. L'effort qui tend à l'écrasement et à la perversion de la France est tout juste à son maximum.

Jamais encore, depuis que la trahison conclut avec Hitler l'armistice qu'elle disait honorable, il n'y eut, autant qu'aujourd'hui, de persécutions, de délations, d'exécutions, sur le sol de la patrie. Jamais, plus de larmes n'ont coulé, depuis que la lâcheté a proclamé la honte sous prétexte d'éviter la souffrance. Jamais, depuis que le mensonge a prétendu relever la France dans la religion du désastre et le culte de la servitude, la nation n'a si furieusement senti que le désastre et la servitude l'enchaînent dans l'ombre du cachot quand elle ne rêve que de se lever pour marchèr vers la liberté.

Ainsi se sont évanouies, même pour les vues les plus basses, toutes les billevesées par quoi l'ennemi et les amis de l'ennemi ont voulu faire croire à la France qu'elles justifiaient la capitulation. Tandis que se déroule cette troi-sième année d'invasion, tandis que l'ennemi s'acharne à épuiser nos ressources, tandis qu'il met nos hommes au travail forcé, tandis que nos enfants ont faim, il n'y a plus moyen de croire que la veulerie rapporte quelque chose. Il n'y a plus moyen de nier que le salut soit uniquement dans la guerre et dans la victoire.

C'est pourquoi, la France n'attend que la possibilité physique de reprendre la lutte active avec ceux de ses fils qui ne l'ont jamais cessée. C'est pourquoi, la France maudit, en attendant qu'elle les châtie, les misérables qui la main-tiennent sous le tampon de leur chloroforme. C'est pourquoi, la France tient pour de faux amis certaines gens qui, dans le monde, s'accommodent de sa défaite et cultivent ceux qui l'ont trahie, au lieu de lui crier la seule chose qui puisse la sauver : « Debout ! Voici des armes!»

Ah! si l'on veut apercevoir ce dont les Français demeurent capables, pour peu qu'on leur ait délié les mains et libéré l'âme, il n'est que de regarder ce que nos bons et braves compagnons ont su accomplir ici. Il n'est que de voir les troupes, les navires, les escadrilles qui, sur les champs de bataille d'Orient, continuent à répondre de la gloire de nos drapeaux. Il n'est que de constater comment, dans cette Syrie, dans ce Liban, appelés par la France à l'indépendance, ses amitiés n'ont jamais été plus ardentes, son prestige plus grand, sa position mieux assurée.

Patience ! En dépit de tout, la même flamme qui brûle ici couve maintenant partout où les Français respirent. Espoir! Rien n'empêchera plus que la France se ressaisisse. Courage! Il vaut mieux, pour la patrie et pour le monde, que cette guerre ne se décide pas avant que la France soit repassée au premier rang.

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13 Septembre 1942

La neige commence à tomber dans les montagnes du Caucase. Dans quelques semaines, elle couvrira les plaines russes. Une fois encore s'arrêtera l'offensive allemande, après avoir gagné du terrain et des trophées, mais sans avoir pu saisir la victoire en Russie.

Depuis près de deux ans se déroule la bataille d'Afrique, portée tantôt au seuil de l'Egypte, tantôt en Tripolitaine. Certes, si l'ennemi y subit des revers, il y cueillit des succès. Mais la victoire en Mrique reste pour lui comme un- mirage des sables.

L'Atlantique est un théâtre de lutte incessante et terrible. Du Cap Nord à Magellan, du Labrador au Cap de Bonne-Espérance, les sous-marins et les avions ennemis s'acharnent à y détruire le tonnage dont tout dépend. Assurément, beaucoup de bons navires furent engloutis dans l'Océan. Mais la victoire de l'Atlantique se dérobe toujours à l'ennemi.

Dans les pays de l'Europe qu'il opprime, l'ennemi mène un dur et sombre combat. Tour à tour, il cherche à séduire ou à briser ses victimes. Il a besoin que des efforts actifs viennent s'ajouter à ses efforts. Il est de fait qu'il a trouvé des traîtres pour l'aider, des malheureux pour leservir. Pourtant, la France, la Belgique, la Hollande, la Norvège, l'Europe Centrale, les Balkans, sont aujourd'hui plus loin que jamais du ralliement à l'Ordre Nouveau. Sur le front des pays occupés, l'Allemagne n'a pas gagné la victoire.

Du moins, sa force relative va-t-elle gran-dissant? Ses progrès s'accélèrent-ils? Son moral offre-t-il des ressources illimitées? Non! Elle avait d'abord, sur ses adversaires, une supériorité énorme en moyens de combat. Celle-ci est maintenant effacée. Le rythme des offensives allemandes, foudroyant au cours des deux premières années, s'est changé en lents et pénibles progrès, souvent coupés par des reculs. La confiance et l'enthousiasme des débuts ont fait place au doute et à la lassitude. L'ennemi est dans la situation de l'acheteur aux enchères qui touche le fond de ses poches, alors que son concurrent puise dans sa bourse bien garnie.

