Le FN est-il devenu plus « démocratique » que l’UMP et le PS ?
Par Germain Fargeau le lundi 10 janvier 2011, 08:08 - Politique - Lien permanent
Le grand événement politique de la semaine prochaine sera le congrès du Front national à Tours, où nous apprendrons dès samedi 15 janvier le nom du successeur de Jean-Marie Le Pen à la présidence du parti (à moins que des indiscrétions ne filtrent le vendredi après le dépouillement). C’est un événement historique dans l’histoire du FN, puisque contrairement aux prévisions de certains politologues, ce parti ne va pas mourir avec le départ en retraite politique de sa figure de proue.Jusqu’à présent, Jean-Marie Le Pen était le seul candidat à sa propre succession, et son « élection » se faisait par acclamations lors des congrès du parti. La seule dissidence notable fut celle de Bruno Megret, mais elle s’apparentait davantage à une tentative de coup d’Etat qu’à une compétition démocratique. Bruno Megret l’a payé cher, tant sur le plan politique que judiciaire.
Nous sommes donc devant une situation totalement inédite. Alors on peut s’intéresser dans la loyauté de l’organisation de la succession de Jean-Marie Le Pen, dans un parti dont on dit qu’il est autoritaire, oligarchique et anti-républicain.
Mais voyons d’abord comment se passent les désignations du chef chez les principaux concurrents du FN, à savoir l’UMP et le Parti socialiste.
Dans le parti présidentiel, c’est vite vu : c’est Nicolas Sarkozy qui nomme le secrétaire général de l’UMP. Pas d’élections, pas de démocratie.
Au PS, il y eut le vote des militants. Mais nous avons pu voir ce triste spectacle où chaque camp accusait l’autre de tricheries. Et finalement, comme toutes les tricheries se sont avérées plausibles de part et d’autres, on a fait comme dans la république bananière de Côte d’Ivoire (où d’ailleurs Laurent Gbagbo est encensé par des socialistes français) : puisque X triche proportionnellement autant que Y, alors on efface les accusations et on s’accorde sur le candidat arrivé en tête (en l’occurrence Martine Aubry) puisque ses lieutenants n’auraient ni plus ni moins triché que ceux de son rival (Ségolène Royal).
Pour comprendre ces tripatouillages au Parti socialiste, il faut savoir comment sont organisées les élections internes. Elles se déroulent par vote direct, sans procurations ni votes par correspondance, dans les sections. Les résultats remontent aux fédérations puis au niveau national. Il suffit donc qu’une section ou une fédération soit totalement contrôlée par les aubrystes ou les ségolénistes (je n’ose dire les royalistes) pour que la tentation de bourrer les urnes soit mise en application. Au besoin, on peut inscrire dans la section locale des « militants » électeurs de la dernière heure, en échange de quelques services payés par le contribuable. L’équipe de Ségolène Royal avait en particulier accusé certaines sections du Nord-Pas-de-Calais de voir débouler des équipes sportives issues de l’immigration, en tenue de footballeurs et en groupes, totalement inconnues comme militants socialistes, pour voter en faveur de Martine Aubry. Inversement, les soutiens de celle-ci accusèrent de récents employés de collectivités locales tenues par le PS d’apporter leurs suffrages à Ségolène Royal dans le sud de la France.
Alors comment se passe cette première vraie élection au Front national, où il y a deux candidats en lice ? Uniquement par correspondance. Début décembre, tous les électeurs à jour de cotisation ont reçu chez eux le matériel nécessaire. Chacun est invité à cocher une case « Bruno Gollnisch » ou « Marine Le Pen » sur un bulletin de vote unique. Et aussi à cocher les noms d’au plus 100 candidats parmi plus de 200 au Comité central sur un autre bulletin. L’électeur met ses deux bulletins de vote dans une enveloppe anonyme unique. Puis il glisse cette enveloppe dans une autre enveloppe, qu’il signe au dos et qui comporte un code barre. Il ne lui reste plus qu’à poster cette enveloppe de type « T » (donc ne nécessitant pas un timbre) avant le 12 janvier.
