Les caisses de la Grande Mosquée de Marseille sont vides
Par Roger Heurtebise le vendredi 12 mars 2010, 08:05 - Décryptage - Lien permanent
Abderrahmane Ghoul, le président du Conseil Régional du Culte Musulman, est bien obligé de faire un dur constat : il n’y a pas un sou en caisse pour débuter les travaux de cette future Grande Mosquée pharaonique à Marseille, dont le coût est déjà estimé à 22 millions d'euros (plus du double des 9 millions prévus il y a deux ans).Du côté des collectes parmi les musulmans de Marseille ou via Internet, c’est un flop total ; sans doute dû à la crise économique, qui frappe particulièrement les Bouches-du-Rhône. Et puis dans les différentes communautés musulmanes de la ville, il n’y a pas un grand enthousiasme pour ce projet qui risque de stigmatiser davantage l’islam : « on va encore être montré du doigt ! »
D’autant plus que les opposants à la Grande Mosquée reprennent du poil de la bête : les militants du Front National tout comme ceux de la Ligue du Sud sont surpris par l’écoute favorable de leurs thèses « islamophobes » par les Marseillais, même si ceux-ci sont loin d’adhérer aux autres points des programmes de ces deux formations.
Les responsables musulmans du projet se tournent donc vers les pays islamiques… ce qui est en contradiction avec l’image d’un « islam de France » qu’ils voudraient donner à leur CRCM et à leur Grande Mosquée. Leur tournée des popotes méditerranéennes et orientales a ramené quelques promesses de dons, mais pas encore de dons proprement dits.
Le seul versement conséquent et réel est celui du gouvernement algérien qui a donné en 2008 près de 200.000 euros via son consulat local. Hélas l’intégralité de cette somme a été engloutie dans les études préalables et les dossiers administratifs… et aussi dans les frais de démarchage d’hypothétiques mécènes.
L’Arabie Saoudite se dit bien prête à payer la totalité de la note, mais cette générosité intéressée se heurte à deux handicaps. D’une part le règlement de la Grande Mosquée s'oppose à ce qu’un seul Etat finance plus de 25% du montant total, afin qu’aucun Etat n’ait la mainmise sur cette mosquée. D’autre part les autorités municipales voient d’un mauvais œil le financement saoudien, provenant d’un pays jugé trop « intégriste ».
Il faudra donc recourir à des emprunts. Cependant, là encore, les difficultés s’amoncellent. Pour prêter, les banques demandent que le dossier financier soit bouclé, et exigent un quart ou un tiers de fonds propres. Il y aurait la possibilité que la municipalité de Marseille garantisse les emprunts, comme cela a été le cas dans d’autres communes bien peu laïques. Mais les élus, déjà échaudés par la réticence populaire au projet, ne souhaitent guère prendre ce risque énorme sur le plan financier alors que la Mairie est très endettée, sans compter le risque électoral que cette garantie représenterait pour eux !
Abderrahmane Ghoul songe à réduire les voiles en sacrifiant… le fameux minaret de 25 mètres qui devait appeler aux cinq prières quotidiennes par un phare lumineux. Il ferait ainsi d’une pierre deux coups : abaisser la note des travaux, et se débarrasser discrètement d’un élément architectural ostentatoire victime de nombreuses objections et critiques.
Un autre élément pourtant indispensable risque de passer à la trappe : un parking conséquent. Le projet avait de toute façon fait l’impasse sur le stationnement, ne prévoyant que 250 places en sous-sol alors que le quartier de Saint-Louis est déjà bien encombré. De quoi mécontenter encore plus les riverains.
La pose de la première pierre de la Grande Mosquée de Marseille, initialement prévue le 21 avril 2010, est reportée au 20 mai, en présence de tout le gratin local et des autorités musulmanes (dont les islamistes de l’UOIF et du Tabligh, parties prenantes au projet). Mais sans un sou en caisse, cette sauterie islamo-UMPS risque fort d’avoir un goût amer ou… d’être ajournée aux calendes grecques.
L’inauguration et la première prière restent prévues pour novembre 2011, à l’occasion de l’Aïd-el-Kébir. Malgré l’opposition populaire grandissante et l’absence cruelle de financements.
Les responsables musulmans du projet se tournent donc vers les pays islamiques… ce qui est en contradiction avec l’image d’un « islam de France » qu’ils voudraient donner à leur CRCM et à leur Grande Mosquée. Leur tournée des popotes méditerranéennes et orientales a ramené quelques promesses de dons, mais pas encore de dons proprement dits.
Le seul versement conséquent et réel est celui du gouvernement algérien qui a donné en 2008 près de 200.000 euros via son consulat local. Hélas l’intégralité de cette somme a été engloutie dans les études préalables et les dossiers administratifs… et aussi dans les frais de démarchage d’hypothétiques mécènes.
L’Arabie Saoudite se dit bien prête à payer la totalité de la note, mais cette générosité intéressée se heurte à deux handicaps. D’une part le règlement de la Grande Mosquée s'oppose à ce qu’un seul Etat finance plus de 25% du montant total, afin qu’aucun Etat n’ait la mainmise sur cette mosquée. D’autre part les autorités municipales voient d’un mauvais œil le financement saoudien, provenant d’un pays jugé trop « intégriste ».
Il faudra donc recourir à des emprunts. Cependant, là encore, les difficultés s’amoncellent. Pour prêter, les banques demandent que le dossier financier soit bouclé, et exigent un quart ou un tiers de fonds propres. Il y aurait la possibilité que la municipalité de Marseille garantisse les emprunts, comme cela a été le cas dans d’autres communes bien peu laïques. Mais les élus, déjà échaudés par la réticence populaire au projet, ne souhaitent guère prendre ce risque énorme sur le plan financier alors que la Mairie est très endettée, sans compter le risque électoral que cette garantie représenterait pour eux !
Abderrahmane Ghoul songe à réduire les voiles en sacrifiant… le fameux minaret de 25 mètres qui devait appeler aux cinq prières quotidiennes par un phare lumineux. Il ferait ainsi d’une pierre deux coups : abaisser la note des travaux, et se débarrasser discrètement d’un élément architectural ostentatoire victime de nombreuses objections et critiques.
Un autre élément pourtant indispensable risque de passer à la trappe : un parking conséquent. Le projet avait de toute façon fait l’impasse sur le stationnement, ne prévoyant que 250 places en sous-sol alors que le quartier de Saint-Louis est déjà bien encombré. De quoi mécontenter encore plus les riverains.
La pose de la première pierre de la Grande Mosquée de Marseille, initialement prévue le 21 avril 2010, est reportée au 20 mai, en présence de tout le gratin local et des autorités musulmanes (dont les islamistes de l’UOIF et du Tabligh, parties prenantes au projet). Mais sans un sou en caisse, cette sauterie islamo-UMPS risque fort d’avoir un goût amer ou… d’être ajournée aux calendes grecques.
L’inauguration et la première prière restent prévues pour novembre 2011, à l’occasion de l’Aïd-el-Kébir. Malgré l’opposition populaire grandissante et l’absence cruelle de financements.




Commentaires
C'est vraiment dommage ce qu'il leur arrive. C'est vrai quoi, une ville française sans grande mosquée, c'est pas bien normal.
J’en profite pour ajouter un détail. Si les quêtes dans la soixantaine de petites mosquées marseillaises ne marche pas, c’est aussi parce que les imams qui les gèrent n’y mettent aucun zèle. Ils n’ont pas envie que leurs ouailles les quittent pour aller à la Grande Mosquée, et ils ne veulent pas mettre en péril les oboles qui constituent une grande partie de leurs revenus.
J'ai lu ailleurs des commentaires selon lesquels les musulmans seraient incapable de monter un projet financier. C'est à mon avis une erreur d'appréciation. Les musulmans sont des capitalistes dans l’âme et savent très bien gérer leurs deniers… personnels. Donc il y a un côté un peu pingre dans la résistance à payer. Mais c’est surtout un problème de culture : du moment que c’est à but religieux, la providence et le « inch’allah » reprennent le dessus, et il y a une croyance aveugle en Allah qui aidera « forcément » les musulmans à lui rendre le culte.
De mémoire (il faut que je retrouve mes archives), le premier projet de Grande Mosquée à Marseille date de 1910 (ou même du 19ème siècle selon certaines sources). Il y a eu, depuis, des projets récurrents, qui se sont tous cassés la figure sur les mêmes handicaps : la « fitna » entre les différentes communautés musulmanes, la méfiance par rapport au caporalisme des autorités françaises (et Gaudin n’échappe pas à la règle), et surtout… le manque de sous.
Mon sentiment est que ce projet va avorter, et que cela ne sera pas forcément désagréable pour les élus marseillais qui sentent que le vent tourne et que la peur change de camp.
Pfff, tout cette argent dans une mosqué. Alors qu'avec cette somme la on peut en construire des dizaines et des dizaines. La mosqué que je fréquente dans le val de marne a couté 500 mille euro....
Vraiment pour moi c'est du n'importe quoi toute cette argent dans 1 seul mosqué.
C'est vraiement regrétable qu'il manque de moyens financiers pour cette mosquée ;certains parti de gauche favorables a l 'émigration & solidaires des sans papier pourait mettre la main a la poche
Que les adeptes d'une religion ou institution sectaire veuillent financer intégralement l'acquisition des emplacements et la construction de leurs établissements de culte, je n'y vois rien à redire, à condition que ces cultes respectent d'abord les institutions, les lois, les droits et les devoirs en vigueur dans ce pays et n'imposent pas aux autres citoyens de contribuer à ces financements "à l'insu de leur plein gré"...Dans notre pays, la Laïcité "à la française"est encore le meilleur garant de la tolérance et de la paix. C.A.
@Abdallah
Vous opposez l'argent nécessaire à des mosquées pharaoniques à l'usage qui pourrait en être utilisé pour construire de petites mosquées de quartier.
C'est un dilemme que toutes les religions ont connu. Avez-vu visité Cluny en Bourgogne et ses ruines d'une église absolument gigantesque, dont aucune construction chrétienne française n'égale les dimensions ?
Il y a là deux objectifs contradictoires. Permettre aux croyants de pratiquer leur culte près de chez eux, et affirmer une visibilité pharaonique de telle ou telle religion.
C'est d'ailleurs l'objet de la mosquée "Hassan II" de Casablanca : elle est magnifique... et vide ! Il y a davantage de touristes étrangers pour la visiter que de musulmans marocains pour y prier. Et l'Algérie se prépare à faire la même erreur, en lançant un appel d'offres pour une mosquée monumentale près d'Alger.