Discours de Gaulle, décembre 1942
Par Eric de Roche le Mercredi 23 Décembre 2009, 08:14 - Culture - Lien permanent
2 Décembre 1942: Déclenchement de l'offensive dc Lcclerc vcrs le Fezzan. 4 Décembre 1942: L'Amiral Darlan prétend assumer les fonctions de Chef de l'État, au nom du Maréchal Pétain, empêché.
l 2-l 9 Décembre 1942: Une contre-offensive allemande vers Stalingrad n'atteint pas ses objectifs.
I4 Décembre 1942: Accord entre la France Combattante et le gouvernement britannique au sujet de Madagascar, où le Général Le Gentilhomme pourra assumer les fonctions de Haut-Commissaire auxquelles il a été nommé le 14 novembnre par le Général de Gaulle.
I6 Décembre 1942: Déclenchement v'ictorieux d'offensives sov'iétiques sur le front du Don.
24 Décembre 1942: L'Amiral Darlan est tué à Alger par Fernand Bonnier de la Chapelle, qui sera cxécuté quelques heures plus tard.
25 Décembre 1942: Le Général dc Gaulle propose au Général Giraud de le rencontrer en territoire français.
26 Décembre 1942: Le Général Giraud succède à Darlan avec le titre de Commandant en Chef civil ct militaIre.
I.a Somalie française se rallie à la France Combattante.
29 Décembre 1942: Le Général Giraud répond au Général de Gaulle que l'atmosphère est actuellement défavorable à la rencontre qui lui a été proposée.
Discours diffusé par Radio Levant et la radio de Brazzaville le 7 Décembre 1942
Déclaration du 14 Décembre 1942
Message de Noël radiodiffusé de Londres le 24 Décembre 1942
Discours prononcé à la radio de Londres le 28 Décembre 1942
le 4 décembre, un décret de Darlan est publié à Alger d' accord avec les Alliés,aux termes duquel il déclare assumer les fonctions de chef d’état français en Afrique du Nord et de Commandant en chef des forces militaires, navales et aériennes,avec l’assistance d’un conseil impérial composé des Généraux Giraud, Noguès et Bergerest ; des Gouverneurs Généraux Chatel et Boisson.
Le Gouvernement britannique s'oppose à ce que le Général de Gaulle prononce à la Radio de Londres rallocution suivante que le Chef de la France Combattante fait aussitôt diffuser. par les postes français de Brazzaville et de Beyrouth.
Dans la situation présente, si pleine à la fois d'espérance et de dégoûts, la nation française entend y voir clair et veut qu'on parle nettement. Car, par-delà les combinaisons dites d'opportunité, c'est le sort de la France qui se joue.
Depuis juin 1940, un régime artificiellement fabriqué dans le désastre national collaborait avec l'ennemi et faisait table rase de toutes les libertés, après avoir renié nos alliés et capitulé devant l'envahisseur. En même temps, une grande partie de l'Empire continuait ou reprenait la guerre, s'affranchissait du régime empoisonné et usurpé de Vichy et, dans la souveraineté de la France intégralement maintenue, déployait son effort en union sincère et loyale avec tous les Alliés. Des forces françaises faisaient flotter librement, et, j'ose le dire, glorieusement, sur tous les champs de bataille, le drapeau de la patrie. Des voix françaises maintenaient librement dans le monde l'expression traditionnelle de l'âme de notre pays. Surtout, la flamme de la résistance à l'ennemi et à ses complices embrasait peu à peu la masse immense du peuple écrasé.
Soudain, l'héroïque bataille russe dans le Caucase et à Stalingrad, la grande victoire anglaise en Égypte et en Cyrénaïque, l'occupation si brillamment effectuée de l' Mrique du Nord par les Américains secondés par les Anglais, la résistance passive ou active des peuples opprimés de l'Europe, enfin, les immenses ressources matérielles et le puissant idéalisme que les États- Unis apportent au combat, font apparaître une conjoncture nou-velle. Tout permet, d'après les informations, d'entrevoir l'aurore d'une victoire militaire dont il s'agit de faire qu'elle soit aussi la victoire des principes qui rassemblent les Nations Unies.
