C’est donc un véritable coup de théâtre politique que viennent de faire deux élus UMP forts en gueule : Christian Vanneste, député du Nord et Xavier Lemoine, maire de Montfermeil (Seine-Saint-Denis). C’était au micro de Radio-Courtoisie le 6 octobre 2010.

Ces deux sarkozystes ne partagent cependant pas exactement les mêmes motivations ni les mêmes réserves.

Pour Christian Vanneste, l’« alliance avec ce qui est à notre droite » est « tout à fait possible » à la seule condition que « le Front National descende les portraits de Mussolini ». Par cette « image », il fait référence à la situation italienne. Il demande que le Front National renonce à « un certain nombres de positions, de phrases qui ne sont pas acceptables dans une démocratie et dans un contexte humaniste ». Hélas, il ne précisera pas quels sont ces « positions » et ces « phrases ». Fait-il allusion à certaines sorties de route de Jean-Marie Le Pen ou à des points de programme précis ? On aurait aimé le savoir… Toutefois on peut pencher pour la première hypothèse, puisque Christian Vanneste « souhaite » que le Front National évolue dans ce sens lors de son Congrès en janvier 2011, où Marine Le Pen est favorite pour succéder à son père à la tête du parti.

Christian Vanneste tient également à préciser que cette « alliance » devra être à ses yeux une alliance électorale, c’est-à-dire la désignation de candidats communs UMP-FN aux législatives. Cela peut paraître curieux de la part d’un député qui, il y encore peu de temps, avait fait une proposition de loi pour supprimer les « triangulaires » à tous les scrutins locaux, donc concrètement pour en écarter le Front National au second tour ! Mais au fond, Christian Vanneste reste logique avec lui-même dans sa crainte de perdre des sièges UMP aux élections : se répartir les maroquins à l’avance en en réservant quelques-uns au Front National (à proportion de son poids électoral supposé sans doute), cela permet aussi d’éviter des triangulaires au second tour. Et donc, cela évite surtout une situation plus catastrophique pour l’UMP où le Front National maintiendrait ses candidats dans de très nombreuses circonscriptions, ce qui ouvrirait un boulevard à la gauche.

Xavier Lemoine, quant à lui, va encore plus loin que Christian Vanneste, puisqu’il parle non seulement d’« alliance », mais carrément d’« union » UMP-FN : « il est nécessaire et indispensable qu’on arrive à cette union ». Ses arguments ne relèvent pas de la cuisine électorale et politicienne, mais d’un pragmatisme qu’il dit tirer de son expérience comme maire de Montfermeil, une ville de banlieue dont tout le monde connaît les « difficultés » liées à un peuplement immigré récent.

Xavier dit qu’il associe tous les élus dans son conseil municipal et à l’instar de son prédécesseur, y compris les élus du Front National. « Chacun, quelle que soit sa sensibilité, apporte sa contribution et qu’on n’ait pas à se taper dessus ». Ce pragmatisme lui permet sans doute de ne pas voir les conseillers municipaux frontistes se poser en opposants systématiques face à un « front républicain », comme le fait par exemple Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. C’est une position habile et défendable, qui pourrait se terminer par un phagocytage du Front National tout comme le Parti socialiste a phagocyté le Parti communiste sous la présidence de François Mitterrand.

Xavier Lemoine qui n’a « aucun état d’âme » à une « union » avec le Front National reproche toutefois à celui-ci « par des phrases désastreuses, d’avoir rendu quasiment intouchables un certain nombre de concepts ». Là encore, les oreilles de Jean-Marie Le Pen doivent siffler ! Prenant exemple sur sa gestion municipale, Xavier Lemoine dit : « J’essaie de trouver les mots appropriés pour ne pas blesser et pour ne pas rendre frileuses des personnes qui, autrement, pourraient adhérer à la chose. Quand on manie la patrie, la Nation, il faut faire extrêmement attention. (…) Si on sort de cette spirale infernale dans laquelle on a été enfermés pendant 20 ans, on aura fait les uns et les autres un grand progrès. » Xavier Lemoine reproche également au Front National de Jean-Marie Le Pen de s’être contenté d’une attitude uniquement critique, sans « prendre en charge » les problèmes qu’il dénonce. Il reste donc sur sa logique de coopération active avec les élus frontistes.

Christian Vanneste et Xavier Lemoine ont donc certes quelques réserves (qui sont plutôt des regrets pour le second), mais elles semblent toutes  destinées au père Le Pen et non à sa fille qui devrait lui succéder. Elles sont de pure forme, comme pour évacuer par avance des critiques internes à l’UMP qui vont devenir obsolètes. L’essentiel, dans cette discussion, c’est bien que ces deux élus envisagent une « alliance » UMP-FN, sous forme de candidats communs pour l’un, sous forme d’une « union » coopérative pour l’autre.

Suite à ces déclarations, on peut se poser plusieurs questions pour savoir si la secousse politique va se transformer en séisme.

1. D’autres personnalités ou élus de l’UMP vont-ils suivre ces deux pionniers dans la tombée du tabou FN ? Et si oui, combien et à quel rythme ?

2. Si cette tendance à l’alliance UMP-FN ne reste pas marginale au sein du parti présidentiel, peut-on envisager des réactions de la part de la gauche du mouvement, voire une scission de la majorité de Nicolas Sarkozy ?

3. Maintenant que l’appel du pied est fait explicitement envers Marine Le Pen, quelle va être la réaction de celle-ci ?

Sur ce dernier point, la future présidente du Front National a toujours dit clairement qu’il n’y a pour elle aucune possibilité d’alliance avec l’UMP, puisque, toujours selon elle, la ligne politique et le programme de l’UMP diffèrent totalement de ceux du FN ; et aussi parce que Marine Le Pen considère l’UMP comme fautive de la situation actuelle « catastrophique » (à ses yeux) de la France. Mais par ailleurs, elle ne voit pas d’inconvénients à ce que des personnalités ou des élus de l’UMP (et même de la gauche) se rallient individuellement à son panache blanc. Mais sous sa seule bannière et non collectivement ! Marine Le Pen prétend même que plusieurs élus UMP auraient déjà pris langue avec elle… Info ou intox ?

Quoi qu’il en soit, elle aurait politiquement tort de changer son fusil d’épaule suite au coup de théâtre provoqué par Christian Vanneste et Xavier Lemoine. Leur prise de position sur Radio-Courtoisie est une première victoire pour Marine Le Pen au sein de l’UMP, et sans coup férir de sa part. Alors elle n’a plus qu’à attendre les suivantes dans la foulée…

Et comme Marine Le Pen est une femme polie, peut-être pourrait-elle envoyer un petit SMS de remerciement au député du Nord et au maire de Montfermeil ?