Discours prononcé à la radio de Londres le 8 Novembre 1942
Discours prononcé à l'Albert Hall de Londres le 11 Novembre 1942
Discours prononcé à la radio de Londres le 11 Novembre 1942
Déclaration officièlle du général de Gaulle et du comité national français le 16 Novembre 1942
Discours diffusé par Brazzaville et beyrouth le 21 Novembre 1942
Discours prononcé à la radio de Londres le 27 Novembre 1942


8 Novembre 1942

Les Américains et les Britanniques ont commencé le 7 novembre à débarquer en Afrique du Nord française des forces considérables. Ils l'ont fait sans participation officielle de la France Combattante.

Les alliés de la France ont entrepris d'entraîner l'Amérique du Nord française dans la guerre de libération. Ils commencent à y débarquer des forces énormes. Il s'agit de faire en sorte que notre Algérie, notre Maroc, notre Tunisie, constituent la base de départ pour la libération de la France. Nos alliés américains sont à la tête de cette entreprise.

Le moment est très bien choisi. En effet, après une victoire écrasante, nos alliés britanniques, secondés par les troupes françaises, viennent de chasser d'Egypte les Allemands et les Italiens et pénètrent en Cyrénaïque. D'autre part, nos alliés russes ont définitivement brisé, sur la Volga et dans le Caucase, la suprême offensive de l'ennemi. Enfin, le peuple français, rassemblé dans la résistance, n'attend que l'occasion pour se lever tout entier.

La France Combattante, qui déjà a remis dans la guerre sacrée une partie de l'Empire, a toujours espéré et toujours voulu que tout le reste en fasse autant. Tout le reste! C'est-à-dire surtout cette Mrique du Nord française, où tant de gloires furent jadis acquises, où tant de forces sont présentes.

Chefs français, soldats, marins, aviateurs, fonctionnaires, colons français d'Afrique du Nord, levez-vous donc! Aidez nos Alliés! Joignez-vous à eux sans réserves. La France qui combat vous en adjure. Ne vous souciez pas des noms, ni des formules. Une seule chose compte: le salut de la patrie! Tous ceux qui ont le courage de se remettre debout, malgré l'ennemi et la trahison, sont d'avance approuvés, accueillis, acclamés par tous les Français combattants. Méprisez les cris des traîtres qui voudraient vous persuader que nos alliés veulent prendre pour eux notre Empire.

Allons! Voici le grand moment! Voici l'heure du bon sens et du courage. Partout l'ennemi chancelle et fléchit. Français de l'Afrique du Nord que par vous nous rentrions en ligne, d'un bout à l'autre de la Méditerranée, et voilà la guerre gagnée grâce à la France !

Le 11 novembre est la fête de la Victoire. La France va la célébrer.
Elle va la célébrer cette fois dans la certitude acquise de sa libération victorieuse.
Elle va la célébrer aussi dans l'union nationale pour le combat contre l'ennemi et pour la confusion des traîtres.
Elle va la célébrer enfin dans la volonté de revivre sous un régime libre et pur, assurant son intégrité et restaurant sa grandeur.
Français, Françaises, le II novembre, quand sonnera l'heure de midi et jusqu'à midi 30 minutes, vous serez tous rassemblés, soit dans nos églises et nos temples, soit dans les lieux de vos travaux, soit dans vos habitations. Tous ensemble vous donnerez à la France vos prières ou vos pensées.

Français, Françaises de la zone non encore occupée, vous passerez tous dans l'après-midi et jusqu'à 19 heures devant nos monuments aux morts ou à tout autre endroit fixé en raison des circonstances locales.
L'horrible nuit du malheur et de la honte commence à se dissiper.

Le 11 novembre, toute la France saluera l'aurore de la victoire.

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11 Novembre 1942 à l'Albert Hall de Londres

Les Américains et les Britanniques sont en train de traiter avec Darlan en Afrique du Nord.