Le code barre de l’enveloppe T correspond au numéro d’adhérent de l’électeur, mais crypté par sécurité. L’adresse qui y figure est une boîte postale sans indication du véritable destinataire. Alors qui va recevoir ce courrier postal ? Ni le Front national, ni l’une de ses structures, mais un cabinet d’huissiers de justice approuvé par les deux candidats, qui y ont délégué chacun plusieurs observateurs. Les huissiers, aidés par une entreprise de conseil informatique et logistique, vont « scanner » le code barre pour voir si l’adhérent « décrypté » est à jour de cotisation. Puis ils vont ouvrir l’enveloppe et mettre le bulletin dans des coffres-forts. Le dépouillement aura lieu le vendredi 14 janvier, toujours en présence des délégués des deux candidats. Les bulletins de vote seront scannés informatiquement pour éviter la tâche fastidieuse d’un dépouillement manuel de quelques 10.000 à 20.000 suffrages exprimés, surtout quant aux 100 membres du Comité central où un comptage manuel nécessiterait plusieurs jours.
Aucun des deux candidats, et aucun de leurs supporters respectifs, n’a remis en cause toute cette procédure certes un peu complexe, mais bien plus fiable que le diktat sarkozyste à l’UMP ou les failles bananières du Parti socialiste.
Marine Le Pen est donnée favorite du scrutin. Des sondages sur les sympathisants du Front national (et non sur les militants qui votent) la donnent largement vainqueur. TF1 a déjà prévu une couverture exceptionnelle du congrès du Front national le dimanche 16 janvier, avec Marine Le Pen interviewée en direct au journal télévisé de midi en direct de Tours. Gare à l’envoyé spécial d’Al Jazeera ou de CNN qui n’a pas réservé sa chambre d’hôtel ou l’emplacement de sa parabole émettrice !
Malgré cette prédiction journalistique assez unanime, la transparence sur le scrutin semble de mise au Front national. Le cabinet d’huissiers approuvé par les deux candidats a agréé plusieurs journalistes de la presse nationale pour assister au dépouillement du vendredi, sous réserve qu’ils ne communiquent pas les résultats avant l’annonce officielle de samedi après-midi. Mais on peut compter sur la course au scoop pour que cette précaution se révèle vaine, d’autant plus qu’elle ne repose sur aucune base légale.
L’élection du successeur de Jean-Marie Le Pen à la tête du Front national est donc paradoxale, puisqu’elle apparaîtra plus démocratique et moins trafiquée ou manipulée que dans les autres partis français. Ce sera certainement un argument « démocratique » de poids pour l’élection présidentielle de 2012, en plus de la revendication du Front national pour des référendums d’initiative populaire à la suisse et pour une représentativité proportionnelle intégrale à toutes les élections.
Justement, à propos des présidentielles, comment chaque parti va-t-il désigner ses candidats ? A l’UMP, la moindre concurrence à Nicolas Sarkozy est pour le moment jugée comme hérétique et insultante, même si ça rue dans les brancards ici ou là et que tous les sondages disent que François Fillon est plus populaire et mieux placé que l’actuel locataire de l’Elysée. La direction du PCF a décidé de miser sans consultation de la base sur Jean-Luc Mélenchon en échange de 90% des candidatures aux cantonales de mars et aux législative de 2012. Le Parti socialiste devrait organiser des primaires ouvertes à tous les sympathisants de gauche, mais Martine Aubry (qui revient aux fondamentaux de gauche) a clairement révélé le pacte qu’elle a passé avec Dominique Strauss-Kahn (l’imam caché ultra-libéral). On cherchera en vain une cohérence idéologique dans tout ça. Chez les écologistes, le torchon brûle entre Eva Joly et le canal historique mamériste ou cohn-bendiste. Au centre, il y a moult formations politiques, ce qui empêche toute « primaire » cohérente et consensuelle, et on assiste au même spectacle que celui de la gauche de la gauche en 2006 : chaque « présidentiable » déclame du haut du clocher de sa chapelle ou de sa cuisine : « tous derrière moi ».