Après l'effort inouï qui n'a pu lui valoir la victoire, l'ennemi n'a plus la force de l'arracher. Tout comme vers 1917, il est à ce point de tension où un premier échec grave le vouerait à l'effondrement.
Pourtant dans son jeu reste un atout: la possibilité de discorde parmi les Alliés. Dans cette guerre mondiale, où s'enchevêtrent tant de passions, d'intérêts et de préjugés, l'ennemi espère ardemment que vont surgir ces oppositions qui affaibliraient le front des Nations Unies 1. Par sa propagande, mais surtout par mille voies secrètes qu'il a su se ménager, il fait tout pour attiser les vieilles rivalités, les relents de l'impérialisme, les méfiances séculaires, que traîne forcément avec elle la coalition des peuples libres. Mais en cela, comme en tout, l'ennemi en sera pour ses illusions. Ceux qui luttent pour la liberté ne la sacrifieront pas à des querelles périmées.

La France Combattante est le symbole mondial de la fidélité au pacte des alliances. Elle saura maintenir intacts les droits sacrés de la patrie et de l'Empire sans sortir de cette sagesse supérieure qui est l'ultime condition du triomphe des Nations Unies.

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21 Septembre 1942

Le 18 septembre, les Anglais occupent Tamatave. Le Général de Gaulle, après sa visite en Moyen-Orient, se retreouve à Brazzaville.
Depuis des semaines, la France Combattante sent les Alliés s'envelopper d'une atmosphère de mystère. De grands projets se préparent, dont il semble qu'on veuille l'exclure.
Le Général de Gaulle fait par avance appel aux Français pour maintenir dans la crise qui s'annonce l'unité nationale et l'intégrité impériale.


Du fond de l'abîme où l'avait fait rouler la capitulation, la France commence à émerger, vivante, ardente, vengeresse.

L'oppression de l'ennemi, le mensonge des traîtres, la veulerie des médiocres, n'auront pu réussir à la maintenir à terre. Sur le sol de la patrie, ni fusillades, ni police, ni propagande, ne peuvent plus arrêter l'immense frémissement qui précède l'insurrection nationale. Dans l'Empire libéré, la volonté française est, chaque jour, plus claire et plus résolue. Sur les champs de bataille, jamais les armes de la France ne furent maniées par des hommes plus décidés !

Ce grand mouvement national dans la douleur et dans l'espérance, il s'agit de faire en sorte qu'il s'organise et se déploie d'une manière cohérente, ordonnée, concentrée. Le torrent emporte tout quand il resserre sa fureur. Au contraire, s'il se laisse détourner en courants divergents, sa force se perd dans les sables. Pour pouvoir saisir sa victoire et retrouver sa grandeur, la Fiance doit se rassembler.

Or, un tel rassemblement dépend d'une condition qui est en même temps une consigne. Cette condition, cette consigne, chaque bon Français, chaque bonne Française, a le devoir de l'observer. Elle revêt un caractère sacré puisque le salut de la patrie en dépend. Cette condition, cette consigne, c'est l'union!

Entre Français qui veulent chasser l'ennemi de chez eux, châtier les traîtres, rétablir l'unité nationale et maintenir l'intégrité impériale, il n'y a pas de divisions ni de préjugés tolérables.

Les origines sociales, les opinions politiques, les préférences quant aux personnes, n'ont rien à voir dans la libération qui ne sera pas obtenue à moins d'être l'œuvre commune. Il est tout à fait naturel que les Français jugent le passé et envisagent l'avenir avec des vues différentes. Mais il est vital qu'ils embrassent le présent d'une seule et unique étreinte.

D'autre part, s'il est évident que notre pays lutte et souffre avec les Nations Unies, les services des Français n'appartiennent qu'à la France. Tous les Français qui luttent et combattent, où que ce soit dans le monde, ont le devoir de ne lutter et de ne combattre que pour la France et aux seuls ordres de la France. C'est à la France Combattante, et à elle exclusivement, que revient la charge et qu'appartient le droit de diriger les efforts des Français dans la guerre de libération.

Aucun Français, aucune Française, ne peut donc accepter de mission, ni d'enrôlement, ni de subordination, sinon de la France. Ainsi l'ordonnent les lois de la République.

En outre, il n'y a pas d'autre moyen de faire en sorte que la France gagne la guerre en même temps que ses alliés. Voilà pourquoi cela e~t vrai et cela est prescrit, à Paris, à Lyon, à Marseille, tout comme à Brazzaville, à Beyrouth, à Nouméa, à Casablanca, à Dakar, à Tananarive.