La voici donc terminée, la première phase de cette guerre, celle où devant l'assaut prémédité des agresseurs reculait la faiblesse dispersée des démocraties. Dans les rues héroïques de Stalingrad, dans les sables du désert d'Afrique, dans la brousse des Iles Salomon, le recul perpétuel a fait place à l'offensive. D'un bout à l'autre de l'Europe torturée, des Pyrénées à la Volga, le souffe de la résistance l'emporte décidément sur l'esprit de défaite et de servitude. Après plus de trois ans d'efforts, l'ennemi lassé et décimé voit disparaître à l'horizon le mirage de la victoire. La colossale balance des forces qui, jusqu'à hier, s'inclinait lourdement du côté de la tyrannie, penche maintenant vers la liberté.

Cependant, si le tunnel où nous avons longtemps cheminé dans les ténèbres commence à s'éclairer d'une lointaine lueur, il s'en faut de beaucoup que nous nous trouvions au terme. Pour affaibli qu'il soit, l'ennemi demeure puissant, habile, résolu. Pour renforcés que nous soyons, nous portons enèore en nous-mêmes bien des éléments de faiblesse. Après tant de revers subis, les démocraties ont pu, certes, savourer leurs premiers succès. Mais il leur reste à briser la plupart des positions matérielles et morales à l'abri desquelles l'adversaire domine une grande partie du monde. Il leur reste à imposer leur force afin de dicter leur loi. Il leur reste à gagner la guerre.

Or, dans la phase nouvelle qui s'ouvre et qui devra conduire les Alliés à la victoire contre le principal ennemi, la destinée a placé la France au plein centre de l'action. A vrai dire, ce n'est qu'une fois de plus. Bien avant Arminius nous en avions pris l'habitude et, depuis, nous l'avons conservée. Quand, après le drame présent, en dépit de la surprise de juin 1940 et de l'abus de confiance commis à notre égard par des traîtres camouflés, on tiendra un compte exact de tout ce que nous avons fait, de tout ce que nous faisons et ferons encore contre la fureur germanique depuis qu'elle nous menace et menace les autres, on obtiendra, je le crois, un total impressionnant.

En tout cas, pour le présent, c'est d'abord de l'attitude de la nation française qu'aura dépendu l'échec de l'envahisseur dans l'utilisation de l'Europe. Que notre pays se fût abandonné à la volonté de l'ennemi et aux stupéfiants des traîtres, évidemment c'en était fait! L'ordre nouveau eût puisé dans les ressources matérielles, humaines, morales de notre peuple tout ce qui lui manquait pour vaincre. D'autres peuples européens, écrasés de souffrances comme le nôtre et soumis, comme le nôtre, aux dictatures de trahison, auraient cédé à l'affreux exemple. C'est alors, et alors seulement, que se serait édifiée, sous la direction d'Hitler, cette Europe unie et compacte qui braverait dorénavant l'assaut des libérateurs. Au contraire, la résistance française a fait échouer ce vaste plan. A l'heure qu'il est, il y a, certes, des oppresseurs et des victimes, des occupants et des révoltés. Mais il n'y a pas de Grand Reich allemand étayé de vassaux dociles parce que la France ne s'y est pas prêtée.

Si la France se trouve être, politiquement et moralement, au centre de cette lutte gigantesque, elle l'est aussi stratégiquement. Pour les armées alliées, son sol natal est la tête de pont de l'Europe. Ses terres d'Afrique offrent une base de départ naturelle pour la libération. Nul dans le monde ne doute plus que la bataille de la décision portera le nom de la France. Qu'il doive en résulter pour notre pays de terribles épreuves ajoutées à tant d'autres, cela n'est que trop évident. Que les traîtres de Vichy, abusant toujours et toujours de la servitude militaire, y trouvent de nouvelles occasions de dresser des poitrines françaises entre la patrie et la libération, nous n'en avons hélas! jamais douté. Mais que la nation française soit, de ce fait, en mesure d'apporter à l'effort commun un concours essentiel et, par là, d'assurer tous ses droits à la victoire, cela n'est pas moins certain. S'il est déjà établi que le camp de la liberté ne pouvait pas gagner la guerre sans la fidélité française, il reste à faire en sorte que cette guerre soit effectivement gagnée avec la France.

