Neuf nouvelles réserves biologiques verrouillent des pans entiers de forêt française

Neuf nouvelles réserves biologiques verrouillent des pans entiers de forêt française

4 septembre 2026 Non Par Vincent Colin

Neuf textes réglementaires viennent d’élargir, en toute discrétion, le filet de protection le plus strict dont dispose la forêt publique française. Ces réserves biologiques, créées ou agrandies par arrêtés ministériels, ajoutent au réseau national environ 157 000 hectares supplémentaires, l’essentiel provenant d’un site guyanais hors norme. Loin des grandes annonces, cette accumulation de textes techniques dessine pourtant l’un des instruments de protection les plus radicaux de la politique forestière : celui qui, dans certains cas, retire purement et simplement l’homme de l’équation. Un sujet qui trouve naturellement sa place dans notre rubrique Écologie.

Neuf arrêtés, un même objectif : sanctuariser

Le dispositif comprend une réserve biologique dirigée (RBD) et huit réserves biologiques intégrales (RBI), la forme de protection la plus poussée en forêt publique. Les sites concernés se répartissent entre l’Hérault, les Vosges, la Seine-et-Marne, le Cantal, le Bas-Rhin, la Meuse et la Guyane, sur des forêts domaniales ou régionales confiées à l’Office national des forêts (ONF). Chaque texte s’accompagne d’un plan de gestion approuvé par arrêté, qui fixe pour plusieurs décennies les règles applicables à la parcelle : surveillance scientifique, limitation ou interdiction de toute exploitation, et suivi de l’évolution naturelle des milieux.

Les surfaces varient fortement d’un site à l’autre : quelques dizaines d’hectares pour les tourbières du Somail ou le secteur de Chatte Pendue, plus de 300 hectares pour Bannes-Ravines, et surtout 156 290 hectares pour les Pitons rocheux de l’Armontabo, en Guyane, qui concentrent à eux seuls la quasi-totalité des surfaces nouvellement classées.

RBI et RBD : deux logiques de protection

La distinction entre les deux statuts est essentielle pour comprendre la portée du texte. Dans une réserve biologique intégrale, toute intervention humaine susceptible de modifier le milieu est proscrite : pas de coupe, pas d’aménagement, l’écosystème est laissé à sa propre dynamique pour que les scientifiques puissent en étudier l’évolution naturelle sur le temps long. La réserve biologique dirigée obéit à une logique différente : la gestion y reste possible, mais orientée en priorité vers la protection d’espèces ou de milieux à forte valeur patrimoniale, comme les zones humides ou les stations d’espèces rares.

  • Tourbières du Somail (Hérault) : 38,36 ha, dont 12,05 ha d’extension
  • Bannes-Ravines : 313,25 ha
  • Buronnières (Cantal) : 83,77 ha
  • Chamalière et Peyre Ourse : 147,49 ha
  • Chatte Pendue : 52,88 ha
  • Jumelles d’Ornes (Meuse) : 100,18 ha
  • Pas de la Lauze : 193,23 ha, dont 96,62 ha d’extension
  • Pitons rocheux de l’Armontabo (Guyane) : 156 290 ha
  • Vau des Loups : 75,60 ha

Ce classement s’inscrit dans la stratégie nationale pour les aires protégées 2030 et dans la stratégie nationale biodiversité, deux feuilles de route qui visent à renforcer la part du territoire national placée sous protection forte. La gestion du réseau relève d’une mission d’intérêt général confiée par l’État à l’ONF, qui recense désormais plusieurs centaines de réserves biologiques réparties entre la métropole et les territoires ultramarins.

Des habitats très différents, une même exigence

Ce qui frappe dans ce paquet de neuf textes, c’est la diversité des milieux concernés : tourbières montagnardes, ravines escarpées, forêts de plaine humide, massifs vosgiens et bloc forestier amazonien cohabitent sous un même statut juridique. Cette hétérogénéité illustre une approche moins spectaculaire mais plus systématique : plutôt que de multiplier les grandes réserves emblématiques, l’État cherche à combler les manques du réseau existant, site par site, pour couvrir un éventail plus large de types de milieux forestiers. Pour les promeneurs en quête d’une escapade nature, la plupart de ces zones restent accessibles à pied, l’interdiction ne portant pas sur la fréquentation mais sur l’exploitation et l’aménagement des parcelles.

Cette actualité s’ajoute à une actualité forestière chargée : elle intervient alors que la santé globale des forêts françaises reste sous surveillance malgré leur extension continue. Elle fait aussi écho au débat sur le réensauvagement, cette idée selon laquelle laisser faire la nature peut, dans certains cas, mieux restaurer la biodiversité qu’une gestion active. Dans les Vosges, où l’une des nouvelles réserves a vu le jour, le sujet de la protection de la faune reste sensible, comme le montre le dossier du grand tétras et des difficultés de sa réintroduction.

Au-delà du symbole, ces neuf arrêtés posent une question de fond pour les années à venir : celle du rythme auquel la France pourra tenir ses engagements de protection forte, alors que les grands massifs encore disponibles pour ce type de classement se font plus rares hors des territoires ultramarins.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une réserve biologique intégrale ?

C’est le niveau de protection le plus strict appliqué en forêt publique française : toute intervention humaine susceptible de modifier le milieu y est interdite, afin de laisser l’écosystème évoluer selon sa propre dynamique naturelle.

Peut-on toujours se promener dans ces forêts ?

Dans la grande majorité des cas, oui : la restriction porte sur l’exploitation forestière et les aménagements, pas sur la fréquentation piétonne, sauf signalisation contraire propre à chaque site.

Pourquoi la réserve guyanaise pèse-t-elle autant dans les chiffres ?

Le site des Pitons rocheux de l’Armontabo, en Guyane, couvre à lui seul plus de 156 000 hectares, ce qui explique qu’il concentre la quasi-totalité des surfaces nouvellement protégées par ces neuf arrêtés.

Sources

Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale