Forêts françaises : elles s’étendent, mais leur santé se dégrade
6 août 2026La forêt française continue de gagner du terrain, mais elle ne se porte pas mieux pour autant. C’est le constat dressé par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) dans sa dernière édition de l’Inventaire forestier national, publiée début juillet 2026 : pour la première fois, les données mettent clairement en évidence l’impact du changement climatique sur l’état de santé des bois et forêts du pays.
En 2024, la forêt française couvre 17,6 millions d’hectares, soit 900 000 hectares de plus qu’il y a dix ans. Le rythme d’extension s’est même accéléré : environ 90 000 hectares gagnés chaque année, contre 50 000 hectares par an au cours du siècle dernier. Un chiffre qui pourrait rassurer, si la santé des arbres suivait la même courbe.
Une mortalité des arbres en forte hausse
Derrière cette expansion se cache une réalité plus préoccupante. Sur la période 2021-2024, l’IGN dénombre 193 millions d’arbres présentant des symptômes d’altération, vivants ou morts sur pied depuis moins de cinq ans, soit environ 8 % des 2,3 milliards d’arbres évalués. Sur dix ans, la mortalité des arbres a progressé de 125 %, tandis que les attaques d’agents pathogènes ont bondi de 175 % depuis 2015.
Certaines essences sont particulièrement touchées : 26 % des frênes, 21 % des châtaigniers et 10 % des chênes pédonculés et des épicéas communs présentent des signes d’altération. Les disparités régionales sont marquées, le Nord-Est du pays étant identifié comme la zone la plus impactée.
Une croissance qui ralentit, un puits de carbone qui s’essouffle
Autre signal préoccupant relevé par l’inventaire : la production biologique, c’est-à-dire la croissance de l’ensemble des arbres, a ralenti de 4 % entre 2015 et 2023 par rapport à la décennie précédente. Le rythme d’augmentation du stock de carbone stocké par les forêts a quant à lui été divisé par deux en dix ans, même si les forêts françaises continuent, dans l’ensemble, à stocker du carbone chaque année.
Dans les régions les plus exposées aux sécheresses répétées et aux vagues de chaleur, notamment dans le sud et l’est du territoire, les signes de dégradation sont les plus marqués. Dans certains secteurs, les prélèvements de bois dépassent désormais la production biologique de la forêt, un déséquilibre que les experts de l’IGN surveillent de près.
Ce que cela signifie pour la gestion des forêts
Ces résultats interviennent alors que la filière bois et les gestionnaires forestiers doivent composer avec des températures plus chaudes et des sécheresses plus fréquentes qu’auparavant. Plusieurs enseignements ressortent des données de l’IGN :
- L’extension de la surface forestière ne suffit pas à elle seule à garantir la bonne santé des écosystèmes : la vitalité des arbres compte autant que leur nombre.
- Les essences les plus sensibles, comme le frêne, nécessitent une attention particulière dans les programmes de gestion durable.
- Le ralentissement du puits de carbone forestier a des conséquences directes sur les trajectoires climatiques nationales, qui comptent sur les forêts pour absorber une partie des émissions.
- Un suivi renforcé dans les zones les plus exposées à la sécheresse permettrait d’anticiper les prochains foyers de dépérissement.
Pour les pouvoirs publics comme pour les propriétaires forestiers, l’enjeu est désormais d’adapter la gestion des peuplements aux nouvelles conditions climatiques, en diversifiant les essences plantées et en surveillant de près les zones les plus fragilisées.
Sur les liens entre climat et santé publique, notre rubrique Santé revient régulièrement sur les effets des vagues de chaleur. Les enjeux économiques de la filière bois sont à retrouver dans notre rubrique Economie, et les grandes tendances environnementales dans notre rubrique Tendance.
Questions fréquentes
La forêt française est-elle en train de disparaître ?
Non, sa surface augmente : elle couvre 17,6 millions d’hectares en 2024, en progression de 900 000 hectares en dix ans. C’est la santé des arbres, et non la surface, qui se dégrade.
Pourquoi la mortalité des arbres augmente-t-elle autant ?
L’IGN relie cette hausse aux changements climatiques, avec des températures plus élevées et des sécheresses plus fréquentes, qui fragilisent les arbres et les rendent plus vulnérables aux agents pathogènes.
Quelles essences d’arbres sont les plus touchées ?
Le frêne est l’essence la plus affectée, avec 26 % d’arbres présentant des symptômes d’altération, suivi du châtaignier (21 %), puis du chêne pédonculé et de l’épicéa commun (10 % chacun).