Je dis la France, c'est-à-dire une seule nation, un seul territoire, un seul empire, une seule loi. Ah! certes, dans l'abîme effrayant où l'ont fait rouler le désastre et la trahison, mille forces centrifuges s'exercent sur l'unité de la France. Du moment où un pouvoir illégitime et soumis aux ordres de l'ennemi tournait contre l'honneur, l'intérêt, la liberté du peuple, tous les moyens du gouvernement;du moment où l'envahisseur découpait le sol national en zones strictement séparées; du moment où l'Empire se déchirait en deux parties, l'une enchaînée par les tyrans, l'autre libérée pour le combat; du moment où une propagande infâme se répandait par la voie de l'autorité publique pour diviser le pays en y jetant l'anathème contre des catégories entières de citoyens, et d'abord contre ceux-là qui luttaient pour la patrie, l'unité nationale courait de bien graves dangers.

Et, cependant, c'est un fait qu'elle subsiste et qu'elle s'affermit. Parmi les Français dispersés par la force ou sollicités par le désespoir, l'accord s'est établi dans le secret des âmes. Cet accord est maintenant public. La masse du peuple français s'unit sur les trois impératifs suivants: l'ennemi est l'ennemi; le salut du pays n'est que dans la victoire; c'est dans la France Combattante que toute la France doit se rassembler.

De l'esprit et du cœur de nos paysans, de nos ouvriers, de nos bourgeois, de nos intellectuels et de nos prêtres, ont jailli les millions et les millions de pensées, de volontés, d'ardeurs, dont s'est formé le fleuve unique de l'intérêt national. L'envahisseur a pu fusiller, piller, corrompre; Vichy a pu mentir, décréter, persécuter ; les traîtres ont pu se vendre, les faibles succomber, les lâches se coucher; le malheur, l'isolement, la déception ont pu assaillir les courages; la faim a pu émacier les corps; malgré tout, par-dessus tout, la nation s'est retrouvée. Devant l'ennemi et les traîtres elle ne• veut rien écouter, sinon la fureur des ancêtres et la vengeance d'un grand peuple trahi dans sa confiance et violé dans ses foyers. Il y a là un courant élémentaire que rien ne détournera plus, dont la puissance est essentielle dans la nouvelle phase de la guerre et tel qu'ensuite l'ordre et la paix du monde ne pourraient être rebâtis si on prétendait l'ignorer.

Ce grand mouvement de résurrection nationale, quel en est le ciment ? Quel en est le centre ? Quel en est le but ? Jamais, n'est-il pas vrai nous n'avons sur ce sujet interrogé nos compatriotes, qu'ils viennent de la Métropole ou de l'Empire, sans recueillir toujours la même réponse. Cette réponse, nous venons de l'entendre, une fois de plus, de la bouche de ces hommes qui parlaient ici, tout à l'heure, au nom de tant et tant d'autres. Si je la répète à mon tour, c'est, d'abord parce qu'elle réconforte et, ensuite, parce que dans le monde il ne manque pas d'hommes, moins éclairés sur la France que ne le sont les Français. Or, dans ce temps, les choses vont vite et les retards ont des inconvénients. Eclairons donc au plus tôt nos amis.

Le ciment de l'unité française, c'est le sang des Français qui n'ont jamais, eux, tenu compte de l'Armistice, de ceux qui, depuis Rethondes, meurent tout de même pour la France, de ceux qui n'ont pas voulu connaître, suivant le vers de Corneille, « la honte de mourir sans avoir combattu ». Oui, le sacrifice total accepté par certains pour le salut de tous, voilà d'abord ce qui rassemble les enfants de la patrie. Soldats morts à Keren, à Koufra, à Mourzouk, à Damas, à Bir-Hakeim, à Hameimat ; marins des navires coulés : Narval, Surcouf, Alysse, Mimosa, Poulmic, Viking, Chasseur, aviateurs tués dans le ciel des batailles d'Angleterre, d'Orient, d'Afrique; volontaires françaises écrasées à votre poste; équipages de nos navires marchands détruits en service commandé; combattants de Saint-Nazaire tombés le couteau à la main; fusillés de Nantes, de Paris, de Lille, de Bordeaux, de Strasbourg et d'ailleurs, c'est vous qui maintenez la France indivisible. C'est grâce à vous que, dans son malheur, elle ressent ces tressaillements qui font se lever les têtes et se redresser les cœurs.