Pour la France, qui est, bien entendu, au centre même de ces événements, une situation plus tragique encore, mais aussi plus encourageante, est apparue tout à coup. Tandis que la totalité du territoire était occupée par l'ennemi, tandis que les vestiges de l'armée métropolitaine se trouvaient démobilisés, tandis que la flotte de Toulon était acculée au suicide, la partie de l'Empire français tenue sous le joug de Vichy était, grâce aux Alliés, mise à même de s'en libérer. Du même coup, l'effort commun de tous nos territoires d'outre-mer, en liaison avec la résistance et, bientôt, l'insurrection française, est devenu possible.
Devant cette situation, que veut la nation française ? La nation ne veut rien d'autre que le rassemblement de toutes ses forces dans la guerre pour chasser l'ennemi du territoire et recouvrer tous ses droits. La nation ne dit rien d'autre que « Honneur et Patrie», « Liberté,Égalité, Fraternité n. Elle ne fait rien d'autre que combattre, se maintenir dans la résistance et, là où ses fils sont libres, assurer l'observation des lois de la République 1. Dans cet immense effort, notre Comité National a tiré son autorité du consentement spontané des Français et du mandat que lui ont confié les groupements qui, sur le territoire, rassemblent les masses françaises dans la résistance.
Pour répondre à la volonté nationale, nous sommes prêts, dès maintenant, à faire en sorte que soient liées entre elles, afin de frapper l'ennemi, les actions de toutes les forces françaises organisées, où que ce soit. Nous sommes certains que le fait seul de nous unir tous dans la guerre aura tôt fait de nous unir aussi sur tout ce qui est essentiel au salut et à la grandeur de la France. Nous croyons qu'il devra sortir de cette lutte côte à côte une direction commune qui maintiendra dans tous nos territoires l'indivisible souveraineté française et assurera devant l'étranger la représentation provisoire de tous les intérêts français. Nous nous en remettons exclusivement et totalement à la nation elle-même pour décider, dès qu'elle pourra le faire par le suffrage universel et libre, de son régime et de son Gouvernement.
Mais cette action conjuguée des forces combattantes, puis cette union nationale, ne sont possibles que dans le respect de la volonté et de la dignité françaises. La nation n'admet
pas qu'un quarteron d'hommes qui symbolisent la capitulation, la collaboration, l'usurpation, et qui, ayant usé et abusé contre les libérateurs de la discipline des autres, en usent et en abusent maintenant pour singer l'honneur et le devoir. La nation n'admet pas que ces hommes, ayant failli dans la guerre étrangère et se sentant condamnés, puissent ménager leur destinée en créant des conditions d'où sortira la guerre civile. La nation n'admet pas leur pouvoir, supposé de droit divin mais tiré d'une parodie. Hitler voulait, a-t-il dit, « pourrir notre guerre n ; la nation ne veut pas, elle, qu'on pourrisse notre libération.
Les territoires de l'Empire, où qu'ils soient et quels qu'ils soient, n'appartiennent à personne, sinon à la France. Les soldats français, qu'ils combattent en Tunisie, en Libye ou dans l'Océan Pacifique, ne sont pas les soldats de quelqu'un, ils sont les soldats de la France. Les citoyens français, qu'ils vivent sous la botte de l'ennemi, ou la férule de Vichy, ou dans l'Empire ou à l'étranger, ne dépendent du gré d'aucun homme, mais uniquement des libres lois que s'est données le peuple français. Dans la détresse où la tiennent encore, pour un instant, l'ennemi et la trahison, la nation française peut compter sur ses fils pour s'unir dans le suprême combat. Elle est sûre d'y être aidée par la conscience universelle de tous les peuples qui, comme elle, souffrent et luttent pour la liberté.
Cliquez 2 fois pour remonter
Le 14 décembre, M. Anthony Eden, chef du Foreign Office, et le Général de Gaulle signent un accord plaçant l'administration de Madagascar sous l'autorité de la France Combattante.
Le 28 novembre, les Forces Françaises Libres avaient débarqué à la Réunion.
L'accord que je viens de signer avec M. Eden rétablit à Madagascar l'exercice de la souveraineté française et y efface les conséquences des douloureux événements récents. De ce fait, notre grande et belle colonie africaine va pouvoir déployer à son tour, dans la guerre au service de la France, un effort militaire et économique important.