Français! le moment est venu de vous unir d'un seul élan autour de votre Comité National. Suivez ses directives et ne suivez que celles-là !

Nous n'avons qu'une seule patrie. Nous n'avons qu'un seul devoir : l'union. Devant l'ennemi et au milieu du tourbillon qui emporte aujourd'hui le monde, rien ne vaut et rien n'est permis sinon de rassembler nos âmes, nos hommes et nos territoires.

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30 Septembre 1942

La nécessité de régler avec le gouvernement britannique la question de l'administration de Madagascar a ramené le Général de Gaulle à Londres.
Le 29 septembre, le Comité National Français a condu aoec le gouvernementt tchécoslovaque du Président Benès un accord qui efface l'acte de Munich.


Il y a quatre ans, Hitler, combinant le chantage avec l'illusion, arrachait à Munich le consen-tement de l'Angleterre et de la France à un premier démembrement de la Tchécoslovaquie. Hier au nom de la France, le Comité National Français rejetait l'acte de. Munich comme l'avait fait, il y a quelques semaines, le Gouvernement britannique.

En outre, le Comité National Français s'engageait à contribuer, par tous moyens en son pouvoir, à restaurer la Tchéco-slovaquie dans ses frontières d'avant Munich. Réciproquement, le Gouvernement tchécoslo-vaque prenait le même engagement pour ce qui concerne l'intégr!té territoriale et impériale française. Ainsi est effacée, politiquement et moralement, en attendant qu'elle le soit en fait, une grave injustice qui fut une terrible erreur.


Munich avait été, sur le terrain politique, le grand succès par quoi Hitler préparait ses succès stratégiques. Ayant, un instant, trouvé unies devant ses exigences la France, l'Angleterre et la Russie, Hitler avait, par Munich, réussi à les séparer en même temps qu'il écrasait préventivement un adversaire.

Naturellement, l'ennemi, loin de se tenir pour satisfait, élevait d'un degré ses prétentions et son assurance. Les démocraties, trahies par leur propre faiblesse, voyaient paraître à l'horizon, non point du tout la paix qu'elles avaient cru payer une fois pour toutes, mais bien l'alternative entre une chaîne sans fin d'humiliations et la guerre.

Cet esprit de recul devant la menace, de non résistance au mal par désir du moindre effort, bref cet esprit de Munich, a été l'instrument le plus efficace des entreprises de l'ennemi. Combiné avec l'infirmité passive qu'on peut appeler l'esprit de la ligne Maginot, il fut le mauvais génie du parti de la liberté.

La France Combattante, qui est la France nouvelle, lui refuse toute concession. C'est dire qu'elle condamne toute transaction avec le mal. C'est dire qu'elle condamne Munich.

Et d'autant plus rigoureusement que l'injustice commise le 29 septembre 1938 le fut à l'égard d'un peuple que des liens sacrés unissaient à la France, d'une nation qui se trouvait être l'une des plus ardentes, des plus fidèles à servir la cause de la liberté du monde, d'un État dont l'existence, la vigilance, la puissance au cœur même de l'Europe étaient nécessaires à l'équilibre du continent.

Or, malgré les immenses épreuves dans lesquelles l'ont jeté d'abord Munich et ses conséquences, ensuite la guerre mondiale elle-même, le peuple tchécoslovaque a su conserver sa cohésion et son idéal. L'ennemi s'acharne à le réduire avec d'autant plus de fureur que ce peuple résiste plus farouchement à l'Ordre Nouveau et que, d'ailleurs, il occupe, géographiquement, économiquement, moralement, une position-clef en Europe.

Cette résistance, le monde entier sait ce qu'elle coûte, en fait de ruines, de larmes et de sang, à la vaillante Tchécoslovaquie. Mais aussi, le monde comprend qu'elle constitue une condition essentielle de la défaite d'Hitler. Sans le consentement réel de la nation tchécoslovaque, il ne peut y avoir de grand Reich allemand, sinon provisoirement sur le papier des cartes.

La France salue avec respect les efforts déployés contre l'ennemi commun par la Tchécoslovaquie, son amie et son alliée. Elle salue les héroïques forces tchécoslovaques de terre et de l'air qui, depuis le début de cette guerre, sur les champs de bataîlle de France puis du monde, combattent aux côtés des siennes. Elle salue le président Édouard Benès, indomptable homme d'État et grand Européen, qui, pour n'avoir pas accepté l'abaissement et l'injustice et pour avoir fait malgré tout confiance à l'avenir, incarne et dirige aujourd'hui la lutte de sa patrie dans le camp des démocraties comme il l'avait naguère, aux côtés de Masarick, fait renaître à la liberté.

Dans l'Europe de la victoire, la France entend que, pour ses amis, le courage et la loyauté assurent des droits tout en restant des devoirs.