Toutes les religions enseignent aussi que l'important est de savoir interpréter la Parole de Dieu. Cette "interprétation" confine parfois à l'ignominie. Un autre livre de notre troisième millénaire, La Bible de Jérusalem, précise dans sa version annotée que ce qui rend exemplaire le massacre des Cananéens par Josué c'est la totale obéissance à Dieu dans l'exécution du crime. Cette obéissance est présentée comme égale à celle de Jésus qui, plus d'un millénaire plus tard, donnera sa propre vie pour un monde où l'amour serait universel.  (**)  

Cette conception selon laquelle c'est l'obéissance à la supposée volonté de Dieu qui est importante, et non pas le contenu de cette volonté, a réussi à traverser jusqu'à nous des siècles de folle théologie, bien intentionnée ou pas. Même les philosophes indépendants, ceux qui ne sont pas fanatisés par une religion, ont fini par adopter  durablement l'attitude religieusement correcte : on n'embête pas les institutions religieuses avec de telles aberrations, ça ne se fait pas, le religieux est un domaine particulier qui a ses propres lois, on ne doit pas toucher à ce privilège acquis, même quand il est manifestement criminogène. 

Par exemple, chaque fois qu'après un massacre revendiqué par des islamistes Benoît XVI affirmera haut et fort qu' "on ne peut pas commettre des crimes en se réclamant de Dieu", ni les théologiens en malaise (plus honnêtes et plus humains que le pape), ni les philosophes ni les journalistes dominant les médias ne relèveront la flagrante hypocrisie papale que constitue la belle affirmation pacifiante quand, dans le même temps, Benoît XVI continue d'enseigner que Dieu a bien commandé les pires massacres qui lui sont attribués dans l'Ancien Testament. (***) 

L'une des raisons pour lesquelles on n'embête pas les institutions judéo-chrétiennes avec leur théologie criminogène c'est qu'il y a, depuis 14 siècles, une théologie nettement pire encore. Toutes les composantes du judéo-christianisme affirment que Dieu ne commande plus les maltraitances et les meurtres. Leur responsabilité dans les crimes religieux effectivement commis de nos jours est alors devenue seulement partielle et indirecte. Il n'en est pas de même de la responsabilité de l'islam. Son prophète Mohamed a repris chez ses prédécesseurs leur conception violente de Dieu mais il a affirmé que, dans la seule religion désormais valable, la sienne, Dieu continuait et continuerait d'exiger des violences tant que sa domination ne serait pas établie sur la terre entière. 

Cette trouvaille du nouveau prophète (qui par ailleurs, à l'opposé de l'admirable Jésus, fut dans sa vie personnelle un contre-exemple en humanité) changea toute la suite de la terrible histoire religieuse et, aujourd'hui, c'est très logiquement au nom de l'islam que l'on maltraite - tout particulièrement les femmes - et que l'on tue en proclamant la grandeur du Dieu coranique supposé avoir commandé les tueries.  

La réalité cependant est plus subtile. Le "bon" meurtre n'est pas présenté dans le Coran comme la meilleure manière de faire progresser l'unique "bonne" religion. Si on peut atteindre son objectif totalitaire "en douceur" ce sera beaucoup mieux. Et c'est à cela que se consacrent prioritairement les intégristes musulmans d'aujourd'hui dans les pays qui ont une tradition démocratique bien ancrée, un fort attachement à la laïcité républicaine et aux droits humains, une ferme conviction de l'égalité entre les femmes et les hommes, une ferme volonté de préserver, pour les unes et pour les autres, la liberté de conscience et d'expression.  

Grignoter tous ces acquis en les déformant délibérément, en introduisant partout le doute et la confusion sur leur sens réel, en violant la loi chaque fois qu'on peut la remplacer par la loi islamique mais seulement dans les faits, et très prudemment, très progressivement, afin qu'une petite minorité seulement s'en aperçoive et s'en indigne dans l'indifférence quasi-générale, telle est la méthode actuellement employée en France et en Europe.

J'allais oublier : à chaque petit pas vers le gouffre où sombre le pays d'avant, veiller à trouver de la complaisance, ou pire, d'une part chez les croyants des autres religions, d'autre part auprès des politiciens au pouvoir ou dans l'opposition. La complaisance est facilement trouvée chez les premiers, honteux de leur propre croyance en la violence de Dieu (mais toujours respectueux des mauvais bergers qui la leur confirment). Elle est aussi très logiquement trouvée chez le Président de la République pour qui "dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur".

(*) Catéchisme de l'Eglise catholique (éd. Centurion / Cerf / Fleurus-Mame 1998), passages 105, 106, 107 et autres

(**) Bible de Jérusalem (Fleurus / Cerf 2001), notes en marge du Livre de Josué 11,9,17;  24,2 et autres

(***) En 2006 j'ai fait les 9 propositions suivantes "pour sortir de la violence religieuse". Il me paraît désormais nécessaire de préciser qu'il s'agit aussi "d'en finir avec l'hypocrite attitude des institutions religieuses du monothéisme face aux violences qui découlent de leur enseignement" :

1/ La violence religieuse effective est toujours à la fois épouvantable et banale puisque les religions continuent d'enseigner que Dieu la commande ou l'a commandée

2/ Ce sont les institutions religieuses qui continuent de croire fondamental de maintenir intégralement sacrés leurs textes contenant les bases de la violence religieuse

3/ La nécessaire désacralisation de la violence religieuse suppose une radicale révision, par les institutions religieuses, de leur propre interprétation de leurs propres textes sacrés

4/ Le maintien de la conception criminogène de Dieu, jadis sacralisée, et celui de la théologie criminogène qui la dogmatise ne sont nullement fatals

5/ La paix et la protection des Droits de la personne humaine sont impossibles sans le rejet de la théologie criminogène

6/ Les sociétés défendant les Droits humains doivent exiger des institutions religieuses qu'elles rejettent officiellement et sans ambiguïté la théologie criminogène

7/ Le combat pour la désacralisation  de la conception criminogène de Dieu n'est pas un combat contre le tout des religions

8/ Le choc des conceptions (pacifiste et criminogène) au sein des religions est le plus sûr moyen d'éviter le choc des civilisations

9/ C'est en exigeant d'abord la désacralisation de la violence dans leur propre religion que les croyants pourront entraîner les pacifistes des autres religions dans la même exigence.


à suivre : II / Le triomphe assuré par la lâcheté politico-philosophique.