Très vite les IUFM ont été critiqués par leur pédagogisme “tartufaire” (exemple sur le plan de formation de l’IUFM de Lyon en 2002 http://pedagogo.free.fr/). Il faut dire que le passage d’une école de formation professionnelle à un institut universitaire a été marqué par l’arrivée d’une nouvelle race d’enseignants ‘hauts de gamme”, les universitaires : les vrais professionnels assurant de vrais cours devant de vrais élèves ont été remplacés par des maîtres de conférence et autres professeurs des universités excellents en théorie et certainement moins en pratique “professionnelle”.

Cette dérive est devenue un délire incompréhensible. L’universitaire est un chercheur, il publie des documents que personne ne lit et assure ainsi la renommée de son établissement. Pourtant il assure peu d’heures de cours et coûte beaucoup plus cher.

L’élection de Sarkozy est venue mettre le point final à cette histoire mal commencée, c’est la réforme de la “masterisation”. Ce gros mot signifie simplement que dès 2010 les enseignants seront “formés” par les universités (donc 5 ans après le BAC) avant d’être recrutés par l’état sur concours.

Cette réforme devait initialement conduire à réintégrer les IUFM dont une université de leur bassin géographique en qualité d’école interne. En annonçant la possibilité pour chaque université de mettre à son plan de formation des masters “enseignement”, Sarkozy mettait par terre tous les plans d’intégration, les IUFM étaient définitivement condamnés.

Que cache réellement cette réforme ? L’état se réfugie derrière des directives européennes, pourtant le calcul est bassement financier :

  • avant l’IUFM les instituteurs étaient en formation professionnelle payée deux années (après le DEUG soit deux ans après le BAC).
  • jusqu’en 2010, les professeurs des écoles sont étudiants quatre ans après le BAC (licence puis une année de préparation au concours) puis formés avec le statut de fonctionnaires stagiaires.
  • après la masterisation, les nouveaux professeurs des écoles seront étudiants durant 5 ans avant de présenter le concours et d’être payés. L’état n’aura plus la charge de la formation professionnelle ! un peu comme si la police, les douanes laissaient aux universités le soin de former leurs fonctionnaires, complètement aberrant !

Cette masterisation ne s’accompagne d’aucune revalorisation salariale, le salaires des enseignants français étant pourtant sous la moyenne européenne (http://www.snuipp.fr/spip.php?article2672) . L’état aura beau jeu d’accélérer le début de carrière, il gagne financièrement les budgets de tous les IUFM de France (fonctionnement et salaire des personnels), ainsi que la masse salariale des anciens stagiaires PE2.

Une bien belle économie en perspective avec l’éventualité fort alléchante de disposer d’un vivier de masters captifs – titulaires de diplômes sans aucune valeur dans les autres secteurs économiques – comme variable d’ajustement bon marché de ses effectifs.

Beaucoup se réjouiront de la mort des IUFM, les lendemains seront-ils meilleurs ? on peut le craindre.

Je suis assourdi par le silence ambiant. Tout le monde s’en fout. Pas de réaction. Sous son flot de réformes, Sarkozy a étouffé toute réaction, c’est l’histoire de la grenouille dans la casserole d’eau chaude.

Je crains surtout pour mes petits enfants, pourront-ils apprendre à lire dans une école publique ?