C'est vous qui donnez un sens, une portée, une valeur, à tout ce que nous tâchons de faire pour le pays. Sans vous rien ne serait rien, même pas les microphones et les porte-plume. C'est vous qui condamnez les traîtres, déshonorez les attentistes, exaltez les courageux. Braves et purs enfants de chez nous ! En rendant le dernier soupir, vous avez dit : « Vive la France! » Eh bien! dormez en paix! La France vivra parce que, vous, vous avez su mourir pour elle.

Le centre autour duquel se refait l'unité française, c'est la France qui combat. A la nation mise au cachot nous offrons, depuis le premier jour, la lutte et la lumière. Il a suffi de cela pour que le courant national se canalise dans notre sens. Nous avons entendu, quelquefois, parler de territoires, de troupes, de groupements, qui se sont ralliés à nous. Nous voyons arriver sans cesse des hommes qui ont tout bravé et surmonté pour nous rejoindre. Nous savons quels développements prennent, malgré la police, la prison, les poteaux d'exécution, nos vaillantes phalanges d'action : Combat, Libération, Franc-Tireur, Avant-garde. Nous mesurons le nombre des Français et des Françaises qui nous appellent avec ferveur. Mais quels territoires, quels groupements, quelles troupes nous ont quittés pour jouir des bienfaits de l'Armistice et des douceurs de 1'« Ordre Nouveau»

Où est la liste de ceux qui courent rejoindre Vichy? Qui donc s'est fait fusiller en confessant la collaboration ? Quels sont les citoyens qui troquent leur croix de Lorraine contre le portrait du Maréchal ? En vérité, la nation plébiscite la France Combattante tous les jours. C'est vers elle qu'elle se tourne. C'est en elle qu'elle se reconnaît. C'est d'elle, et d'elle seule, qu'elle attend la direction de son combat.

Mais, comme une pareille adhésion du pays et de tels devoirs envers lui nous confèrent la qualité pour exercer à son unité nationale, nous prétendons user de cette autorité-là pour refaire, d'une façon matérielle, dans la guerre et pour la guerre, l'unité qui s'est déjà refaite moralement.

Nous prétendons rassembler tout notre peuple et tous nos territoires, comme nous l'avons fait déjà pour le Tchad, le Congo, l'Oubangui, le Gabon, le Cameroun, les Nouvelles-Hébrides, la Nou velle-Calédonie, les Etablissements d'Océanie, l'Inde Française, Saint-Pierre-et-Miquelon, comme nous avons libéré le Liban et la Syrie pour nous en faire des alliés très chers et très fidèles et comme nous nous mettons en devoir de joindre à tout cela la grande île française de Madagascar avec l'appui loyal et désintéressé de notre bonne alliée l'Angleterre

Nous ne voulons pas de neutralisation pour aucun morceau de la France ni de l'Empire. Nous n'admettrions pas que quiconque vienne diviser l'effort de guerre de la patrie par aucune de ces entreprises dites parallèles, c'est-à-dire séparées, dont l'expression sourde, mais puissante, de la volonté nationale saurait d'ailleurs faire justice comme elle a toujours su le faire depuis deux ans, quatre mois et vingt-cinq jours. Oui, c'est au nom de la France que parle le Comité National Français quand il requiert de tous leur concours pur et simple pour arracher à l'ennemi et à Vichy notre pays qu'ils écrasent, pour rétablir intégralement toutes les libertés françaises et faire observer les lois de la République. Car cette restauration complète de l'intégrité et de l'unité territoriales et impériales françaises, cette libération de toute espèce de tyrannie, ce respect de ce qui fut, naguère, décidé par la nation et que seule la nation a le droit de modifier, ce sont bien là les volontés immédiates de notre peuple et, par conséquent, les buts de nos efforts.

