Discours de Gaulle, Mars 1943
Par Eric de Roche le jeudi 18 mars 2010, 08:14 - Culture - Lien permanent
1er Février 1943: Une ordonnance du Général Giraud abroge en Algérie la législation de Vichy et rétablit la légalité républicaine .20 Février 1943: Offensive en Tunisie de la ge Armée britannique, à laquelle a été incorporée la colonne de Leclerc.
30 Février 1943: Jean Moulin se rend de Londres à Paris, porteur des instructions du Général de Gaulle pour la constitution du Conseil National de la Résistance.
Déclaration faite à Londres le 14 Mars 1943
Messages aux musulmans de l'Afrique française le 18 Mars 1943
Discours prononé à la radio de Londres le 26 Mars 1943
Message adréssé aux USA à l'occasion du 14éme anniversaire de la mort du Maréchal Foch le 27 Mars 1943
12 Mars 1943
La guerre atteint son paroxysme. La nation française, que l'ennemi s'acharne à vider de sa substance par la déportation, le pillage, les fusillades, tâche de garder et d'organiser ses forces vives pour les suprêmes efforts de demain. C'est avec angoisse qu'elle interroge l'horizon d'où devraient venir les secours. C'est avec anxiété qu'elle regarde vers son Empire.Oui ! vers son Empire, qui contient assez de forces et de ressources pour assurer à la France - je dis bien à la France - dans le jeu terrible qui se joue, un atout capital, pourvu qu'il soit rassemblé et qu'il le soit pour les buts mêmes qui sont la foi et l'espérance de la patrie, je veux dire le combat et la liberté.
Et c'est pourquoi tant d'hommes qui, chez nous, se tordent les bras parce qu'ils n'ont pas d'armes pour en frapper l'ennemi, tant de femmes qui refoulent leurs larmes pour que l'ennemi ne puisse les voir pleurer, tant d'enfants qui ont faim et ne le disent pas afin de cacher à l'ennemi qu'ils sont souffrants et malheureux, se demandent comment il se fait que, là-bas, par-delà les mers, l'Empire ne s'unisse pas encore ? Tous et toutes attendent, comme un espoir auquel ils ont droit, la nouvelle du rassemblement de ces vastes territoires dans le même esprit de lutte et de libération qui fait frissonner aujourd'hui la France entière dans ses chaînes.
Ah ! certes, la nation ne sait que trop bien quelles divisions ont été jetées par la propagande et les persécutions de Vichy entre les' Français de cette partie de l'Empire, qui n'avait pu, jusqu'en novembre dernier, être soustraite au régime de la capitulation. La nation n'ignore pas davantage quelles suites ont pu laisser, dans beaucoup d'âmes, les combats imposés naguère par l'ennemi et par ses collaborateurs contre les alliés de la France. Mais la nation, en péril de mort, exige aujourd'hui que tout cela soit balayé. Elle exige que tous ses territoires aussi bien que tous ses enfants qui sont affranchis de l'ennemi, ceux qui n'ont jamais cessé la lutte et ceux qui sont maintenant en mesure de la reprendre, s'assemblent pour combattre, comme elle-même est assemblée pour résister et pour espérer. La nation exige, enfin, que l'ensemble de cet effort soit concentré et dirigé par un organisme unique, dans lequel elle puisse reconnaître sa volonté et sa dignité et dont elle sache n'avoir rien à craindre pour l'avenir de ses droits souverains.
La France Combattante, aujourd'hui comme hier, veut réaliser cette union. Ses chefs, aujourd'hui comme hier, sont prêts à en étudier, entre Français, objectivement et libéralement, les bases et les modalités. Mais l'heure presse. La France attend !
Cliquez 2 fois pour haut de page
14 Mars 1943
Le I4 mars, à Alger, le Général Giraud a fait des déclarations satisfaisantes quant à la souveraineté française, au respect des lois de la République et à la condamnation de Vichy.Nous constatons avec satisfaction que ces déclarations marquent, à beaucoup d'égards, un grand progrès vers la doctrine de la France Combattante, telle qu'elle fut définie et soutenue depuis juin 1940, et telle qu'elle a été de nouveau exprimée par le mémorandum du Comité National le 23 février dernier. Les innombrables témoignages qui nous sont venus de France prouvent que cette doctrine est passionnément approuvée par l'immense majorité de la nation opprimée. Le Comité National espère, maintenant, voir les déclarations du Général Giraud s'appliquer rapidement dans les faits, à Alger, à Casablanca et à Dakar.
