Comme il connaît vos sentiments européens, il vient vous trouver : « Dis-moi, mon ami, je dois payer 1000 euros le 19 mai. Tu pourrais me les prêter ? »

Vous-même, vous êtes endetté à l’instar de votre pays, la France. Vous aussi, vous dépensez plus que vous ne gagnez et vous avez une dette colossale. Déjà, vous pourriez dire à votre ami grec que vraiment… en ce moment… non ce n’est pas possible. Mais bon prince telle Madame Lagarde notre ministre des finances, vous allez lui prêter 1000 euros. Même si vous êtes obligé d’emprunter pour ça.

Vu la situation de votre ami, personne ne lui prêterait à un taux inférieur à 9% sur 10 ans étant donnés les risques financiers. (Le taux augmente chaque jour en ce moment…) Mais vous êtes vraiment gentil, alors vous lui faites un prêt à 5%. Tant pis pour les risques ! Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour un ami européen ?

Votre épouse va gueuler, alors vous lui expliquez que vous empruntez à 3% et allez être remboursé à 5% donc que vous allez gagner de l’argent. Si, si, Madame Lagarde nous l’a démontré ! Sauf que vous oubliez de dire que comme vous allez prêter à votre ami pour qu’il vous rembourse, en fait vous n’allez rien gagner du tout et tout au contraire vous allez perdre le gros lot très bientôt, comme nous allons le démontrer.

Donc le 19 mai, vous prêtez 1000 euros à votre ami grec, à 5% sur 10 ans. Cela fait des mensualités de 10,61 euros par mois. Une misère ! Il arrivera bien à trouver 10,61 euros par mois en économisant un peu sur les clopes.

Le 19 juin, votre ami doit encore payer une échéance de 1000 euros. + les 10,61 euros qu’il vous doit comme première mensualité. Il vient donc vous trouver : « Dis-moi, mon ami, je dois payer 1010,61 euros et je n’ai pas un rond. Tu pourrais me les prêter ? »

Vous allez donc très généreusement lui octroyer un second prêt (toujours avec des sous que vous êtes obligés d’emprunter…), un prêt de 1010,61 euros, toujours à 5% sur 10 ans. Cela fait des mensualités de 10,72 euros. Une misère, là encore !

Le 19 juillet, votre ami doit donc payer 1000 euros, + 10,61 euros d’échéance de votre premier prêt, + 10,72 euros de votre second prêt, soit 1021,33 euros. Il vient donc vous trouver : « Dis-moi, mon ami, je dois payer 1021,33 euros et je suis vraiment juste, là. Tu pourrais me les prêter ? »

Etc. Je vous laisse poursuivre les calculs. Dans un an, il viendra vous emprunter 1123,06 euros. Dans deux ans, 1274,65 euros. Dans cinq ans, 1863,58 euros. Soit 86% de plus que sa mensualité marginale du début ! Avec l’augmentation prévisible des taux, on peut même parier que cette mensualité sera bien plus que doublée.

Votre ami grec avait promis de résorber son déficit et… de rembourser ses dettes. C’est plutôt mal parti, non ? Puisque celles-ci vont augmenter jusqu’à tôt ou tard dépasser en montant les économies du « plan de rigueur » qu’il impose à ses enfants mécontents.

Lui rendez-vous service en augmentant ainsi sa dette ? Non.

Pouvez-vous espérer qu’il vous rembourse effectivement un jour ? Bien sûr que non ! On pourrait le démontrer par la décomposition des échéances en capital + intérêt, mais ce n’est pas la peine d’avoir fait Polytechnique pour comprendre qu’une personne qui vous emprunte l’argent qu’il vous doit ne vous rembourse évidemment pas ! Et tous le pognon que vous avez dû emprunter mois par mois pour les filer en pure perte au Grec, ce sont vos propres enfants qui devront les rembourser. Tous calculs faits, capital + intérêt (à 3%… et en supposant que les taux n’augmentent pas, ce qui évidemment ne sera pas le cas !), ça vous fait 96500 euros de dette contractée en pure perte sur 5 ans. 96 fois votre premier engagement très généreux de 1000 euros !

Donc non seulement vous ne gagnez pas un sou contrairement au bobard que vous avez raconté à votre femme qui de toute façon est déjà partie avec les gosses parce qu’elle en avait marre de vos gaspillages, mais en plus vous enfoncer votre ami grec dans le surendettement.

Quel bel exemple de « solidarité européenne » (copyright Sarkozy, Merkel, etc.), puisque c’est simplement un plan perdant-perdant !

Voilà pourquoi, dans leur propre intérêt comme dans celui de la Grèce, la France et les autres pays européens ne doivent pas prêter un sou à Athènes. Aussi sympathique soit votre ami Papandreou, le voisin de palier, qui mérite d’ailleurs d’autant moins votre confiance qu’il vous a menti depuis des lustres sur l’ampleur de son désastre financier.