Chacun sait que Madagascar et tout l'Empire auraient, en juin 1940, poursuivi la guerre de grand cœur, après la défaite dans la Métropole, sans la criminelle politique qui leur interdit la lutte contre l'ennemi pour leur ordonner, au contraire, de combattre nos alliés.
A Madagascar, comme ailleurs, la France Combattante va réparer cela, en même temps qu'elle va rétablir les lois de la République, ciment de l'unité de l'Empire.
Le Comité National et moi-même avons pleine confiance dans la haute autorité et dans la grande expérience du Haut-Commissaire de France, le Général Legentilhomme.
Je désire souligner, à l'occasion de cet accord, la loyauté entière dont vient de faire preuve, une fois de plus, notre bonne et vieille alliée l'Angleterre. Le peuple français, dans les épreuves présentes, constatera avec satisfaction que le Gouvernement britannique, malgré les courants, les vents et les marées, respecte la souveraineté de la France sur son Empire et s'en tient à ses engagements avec le plus noble scrupule. Pour ce qui concerne Madagascar, le communiqué publié le 13 mai dernier par le Gouvernement britannique au sujet de l'administration de l'île et la déclaration faite le 13 juillet à ce sujet par le Comité National Français sont intégralement appliqués.
Il y a là une preuve nouvelle d'alliance que la France ne méconnaîtra pas.
Cliquez 2 fois pour remonter
Noël, au cœur de l'hiver, est la fête du renouveau. Ce jour-là, la France veut s'arracher aux deuils du passé et aux douleurs du présent pour regarder l'avenir avec confiance.
Certes, nos souffrances, nos fureurs, nos dégoûts, sont en ce moment à leur comble. Mais jamais ne furent plus claires nos raisons de croire au salut et à la vengeance.
Ce jour de Noël 1942, l'ennemi recule sur tous les champs de bataille. Il étale sous nos yeux les signes évidents du début de sa décadence. En même temps, le peuple français achève au fond de son cachot le rassemblement national, longtemps retardé par le mensonge et la trahison. Et voici que de grands territoires français et d'importants moyens militaires viennent d'être mis en mesure de reprendre à leur tour le combat, comme avaient pu le faire, déjà, une vaste partie de l'Empire et des forces françaises éprouvées.
Ce jour de Noël 1942, la nation compte que l'esprit de la libération achèvera vite de chasser partout, dans l'Empire comme dans la Métropole, les derniers relents de l'attentisme et les ultimes symboles de la capitulation. Elle compte que ses terres d'outre-mer vont s'assembler pour faire la guerre dans sa seule souveraineté et sous les seules lois qu'elle s'est elle-même données. Elle compte que ses forces, de terre, de mer et de l'air, d'où qu'elles viennent et quelles qu'elles soient, vont confondre leurs efforts pour son seul service et sous son seul drapeau.
Ce jour de Noël 1942, la patrie porte son amour, sa fierté, son espoir, sur tous ses fils qui luttent pour sa vie. Aujourd'hui, ceux qui, sur son sol, tiennent en échec héroïquement l'ennemi commun, ceux qui, dans la bataille d' Mrique, en Libye et en Tunisie, frappent l'ennemi de leurs armes, ceux qui attaquent l'ennemi sur toutes les mers et dans tous les ciels, entendent le même sanglot et le même appel de la France.
Ce jour de Noël 1942, la France adresse à tous ses alliés son salut et son témoignage de fidélité. Elle sait qu'ils luttent comme ellemême, non point pour la domination, mais au contraire pour la liberté. Elle sait que la race des hommes ne nourrit point d'autre espérance et n'admet point d'autre victoire que celle d'un profond et fraternel renouveau. Elle sait que son propre génie, ranimé par la plus terrible épreuve de son Histoire, aura dans un monde renouvelé une part éminente et radieuse.
Ce jour de Noël 1942, la France voit, à l'horizon, réapparaître son étoile
Cliquez 2 fois pour remonter
Le 24 décembre,L' Amiral Darlan est exéuté à Alger!. Le l6 décembre, le Général Giraud est nommé, par le 1e Conseil de l' Empire. réuni à Alger, Haut-Commissaire et Commandant en chef en Afrique française du Nord.