L’époque d’un Front national autoritaire et « fasciste » est définitivement révolue. Si Marine Le Pen remporte le suffrage des militants du Front national en janvier 2011, elle sera la candidate incontestée et démocratiquement élue du parti pour les présidentielles de 2012. Avec une belle avance sur tous ses concurrents empêtrés dans des querelles d’egos, des doutes existentiels, des conflits idéologiques, des marchandages clientélistes ou un calendrier à rallonges qui ne devrait se décanter que dans l’automne 2011.
Nous sommes donc devant une situation totalement inédite. Alors on peut s’intéresser dans la loyauté de l’organisation de la succession de Jean-Marie Le Pen, dans un parti dont on dit qu’il est autoritaire, oligarchique et anti-républicain.
Mais voyons d’abord comment se passent les désignations du chef chez les principaux concurrents du FN, à savoir l’UMP et le Parti socialiste.
Dans le parti présidentiel, c’est vite vu : c’est Nicolas Sarkozy qui nomme le secrétaire général de l’UMP. Pas d’élections, pas de démocratie.
Au PS, il y eut le vote des militants. Mais nous avons pu voir ce triste spectacle où chaque camp accusait l’autre de tricheries. Et finalement, comme toutes les tricheries se sont avérées plausibles de part et d’autres, on a fait comme dans la république bananière de Côte d’Ivoire (où d’ailleurs Laurent Gbagbo est encensé par des socialistes français) : puisque X triche proportionnellement autant que Y, alors on efface les accusations et on s’accorde sur le candidat arrivé en tête (en l’occurrence Martine Aubry) puisque ses lieutenants n’auraient ni plus ni moins triché que ceux de son rival (Ségolène Royal).
Pour comprendre ces tripatouillages au Parti socialiste, il faut savoir comment sont organisées les élections internes. Elles se déroulent par vote direct, sans procurations ni votes par correspondance, dans les sections. Les résultats remontent aux fédérations puis au niveau national. Il suffit donc qu’une section ou une fédération soit totalement contrôlée par les aubrystes ou les ségolénistes (je n’ose dire les royalistes) pour que la tentation de bourrer les urnes soit mise en application. Au besoin, on peut inscrire dans la section locale des « militants » électeurs de la dernière heure, en échange de quelques services payés par le contribuable. L’équipe de Ségolène Royal avait en particulier accusé certaines sections du Nord-Pas-de-Calais de voir débouler des équipes sportives issues de l’immigration, en tenue de footballeurs et en groupes, totalement inconnues comme militants socialistes, pour voter en faveur de Martine Aubry. Inversement, les soutiens de celle-ci accusèrent de récents employés de collectivités locales tenues par le PS d’apporter leurs suffrages à Ségolène Royal dans le sud de la France.
Alors comment se passe cette première vraie élection au Front national, où il y a deux candidats en lice ? Uniquement par correspondance. Début décembre, tous les électeurs à jour de cotisation ont reçu chez eux le matériel nécessaire. Chacun est invité à cocher une case « Bruno Gollnisch » ou « Marine Le Pen » sur un bulletin de vote unique. Et aussi à cocher les noms d’au plus 100 candidats parmi plus de 200 au Comité central sur un autre bulletin. L’électeur met ses deux bulletins de vote dans une enveloppe anonyme unique. Puis il glisse cette enveloppe dans une autre enveloppe, qu’il signe au dos et qui comporte un code barre. Il ne lui reste plus qu’à poster cette enveloppe de type « T » (donc ne nécessitant pas un timbre) avant le 12 janvier.
Le code barre de l’enveloppe T correspond au numéro d’adhérent de l’électeur, mais crypté par sécurité. L’adresse qui y figure est une boîte postale sans indication du véritable destinataire. Alors qui va recevoir ce courrier postal ? Ni le Front national, ni l’une de ses structures, mais un cabinet d’huissiers de justice approuvé par les deux candidats, qui y ont délégué chacun plusieurs observateurs. Les huissiers, aidés par une entreprise de conseil informatique et logistique, vont « scanner » le code barre pour voir si l’adhérent « décrypté » est à jour de cotisation. Puis ils vont ouvrir l’enveloppe et mettre le bulletin dans des coffres-forts. Le dépouillement aura lieu le vendredi 14 janvier, toujours en présence des délégués des deux candidats. Les bulletins de vote seront scannés informatiquement pour éviter la tâche fastidieuse d’un dépouillement manuel de quelques 10.000 à 20.000 suffrages exprimés, surtout quant aux 100 membres du Comité central où un comptage manuel nécessiterait plusieurs jours.
Aucun des deux candidats, et aucun de leurs supporters respectifs, n’a remis en cause toute cette procédure certes un peu complexe, mais bien plus fiable que le diktat sarkozyste à l’UMP ou les failles bananières du Parti socialiste.
Marine Le Pen est donnée favorite du scrutin. Des sondages sur les sympathisants du Front national (et non sur les militants qui votent) la donnent largement vainqueur. TF1 a déjà prévu une couverture exceptionnelle du congrès du Front national le dimanche 16 janvier, avec Marine Le Pen interviewée en direct au journal télévisé de midi en direct de Tours. Gare à l’envoyé spécial d’Al Jazeera ou de CNN qui n’a pas réservé sa chambre d’hôtel ou l’emplacement de sa parabole émettrice !
Malgré cette prédiction journalistique assez unanime, la transparence sur le scrutin semble de mise au Front national. Le cabinet d’huissiers approuvé par les deux candidats a agréé plusieurs journalistes de la presse nationale pour assister au dépouillement du vendredi, sous réserve qu’ils ne communiquent pas les résultats avant l’annonce officielle de samedi après-midi. Mais on peut compter sur la course au scoop pour que cette précaution se révèle vaine, d’autant plus qu’elle ne repose sur aucune base légale.
L’élection du successeur de Jean-Marie Le Pen à la tête du Front national est donc paradoxale, puisqu’elle apparaîtra plus démocratique et moins trafiquée ou manipulée que dans les autres partis français. Ce sera certainement un argument « démocratique » de poids pour l’élection présidentielle de 2012, en plus de la revendication du Front national pour des référendums d’initiative populaire à la suisse et pour une représentativité proportionnelle intégrale à toutes les élections.
Justement, à propos des présidentielles, comment chaque parti va-t-il désigner ses candidats ? A l’UMP, la moindre concurrence à Nicolas Sarkozy est pour le moment jugée comme hérétique et insultante, même si ça rue dans les brancards ici ou là et que tous les sondages disent que François Fillon est plus populaire et mieux placé que l’actuel locataire de l’Elysée. La direction du PCF a décidé de miser sans consultation de la base sur Jean-Luc Mélenchon en échange de 90% des candidatures aux cantonales de mars et aux législative de 2012. Le Parti socialiste devrait organiser des primaires ouvertes à tous les sympathisants de gauche, mais Martine Aubry (qui revient aux fondamentaux de gauche) a clairement révélé le pacte qu’elle a passé avec Dominique Strauss-Kahn (l’imam caché ultra-libéral). On cherchera en vain une cohérence idéologique dans tout ça. Chez les écologistes, le torchon brûle entre Eva Joly et le canal historique mamériste ou cohn-bendiste. Au centre, il y a moult formations politiques, ce qui empêche toute « primaire » cohérente et consensuelle, et on assiste au même spectacle que celui de la gauche de la gauche en 2006 : chaque « présidentiable » déclame du haut du clocher de sa chapelle ou de sa cuisine : « tous derrière moi ».
L’époque d’un Front national autoritaire et « fasciste » est définitivement révolue. Si Marine Le Pen remporte le suffrage des militants du Front national en janvier 2011, elle sera la candidate incontestée et démocratiquement élue du parti pour les présidentielles de 2012. Avec une belle avance sur tous ses concurrents empêtrés dans des querelles d’egos, des doutes existentiels, des conflits idéologiques, des marchandages clientélistes ou un calendrier à rallonges qui ne devrait se décanter que dans l’automne 2011.



