Pollution aux PFAS : pourquoi une métropole française porte plainte contre un industriel de la chimie

Pollution aux PFAS : pourquoi une métropole française porte plainte contre un industriel de la chimie

11 août 2026 Non Par Vincent Colin

Une métropole française porte plainte contre un industriel de la chimie pour pollution aux PFAS, ces substances chimiques surnommées « polluants éternels » parce qu’elles ne se dégradent quasiment jamais dans l’environnement. La Métropole Rouen Normandie a déposé, fin juillet, une plainte auprès du procureur de la République contre BASF Agri Production, dont le site de Saint-Aubin-lès-Elbeuf rejette depuis des années des quantités importantes de ces composés dans la Seine. Une démarche rare, qui place directement une collectivité territoriale, et non plus seulement des associations, en position d’accusatrice face à un géant industriel.

Une plainte inédite portée par une collectivité

Jusqu’ici, la mobilisation contre la pollution aux PFAS venait surtout de la société civile : un collectif de sept associations avait déjà attaqué le même industriel en justice en juin 2025. Cette fois, c’est la collectivité elle-même qui saisit la justice, un signal fort envoyé aux industriels installés sur son territoire. La plainte vise plusieurs infractions : pollution des eaux et du milieu naturel, atteinte aux poissons et aux espèces protégées, ainsi que faute d’imprudence ou de négligence.

Le TFA, un polluant éternel presque invisible

Au cœur du dossier se trouve l’acide trifluoroacétique, ou TFA, un composé de la famille des PFAS utilisé notamment dans la fabrication d’un insecticide produit sur le site. Contrairement à d’autres polluants, le TFA ne se filtre pas facilement et s’accumule dans les cours d’eau. Des mesures réalisées en 2024 ont relevé des concentrations très élevées à l’entrée de la station d’épuration industrielle, encore significatives une fois le traitement effectué :

  • 420 000 µg/L de TFA mesurés à l’entrée de la station d’épuration industrielle, soit environ 176 kg du composé
  • 28 000 µg/L encore présents en sortie de traitement, soit environ 87 kg rejetés dans le milieu naturel
  • Une plainte associative distincte déposée dès juin 2025 sur la même problématique

Pourquoi cette affaire dépasse largement Rouen

Les PFAS ne sont pas un problème local. Utilisés depuis des décennies dans l’industrie, les emballages ou certains produits du quotidien, on les retrouve aujourd’hui dans l’eau potable de nombreux territoires en France, bien au-delà de la seule vallée de la Seine. Une association de consommateurs avait déjà alerté sur leur présence dans l’eau du robinet de plusieurs communes de l’agglomération rouennaise. En portant plainte, la métropole ouvre une voie que d’autres collectivités confrontées à des rejets industriels similaires pourraient être tentées de suivre, à l’heure où la réglementation européenne sur ces substances se durcit progressivement.

Pour les habitants concernés, la vigilance passe surtout par l’information locale : suivre les résultats des contrôles sanitaires de l’eau distribuée, publiés par les autorités, reste le moyen le plus fiable de connaître l’exposition réelle sur son territoire. Cette affaire illustre aussi un enjeu de santé publique qui dépasse le seul cadre de l’écologie : les polluants éternels s’accumulent dans l’organisme sur le long terme, ce qui inquiète de plus en plus les autorités sanitaires européennes.

Questions fréquentes

Que sont exactement les PFAS ?

Les PFAS forment une famille de plusieurs milliers de substances chimiques utilisées depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes. Très stables, elles se dégradent extrêmement lentement dans l’environnement, d’où leur surnom de « polluants éternels ».

Pourquoi la métropole de Rouen porte-t-elle plainte maintenant ?

La plainte, déposée fin juillet auprès du procureur de la République, fait suite à des mesures de rejets jugées très élevées sur le site industriel concerné, ainsi qu’à une plainte associative antérieure portant sur la même pollution.

Ce type de pollution concerne-t-il d’autres villes que Rouen ?

Oui. Les PFAS ont été détectés dans l’eau potable de nombreux territoires en France et en Europe, du fait de leur usage industriel très répandu et de leur persistance quasi permanente dans les milieux naturels.

Sources

Reporterre
Boursorama
Tendance Ouest