Le 25, le Général de Gaulle a envoyé un message au Général Giraud lui proposant une rencontre immédiate dans le but d'étudier entre Français et en terre française par quels moyens peut être établi un pouvoir central français.
La République française a toujours voulu gagner cette guerre aux côtés de ses alliés, pour la liberté et la sécurité de l'Europe et du monde. Le dernier Gouvernement républicain, auquel j'avais l'honneur d'appartenir, entendait donc maintenir dans la lutte les moyens qui restaient à la France après la défaite militaire dans la Métropole, c'est-à-dire son Empire, sa flotte, sa marine marchande, son trésor, son influence morale et, par-dessus tout, l'âme du peuple envahi, en attendant qu'il fût possible à la nation tout entière de se remettre debout pour chasser et châtier l'ennemi.
Le défaitisme de certains dirigeants, les intrigues de la trahison, les conspirations des adversaires de la souveraineté du peuple, profitant du désarroi produit par le désastre et abusant de la discipline des armées et des administrations, ont pu réussir momentanément à imposer à la France, d'abord la capitulation et, ensuite, un régime de dictature et d'usurpation. Mais il n'y avait là rien qu'une sorte d'épisode qui, pour effroyable qu'il fût, ne changeait pas la volonté nationale telle qu'elle s'était exprimée aussi longtemps qu'elle était libre. C'est à cette volonté seule que les Français se devaient et se doivent d'obéir.
Telle est la raison et telle est l'inspiration de l'attitude adoptée dès le 18 juin 1940 par un grand nombre de citoyens français à l'intérieur et au-dehors du pays. On sait aujourd'hui que la masse immense de la nation les approuve et les soutient. Le Comité National, formé pour assurer la direction de l'effort français et représenter provisoirement les intérêts généraux de la France, a pu rassembler peu à peu une grande partie de l'Empire et des forces militaires importantes, recueillir l'adhésion et assurer la direction des organisations de résistance sur notre territoire. Il a pu également obtenir d'un grand nombre de Puissances étrangères des engagements au sujet de l'intégrité, de l'indépendance et de la grandeur de la France. Ainsi la France n'est, ni en fait ni en droit, jamais sortie de la guerre. En outre, il s'est créé dans la nation et dans le monde une sorte de mystique de la libération française qui est un élément capital pour le présent et pour l'avenir de l'unité et de la grandeur du pays.
Cependant, le cours des événements militaires a amené les armées alliées, puis les forces ennemies, en Mrique du Nord française. Une bataille s'est engagée en Tunisie. Un chef militaire français renommé, le Général Giraud, dont, je puis en témoigner, le Gouvernement de la République déplorait aux pires moments de la bataille de France qu'il ne pût être nommé Généralissime puisqu'il était tombé aux mains de l'ennemi, a commencé d'entraîner au combat une partie des troupes d'Afrique du Nord. Déjà, ces troupes ont obtenu des succès glorieux et qui vont s'accroissant. Leurs camarades qui, sur terre, sur mer et dans les airs, ont pu reprendre le combat à des dates antérieures sur d'autres théâtres d'opérations, acclament leur concours et leur gloire et souhaitent que tous ceux qui portent les armes de la France se confondent, comme il se doit, dans une seule armée, dans une seule marine, dans une seule aviation françaises.
D'autre part, dans les territoires de l'Afrique du Nord et de l'Afrique Occidentale française, le régime usurpé et l'esprit de Vichy ont été, du fait des événements, profondément ébranlés. Il apparaît qu'en dépit d'une propagande acharnée de deux ans et demi et des mesures de répression si longtemps appliquées, le plus pur souffle national reprend, là comme ailleurs, tous ses droits. Il apparaît que l'union de tout l'Empire dans la guerre n'est plus seulement
désirée et désirable mais peut être bientôt réalisable dans des conditions conformes à la volonté et à la dignité du peuple français.