En tout cas, je répète aujourd'hui, comme nous l'avons maintes fois affirmé depuis le 25 décembre dernier, que nous sommes prêts à étudier sur place, entre Français, les conditions et les modalités de l'union effective de l'Empire, si impérieusement commandée par l'intérêt de la France et de la guerre
Cliquez 2 fois pour haut de page
18 Mars 1943
A l'occasion de la fête du Mouloud, le Général de Gaulle adresse aux Musulmans de l'Afrique du Nord le message sujvant, qui est radiodiffusé en arabe littéraire et en dialecte maghrebin.Musulmans de l'Afrique du Nord française!
La Fête du Mouloud se place cette année sous le signe de l'espérance.
Cette fête bénie ouvre la voie à l'union de tous les Français, sans distinction de races ni de religions. Dans cette marche à la victoire, les Musulmans de l'Afrique française ont leur grand rôle à jouer. Leur constante et affectueuse fidélité est pour la France le plus sûr garant que les populations musulmanes de l'Afrique française seront à la hauteur de leur devoir envers la patrie, envers la grande France d'hier et de toujours.
Aujourd'hui, comme hier, nous sommes certains de la victoire de la France et de ses alliés.
Depuis novembre dernier, vous avez des raisons plus directes de certitude en cette victoire.
La France nouvelle qui en sortira sera digne des traditions de la France que vous connaissez et que vous aimez.
Elle saura, à ce moment, récompenser tous ceux de ses fils qui n'auront jamais désespéré de sa grandeur.
Au nom de la France Combattante, je forme les vœux les plus sincères pour que ce Mouloud béni vous apporte le bonheur, comme je suis convaincu qu'il apportera la victoire à notre France traditionnellement unie à l'islam.
Cliquez 2 fois pour haut de page
26 Mars 1943
Le 17 mars, le Comité National Français a délégué à Alger le Général Catroux pour préparer avec le Général Giraud et entre Français l'accord indispensable.Le mouvement général des esprits en Afrique du Nord et l'attitude prise en France par les organisations de Résistance et par l'opinion publique vont imposer cet accord dans des conditions compatibles avec la souveraineté française et l'unité morale de la nation.
La guerre aggrave chaque jour les épreuves de la France. Jamais, depuis plus de cinq siècles, la patrie n'a tant souffert jamais non plus elle n'a tant espéré.
Nos malheurs ont eu, c'est entendu! bien des causes lointaines ou immédiates. Ces causes sont souvent imputables aux Français; parfois, elles le furent à d'autres. Plus tard, la justice et, plus tard encore, l'Histoire, auront à les éclaircir.
Mais, aujourd'hui, il faut se lever, il faut lutter, il faut vaincre. Rien ne compte excepté ceci: rassemblons-nous! ou bien, à l'ennemi qui nous écrase et au monde qui nous regarde, nous n'aurons plus à montrer que l'agonie d'une grande nation. Or, pour assurer son salut, la France a des moyens, des moyens qui appartiennent à elle-même et à elle seule : la résistance de son peuple et les ressources d'un vaste Empire.
Ah ! je le sais. Du drame atroce que nous traversons tous ensemble, sont sortis, parmi les Français, des divisions passionnées et même, parfois, des heurts fratricides. Hélas ! une fois de plus, nos malheurs dans la guerre étrangère se sont accompagnés de luttes intestines. La Guerre de Cent Ans, les guerres de Religion, les guerres de la Révolution, avaient, elles aussi, porté cette marque détestable. Mais, l'unité nationale, dont ne se sépare pas l'unité impériale, est, cette fois encore, l'unique salut et la suprême loi.
Des Français, des territoires français, ont pu faire que le combat n'a, depuis le 3 septembre 1939, jamais cessé pour la France. Ce qu'ils ont fait, ils l'ont fait sans autre but que la victoire, la grandeur, la liberté de la patrie. Ils ont l'honneur d'être l'inspiration qui a ranimé le pays. Quand, un jour, seront connus les obstacles qu'il leur fallut surmonter, les difficultés qu'ils durent vaincre, les douleurs qu'ils eurent à souffrir, la nation dira s'ils furent dignes d'elle. Je jure, en tout cas, oui, je jure qu'ils n'ont jamais rien cédé du patrimoine, ni de l'indépendance, ni de la dignité de la France.