La France est, en ce moment, une nation terrassée à qui ses adversaires ont appliqué de force un bâillon empoisonné. Rien ne compte pour elle excepté de lutter contre l'asphyxie et de recouvrer l'usage de ses membres afin de pouvoir, à son tour, frapper ceux qui l'ont frappée. Toutes les autres considérations ne valent rien à ses yeux. Les anciennes querelles des partis, les prétentions des personnes, les routines, les intérêts, les préjugés, lui sont parfaitement détestables. Elle ne juge les hommes et leurs actions qu'à l'échelle de ce qu'ils réalisent pour lui sauver la vie. Les hiérarchies établies naguère, les personnages jadis consacrés, les règles du jeu d'autrefois, n'ont plus prise sur sa confiance.

La nation ne connaît plus de cadres que ceux de sa libération comme, dans sa grande Révolution, elle n'acceptait plus de chefs que ceux du salut public.

Est-ce à dire que la France, absorbée maintenant par le souci de survivre, n'imagine rien au-delà ? Au contraire! Je ne pense pas qu'un seul pays au monde ait tiré des événements de plus claires et cruelles leçons. Parce que nous sommes d'abord tombés presque seuls à l'avant-garde des démocraties, parce qu'aujourd'hui la corde nous étrangle, on se ménagerait des surprises si on croyait pouvoir douter de notre volonté de nous réformer nous-mêmes et de contribuer puissamment à l'ordre futur du monde. Oui! Le peuple français, opprimé et trahi, mais bien vivant et très lucide, a lui aussi son plan d'avenir.

La France mesure, d'abord, les périls mortels où l'ont jetée tour à tour la lente décadence de l'autorité publique et l'infamie du pouvoir personnel. Elle en conclut à la nécessité d'établir, dès qu'elle le pourra, une Démocratie nouvelle, telle que la souveraineté du peuple puisse s'exercer totalement par le suffrage et par le contrôle, et telle aussi que le pouvoir chargé de diriger l'État ait les moyens de le faire avec force et continuité. La France sait aussi ce que lui coûte un régime social et moral sclérosé dans lequel la patrie se vit successivement négligé par des masses exploitées, puis trahie par des coalitions de trusts et de gens en place. Elle entend construire chez elle un édifice social et moral dans lequel chaque individu pourra vivre dans la dignité et dans la sécurité, où nul monopole ne pourra abuser des hommes ni dresser aucune barrière devant l'intérêt général.

La France constate également que, dans l'espace d'une vie d'homme, elle a connu trois invasions, chacune plus affreuse et plus ruineuse que la précédente, mais toutes du fait du même ennemi. Avec l'Allemagne qui, par nature, ne cesse pas de sécréter des Bismarck, des Guillaume II ou des Hitler, elle ne conçoit point de paix qui ne soit garantie, non par des phrases, mais par des gages réels. La France, enfin, comme toutes les nations libres de notre vieux continent, ne sait que trop que ses épreuves n'auraient pas été possibles sans l'absurde relâchement de ses belles et bonnes alliances et l'échec des essais d'organisation de la paix. Elle souhaite, désormais, tout faire pour qu'en Europe ceux dont les intérêts, le souci de leur défense et les besoins de leur développement sont conjugués avec les siens se lient à elle, comme elle-même à eux, d'une manière pratique et durable. En même temps, elle entend jouer le rôle qui revient à son effort et à son génie dans un système mondial tel que celui qu'a défini la Charte de l'Atlantique et qui tiendrait à placer le progrès et la sécurité de tous sur une base internationale.

Dans un message qu'il adressait récemment à Staline, le Président des États-Unis disait que l'union des Alliés dans cette guerre était le prélude nécessaire à leur union dans la paix. Cela est profondément juste. Quand l'écho du dernier coup de canon se sera éteint sur la terre, les peuples se jugeront entre eux d'après ce qu'ils auront fait les uns pour les autres au combat. C'est dire que rien n'importe davantage à l'harmonie future des Nations Unies, tout comme, d'ailleurs, à leur victoire, que leur action commune dès à présent. La stratégie qui consiste à susciter et à conjuguer toutes les forces de l'alliance est comme le critérium des relations de l'avenir.

