Ce phénomène n'est pas une exception française. Les transactions et les prix ont aussi retrouvé un peu de tonus chez nos voisins. Mais attention : il s'agit là de données très brutes qu'il faut prendre avec des pincettes. En l'absence d'un observatoire scientifique indépendant, les statistiques immobilières sont, en effet, souvent contradictoire.

- Selon les banques, 2010 sera une année en légère baisse : -5%.

- Pour les intermédiaires, comme la F.N.A.I.M ou Century 21, il y aura une petite hausse : +3%.

- Et entre les deux, il y a ceux qui, comme le Crédit Foncier, voient un paysage sans changement.

En fait, la seule analyse qui est partagée, c'est qu'aucune catastrophe majeure ne se profile à l'horizon.

Est-ce que cela signifie donc qu'il n'y a plus de risques d'effondrement de l'immobilier ?

C'est un optimisme sur lequel je ne m'engagerai pas, parce qu'il y a toujours des risques de sérieux dérapages. D'abord, ce marché n'est pas dans un environnement naturel. Il est artificiellement dopé par des crédits à taux très bas.

- Depuis le début de la crise, le taux moyen est passé de 5,4% à 3,8%. Sur 20 ans, la perspective de trouver de l'argent moins cher permet donc des emprunts plus importants. Mais ces taux faibles ne sont pas gravés dans le marbre et le crédit, dans un contexte financier difficile, devrait repartir à la hausse dans les mois à venir.

- Ensuite, le gel des salaires, les restrictions de pouvoir d'achat, les mauvaises perspectives de l'emploi ne sont pas des facteurs de dynamisme. Si les transactions, qui ont baissé de 15%, en 2009, ont retrouvé un peu de couleurs, ces trois derniers mois, c'est surtout le fait des ventes de logements neufs.

Les nouveaux appartements et les maisons qui semblent bien se tenir...

C'est le troisième point sur lequel j'y mettrais quelques réserves. La bonne performance de l'immobilier, en 2009, a tenu à des dispositions fiscales très incitatives : dispositif Scellier, doublement du prêt à taux zéro, pass foncier et puis, surtout, le fameux crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt. Toutes ces mesures ne résisteront pas au rabot du prochain budget qui va recadrer, pour ne pas dire, démembrer le fameux paquet fiscal de la loi Travail, Emploi, Pouvoir d'Achat. Il va falloir que ce crédit d'impôt - qui coûte 3 milliards d'euros par an aux finances publiques - soit révisé.

Finalement, la seule question posée est : les français ont-ils encore les moyens de devenir propriétaires, comme le souhaitait Nicolas Sarkozy ? En 15 ans, l'indice du prix de l'immobilier est passé du niveau 100 à 215. Celui du salaire moyen de 100 à 125. Bien évidemment, un tel écart impose une réponse très prudente.

Source: Christian Menanteau, RTL