D'autres Français, d'autres territoires français, ont recouvré, à leur tour, la possibilité de se dresser contre l'ennemi. Ces Français ont pareils aux autres ; ces territoires, comme les autres, sont à la France et à elle seule. Il y a, d'Alger à Tananarive, de Dakar à Djibouti, de Nouméa à Fort-de-France, de quoi refaire une puissance française dure à l'ennemi et compacte devant l'étranger, en attendant que le peuple enchaîné puisse se lever à son tour.
J'irai très prochainement en Afrique du Nord Au nom de tous ceux qui, dans notre peuple, ont publiquement ou secrètement attaché leur âme à la France Combattante, et pénétré des graves devoirs que cette confiance m'a imposés, j'y verrai, en Français, les autres Français; j'y verrai les populations indigènes qui, fidèlement, lièrent leur sort au nôtre. Tout d'abord, j'y verrai le Général Giraud, grand soldat et noble figure. Tous ensemble, loyalement, amicalement, nous chercherons et nous trouverons les moyens de faire en sorte que l'Empire français ne soit qu'un Empire, que la force française ne soit qu'une force, que la voix des Français qui luttent ne soit dans le monde qu'une voix, par-dessus tout, que cet Empire, cette force et cette voix, soient tels que le veut la nation.
Voici venue l'une des plus grandes heures de notre longue et dure Histoire. Qu'elle s'élève, la flamme des aïeux, qui toujours, au bord des abîmes, a ranimé notre race! Qu'elle dévore ce qui peut rester de nos doutes et de nos rancœurs! Qu'elle nous lie, les uns aux autres, encore une fois, pour le meilleur et pour le pire! Le devoir, c'est l'union nationale, recours de nos suprêmes efforts, source de nos éternelles grandeurs.
Cliquez 2 fois pour haut de page
27 Mars 1943
Dans la mort, le Maréchal Foch continue à servir à la fois la France et les nations dont elle fut l'alliée dans la dernière guerre et dont elle est l'alliée dans celle-ci.Car il suffit d'évoquer la mémoire de celui qui eut l'insigne honneur d'être désigné par les Gouvernements du parti de la liberté comme Commandant en Chef de leurs armées, pour en tirer des leçons qui, précisément aujourd'hui, sont loin d'être inutiles.
Il me semble d'abord que la grande mémoire du Maréchal Foch nous rappelle aujourd'hui, au cœur même de cette guerre, une condition élémentaire du succès. Cette condition c'est l'unité de l'effort. Sans doute, une telle unité peut-elle prendre des formes variées. Les circonstances ne permettent pas toujours de conjuguer l'action de toutes les forces d'une coalition en une seule et même bataille, comme Foch put le faire après les décisions de Doullens. Mais il reste qu'un plan commun en vue d'un but commun est la loi de la victoire.
A cet égard, qu'il me soit permis de dire que le souvenir du Maréchal Foch, glorieuse expression du génie• français, fait ressortir combien l'absence relative de la France, du fait de l'invasion ennemie, est onéreuse aux Nations Unies. D'où la conclusion que le rétablissement de la France dans son indépendance, sa liberté et sa grandeur est nécessaire à l'intérêt de tous et qu'en s'engageant ày contribuer les chefs des Nations Unies, tels Winston Churchill, Franklin Roosevelt, Joseph Staline, se montrent à la fois justes et sages.
Enfin, en rendant hommage au chef qui sut obtenir de tant de nations diverses la plus haute marque de confiance, nous ne pouvons manquer de réfléchir aux raisons profondes d'un privilège aussi exceptionnel. Sans doute, le rayonnement d'une personnalité puissante et d'une valeur technique admirable y eut-il sa large part. Mais il y eut là, également, l'effet du désintéressement, au sens le plus élevé du terme, de cet homme porté par le suffrage de tous à un grand rôle international.
Au moment où l'évolution générale, autant que les nécessités de la guerre et les perspectives futures de la paix, fait apparaître la nécessité d'une sorte de concentration du monde, il peut sembler qu'un tel exemple mérite d'être médité.