Or, si la puissance impériale de l'Empire britannique, incarnée dans la tempête, comme elle le sera dans la gloire, par un Winston Churchill, si la force matérielle et morale énorme déployée par le peuple et les armées russes sous la direction d'un Staline, si les immenses réalités et virtualités guerrières des États-Unis, conduits par un Franklin Roosevelt, constituent en ce moment les éléments principaux dans la lutte contre la tyrannie, l'apport de la résistance française ne saurait être négligé. Pour le présent l'usure de l'ennemi, pour l'avenir l'accord des peuples libres, en dépendent dans une large mesure. Comme cela est vrai surtout pour ce qui concerne la France et son Empire, champs de bataille d'hier, d'aujourd'hui et de demain et facteurs de premier plan dans la reconstruction du monde!

Mais quelle valeur nationale et, par suite, internationale auraient les efforts des Français dans la guerre, si ces efforts étaient dispersés ou noyés à titre d'auxiliaires dans la puissance de leurs alliés ? Non, non! Les services des Français ne sont dus qu'à la France. La résistance du peuple opprimé et le combat de tous ceux qui sont libres forment un tout qui est l'apport de la France à la cause commune. Le rassemblement des Français, dans la lutte proprement française et sous une loi uniquement française, est indispensable à l'accord de la nation avec les Nations Unies autant qu'au salut public.

Aujourd'hui, la France se recueille dans une seule espérance et dans une seule volonté. Elle le fait tout entière à la seule exception des traîtres. Ici se trouvent rassemblés, pour un même acte de foi, des milliers d'hommes et de femmes de chez nous, faisant de notre réunion comme une image du pays. De même que, malgré mille et mille vicissitudes, nous nous trouvons, côte à côte, plus résolus que jamais, sous le signe immortel de notre croix de Lorraine, ainsi rien ne pourra faire que la France, restée indivisible dans les pires ténèbres de son Histoire, se laisse diviser au moment où la radieuse aurore se dessine à l'horizon.

Un seul combat pour une seule patrie!

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11 Novembre 1942 à la radio de Londres

Les Allemands et les Italiens occupent la zone dite «libre» du territoire français

Le 18 juin 1 940, j'invitais les officiers, soldats, marins, aviateurs français, les techniciens et ouvriers, les spécialistes, à se mettre en rapport avec moi pour continuer le combat.
Aujourd'hui II novembre, à la veille de la victoire, au moment où Hitler va occuper tout le territoire, je répète mon appel.

Français, Françaises de France !

Profitez des quelques heures dont vous disposez pour venir, si vous pouvez, vous joindre à ceux qui luttent aux côtés des Alliés.
Officiers, sous-officiers, soldats, marins, aviateurs! avec vos navires, vos avions, vos armes, rejoignez d'urgence les Forces Françaises Libres. Ne laissez pas vos armes entre les mains de l'ennemi.
La victoire est certaine.

Venez y participer.

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16 Novembre 1942

Les autorités américaines et britanniques ont conclu un accord avec Darlan. Celui-ci, le 15 novembre, lance une proclamation demandant aux forces françaises en Afrique de lui obéir en tant que représentant du Maréchal Pétain. Le 16, le Général de Gaulle et le Comité National Français publient la déclaration suivante :

Le Général de Gaulle et le Comité National Français proclament qu'ils ne prennent aucune part et n'assument aucune responsabilité dans les négociations en Afrique du Nord avec les délégués de Vichy.

Si ces négociations devaient conduire à des dispositions qui auraient pour effet de consacrer le régime de Vichy en Afrique du Nord, ceci ne pourrait évidemment être accepté par la France Combattante.

L'union de tous les territoires français d'outre-mer dans le combat pour la libération doit se faire dans des conditions conformes à la volonté et à la dignité du peuple français.

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21 Novembre 1942

Au sujet des événements d'Afrique du Nord, le Général de Gaulle, faute de pouvoir utiliser librement la radio de Londres, adresse au peuple de France un message radiodiffusé par les postes français de Brazzaville et de Beyrouth

La nation française prévoyait que, malgré l'arrivée de ses alliés, la liquidation de Vichy en Afrique du Nord française n'irait pas sans délais, ni sans péripéties. Mais, au fond de son cachot, la nation française a ressenti de la stupeur en apprenant que les délais seraient tels et que les péripéties prendraient un pareil caractère. La nation, au fond de son cachot, entend savoir de quoi il retourne.