Mais, ce qui a été fait déjà, ce qui est fait aujourd'hui, ce qui sera fait demain par la nation française, pour le triomphe de la cause commune à toutes les Nations Unies, implique que son effort total soit uni et dirigé, que la souveraineté française soit gérée, que les lois françaises soient appliquées, que les droits et intérêts de la France soient représentés, comme l'ont toujours été et comme le sont toujours par le sang et les douleurs de la nation, son honneur, son âme et sa puissance. Un pouvoir provisoire élargi, groupant toutes les forces françaises à l'intérieur et à l'extérieur du pays et tous les territoires français qui sont susceptibles de lutter pour la libération, est nécessaire à l'indépendance et à l'unité nationales, jusqu'à ce que la nation elle-même ait pu faire connaître ses souveraines volontés.
Les Français n'ont qu'une seule patrie. Il s'agit de faire en sorte qu'ils ne livrent qu'un seul combat.
La France est et restera une et indivisible.
Cliquez 2 fois pour remonter
Déclaration du 14 Décembre 1942
Message de Noël radiodiffusé de Londres le 24 Décembre 1942
Discours prononcé à la radio de Londres le 28 Décembre 1942
7 Décembre 1942
le 4 décembre, un décret de Darlan est publié à Alger d' accord avec les Alliés,aux termes duquel il déclare assumer les fonctions de chef d’état français en Afrique du Nord et de Commandant en chef des forces militaires, navales et aériennes,avec l’assistance d’un conseil impérial composé des Généraux Giraud, Noguès et Bergerest ; des Gouverneurs Généraux Chatel et Boisson.
Le Gouvernement britannique s'oppose à ce que le Général de Gaulle prononce à la Radio de Londres rallocution suivante que le Chef de la France Combattante fait aussitôt diffuser. par les postes français de Brazzaville et de Beyrouth.
Dans la situation présente, si pleine à la fois d'espérance et de dégoûts, la nation française entend y voir clair et veut qu'on parle nettement. Car, par-delà les combinaisons dites d'opportunité, c'est le sort de la France qui se joue.
Depuis juin 1940, un régime artificiellement fabriqué dans le désastre national collaborait avec l'ennemi et faisait table rase de toutes les libertés, après avoir renié nos alliés et capitulé devant l'envahisseur. En même temps, une grande partie de l'Empire continuait ou reprenait la guerre, s'affranchissait du régime empoisonné et usurpé de Vichy et, dans la souveraineté de la France intégralement maintenue, déployait son effort en union sincère et loyale avec tous les Alliés. Des forces françaises faisaient flotter librement, et, j'ose le dire, glorieusement, sur tous les champs de bataille, le drapeau de la patrie. Des voix françaises maintenaient librement dans le monde l'expression traditionnelle de l'âme de notre pays. Surtout, la flamme de la résistance à l'ennemi et à ses complices embrasait peu à peu la masse immense du peuple écrasé.
Soudain, l'héroïque bataille russe dans le Caucase et à Stalingrad, la grande victoire anglaise en Égypte et en Cyrénaïque, l'occupation si brillamment effectuée de l' Mrique du Nord par les Américains secondés par les Anglais, la résistance passive ou active des peuples opprimés de l'Europe, enfin, les immenses ressources matérielles et le puissant idéalisme que les États- Unis apportent au combat, font apparaître une conjoncture nou-velle. Tout permet, d'après les informations, d'entrevoir l'aurore d'une victoire militaire dont il s'agit de faire qu'elle soit aussi la victoire des principes qui rassemblent les Nations Unies.
Pour la France, qui est, bien entendu, au centre même de ces événements, une situation plus tragique encore, mais aussi plus encourageante, est apparue tout à coup. Tandis que la totalité du territoire était occupée par l'ennemi, tandis que les vestiges de l'armée métropolitaine se trouvaient démobilisés, tandis que la flotte de Toulon était acculée au suicide, la partie de l'Empire français tenue sous le joug de Vichy était, grâce aux Alliés, mise à même de s'en libérer. Du même coup, l'effort commun de tous nos territoires d'outre-mer, en liaison avec la résistance et, bientôt, l'insurrection française, est devenu possible.
