Algues vertes en Bretagne : les vasières, angle mort de la lutte contre la pollution

Algues vertes en Bretagne : les vasières, angle mort de la lutte contre la pollution

14 août 2026 Non Par Audrey Chevalier

Chaque été, le retour des algues vertes sur le littoral breton relance le débat sur l’efficacité des politiques de lutte contre cette pollution. Un rapport de la Cour des comptes, publié en juillet dernier, dresse un bilan en demi-teinte : des progrès réels sur les plages sableuses historiquement ciblées, mais un phénomène qui se déplace désormais massivement vers un terrain resté longtemps dans l’angle mort de l’action publique, les vasières.

Des plages sableuses mieux maîtrisées

Le plan de lutte contre la prolifération des algues vertes (PLAV), reconduit pour la période 2022-2027 avec une enveloppe de 130 millions d’euros, mobilise l’État, la Région Bretagne, les départements des Côtes-d’Armor et du Finistère ainsi que l’Agence de l’eau Loire-Bretagne. Sur les baies historiquement concernées par les échouages sur sable, les résultats sont tangibles : entre 2021 et 2025, les surfaces d’algues échouées ont reculé de 50 % à l’échelle de la Bretagne. En baie de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor, environ 2 600 tonnes d’algues ont été ramassées à l’été 2025, contre plus de 12 000 tonnes en 2021.

Les vasières, nouveau front de la pollution

Mais ce succès relatif masque un déplacement du problème. Selon le rapport de la Cour des comptes, les vasières représentaient déjà, en 2024, plus de 80 % des surfaces d’algues échouées en Bretagne, dont la moitié rien que dans le golfe du Morbihan, contre seulement 16 % pour les baies sableuses ciblées en priorité par les plans successifs depuis les années 2010. Au total, la Bretagne a concentré 93 % des échouages recensés en France en 2024, soit environ 2 091 hectares sur les 2 237 hectares nationaux. Un déséquilibre que les magistrats financiers jugent révélateur d’une action publique restée trop longtemps focalisée sur les zones les plus visibles pour les touristes, au détriment de milieux tout aussi sensibles sur le plan écologique.

Un taux de nitrates qui stagne depuis dix ans

Autre point de vigilance souligné par plusieurs observateurs : si la teneur en nitrates dans les cours d’eau des bassins versants concernés a bien baissé de 21 % à 30 % entre 2010 et 2023, cette baisse s’est stabilisée depuis. Le taux moyen de nitrates dans les rivières bretonnes plafonne désormais autour de 33 mg/L, un niveau qui ne recule plus depuis une décennie selon les mesures citées par les associations environnementales locales. Or c’est bien l’azote apporté par ces nitrates qui nourrit la prolifération des algues vertes, en particulier l’espèce Ulva, dont la décomposition sur le sable ou dans la vase peut dégager de l’hydrogène sulfuré, un gaz toxique à forte concentration.

Un enjeu pour la santé publique comme pour le tourisme

Au-delà de l’impact environnemental, ces échouages massifs concernent directement la santé publique, en raison des émanations gazeuses potentiellement dangereuses lors de la décomposition des algues, et le tourisme littoral, moteur économique essentiel pour de nombreuses communes du Finistère et des Côtes-d’Armor durant la saison estivale. Le prochain bilan des échouages de l’été en cours dépendra à la fois des conditions météorologiques des prochaines semaines et des efforts agricoles engagés ces dernières années sur la réduction des apports en azote. Les collectivités concernées appellent désormais à une refonte des politiques publiques locales de surveillance, afin d’intégrer pleinement les vasières dans les dispositifs de suivi et de ramassage.

Questions fréquentes

Pourquoi les vasières sont-elles devenues le principal foyer d’algues vertes en Bretagne ?

Parce que les plans de lutte se sont longtemps concentrés sur les plages sableuses les plus visibles pour les touristes, laissant les vasières, pourtant tout aussi exposées aux apports en nitrates, en dehors du dispositif de surveillance et de ramassage.

Le taux de nitrates dans les rivières bretonnes baisse-t-il encore ?

Non. Après un recul de 21 % à 30 % entre 2010 et 2023, la baisse s’est stabilisée et le taux moyen stagne désormais autour de 33 mg/L depuis une dizaine d’années.

Les algues vertes présentent-elles un risque pour la santé ?

Oui, leur décomposition peut libérer de l’hydrogène sulfuré, un gaz toxique à forte concentration, ce qui justifie la vigilance des autorités sanitaires sur les zones d’échouage massif.

Sources

Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale