Déclaration faite à Londres le 2 Janvier 1943
Discours prononcé à la radio de Londres le 13 janvier 1943

2 Janvier 1943

Déclaration faite à Londres

Aux messages réitérés adressés par le Général de Gaulle au Général Giraud et. lui proposant une rencontre immédiate en terre française et entre Français, le Général Giraud a répondu évasivement

La confusion intérieure ne cesse de s'accroître en Amérique du Nord et en Amérique Occidentale française.

La raison de cette confusion est que l'autorité française n'y a point de base après l'écroulement de Vichy, puisque la grande force nationale d'ardeur, de cohésion et d'expérience, que constitue la France Combattante et qui a déjà remis dans la guerre et dans la République une grande partie de l'Empire, n'est pas représentée officiellement dans ces territoires français.

Les conséquences de cette confusion sont : d'abord, une situation gênante dans le présent et dans l'avenir pour les opérations des armées alIiées ; ensuite, le fait que la France se trouve privée, au moment décisif, de cet-atout puissant que serait l'union pour la guerre de son vaste Empire, en liaison avec la résistance dans la Métropole; enfin, et peut-être surtout, la stupeur du peuple français, bouleversé dans sa misère par le sort étrange qui est fait à la partie de son Empire la plus récemment libérée.

Le remède à cette situation, c'est l'établissement, en Amérique du Nord et en Amérique Occidentale française, comme dans tous les territoires français d'outre-mer, d'un pouvoir central provisoire et élargi, ayant pour fonde-ment l'union nationale, pour inspiration l'esprit de guerre et de libération, pour lois les lois de la République, jusqu'à ce que la nation ait fait connaître sa volonté.

Telle est la tradition de la démocratie française. C'est ainsi qu'en 1870, après la chute de l'Empire, les hommes de la Défense Nationale prirent provisoirement le pouvoir, au nom de la République, pour diriger l'effort de la nation dans la guerre.

Le 25 décembre, d'accord avec le Comité National et avec le Conseil de Défense de l'Empire, j'ai proposé au Général Giraud de me rencontrer immédiatement en territoire français pour étudier les moyens d'atteindre ce but. Je crois, en effet, que la situation de la France et la situation générale de la guerre ne permettent aucun retard.

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13 Janvier 1943

Discours prononcé à la radio de Londres

Le Général Leclerc vient d’achever la conquête du Fezzan italien et, le 13 janvier, il effectue sa liaison avec la 8 e armée britannique.

Sur le front français de la Libye du Sud, les troupes françaises du Tchad, appuyées par l'aviation française, viennent, en un mois de campagne, sur un terrain et sous un climat qui sont les plus durs du globe, d'achever pour la France la conquête du Fezzan italien.

Ainsi, parties du centre de l' Amérique, ces troupes se trouvent-elles en mesure de participer aux chocs décisifs sur les rivages de la Méditerranée.

La France est et demeurera assez riche de gloire pour qu'en évoquant ces événements, nous nous gardions des dithyrambes. Pour exprimer ce que fut, militairement parlant, l'épopée du Général Leclerc et de ses compagnons, nous dirons simplement qu'elle constitue un exploit qui ne le cède en rien aux plus beaux de notre grande Histoire.

Mais, peut-être, l'effort de ces bons soldats a-t-il quelque peu consolé la misère de la France. Oui, les longues et dures épreuves d'une rigoureuse préparation sous le ciel équatorial, les mortelles fatigues des colonnes lancées dans des déserts de pierre ou de sable à 1 000 kilomètres des bases, les vols épuisants des escadrilles, les combats sanglants menés contre les postes fortifiés, les troupes de manœuvre et les avions de l'ennemi, tous les hommes purs et forts qui en ont porté le poids, depuis leur jeune et glorieux Général jusqu'au plus obscur soldat, en ont fait un humble don, offert de toute leur ferveur à la douleur et à la fierté de la France.

Avec la victoire de nos troupes du Tchad, l'ennemi a vu s'élever, une fois de plus, cette flamme de la guerre française, qu'il avait cru éteinte dans le désastre et la trahison, mais qui, pas un seul jour, ne cessa de brûler et de grandir sous le souffle de ceux qui ne désespéraientn pas. C'est la même flamme, animée par le même souffle, qui a, peu à peu, embrasé des millions et des millions de Français et de Françaises, inspirés désormais par une seule ardeur, un seul dégoût, une seule fureur. C'est la même flamme, animée par le même souffle, qui, maintenant, porte au même combat nos braves troupes en Tunisie. C'est la même flamme, animée par le même souffle, qui s'élèvera quelque jour de toute la terre de France, en même temps que de tout le sol de l'Europe crucifiée, pour y consommer la vengeance nationale et le triomphe de la patrie.

Le morceau du monde, qui mène à nos côtés avec tant de courage et au prix de tant de sacrifices la grande guerre de libération, sans avoir connu, cependant, ni l'invasion, ni l'oppression, ni la misère, ni la faim, peut voir dans la victoire de nos troupes du Tchad un des signes avant-coureurs de cette France nouvelle, de cette France dure et fière qui se bâtit dans l'épreuve. Ce morceau du monde peut apercevoir l'abîme qui se creuse entre la nation transformée et la vieille façade convenue des chamarrures et des panaches.

Ce morceau du monde peut comprendre qu'il serait absurde de chercher le cœur et l'âme de la France sous le système des croulantes hiérarchies et des sordides combinaisons. Ce morceau du monde peut sentir que la stricte justice et la simple sagesse commandent que soit ménagé l'honneur du grand peuple que nous sommes.

Mais les masses humaines qui luttent d'un bout à l'autre de la terre ont reconnu dans les soldats français du Tchad une partie de leur immense et fraternelle armée, dans le succès de ses soldats une modeste étape vers la victoire commune, dans l'idéal de ces soldats reflet de l'idéal qui rassemble aujourd'hui ; les hommes de bonne volonté. Car, si les Français n'ont à livrer qu'un seul combat pour une seule patrie, ainsi les Nations Unies ne doivent faire qu'une seule guerre pour une seule cause.

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