Devant cette situation, que veut la nation française ? La nation ne veut rien d'autre que le rassemblement de toutes ses forces dans la guerre pour chasser l'ennemi du territoire et recouvrer tous ses droits. La nation ne dit rien d'autre que « Honneur et Patrie», « Liberté,Égalité, Fraternité n. Elle ne fait rien d'autre que combattre, se maintenir dans la résistance et, là où ses fils sont libres, assurer l'observation des lois de la République 1. Dans cet immense effort, notre Comité National a tiré son autorité du consentement spontané des Français et du mandat que lui ont confié les groupements qui, sur le territoire, rassemblent les masses françaises dans la résistance.
Pour répondre à la volonté nationale, nous sommes prêts, dès maintenant, à faire en sorte que soient liées entre elles, afin de frapper l'ennemi, les actions de toutes les forces françaises organisées, où que ce soit. Nous sommes certains que le fait seul de nous unir tous dans la guerre aura tôt fait de nous unir aussi sur tout ce qui est essentiel au salut et à la grandeur de la France. Nous croyons qu'il devra sortir de cette lutte côte à côte une direction commune qui maintiendra dans tous nos territoires l'indivisible souveraineté française et assurera devant l'étranger la représentation provisoire de tous les intérêts français. Nous nous en remettons exclusivement et totalement à la nation elle-même pour décider, dès qu'elle pourra le faire par le suffrage universel et libre, de son régime et de son Gouvernement.
Mais cette action conjuguée des forces combattantes, puis cette union nationale, ne sont possibles que dans le respect de la volonté et de la dignité françaises. La nation n'admet
pas qu'un quarteron d'hommes qui symbolisent la capitulation, la collaboration, l'usurpation, et qui, ayant usé et abusé contre les libérateurs de la discipline des autres, en usent et en abusent maintenant pour singer l'honneur et le devoir. La nation n'admet pas que ces hommes, ayant failli dans la guerre étrangère et se sentant condamnés, puissent ménager leur destinée en créant des conditions d'où sortira la guerre civile. La nation n'admet pas leur pouvoir, supposé de droit divin mais tiré d'une parodie. Hitler voulait, a-t-il dit, « pourrir notre guerre n ; la nation ne veut pas, elle, qu'on pourrisse notre libération.
Les territoires de l'Empire, où qu'ils soient et quels qu'ils soient, n'appartiennent à personne, sinon à la France. Les soldats français, qu'ils combattent en Tunisie, en Libye ou dans l'Océan Pacifique, ne sont pas les soldats de quelqu'un, ils sont les soldats de la France. Les citoyens français, qu'ils vivent sous la botte de l'ennemi, ou la férule de Vichy, ou dans l'Empire ou à l'étranger, ne dépendent du gré d'aucun homme, mais uniquement des libres lois que s'est données le peuple français. Dans la détresse où la tiennent encore, pour un instant, l'ennemi et la trahison, la nation française peut compter sur ses fils pour s'unir dans le suprême combat. Elle est sûre d'y être aidée par la conscience universelle de tous les peuples qui, comme elle, souffrent et luttent pour la liberté.
Cliquez 2 fois pour remonter
14 Décembre 1942
Le 14 décembre, M. Anthony Eden, chef du Foreign Office, et le Général de Gaulle signent un accord plaçant l'administration de Madagascar sous l'autorité de la France Combattante.
Le 28 novembre, les Forces Françaises Libres avaient débarqué à la Réunion.
L'accord que je viens de signer avec M. Eden rétablit à Madagascar l'exercice de la souveraineté française et y efface les conséquences des douloureux événements récents. De ce fait, notre grande et belle colonie africaine va pouvoir déployer à son tour, dans la guerre au service de la France, un effort militaire et économique important.
Chacun sait que Madagascar et tout l'Empire auraient, en juin 1940, poursuivi la guerre de grand cœur, après la défaite dans la Métropole, sans la criminelle politique qui leur interdit la lutte contre l'ennemi pour leur ordonner, au contraire, de combattre nos alliés.
A Madagascar, comme ailleurs, la France Combattante va réparer cela, en même temps qu'elle va rétablir les lois de la République, ciment de l'unité de l'Empire.
Le Comité National et moi-même avons pleine confiance dans la haute autorité et dans la grande expérience du Haut-Commissaire de France, le Général Legentilhomme.
Je désire souligner, à l'occasion de cet accord, la loyauté entière dont vient de faire preuve, une fois de plus, notre bonne et vieille alliée l'Angleterre. Le peuple français, dans les épreuves présentes, constatera avec satisfaction que le Gouvernement britannique, malgré les courants, les vents et les marées, respecte la souveraineté de la France sur son Empire et s'en tient à ses engagements avec le plus noble scrupule. Pour ce qui concerne Madagascar, le communiqué publié le 13 mai dernier par le Gouvernement britannique au sujet de l'administration de l'île et la déclaration faite le 13 juillet à ce sujet par le Comité National Français sont intégralement appliqués.
Il y a là une preuve nouvelle d'alliance que la France ne méconnaîtra pas.
Cliquez 2 fois pour remonter
24 Décembre 1942
Noël, au cœur de l'hiver, est la fête du renouveau. Ce jour-là, la France veut s'arracher aux deuils du passé et aux douleurs du présent pour regarder l'avenir avec confiance.
Certes, nos souffrances, nos fureurs, nos dégoûts, sont en ce moment à leur comble. Mais jamais ne furent plus claires nos raisons de croire au salut et à la vengeance.
Ce jour de Noël 1942, l'ennemi recule sur tous les champs de bataille. Il étale sous nos yeux les signes évidents du début de sa décadence. En même temps, le peuple français achève au fond de son cachot le rassemblement national, longtemps retardé par le mensonge et la trahison. Et voici que de grands territoires français et d'importants moyens militaires viennent d'être mis en mesure de reprendre à leur tour le combat, comme avaient pu le faire, déjà, une vaste partie de l'Empire et des forces françaises éprouvées.
Ce jour de Noël 1942, la nation compte que l'esprit de la libération achèvera vite de chasser partout, dans l'Empire comme dans la Métropole, les derniers relents de l'attentisme et les ultimes symboles de la capitulation. Elle compte que ses terres d'outre-mer vont s'assembler pour faire la guerre dans sa seule souveraineté et sous les seules lois qu'elle s'est elle-même données. Elle compte que ses forces, de terre, de mer et de l'air, d'où qu'elles viennent et quelles qu'elles soient, vont confondre leurs efforts pour son seul service et sous son seul drapeau.
Ce jour de Noël 1942, la patrie porte son amour, sa fierté, son espoir, sur tous ses fils qui luttent pour sa vie. Aujourd'hui, ceux qui, sur son sol, tiennent en échec héroïquement l'ennemi commun, ceux qui, dans la bataille d' Mrique, en Libye et en Tunisie, frappent l'ennemi de leurs armes, ceux qui attaquent l'ennemi sur toutes les mers et dans tous les ciels, entendent le même sanglot et le même appel de la France.
Ce jour de Noël 1942, la France adresse à tous ses alliés son salut et son témoignage de fidélité. Elle sait qu'ils luttent comme ellemême, non point pour la domination, mais au contraire pour la liberté. Elle sait que la race des hommes ne nourrit point d'autre espérance et n'admet point d'autre victoire que celle d'un profond et fraternel renouveau. Elle sait que son propre génie, ranimé par la plus terrible épreuve de son Histoire, aura dans un monde renouvelé une part éminente et radieuse.
Ce jour de Noël 1942, la France voit, à l'horizon, réapparaître son étoile
Cliquez 2 fois pour remonter
28 Décembre 1942
Le 24 décembre,L' Amiral Darlan est exéuté à Alger!. Le l6 décembre, le Général Giraud est nommé, par le 1e Conseil de l' Empire. réuni à Alger, Haut-Commissaire et Commandant en chef en Afrique française du Nord.
Le 25, le Général de Gaulle a envoyé un message au Général Giraud lui proposant une rencontre immédiate dans le but d'étudier entre Français et en terre française par quels moyens peut être établi un pouvoir central français.
La République française a toujours voulu gagner cette guerre aux côtés de ses alliés, pour la liberté et la sécurité de l'Europe et du monde. Le dernier Gouvernement républicain, auquel j'avais l'honneur d'appartenir, entendait donc maintenir dans la lutte les moyens qui restaient à la France après la défaite militaire dans la Métropole, c'est-à-dire son Empire, sa flotte, sa marine marchande, son trésor, son influence morale et, par-dessus tout, l'âme du peuple envahi, en attendant qu'il fût possible à la nation tout entière de se remettre debout pour chasser et châtier l'ennemi.