Un grand territoire français est occupé par les armées alliées avec le consentement des populations. La nation se demande si oui, ou si non, le régime et l'esprit de Vichy y demeureront en vigueur, si oui, ou si non, les traîtres de Vichy y seront maintenus en place, si oui, ou si non, cette partie de l'Empire français pourra s'unir à celle qui avait déjà repris la guerre sous le signe de l'honneur, si oui, ou si non, la libération nationale à partir de l'Empire libéré devra être déshonorée par un quarteron de coupables, camouflés pour la circonstance sous un parjure supplémentaire serait grave et dangereux qu'en posant .eulement ces questions on ne puisse en même temps les résoudre.

Certes, la France n'a que trop reconnu que dans la confusion de cette guerre mondiale il y a des risques d'erreurs de la part des mieux intentionnés. Mais elle a cru aussi que l'alliance de tous ses alliés était une alliance sincère et que l'idéal sacré pour lequel souffrent et meurent tant et tant d'hommes et de femmes dans le camp de la liberté rejetterait nécessairement, comme elle-même les maudit, le déshonneur et la trahison.
Certes, la France sait comment un régime d'oppression et de mensonge a pu longtemps, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, bâillonner la libre opinion. Mais elle sait aussi qu'une fois ébranlées les colonnes du temple de l'idole, rien n'étouffera plus, en Amérique du Nord comme ailleurs, l'expression de la volonté nationale.

Certes, la France mesure quelles difficultés comporte la coopération dans la guerre de territoires aussi divers et aussi longtemps séparés que ceux qui forment son Empire et l'action commune dans les combats des forces armées dont elle dispose ou qu'elle va pouvoir lever dans toutes les parties du monde. Mais elle sait que, pour unir toutes les terres qui lui appartiennent et tous les États qu'elle protège, il n'existe comme liens que les justes lois de la légitime République et les traités qu'elle a conclus. Elle entend que ses soldats, qu'ils combattent en Tunisie, en Libye, au Tchad, au Pacifique, ne soient pas les soldats de quelqu'un, mais les soldats de la France.

Depuis que la patrie succomba sous les coups de l'ennemi et les complots de la trahison, le trésor de l'indépendance et de la dignité nationale a pu être sauvegardé. A travers quelles épreuves ? Dieu le sait ! Mais, à cause de cela, la France a vu jaillir jusqu'aux tréfonds de l'âme du peuple la flamme de l'espérance en sa liberté et de la confiance dans ses amitiés mondiales.

C'est grâce à cette flamme sacrée que s'est levée et organisée, sous le talon de l'ennemi et de ses collaborateurs, l'immense résistance française. C'est en vertu de la même flamme que se sont peu à peu groupés beaucoup de nos territoires et une partie de nos forces. C'est autour de la même flamme que tout l'Empire doit maintenant s'unir à toute la nation pour lutter et pour vaincre côte à côte avec tous les alliés de la France. C'est par là, et par là seulement, que la victoire pourra effacer, glorieusement, d'un seul coup, nos malheurs, nos divisions, nos larmes.

Un seul combat pour une seule patrie!

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27 Novembre 1942

La flotte de Toulon, la flotte de la France vient de disparaître.

Au moment où les navires allaient être saisis par l'ennemi, le réflexe national joua dans les âmes des équipages et des états-majors. En un instant, les chefs, les officiers, les marins, virent se déchirer le voile atroce que, depuis juin 1940, le mensonge tendait devant leurs yeux. Ils ont compris, en un instant, à quel aboutissement honteux ils se trouvaient acculés.

Privés, sans doute, de toute autre issue, ces marins français ont, de leurs mains, détruit la flotte française afin que soit, du moins,épargnée à la patrie la honte suprême de ses vaisseaux devenir des vaisseaux ennemis.

La France a entendu le canon de To l'éclatement des explosions, les coups de désespérés, l'ultime résistance. Un frisse douleur, de pitié, de fureur l'a traversée entière.

Ce malheur, qui s'ajoute à tous ses maux achève de la dresser et de la rassembler, de la rassembler dans la volonté d'effacer par la victoire toutes les a conséquences du désastre et de l'abandon.

Vaincre, il n'y a pas d'autre voie, il n'y en jamais eu d'autre!

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