Je suis scotchée devant France 2. J’ai bien essayé d’anticiper les résultats en consultant les sites internet des journaux suisses et de la télévision belge, qui font fuiter les sondages sortis des urnes avant le délai de 20 heures imposé par la loi française. En vain ! Tous les serveurs sont saturés.

Alors je scrute les visages des participants au plateau de France 2 pour deviner qui gagne et qui perd. Rachida Dati tape nerveusement un SMS sur son téléphone portable. Marielle de Sarnez fait la gueule, mais comme elle a toujours l’air de sortir d’un enterrement, ça ne veut rien dire. Manuel Valls et Hervé Morin sont tout sourire et échangent des regards complices. Bruno Gollnisch semble aussi aux anges, mais on ne sait pas si c’est du lard ou du cochon. Il y a aussi un jeunot communiste que je ne connais pas (Laurent ou un truc comme ça), consolant en aparté un Daniel Cohn-Bendit plus rouge que jamais. Difficile de déduire quoi que ce soit de ce théâtre tragi-comique.

Arlette Chabot et David Pujadas sont très énervés. Ils ont évoqué à demi-mot une surprise. Va-t-on assister à un 21 avril 2002 à l’envers ou à l’endroit ? Peut-être, puisque le politologue-sondeur Roland Caylor fulmine au téléphone alors qu’on connaît sa sympathie pour la gauche. Mais pourtant, tous les sondages de cette dernière semaine donnaient « DSK » largement vainqueur de ce premier tour.

20 h 00. Je m’attends à l’animation vidéo qui présente les deux qualifiés pour le second tour, et puis… rien. David Pujadas explique péniblement que le logiciel qui devait présenter la tête des deux finalistes n’avait pas prévu le cas de figure imprévu donné par les estimations de CSA, et Arlette Chabot promet que les coupables seront sanctionnés.

Quelle est cette surprise qui a pris en défaut le programme informatique ? Dominique Strauss-Kahn triomphe avec un score sorti des urnes à 33,8%, mais le problème concerne la deuxième place. Elle n’a pas pu être départagée par l’institut de sondage entre Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy tous deux donnés à 18,6%.

Pour corser le suspense, Jean-Luc Mélenchon suit de près avec 16,5%. Tous les autres candidats sont loin derrière ce quarté de tête : Français Bayrou à 4,6%, Eva Joly à 2,9%, et les sept autres candidats à 1% ou moins.

Zut alors ! Voilà que mon rôti de porc est cuit à point, et que pour la première fois depuis que je suis en âge de voter, je n’ai pas de raison sérieuse pour dîner au champagne. Je garderai donc ma bouteille pour le second tour où je devrai noyer mon chagrin en constatant la victoire inéluctable de Dominique Strauss-Kahn.

Djamila GERARD