Le défaitisme de certains dirigeants, les intrigues de la trahison, les conspirations des adversaires de la souveraineté du peuple, profitant du désarroi produit par le désastre et abusant de la discipline des armées et des administrations, ont pu réussir momentanément à imposer à la France, d'abord la capitulation et, ensuite, un régime de dictature et d'usurpation. Mais il n'y avait là rien qu'une sorte d'épisode qui, pour effroyable qu'il fût, ne changeait pas la volonté nationale telle qu'elle s'était exprimée aussi longtemps qu'elle était libre. C'est à cette volonté seule que les Français se devaient et se doivent d'obéir.
Telle est la raison et telle est l'inspiration de l'attitude adoptée dès le 18 juin 1940 par un grand nombre de citoyens français à l'intérieur et au-dehors du pays. On sait aujourd'hui que la masse immense de la nation les approuve et les soutient. Le Comité National, formé pour assurer la direction de l'effort français et représenter provisoirement les intérêts généraux de la France, a pu rassembler peu à peu une grande partie de l'Empire et des forces militaires importantes, recueillir l'adhésion et assurer la direction des organisations de résistance sur notre territoire. Il a pu également obtenir d'un grand nombre de Puissances étrangères des engagements au sujet de l'intégrité, de l'indépendance et de la grandeur de la France. Ainsi la France n'est, ni en fait ni en droit, jamais sortie de la guerre. En outre, il s'est créé dans la nation et dans le monde une sorte de mystique de la libération française qui est un élément capital pour le présent et pour l'avenir de l'unité et de la grandeur du pays.
Cependant, le cours des événements militaires a amené les armées alliées, puis les forces ennemies, en Mrique du Nord française. Une bataille s'est engagée en Tunisie. Un chef militaire français renommé, le Général Giraud, dont, je puis en témoigner, le Gouvernement de la République déplorait aux pires moments de la bataille de France qu'il ne pût être nommé Généralissime puisqu'il était tombé aux mains de l'ennemi, a commencé d'entraîner au combat une partie des troupes d'Afrique du Nord. Déjà, ces troupes ont obtenu des succès glorieux et qui vont s'accroissant. Leurs camarades qui, sur terre, sur mer et dans les airs, ont pu reprendre le combat à des dates antérieures sur d'autres théâtres d'opérations, acclament leur concours et leur gloire et souhaitent que tous ceux qui portent les armes de la France se confondent, comme il se doit, dans une seule armée, dans une seule marine, dans une seule aviation françaises.
D'autre part, dans les territoires de l'Afrique du Nord et de l'Afrique Occidentale française, le régime usurpé et l'esprit de Vichy ont été, du fait des événements, profondément ébranlés. Il apparaît qu'en dépit d'une propagande acharnée de deux ans et demi et des mesures de répression si longtemps appliquées, le plus pur souffle national reprend, là comme ailleurs, tous ses droits. Il apparaît que l'union de tout l'Empire dans la guerre n'est plus seulement
désirée et désirable mais peut être bientôt réalisable dans des conditions conformes à la volonté et à la dignité du peuple français.
Mais, ce qui a été fait déjà, ce qui est fait aujourd'hui, ce qui sera fait demain par la nation française, pour le triomphe de la cause commune à toutes les Nations Unies, implique que son effort total soit uni et dirigé, que la souveraineté française soit gérée, que les lois françaises soient appliquées, que les droits et intérêts de la France soient représentés, comme l'ont toujours été et comme le sont toujours par le sang et les douleurs de la nation, son honneur, son âme et sa puissance. Un pouvoir provisoire élargi, groupant toutes les forces françaises à l'intérieur et à l'extérieur du pays et tous les territoires français qui sont susceptibles de lutter pour la libération, est nécessaire à l'indépendance et à l'unité nationales, jusqu'à ce que la nation elle-même ait pu faire connaître ses souveraines volontés.
Les Français n'ont qu'une seule patrie. Il s'agit de faire en sorte qu'ils ne livrent qu'un seul combat.
La France est et restera une et indivisible.
Cliquez 2 fois pour remonter



